Mathilde Anceaume, photographe de nouveau-nés en Suisse, s'est formée auprès de sages-femmes avant sa toute première séance. Elle explique comment lire les signaux d'un bébé, pourquoi certaines poses sont dangereuses, et comment obtenir de belles images sans jamais forcer un tout-petit.
En résumé :
Pour Mathilde Anceaume, photographe nouveau-né, une belle séance commence par un bébé qui se sent bien :
• Se former avant de toucher un bébé : elle a suivi deux jours de formation avec une sage-femme et une formatrice en périnatalité avant sa première séance nouveau-né
• Lire les signaux d'inconfort : couleur de la peau, respiration, position des mains, température ; un bébé communique énormément
• Ne jamais forcer une pose : elle teste le dos, le côté, le ventre, et garde la position que le bébé choisit
• Utiliser les réflexes plutôt que les mains : effleurer un pied ou une joue suffit souvent pour que le bébé se place seul
• Des parents détendus : arrivée sans horaire strict, séance d'une à trois heures, tétées comprises
• Un style qui attire les bons clients : matières naturelles, teintes brunes et vertes, et des images qui montrent le vrai caractère du bébé
Bébés suspendus dans des hamacs, têtes posées sur les mains, séances de quatre heures : la photographie de nouveau-né a connu des dérives, à mesure que le nombre de photographes explosait. Mathilde Anceaume, photographe française installée en Suisse, défend une autre approche : se former auprès de professionnels de la naissance, écouter chaque bébé et ne jamais le contraindre.
Au micro d'Eloa Landais, photographe et responsable des formations chez Fotostudio (elles ont passé leur CAP photo ensemble en 2006), elle raconte sa formation au sein de l'ASPPNN, l'association suisse des photographes professionnels de nouveau-nés, ses astuces pour placer un bébé sans le manipuler, et la façon dont elle prépare les parents. Un épisode indispensable pour tout photographe qui reçoit, ou veut recevoir, des tout-petits de quelques jours dans son studio.
Qui est Mathilde Anceaume ?
Mathilde Anceaume est une photographe de nouveau-nés, de maternité et de famille française, installée en Suisse. Au moment de l'enregistrement, début 2021, elle est à son compte depuis trois ans et travaille dans un studio aménagé chez elle. Son parcours :
- Un CAP photo en 2006, passé avec Eloa Landais, puis deux ans aux Gobelins à Paris.
- Retoucheuse pour un site de vente en ligne : de la retouche catalogue à la chaîne, loin de la retouche publicitaire haut de gamme pour laquelle elle avait été formée.
- Une formation pour adultes en webdesign et graphisme, toujours aux Gobelins, puis un départ en Suisse, où elle occupe pendant quatre ans un poste de graphiste, retoucheuse et photographe.
- Un licenciement économique, au moment où sa fille a environ trois ans : l'occasion de se lancer dans ce qu'elle aime vraiment, le portrait et la famille.
« J'ai besoin d'humain, en tout cas de vivant sur mes images, sinon je les trouve sans intérêt. »
Mathilde Anceaume
Elle est aussi membre active de l'ASPPNN (Association Suisse des Photographes Professionnels de Nouveau-Nés), dont elle a suivi la toute première formation en 2017. Selon son site aujourd'hui, mathildeanceaume.com, Mathilde photographie les familles dans son studio de La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, et partout en Suisse : maternité, nouveau-nés, accouchement, couples et mariages atypiques. Elle propose aussi une offre aux professionnels (portraits de personal branding, photos de produits, gestion des réseaux sociaux).
1. Pourquoi se former avant de photographier des nouveau-nés ?
Mathilde se décrit comme une maman « très fusionnelle », attachée à une éducation bienveillante. En se lançant, elle s'est posé une question simple : si elle avait dû choisir un photographe à la naissance de sa fille, aurait-elle confié son bébé à un inconnu ? La réponse était non. Elle a donc décidé de ne photographier aucun nouveau-né avant d'avoir appris, auprès de professionnels de la naissance, comment toucher un bébé, comment décoder ce qu'il exprime et comment accompagner ses parents.
« On est parmi les premiers à voir les familles après l'arrivée du bébé, donc c'est chouette d'avoir un discours qui est cohérent avec eux. »
Mathilde Anceaume
Une formation presque médicale
Elle s'était déjà formée auprès d'autres photographes, sans y trouver ce qu'elle cherchait. Elle découvre alors l'ASPPNN, créée en 2017, dont la formation a été conçue par une sage-femme et une formatrice en périnatalité. Deux jours intensifs, dont le contenu parle très peu de photo :
- De la théorie : le fonctionnement du cerveau du nouveau-né, ce qui est mature ou non à la naissance, et le bouleversement que vivent les parents.
- De la pratique entre photographes, sans bébé : des exercices les yeux bandés pour ressentir le toucher, puisque le nouveau-né voit encore mal.
- Une séance de critique d'images : le bébé a-t-il l'air d'avoir froid, son expression est-elle sereine, la pose est-elle acceptable ?
En 2021, la formation et la première année d'adhésion coûtaient 800 francs suisses, puis 200 francs par an. L'association, bénévole, accueillait aussi des photographes francophones hors de Suisse. Au-delà de la formation, Mathilde insiste sur la force de la communauté : des rencontres plusieurs fois par an, un groupe d'entraide, des clients qu'on s'envoie. Quand on travaille seul, avoir des collègues change tout.
À retenir : la technique photo ne suffit pas pour accueillir un bébé de cinq jours. Se former auprès de sages-femmes ou de spécialistes de la périnatalité, idéalement avant sa première séance, donne les bons réflexes dès le départ.
2. Comment reconnaître les signaux d'inconfort d'un nouveau-né ?
C'est l'un des cœurs de la formation : un bébé ne parle pas, mais il communique en permanence. Mathilde cite plusieurs indices à surveiller pendant toute la séance :
- La coloration de la peau : une oreille un peu écrasée contre le torse du papa devient vite rouge ou blanche. Ce n'est pas douloureux, mais c'est le signe d'une pression inconfortable.
- La respiration et la position des mains, qui en disent long sur son état.
- La température, à vérifier sans cesse : un bébé nu se refroidit très vite.
- Les tensions de la naissance : la mâchoire est souvent tendue après l'accouchement, parfois il y a même un bleu. Mathilde évite donc d'appuyer à cet endroit.
« Il faut avoir un dosage du toucher très, très pointu. »
Mathilde Anceaume
Un bon toucher, explique-t-elle, se situe entre l'effleurement (qui chatouille et dérange) et la prise ferme (désagréable elle aussi). Eloa partage une anecdote parlante : des parents lui avaient dit que leur bébé de dix jours détestait être sur le dos. Six mois plus tard, ils ont compris pourquoi : il souffrait de reflux. Le bébé l'avait signalé dès la séance, à qui savait l'écouter.
À retenir : un bébé qui refuse une position a toujours une raison. Observer la peau, la respiration et les mains permet de corriger l'installation avant que l'inconfort ne devienne des pleurs.
3. Pourquoi certaines poses de nouveau-nés sont-elles dangereuses ?
En France, rappelle Eloa, on peut se déclarer photographe en quelques minutes, sans aucun diplôme, et annoncer le lendemain une séance avec un bébé de cinq jours. Avec l'explosion du nombre de photographes de nouveau-nés, une mode venue surtout des États-Unis s'est répandue : des images spectaculaires, avec des bébés suspendus dans de petits hamacs, tête posée sur les mains ou en équilibre.
Des images qui sont en réalité des montages
Les photographes qui ont lancé ces images les réalisent de façon responsable : ce sont des photos composites. Mathilde détaille la méthode pour les débutants. Le hamac est posé quasiment sur un pouf, le bébé est tenu, on le photographie. Puis on photographie le même hamac, vide, accroché à deux mètres du sol. Il ne reste qu'à assembler les deux images et effacer le pouf. Le problème, c'est que beaucoup de photographes ont reproduit la pose « pour de vrai », sans montage.
« Si vous mettez votre bébé dans le hamac à deux mètres du sol sans que personne ne le tienne, là, ça va poser problème. »
Mathilde Anceaume
On ne joue pas à la poupée
Eloa évoque les bébés dans des pots de fleurs popularisés par Anne Geddes dans les années 80 et 90, à l'origine de l'idée de déguiser les nouveau-nés et de les placer dans des positions improbables. Les deux photographes partagent le même malaise face au posing poussé : mettre un bébé debout emmailloté ou sur les coudes, c'est le placer dans une position qu'il ne pourrait pas prendre seul. Mathilde a regardé des formations américaines et australiennes qui détaillaient où mettre chaque main, chaque jambe ; la formation de l'ASPPNN lui a confirmé pourquoi ces poses la gênaient : elles ne sont pas naturelles.
À retenir : une pose qu'un nouveau-né ne pourrait pas prendre seul n'est jamais anodine. Si une image l'exige, elle se fait en montage, avec un parent ou un assistant qui tient le bébé à chaque instant.
4. Comment placer un bébé sans le forcer ?
Les photos de Mathilde semblent très posées. En réalité, elle berce le bébé, l'installe dans un contenant ou sur le pouf, puis le laisse gigoter et prendre la position qui lui convient. Elle veille seulement à ce que ses mains ne cachent pas son visage, sans les éloigner : un nouveau-né a besoin de ses mains près de son visage.
Tester, puis écouter
Certains bébés ne supportent pas d'être sur le dos. Alors elle essaie sur le côté ; si cela ne va toujours pas, sur le ventre. Elle garde la position où le bébé est bien. Et forcer, précise-t-elle, ne veut pas forcément dire être brutal : même en douceur, s'il n'a pas envie, on n'insiste pas.
« S'il s'est mis comme ça, c'est qu'il est bien comme ça. »
Mathilde Anceaume
S'appuyer sur les réflexes du nouveau-né
Plutôt que de déplacer un membre, Mathilde utilise les réflexes naturels du bébé, qui cherche toujours le contact :
- Le pied : toucher le dessus ou le dessous du pied suffit pour qu'il le déplace de lui-même dans la direction voulue.
- Les mains : un léger toucher au bon endroit, et le bébé écarte seul ses mains de son visage.
- La tête : effleurer la joue du côté où l'on souhaite qu'il tourne déclenche le réflexe de recherche du sein ; il ouvre la bouche et tourne la tête.
- Les zones à éviter : la fontanelle, bien sûr, mais aussi la mâchoire, souvent tendue après la naissance.
À retenir : le photographe propose, le bébé dispose. Les réflexes permettent d'obtenir une jolie position sans manipuler, et un bébé qui choisit sa posture reste calme plus longtemps.
5. Comment organiser une séance nouveau-né sereine ?
Mathilde photographie les bébés entre 5 jours et 3 semaines environ, souvent quand le papa est encore en congé et peut venir. Pour elle, la priorité numéro un est l'état des parents, car le bébé ressent tout.
Pas d'horaire strict
Elle donne un créneau à partir de 9 heures, mais si la famille arrive à 10 heures, peu importe, tant qu'elle n'est pas stressée. Pour beaucoup de parents, c'est l'une des premières sorties avec leur bébé : ils ne savent pas encore quoi emporter, et un départ précipité se transmet directement au nouveau-né.
« Je veux qu'ils arrivent calmes et tranquilles, parce que le bébé va sentir s'il y a du stress. »
Mathilde Anceaume
Annoncer les règles dès la prise de contact
Dès la première demande, Mathilde explique que la séance durera entre une et trois heures selon le bébé, et qu'il est normal qu'il passe une grande partie du temps au sein. Elle prévient aussi que certaines photos rêvées ne seront pas possibles si le bébé ne s'y prête pas. Écrire ces conditions noir sur blanc dans vos contrats évite les malentendus, et un questionnaire envoyé avant la séance vous permet de connaître à l'avance les habitudes du bébé (tétées, reflux, sommeil).
Le déroulé type
- Les photos de famille d'abord : le bébé reste dans les bras de ses parents et se familiarise avec le lieu, la voix de la photographe et les odeurs.
- Puis les contenants, préparés à l'avance dans le style de Mathilde. Les parents ont choisi ce style en venant chez elle, mais elle ne promet rien : tout dépendra du bébé.
Eloa le confirme par son expérience : formée au posing pur en Belgique auprès d'une formatrice américaine, elle passait 4 h 30 par séance, avec des clients ravis mais une photographe épuisée. Devenue maman, elle s'est autorisée à suivre son ressenti, et ses séances sont devenues plus courtes et plus libres.
À retenir : une séance nouveau-né réussie se prépare avant le jour J. Des attentes claires sur la durée, les tétées et les poses possibles rassurent les parents, et des parents détendus font un bébé serein.
6. Comment montrer aux parents que vous êtes formé ?
Beaucoup de parents ne se posent même pas la question : ils voient de jolies photos de bébés et réservent, en se disant qu'ils seront présents pendant la séance. Ils savent choisir un style, mais pas vérifier que le photographe sait manipuler un nouveau-né.
Pour attirer leur attention sur le sujet, les membres de l'ASPPNN ajoutent une petite phrase à chaque photo de nouveau-né publiée sur les réseaux sociaux : l'image a été réalisée par un photographe professionnel formé par des sages-femmes au sein de l'association. L'adhésion engage aussi à respecter une charte validée par la formation. Eloa rappelle qu'en France, l'APSNN (association de photographes spécialistes du nouveau-né) propose de son côté une charte et un label que ses membres peuvent afficher sur leur site.
« Ça nous semble hyper important que les potentiels clients soient informés là-dessus, qu'on n'est pas des gens qui font ça au petit bonheur la chance. »
Mathilde Anceaume
À retenir : votre formation est un argument commercial. Mentionnez-la sur votre site, dans vos publications et dans vos échanges avec les futurs parents : c'est souvent ce qui les fait choisir un photographe plutôt qu'un autre.
7. Comment trouver son style de photographe nouveau-né ?
Le style de Mathilde est immédiatement reconnaissable : uniquement des teintes naturelles (beige, brun, vert, un peu de rouille), du bois, de la laine, des fibres végétales et de vraies plantes autour des contenants. Pas de fuchsia. Eloa, en parcourant son site pendant l'enregistrement, a même cru voir de la terre : c'était de la laine.
Ce style très marqué fait le tri tout seul : les familles qui n'aiment pas cet univers ne la contactent pas. Ses clients nouveau-nés viennent pour deux raisons : certains ont eu un coup de cœur pour ses images (et n'auraient fait ces photos avec personne d'autre), d'autres l'ont trouvée via l'association parce qu'ils cherchaient un photographe formé. Pour que ce tri fonctionne, votre univers doit se voir au premier coup d'œil, d'où l'importance d'un site internet de photographe qui montre vraiment vos images.
Un style qui peut évoluer
Trouver son style ne veut pas dire le figer. Les photos de Mathilde étaient plus sombres il y a trois ans, dans une veine « moody » ; elles sont restées brunes et chaudes, mais de plus en plus lumineuses. Copier le style d'un autre photographe, en revanche, ne tient pas dans la durée.
« Il faut vraiment prendre le temps de trouver son style et ensuite s'y tenir. »
Mathilde Anceaume
Eloa observe la même chose de son côté : il y a quelques années, elle aurait supprimé de sa sélection un bébé qui fait une grimace. Aujourd'hui, ses clients choisissent souvent ces images-là (« il fait tout le temps ça ! »). Laisser ces photos dans la galerie en ligne livrée aux parents, et les montrer sur son site, attire justement les familles qui cherchent du naturel.
À retenir : mettez votre personnalité dans vos images. Un style sincère attire les clients qui vous correspondent, et c'est aussi ce qui vous permet de continuer à aimer votre métier.
8. Allaitement, accouchement : photographier le maternage
Mathilde se voit comme une « photographe engagée ». Elle a allaité sa fille jusqu'à 3 ans et 3 mois, s'est formée à l'allaitement et au portage en écharpe, et ces sujets ont naturellement trouvé leur place dans son offre : ses forfaits maternage ajoutent des photos d'allaitement ou de portage à la séance famille. Elle se garde de tout jugement : allaiter ou donner le biberon doit rester un choix.
Le reportage d'accouchement
Au moment de l'épisode, elle n'a photographié qu'un seul accouchement, une expérience « très, très forte » qu'elle rêve de renouveler. Les parents regardent leurs photos sans arrêt : tous les détails et les émotions qu'ils avaient manqués sur le moment. Seule avec sa fille, elle doit pouvoir la confier à une nounou à trois heures du matin, ce qui limite encore ces reportages. Les naissances à domicile ou en maison de naissance, plus naturelles, sont aussi plus simples à photographier. Pour aller plus loin sur ce métier, lisez le témoignage de Nathanaël Charpentier, photographe d'accouchement.
Les deux photographes comparent aussi les situations des deux pays : en Suisse, l'accouchement à domicile est pris en charge par les assurances et les sages-femmes sont assurées normalement ; en France, en 2021, les sages-femmes qui le pratiquent peinent à trouver une assurance professionnelle. Eloa, qui a accouché en maison de naissance, plaide pour une seule chose : que les parents aient le choix.
À retenir : vos convictions peuvent devenir une spécialité. Allaitement, portage, naissance : ce qui a du sens pour vous donne de la cohérence à votre offre et attire des familles qui partagent ces valeurs. Ces familles, vous les reverrez souvent : Mathilde adore justement retrouver les familles qu'elle a déjà photographiées, et un programme de fidélité aide à les faire revenir.
9. Faut-il donner des conseils aux jeunes parents ?
Mathilde a longtemps hésité. Elle avait accumulé beaucoup d'informations sur l'allaitement, le portage et la sécurité des sièges auto, mais craignait que les parents ne les prennent pour un jugement. La formatrice en périnatalité lui a répondu sans hésiter : il faut les partager. Le photographe est souvent la première ou la deuxième sortie des parents, et le milieu médical est inégalement formé sur l'allaitement.
Proposer, jamais imposer
Pendant ses séances, Mathilde « papote énormément » : elle demande aux parents s'ils rencontrent des difficultés, puis s'ils veulent des informations. La réponse est presque toujours oui. Au moment du départ, elle propose un cours express d'installation du bébé dans son siège auto, car personne ne vérifie cela à la sortie de la maternité. Elle recommande notamment le site de Sécurange, une association française qui teste les sièges auto : certains modèles homologués et bien notés commercialement se révèlent peu sûrs en cas de choc.
« Si on veut partager quelque chose, il faut être sûr de ce qu'on avance. »
Mathilde Anceaume
Le mot de la fin, partagé par Eloa : on vient photographier un bébé, mais il y a derrière un petit être humain tout neuf, et une famille entière chamboulée par son arrivée.
À retenir : des conseils fiables, proposés avec tact, renforcent la confiance des parents et font de la séance bien plus qu'une prise de vue. Vérifiez toujours vos sources avant de les transmettre.
Épisode enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire (en Suisse, les rassemblements étaient alors limités à cinq personnes, enfants compris, et les formations de l'association étaient suspendues). Les tarifs, dates de formation et règles évoqués concernent cette période.
Les erreurs à éviter en séance photo nouveau-né
D'après l'expérience de Mathilde Anceaume et d'Eloa Landais :
✗ Recevoir des nouveau-nés sans formation spécifique : savoir photographier ne veut pas dire savoir toucher et installer un bébé de quelques jours.
✗ Reproduire une pose spectaculaire sans montage : hamac suspendu, tête sur les mains, bébé debout ; ces images sont des composites.
✗ Insister quand le bébé refuse une position, même en douceur : il y a toujours une raison, parfois un reflux ou un torticolis.
✗ Imposer un horaire strict à des parents qui sortent pour la première fois avec leur bébé.
✗ Promettre une photo précise avant d'avoir rencontré le bébé.
✗ Oublier la température et les signaux de la peau pendant une longue séance.
✗ Copier le style d'un autre photographe au lieu de construire le sien.
FAQ : séance photo nouveau-né et sécurité du bébé
À quel âge faire une séance photo nouveau-né ?
Mathilde Anceaume photographie les bébés entre 5 jours et 3 semaines environ. C'est souvent la période où le second parent est encore en congé et peut venir à la séance. Une séance plus tardive reste possible.
Combien de temps dure une séance photo nouveau-né ?
Comptez entre une et trois heures, selon le bébé. Il est normal qu'il passe une partie de la séance à téter ou à être rassuré dans les bras. Des séances de quatre heures ou plus, fréquentes avec le posing poussé, fatiguent le bébé, les parents et le photographe.
Les poses de nouveau-nés sont-elles dangereuses ?
Certaines peuvent l'être si elles sont réalisées sans précaution. Les images de bébés suspendus dans un hamac ou la tête posée sur les mains sont des montages : le bébé est tenu ou posé près du sol, puis les photos sont assemblées. Une pose que le bébé ne pourrait pas prendre seul ne doit jamais être obtenue en le forçant.
Comment savoir si un photographe nouveau-né est formé ?
Demandez-lui où il s'est formé à la manipulation des nouveau-nés. Certaines associations, comme l'ASPPNN en Suisse ou l'APSNN en France, proposent une charte, un label ou une formation avec des sages-femmes. Un photographe formé explique volontiers comment il installe le bébé et comment se déroule la séance.
Comment reconnaître qu'un bébé n'est pas à l'aise pendant une séance photo ?
Surveillez la couleur de sa peau (des zones rouges ou blanches signalent une pression), sa respiration, la position de ses mains et sa température. Un bébé qui s'agite ou pleure dans une position donnée exprime un inconfort : il faut changer de position plutôt qu'insister.
Comment placer un nouveau-né sans le manipuler ?
En utilisant ses réflexes. Effleurer le dessus ou le dessous d'un pied l'incite à le déplacer ; toucher la joue déclenche le réflexe de recherche du sein et lui fait tourner la tête. Il faut éviter la fontanelle et la mâchoire, souvent tendue après la naissance.
Comment préparer une séance photo nouveau-né en tant que photographe ?
Expliquez aux parents dès la réservation la durée prévue, la place des tétées et le fait que certaines poses dépendront du bébé. Chauffez la pièce, réchauffez vos mains, préparez vos contenants à l'avance et commencez par les photos de famille, bébé dans les bras, pour qu'il s'habitue au lieu.
Découvrir le travail de Mathilde Anceaume
Nouveau-nés, maternité, accouchement et familles, dans un univers de matières et de couleurs naturelles, depuis son studio de La Chaux-de-Fonds : retrouvez le travail de Mathilde sur son site, mathildeanceaume.com.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Eloa Landais et Mathilde Anceaume, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les tarifs, formations et règles sanitaires évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 11 800 mots)
Chapitres :
- Introduction
- Du CAP photo aux Gobelins
- Retoucheuse, puis départ en Suisse
- Licenciement et envie de se lancer
- Photographe de famille indépendante
- Se former avant de photographier des nouveau-nés
- La formation ASPPNN : toucher et signaux du bébé
- Des parents détendus pour un bébé serein
- Adhésion, tarifs et communauté
- Un métier ouvert à tous, des poses dangereuses
- Logos, charte et label de bienveillance
- Une formation conçue avec une sage-femme
- Anne Geddes et la mode du posing
- Écouter chaque bébé
- Préparer les parents à une séance au rythme du bébé
- Les astuces du toucher et des réflexes
- Contenants et style naturel
- Le site de Mathilde et la force de l'association
- Se former dès le début
- Photographier un accouchement
- Accoucher à domicile, en France et en Suisse
- Allaitement : le choix, et les photos
- Mettre sa personnalité dans son style
- Du posing pur à une approche plus libre
- La formation ASPPNN en période de Covid
- Informer les parents : allaitement et sièges auto
- Le mot de la fin
Introduction
Eloa : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre de progresser dans votre métier.
Je suis Eloa Landais, photographe et responsable des formations online et offline chez Fotostudio.io. C'est une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1250 photographes francophones et européens. Elle leur fait gagner un temps précieux dans leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings.
Si vous aimez le podcast, n'hésitez pas à le partager, à vous abonner et surtout à liker.
Je reçois aujourd'hui Mathilde Anceaume, photographe française vivant en Suisse, qui va nous parler d'une association, l'ASPPNN, association suisse qui forme les photographes de nouveau-nés à la pratique de leur art, c'est-à-dire la séance photo des tout-petits de quelques jours à 2-3 semaines. L'idée, c'est de former tous les photographes de nouveau-nés à la pratique, à la manipulation, au bien-être de ces petits bébés. Elle va nous en dire plus !
Du CAP photo aux Gobelins
Eloa : Bonjour Mathilde Anceaume !
Mathilde : Bonjour !
Eloa : On est aujourd'hui sur le podcast de Fotostudio pour que tu nous parles un petit peu de toi, de tout ce que tu fais dans le monde de la photographie. Est-ce que tu peux déjà te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ? Qui es-tu ?
Mathilde : Alors, je suis Mathilde Anceaume, je suis photographe en Suisse, à mon compte depuis 3 ans. Avant ça, j'ai fait pas mal de formations, dont une avec toi !
Eloa : On était à l'école ensemble, oui !
Mathilde : On a passé notre CAP en 2006 ensemble !
Eloa : Exactement ! Et on s'est retrouvées là par hasard !
Mathilde : Totalement ! C'est rigolo !
Eloa : Mais tu étais en France au départ.
Mathilde : J'étais en France, à Paris. J'ai fait cette formation avec toi, et ensuite j'ai fait les Gobelins à Paris aussi.
Eloa : Très réputé !
Mathilde : Très réputé, oui ! Très chouette comme formation, vraiment, c'était incroyable !
Eloa : Moi j'habitais à 50 mètres des Gobelins ! J'avais passé le concours, mais il y avait du dessin, et je suis nulle en dessin. Très très nulle ! Le concours, c'était dans un hangar, tu as fait ça aussi ?
Mathilde : Oui, oui, je me rappelle, bien sûr !
Eloa : Je ne sais pas si on l'a fait la même année...
Mathilde : Si, on a dû le faire la même année !
Eloa : Il y avait du dessin, plein de trucs, c'était loin de mon univers, et je pense que j'ai été recalée au premier round !
Mathilde : Pas possible !
Eloa : Et toi, tu as eu...
Mathilde : Je suis aussi nulle en dessin. On m'avait expliqué après que l'objectif, c'était surtout de voir si on voyait la lumière, tout simplement. Si on comprenait la lumière.
Eloa : Bon, moi je ne devais pas comprendre la lumière !
Retoucheuse, puis départ en Suisse
Eloa : Et tu es restée deux ans aux Gobelins ?
Mathilde : Oui, deux ans aux Gobelins, et ensuite j'ai travaillé en tant que retoucheuse, et finalement ça ne me convenait pas spécialement.
Eloa : Ah oui ! Tu retouchais quoi ? Les photos des autres ?
Mathilde : J'étais chez une... je ne vais pas dire le nom.
Eloa : Tu as le droit, si tu veux !
Mathilde : Non, parce que je vais les dénigrer, c'est pas cool ! Une marque qui fait de la vente en ligne. C'était du travail à la chaîne, avec peu de reconnaissance, ce n'était pas très agréable.
Eloa : Il fallait retoucher les packshots ?
Mathilde : Des packshots, des fringues, un peu de tout. Mais c'était vraiment du catalogue, pas forcément super intéressant par rapport à ce que j'avais envie de faire.
Eloa : C'était moins créatif que ce que tu avais en tête en sortant de l'école.
Mathilde : Exactement ! Donc je me suis dit : bon, je vais faire une autre formation pour booster un peu mes compétences. J'ai refait une formation aux Gobelins, en formation pour adultes, en webdesign et graphisme. Et puis je suis partie en Suisse, et j'ai trouvé un job.
Eloa : Pourquoi la Suisse ?
Mathilde : J'ai rejoint le jeune homme qui est devenu le papa de ma fille !
Eloa : Aha !
Mathilde : Et j'ai trouvé un job de graphiste, retoucheuse, photographe : je faisais un peu de tout dans une entreprise.
Eloa : Parce que pour entrer en Suisse, il faut quand même montrer patte blanche !
Mathilde : Il faut un job, clairement ! Tu ne peux pas venir vivre en Suisse si tu n'as pas de travail au départ.
Eloa : Ils ont compris le truc ! Tu arrives avec toi et ton travail !
Mathilde : C'est ça !
Licenciement et envie de se lancer
Mathilde : J'ai fait ça pendant 4 ans, à peu près. Et puis cette entreprise a connu des difficultés, et j'ai été licenciée économique. Je me suis dit : est-ce que ce n'est pas le moment de faire vraiment un truc qui me plaît ? Parce que le monde du salariat ne me convient pas vraiment. J'ai l'impression que ça bride un peu toute ma créativité, mes compétences.
Eloa : Les gens ne te voient pas, mais tu as les cheveux bleus, il faut le dire ! Quelques piercings...
Mathilde : Des tatouages !
Eloa : Ceux-là, je ne les vois pas ! Donc tu avais peut-être une créativité en toi qui n'était pas reconnue dans cette entreprise.
Mathilde : Voilà ! Et entre-temps, ma fille est née aussi. Je me suis dit : tiens, là il y a quelque chose qui me parle beaucoup. Je faisais déjà beaucoup de portraits, j'ai toujours fait que du portrait en photo, il n'y avait vraiment que ça qui m'intéressait. Au final, c'est ça que j'aime. J'ai besoin d'humain, en tout cas de vivant sur mes images, sinon je les trouve sans intérêt. Les photos de paysages, par exemple, je suis absolument incapable de faire ça ! Les packshots, c'est nul ! J'ai besoin de vivant.
Eloa : Ton premier job sur les vêtements devait être vraiment frustrant pour toi ! Il y avait quand même des personnes sur les photos, des mannequins, ou c'était que des packshots ?
Mathilde : Il y avait aussi des mannequins. Mais je ne faisais que de la retouche, de la retouche rapide, catalogue. Et moi, j'étais formée plutôt pour de la retouche type publicité, très haut de gamme. Donc ce n'était pas intéressant.
Et donc je me suis dit : « Tiens, je me lance ! Allez, je fais ce que j'ai envie, ce qui me plaît ! » Et je suis partie vraiment dans la photo de famille.
Eloa : Tu avais récupéré un petit peu d'argent avec ton licenciement économique ?
Mathilde : Pas grand-chose, mais je suis quelqu'un de très économe. J'avais mis de côté suffisamment pour investir dans du matériel. J'avais de toute façon déjà un peu de matériel numérique, parce que je fais de la photo tout le temps, donc j'étais équipée de ce côté-là. Mais j'ai acheté des beaux flashs, un peu de matériel. Je n'ai pas besoin d'énormément, en termes de fonds, etc.
Eloa : Parce que tu n'as pas de studio ?
Mathilde : J'ai un studio ! On est actuellement dans mon studio, qui est dans ma maison. Mais ça va bientôt changer !
Eloa : Cool ! Donc tu t'es dit : « Allez, le salariat, j'en suis libérée ! Je peux monter ma propre entreprise, je n'ai pas besoin d'investir beaucoup, donc je fonce et je vais faire des portraits ! »
Mathilde : Exactement !
Photographe de famille indépendante
Mathilde : Je me suis vraiment tournée vers les portraits de famille. Pas forcément des portraits de personnes seules, mais j'aime bien documenter la famille. Donc j'ai fait des photos de maternité, de nouveau-nés, de mariage, de famille dans un sens un peu plus général. Et ça me convient parfaitement. J'adore ce que je fais !
Eloa : Et ta fille avait quel âge quand tu as été licenciée ?
Mathilde : Elle devait avoir 3 ans, à peu près.
Eloa : Donc finalement, elle était grande, dans le sens où elle avait moins de besoins. Et toi, tu t'es dit : « Allez, je quitte le salariat, je monte ma petite entreprise ! » Je ne connais pas la crise, j'espère !
Mathilde : Ouais ! C'était un bon timing, en fait.
Eloa : D'accord ! Et là, tu as fait un site, tu as appelé les copines pour faire des photos, comment tu t'es lancée ?
Mathilde : Exactement ! Je crois que j'ai même commencé par faire des shootings maternité pour les copains, copines qui attendaient des bébés. Et c'est là que je me suis rendu compte que ça me parlait à fond.
Eloa : Les grossesses, les gros bidons !
Mathilde : C'est ça !
Eloa : Moi, je n'ai même pas fait de photos de grossesse ! Enfin, j'ai une copine qui m'en a fait, et quand je les regarde, je les aime bien. Mais en même temps, j'aurais quand même pu embaucher un photographe, sérieusement !
Mathilde : Les cordonniers sont les plus mal chaussés ! Je n'ai pas de photos de nouveau-né de ma fille ! J'ai des photos lifestyle, et ça va très bien.
Eloa : C'est pas du tout la même chose quand c'est le tien. Tu es fatiguée, tu n'as pas du tout envie de... Moi, je me suis fait violence pour emmener mon fils au studio, à peut-être trois semaines. J'ai appelé ma mère, je lui ai dit : « Faut qu'on y aille, faut que je fasse des photos ! » Mais tu es en même temps la mère, la photographe... J'ai dû faire la moitié d'une séance, et puis je me suis dit : « Bon, ça suffira bien pour le faire-part ! »
Mathilde : On ne peut pas tout faire parfaitement !
Eloa : Exactement ! Et du coup, tu t'es dirigée de plus en plus vers les petits, ou tu fais aussi des 4-5 ans, des 10 ans ?
Mathilde : Je fais tous les âges, il n'y a pas de limite d'âge ni de préférence au final. C'est vrai que j'aime beaucoup la maternité, mais j'aime tous les âges. Ce que je préfère, c'est surtout revoir les familles que j'ai déjà vues. Ça, c'est toujours chouette, c'est vraiment un truc qui me plaît. Et ça marche bien, donc c'est cool !
Eloa : Et vous avez un statut en Suisse ? Parce que toi, tu déclares tes impôts en Suisse, donc ta société est suisse ?
Mathilde : Tout est suisse, je n'ai plus rien du tout en France, à part mes parents et ma sœur ! J'habite en Suisse, donc je suis presque considérée comme suisse.
Eloa : Et vous avez un statut d'indépendant ?
Mathilde : Oui, exactement. Ce n'est pas aussi simple que les statuts micro-entreprise, auto-entrepreneur que vous avez en France, mais c'est quand même moins compliqué que ce qu'il y avait avant en France. C'est faisable.
Eloa : D'accord, donc c'est un peu assimilé à la micro-entreprise pour nous. Tu as ton site, et tu trouves tes familles par internet, par le bouche-à-oreille ?
Mathilde : Je pense que c'est plus le bouche-à-oreille maintenant. Avant, c'était beaucoup internet.
Se former avant de photographier des nouveau-nés
Eloa : D'accord. Et après, tu as fait des formations, tu as rencontré des gens...
Mathilde : Oui, exactement, c'est surtout de ça que je voulais vous parler d'ailleurs ! Quand je me suis lancée, je me suis dit que pour faire des photos de nouveau-nés... Personnellement, je suis très, très maternelle avec ma fille, très fusionnelle, il faut le savoir. Je suis dans une éducation positive, bienveillante.
Eloa : Elle a quel âge maintenant ?
Mathilde : Elle a 6 ans ! Et je me suis dit : si j'avais dû chercher un photographe de nouveau-nés quand elle est née, je n'aurais pas eu confiance. J'aurais eu de la peine à donner ma confiance à quelqu'un, à me dire que cette personne allait toucher mon bébé. Comment j'aurais vécu ce truc-là ? Donc je me suis dit : il faut que je sois formée. Il faut que des professionnels du nouveau-né nous apprennent comment toucher un bébé, comment se comporter avec un bébé, comment décoder ce que dit un bébé, et comment accompagner au mieux les parents aussi. Parce que j'ai bien compris qu'on était parmi les premiers à voir les familles après l'arrivée du bébé, donc c'est chouette d'avoir un discours qui est cohérent avec eux.
Eloa : Tu photographies les bébés à quel âge ?
Mathilde : Entre 5 jours et 3 semaines environ. Je peux faire même plus tard, mais en général c'est plutôt là, quand le papa a un peu de congés et qu'il peut venir aussi.
Et donc je me suis renseignée en me disant : ça doit exister, des formations avec des sages-femmes. Ou alors je contacte directement des sages-femmes pour voir si elles veulent bien me faire une formation un peu personnalisée.
La formation ASPPNN : toucher et signaux du bébé
Mathilde : Et je suis tombée sur l'Association Suisse des Photographes Professionnels de Nouveau-Nés, qui venait tout juste d'être créée. Je pense qu'ils avaient lancé le site, et deux semaines après, je les contactais. Et justement, leur but, c'était de faire une formation avec des sages-femmes et une formatrice en périnatalité. J'ai fait partie de la première volée de formation avec ces deux formatrices.
C'était exactement ce dont j'avais besoin. Elles expliquaient vraiment ce qu'on peut faire ou pas avec un bébé, ce qu'il est mieux d'éviter, par exemple au niveau des poses. Il y avait de toute façon des trucs que je refusais de faire systématiquement, mais là on voit les poses qui sont sécurisées en termes de santé pour le bébé, mais aussi qui sont sécurisantes pour lui. C'est-à-dire que psychologiquement et physiologiquement, le bébé est bien, et qu'il ne va pas faire de bêtises.
Eloa : Oui, parce que ce n'est pas parce qu'il sait faire physiquement cette pose (ils sont quand même très souples) que, un, ça lui plaît, et que, deux, psychologiquement, ça le rassure ou ça ne le met pas en difficulté.
Mathilde : Exactement. C'est une formation très poussée : deux jours vraiment intensifs, avec des moments très théoriques où on parle du fonctionnement du cerveau du bébé, de ce qui est mature ou pas chez un bébé qui vient de naître. On parle aussi beaucoup des mamans et des papas, de comment ils vivent tout ça, parce que c'est un chamboulement assez intense pour les parents d'avoir un bébé.
Et il y a aussi plein de parties pratiques, pas avec des bébés mais entre nous, où on essaie de comprendre comment le bébé ressent les choses. Vu que les bébés n'ont pas une vue très développée, on fait des exercices les yeux bandés pour essayer de comprendre le toucher et la manière de toucher. Évidemment, si on chatouille, ça va chatouiller le bébé, donc ce n'est pas agréable. Et si on le prend trop fortement, ce n'est pas agréable non plus. Il faut avoir un dosage du toucher très, très pointu. C'est vraiment le principal : on travaille beaucoup sur le toucher.
On essaie aussi de comprendre les signaux d'inconfort chez un bébé. La coloration de la peau nous aide beaucoup, la respiration, les mains, la position des mains... Il y a énormément de choses à savoir.
Eloa : Un petit conseil à nous donner ? Tu dis la coloration de la peau : s'il devient violet...
Mathilde : Alors, s'il devient violet, c'est que vraiment ça ne va pas ! Mais des fois, on le voit : un bébé qui est juste posé dans son cosy, ou dans les bras, avec l'oreille un peu aplatie sur le torse de son papa par exemple, ça devient tout de suite rouge ou blanc. C'est signe qu'il y a une pression quelque part et que c'est inconfortable. Ce n'est pas douloureux ni trop gênant, mais ça peut être inconfortable. Ce sont des choses qu'il faut vraiment surveiller, comme la température. Il y a beaucoup, beaucoup de paramètres pour que le bébé soit bien.
Des parents détendus pour un bébé serein
Mathilde : On travaille beaucoup là-dessus en formation, pour que tout soit réuni pour que le bébé soit bien, mais aussi pour que les parents ne soient pas stressés. Par exemple, il y a un truc que la majorité des photographes ne font pas, je le sais : aux parents des nouveau-nés qui viennent au studio, je dis « vous venez à partir de 9h, mais si vous arrivez à 10h, je m'en fiche, tant que vous n'êtes pas stressés ». Je veux qu'ils arrivent calmes et tranquilles, parce que le bébé va sentir s'il y a du stress, et ça ne va pas aller. Pour moi, c'est la priorité numéro un : que les parents soient bien, détendus en arrivant. Je veux qu'ils passent un bon moment, et pour ça, il ne faut pas qu'ils se stressent.
Eloa : Et si tu leur dis 9h alors que c'est une des premières fois qu'ils sortent avec leur bébé...
Mathilde : C'est impossible.
Eloa : Ils ne savent pas tout ce qu'ils doivent emporter. Et comme le bébé est une éponge, ils vont arriver avec un bébé complètement stressé.
Mathilde : Exactement.
Eloa : On ne dirait pas comme ça, les gens se disent : « Il est dans son cosy. » Mais si, il ressent tout. Et tu vas avoir du mal derrière à le détendre s'il est stressé dès le départ.
Mathilde : Exactement.
Eloa : Donc tu as appris beaucoup de choses, et ça t'a rassurée ?
Mathilde : Ça m'a beaucoup rassurée de me dire que j'avais les infos pour faire au mieux. Et j'ai commencé à faire des photos de nouveau-nés seulement après la formation. Je m'étais beaucoup formée avec d'autres photographes, mais ce n'était pas du tout ce que je cherchais. J'avais besoin de ce truc presque médical, entre le psychologique et le médical.
Eloa : Parce qu'elle forme des photographes, mais elle pourrait former des conseillères en périnatalité. Vous ne parlez pas du tout de photo ?
Mathilde : C'est ça aussi : dans cette formation, on parle très peu de photo au final. Le deuxième jour, on a une ou deux heures où on fait des critiques d'images : est-ce que ça, c'est ok, est-ce que ça, ce n'est pas ok ? Qu'est-ce qui va sur cette image, qu'est-ce qui ne va pas, est-ce que le bébé a l'air d'avoir froid, est-ce que son expression est ok ? Plein de choses comme ça, qui aident à vraiment comprendre comment faire au mieux avec un bébé.
Adhésion, tarifs et communauté
Eloa : Et c'est payant, j'imagine ?
Mathilde : C'est payant, oui, mais l'objectif de l'association, c'est vraiment de former le plus possible de photographes. Ce n'est pas un truc à but lucratif : on est tous bénévoles, les membres sont tous membres actifs. On n'est pas encore très nombreux. La formation se fait obligatoirement la première année d'adhésion, sinon on ne peut pas être membre.
Eloa : Ah oui, d'accord, donc tu entres dans l'association.
Mathilde : On adhère à l'association, et dans la foulée, on fait la formation, dès qu'on peut.
Eloa : On va donner le site : c'est ASPPNN, qui veut dire Association Suisse des Photographes Professionnels de Nouveau-Nés.
Mathilde : Exactement. Mais on ne forme pas que des Suisses ! On s'appelle comme ça parce qu'à la base, c'était uniquement suisse, mais on a beaucoup de demandes de francophones un peu partout pour avoir des formations, et on est ouverts à les former, il n'y a pas de souci.
Et pour le prix, on peut le dire aussi : la formation plus l'adhésion de la première année, ça coûte 800 francs suisses.
Eloa : À peu près 800 euros, non ?
Mathilde : C'est un peu moins en euros, mais c'est à peu près équivalent.
Eloa : À la louche.
Mathilde : Voilà. Ça comprend les deux jours de formation intensifs. Et les années suivantes, l'adhésion passe à 200 francs par an.
Il faut savoir que la communauté de cette association est vraiment forte, c'est un plaisir. On essaie de se retrouver deux ou trois fois par an, hors formation. On échange beaucoup, et on voit tout de suite que les nouveaux membres font des progrès incroyables en photo en très peu de temps, parce qu'on se soutient tous mutuellement, on s'envoie des clients, c'est vraiment une super ambiance. On a un groupe privé réservé aux membres où on partage beaucoup, mais surtout, on se voit beaucoup dans l'année, on essaie vraiment de se voir souvent. On a eu une super séance Zoom vendredi.
Eloa : Là, je regarde, il n'y a quasiment que des femmes. Est-ce qu'il y a des hommes ? Non, même pas.
Mathilde : On n'a pas de photographe homme. Par contre, on a Fred, qui est notre homme à tout faire, on va dire. C'est le mari de la présidente, Christelle. Il est trésorier, webmaster, et champion pour nous mettre des coups de pied aux fesses quand on oublie de donner nos images à temps !
Eloa : D'accord. Le but, c'est vraiment de dire : on arrête de faire n'importe quoi avec les bébés. Parce qu'en plus, en France, on peut devenir photographe en deux secondes. Il suffit d'aller sur le site pour se déclarer auto-entrepreneur...
Un métier ouvert à tous, des poses dangereuses
Eloa : Enfin, en micro-entreprise, tu n'as besoin d'aucun diplôme. Tu fais un petit site, vite fait bien fait ou vite fait mal fait, sur Internet, et tu peux dire le lendemain : « Je reçois un nouveau-né de cinq jours et je fais des photos. »
Mathilde : Exactement.
Eloa : Et tu peux ne rien y connaître du tout.
Mathilde : C'est ça, et c'est hyper dangereux. Et puis il y a eu une mouvance qui venait surtout des États-Unis, je crois, de photos faites pour avoir un effet « waouh ! » : le bébé est suspendu dans les airs, ou des trucs comme ça. Évidemment, il y a des techniques pour faire ce genre de photos, mais...
Eloa : Ah, tu veux dire comme dans un petit hamac ?
Mathilde : Oui, par exemple, des espèces de petits hamacs qui pendent dans les airs, ou des trucs qui sont juste dangereux, clairement. Les photographes qui font ça à la base le font de manière responsable. Ce sont des montages.
Eloa : Des montages, quoi.
Mathilde : Sauf que beaucoup de photographes se sont dit : « Ah ben oui, moi aussi je vais faire ça ! » Et ils le font, mais sans montage. Donc c'est juste dangereux.
Alors qu'on explique : le hamac est quasiment posé au sol, enfin pas au sol, mais sur un petit pouf. On le tient, on fait cette photo-là. Ensuite, on prend en photo le même hamac dans la même position, mais dans les airs, à deux mètres du sol. Et après, on fait un montage. Je parle vraiment aux novices : on colle les photos ensemble et on efface le pouf. On a l'impression que le bébé est dans son hamac à deux mètres du sol, alors que pas du tout. Si jamais il y avait un souci avec ce petit hamac, l'enfant est quasiment posé sur un pouf, donc il ne lui arrive rien. Effectivement, si vous mettez votre bébé dans le hamac à deux mètres du sol sans que personne ne le tienne, là, ça va poser problème.
Logos, charte et label de bienveillance
Eloa : Oui, oui. C'est vrai qu'il y a eu une mouvance, en tout cas en France, à un moment (ça n'a pas duré très longtemps, enfin peut-être, mais moi je ne les vois plus, ces photos) où les photographes mettaient un petit logo en bas de leur photo avec marqué « cette photo a été réalisée avec un montage ». Pour que les photographes débutants se disent : « Ah, je ne vais pas reproduire le bébé dans cette position, il ne tient pas tout seul. » On a effacé les mains du papa ou les doigts du photographe. Et c'était pas mal comme idée.
Mathilde : Oui, oui, c'était pas mal.
Eloa : Vous avez une charte ?
Mathilde : Alors nous, on a une charte qui est validée par la formation. Quand on fait la formation et qu'on adhère, on sait qu'on va suivre ce qui est dit dans la formation.
Et puis, justement, tu parles de ce petit logo. Nous, quand on poste des images de nouveau-nés sur nos réseaux sociaux, on a une petite phrase qui dit que cette photo a été réalisée par un photographe professionnel formé par des sages-femmes au sein de l'association. Ça nous semble hyper important que les potentiels clients soient informés là-dessus, qu'on n'est pas des gens qui font ça au petit bonheur la chance.
Eloa : C'est un label, en fait. Un label de qualité, alors pas forcément de qualité de photos, parce qu'il y a plusieurs qualités et styles de photos. Les clients savent choisir le style qu'ils aiment, mais ils ne savent pas si, derrière, le photographe respecte une charte de bienveillance.
Mathilde : Oui, exactement.
Eloa : Et vous, avec votre petite phrase ou votre petit logo, vous certifiez ça ?
Mathilde : Oui, et puis on attire l'attention sur ce sujet-là aussi, parce qu'il y a beaucoup de parents qui ne se posent même pas la question. Ils se disent : « Il y a un photographe, il fait des photos de bébés, je vais aller chez lui. » Mais ils ne se demandent pas si cette personne est formée spécifiquement pour les bébés ou pas.
Eloa : Oui, puis tu te dis toujours que tu vas être là, donc finalement tu pourras voir. Je comprends, c'est une bonne idée.
En France, on a eu l'arrivée aussi, il y a quelques années, d'une association, presque avec les mêmes lettres que vous : l'association de photographes spécialistes du nouveau-né, l'APSNN. Vous irez voir le site. La mission était un peu semblable, mais je ne crois pas dire de bêtises en disant qu'il n'y a pas cette fameuse formation comme chez vous. C'est plutôt la charte et le label de qualité, pour dire que les photographes qui rentrent dans cette association, et qui peuvent mettre le logo sur leur site, respectent une certaine charte de bienveillance. Mais j'avoue que la formation est quand même hyper intéressante chez vous.
Mathilde : Oui, c'est ça. Nous, on a cette charte qui est incluse, évidemment, mais on a aussi une certification par la formation. On a des photographes certifiés, sécurisés... je ne sais pas comment dire ça de manière positive.
Une formation conçue avec une sage-femme
Eloa : Tu as dit par une sage-femme et une...
Mathilde : La toute première formation a été montée par une formatrice en périnatalité, une personne dont le métier est de former des professionnels de la natalité : maternité, postnatal, etc. Et une sage-femme. Elles ont monté toute la formation ensemble.
Après, chaque année, soit Christelle, soit moi (Christelle, c'est la présidente de l'asso)...
Eloa : D'accord.
Mathilde : ... soit Christelle, soit moi, on assiste à chaque fois à la formation pour pouvoir dire : « Tiens, là, on pourrait rajouter ça. Ça, finalement, ça n'a pas de sens, on peut le mettre plutôt à la fin. » On remodèle la formation à chaque session.
Eloa : D'accord. Ah non, mais c'est une très bonne idée. En tout cas, c'est chouette. Et ça date de quand ?
Mathilde : De 2017. L'asso a été créée en 2017, donc la première formation date de 2017.
Eloa : Donc toi, tu ne peux pas dire que tu as changé après cette formation, puisque tu l'as faite dès le début.
Mathilde : Moi, je l'ai faite dès le début, clairement. Et au final, j'étais déjà pas mal informée de par l'éducation que je donnais à ma fille, tout simplement.
Eloa : Et puis tu avais aussi un bébé. C'est vrai que ça aide.
Mathilde : Voilà, j'avais un bébé, ça aide. Mais pas forcément, parce qu'il y a plein de choses auxquelles on ne pense pas. Il y a aussi le fait que je sois très formée en allaitement, que je me sois formée au portage en écharpe avec de vraies monitrices. Il y avait déjà plein de choses que je savais sur la physiologie du bébé, sur ses besoins, sur le fonctionnement du cerveau. Mais ça m'a quand même énormément apporté. Et ça a validé ce que je pensais de certaines poses qui ne me parlaient pas : j'ai compris pourquoi elles ne me parlaient pas. Elles n'étaient pas naturelles, tout simplement.
Anne Geddes et la mode du posing
Eloa : Ben oui, c'est clair. Il y a des trucs avec lesquels j'ai beaucoup de mal aussi. Pour moi, un bébé... je dis toujours qu'on ne joue pas à la poupée.
Mathilde : Hum-hum. Ben oui.
Eloa : Je lisais un truc sur Anne Geddes. Je n'ai jamais compris comment ça se prononçait : Guedz ou Gueddès ? Je le lis toujours, donc je ne sais toujours pas. Moi, je dis Guedz. Apparemment, elle reviendrait. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'Anne Geddes, qui faisait les fameux bébés dans des pots de fleurs. C'est elle qui a lancé ça, il y a très longtemps, dans les années 80-90. Et elle disait dans son interview qu'elle était « la photographe des bébés dans les pots de fleurs », alors qu'elle a fait beaucoup d'autres choses. Mais c'est un peu elle qui a amené cette idée de photographier les bébés autrement, j'ai l'impression. Elle a été une des précurseurs. Elle n'a pas fait que des bébés dans des pots de fleurs, on s'entend.
C'est vrai qu'on a commencé à faire des photos de bébés en se disant : « Est-ce qu'on ne pourrait pas les déguiser ? Est-ce qu'on ne pourrait pas les mettre dans des positions improbables ? » Moi, ça m'a toujours un peu rebutée de les mettre debout, emmaillotés, ou sur les coudes. Je sais très bien que les photographes qui le font, en tout cas celles de mon entourage, prennent toutes les précautions. Mais à partir du moment où l'enfant ne pourrait pas faire ça tout seul et qu'on l'a mis dans cette position, même si c'est très beau, ça ne me parle pas.
Et encore plus depuis que j'ai mon fils. Quand j'ai fait ses photos (j'ai dû attendre deux, trois semaines parce que j'étais fatiguée comme pas possible), j'ai eu plaisir à le voir les yeux ouverts, à le voir se mettre dans ses positions à lui. C'est lui qui décidait de se mettre dans des positions abracadabrantesques, complètement farfelues, et je me suis dit que c'est ça aussi qui pourrait être intéressant : c'est lui qui a choisi. On peut avoir un autre regard. Si tu le poses sur un pouf et que c'est lui qui se met dans cette position, il est forcément bien, il l'a choisie (s'il ne fait ni trop chaud ni trop froid). On peut avoir un autre regard et ne pas prendre de risques.
Mathilde : C'est ça. Tu parles de cette photographe, et justement, elle fait partie de celles qui ne me convainquent pas du tout. J'ai regardé pas mal de formations de photographes américaines, australiennes, sur la photo de nouveau-nés, donc de posing...
Eloa : Oui, le posing, c'est qu'on le met dans une position.
Mathilde : C'est ça, on modifie sa position pour qu'il corresponde à la norme qu'on attend de lui. Ça me rappelle un peu la vie, mais bon. Je regardais ces formations avant de trouver l'ASPPNN, et je me disais : « Attends, c'est bizarre quand même. » « Vous devez mettre sa main à tel endroit, sa jambe comme ça, les fesses ici... » Et moi : « Oui, mais c'est un peu beaucoup, quoi. »
Mes photos à moi, on dirait qu'elles sont très posées. Mais en général, je berce le bébé, je le pose dans son contenant ou sur le pouf pour qu'il soit bien, et ensuite je le laisse gigoter, se mettre comme il a envie. J'essaie juste de ne pas avoir ses mains devant son visage pour pouvoir le voir, mais pas trop loin de son visage non plus, parce qu'ils ont besoin d'avoir les mains près du visage. J'essaie de faire en sorte que ce soit une pose qui corresponde à ce bébé-là, à ce moment-là, et pas à ce qu'on attend absolument pour une pseudo-photo parfaite. Ça n'existe pas, surtout pas avec un être humain.
Écouter chaque bébé
Eloa : Tu veux dire que tu n'as pas en tête une pose que tu veux reproduire, et tu ne vas pas tout faire pour que ce bébé se mette dans cette position. Et déjà là, tu sais que tu ne contrains pas le bébé.
Mathilde : Voilà. Et je teste. Des fois, il y a des bébés qu'on met sur le dos et qui ne supportent pas du tout ça, alors j'essaie sur le côté. Sur le côté il est bien ? Bon, go, on fait les photos sur le côté. S'il n'est bien ni sur le côté ni sur le dos, je le mets sur le ventre. Tant qu'on fait vraiment attention à la physiologie du bébé et qu'on écoute ce bébé en particulier, il n'y a pas de problème, le bébé est bien.
Eloa : C'est ça que tu veux dire : il faut écouter ce bébé-là.
Mathilde : Exactement. Ils sont tous différents.
Eloa : Ouais, c'est vraiment ce que j'ai ressenti moi aussi, quand tu sais les écouter. Avant même d'avoir mon fils, j'avais bien vu qu'il y avait des bébés qui n'aimaient pas du tout être sur le ventre, les jambes croisées en petite boule. Je disais toujours aux parents : « Il y a des enfants qui n'aiment pas ça, certains ont même des torticolis, donc ils n'ont pas du tout envie de se mettre comme ci ou comme ça. Moi, je ne vais pas forcer votre bébé à faire quoi que ce soit. » C'était tellement évident pour moi que je pensais que tous les photographes faisaient ça. Mais on s'est rendu compte, avec l'explosion du nombre de photographes de nouveau-nés, que ce n'était pas le cas pour tout le monde. Et c'est bien ce que vous traquez avec votre association : on ne force pas un bébé à se mettre dans une position.
Mathilde : Et forcer, ce n'est pas forcément de façon violente. Même si tu y vas doucement, s'il n'a pas envie, on n'insiste pas.
Eloa : Voilà, c'est ça. On trouve autre chose.
Préparer les parents à une séance au rythme du bébé
Mathilde : Exactement. Et c'est à nous d'expliquer aux parents que la photo dont ils rêvent ne sera pas possible, et qu'on ne va pas la faire parce qu'on va respecter leur bébé. Ça passe, comme tu dis, par la communication avec les parents. Moi, c'est dès le départ : quand quelqu'un me contacte pour une séance nouveau-né, c'est tout de suite très clair que la séance va durer entre une et trois heures, que ça va dépendre du bébé, et que c'est normal si le bébé passe la majorité de la séance au sein parce qu'il a besoin de téter. Ce n'est pas grave. Pour moi, l'important, c'est que le bébé soit bien, que les parents soient bien, et ensuite on fait des photos. On n'est pas obligé de coller à quelque chose de spécial pour avoir de belles photos de leur bébé.
Eloa : Là, je suis en train de regarder tes photos, et on a des photos naturelles. Mais ce n'est pas parce qu'elles sont naturelles que le bébé est mal positionné : ils sont tous très mignons, et on a même des photos qui sont du posing pur. Sauf que (moi, j'en vois toute la journée, des photos de nouveau-nés, sur mes fils d'actu des réseaux) on voit bien qu'il y a un petit truc, un petit pied qui n'est pas placé, et certains se diraient : « Ah, on va le remettre. » Toi non, tu le laisses, parce que le bébé s'est mis comme ça et qu'il est bien comme ça.
Mathilde : Oui, il y a forcément un sens s'il s'est mis comme ça.
Eloa : Comment ?
Mathilde : Selon moi, il y a toujours un sens : s'il s'est mis comme ça, c'est qu'il est bien comme ça.
Eloa : Exactement. Et tu t'en rends compte après.
Mathilde : Oui.
Eloa : Tu as des parents qui te disent : « Il n'aime pas du tout être sur le dos. » Tu fais les photos comme ça, puis ils te rappellent six mois après pour photographier le bébé qui a grandi, et ils te disent : « Il avait un reflux, c'est pour ça qu'il n'aimait pas du tout être sur le dos. » Il avait dix jours, mais on s'en était rendu compte.
Mathilde : Oui, ça, on le voit très, très vite.
Eloa : Oui, mais toi, tu le vois parce que tu es à l'écoute. On peut complètement passer à côté, qu'on soit parent ou photographe, parce qu'on se dit : « C'est un bébé comme tous les autres, on va lui faire faire sa séance pendant quatre heures, et basta. » Alors que si on est « aware », si on est à l'affût des signes, il nous en envoie plein.
Mathilde : Ah oui, ils communiquent énormément, les bébés, et on peut aussi communiquer avec eux. Des fois, je mets un bébé un peu sur le côté et il a les mains complètement devant le visage. Et moi : « Oui, mais je voudrais voir ton visage pour te prendre en photo. » Il suffit de le toucher au bon endroit, et il va mettre ses mains ailleurs tout seul. Pas besoin de forcer. Ça se fait tout en douceur, le bébé le fait lui-même, et c'est très bien.
Les astuces du toucher et des réflexes
Eloa : Tu as des petites astuces comme ça, pour qu'on comprenne ce que tu veux dire quand tu dis « on va le toucher ailleurs » ?
Mathilde : Faire la formation ! Non, en fait, avec les bébés, il y a plein de termes un peu techniques, mais j'essaie de simplifier au maximum. Avec le toucher, ils ont des tendances. Par exemple, si on met le doigt dans la main d'un bébé, en général, il va s'accrocher.
Eloa : Oui, ça, c'est un réflexe primitif, totalement normal.
Mathilde : Et ça marche un peu pareil pour tout. Si on a envie, par exemple, de mettre le petit pied un peu plus loin, il suffit de toucher le petit pied, soit en dessous, soit au-dessus, suivant là où on veut le mettre, et il va suivre tout seul. Parce qu'il cherche forcément le contact avec l'autre humain.
Eloa : Donc tu n'as pas besoin de lui prendre le pied : en effleurant son pied, il va de lui-même tendre la jambe, par exemple.
Mathilde : C'est ça. Comme je disais tout à l'heure, c'est un toucher spécial : on n'effleure pas, mais on ne touche pas fort non plus, c'est entre les deux. C'est très spécifique.
Et pour le visage aussi : si on a envie qu'il tourne un peu la tête, on va profiter des réflexes de succion. On peut toucher un petit peu la joue du côté où on veut que le bébé tourne la tête, et automatiquement, il va ouvrir la bouche, tourner la tête, et ensuite il est placé.
Eloa : Comme s'il cherchait le sein de sa mère.
Mathilde : Exactement. Ce sont des choses qu'on décortique en formation, et ensuite, forcément, il y a l'expérience, parce que des bébés, j'en ai quand même vu pas mal.
Eloa : Ah oui, c'est intéressant, parce que tu ne places pas le bébé, c'est lui qui va se placer. Quand il tourne la tête, il va le faire avec plaisir, parce que c'est lui qui fait ce mouvement, ce n'est pas toi qui lui tournes la tête.
Mathilde : C'est ça, oui. Ou alors, des fois, je les aide, je guide leur tête pour qu'ils la tournent, mais en général, c'est pour qu'ils soient mieux installés, et après ils ne bougent plus de là.
Eloa : Et on doit t'apprendre aussi comment lui tourner la tête, tu ne le tiens pas de n'importe quelle façon.
Mathilde : Oui, savoir où placer ses mains pour toucher le bébé. Ce sont des choses qui sont importantes aussi.
Eloa : Parce qu'on dit toujours qu'il ne faut pas toucher la fontanelle, juste au-dessus de la tête. Mais il y a d'autres choses : tu peux prendre par les mâchoires, peut-être ? Je pense que tu peux pousser un petit peu là, parce que c'est dur, plutôt que sur la joue, qui est toute molle.
Mathilde : Les mâchoires, justement, j'essaie d'éviter aussi, parce que souvent les nouveau-nés ont des tensions à ce niveau-là.
Eloa : Oui, c'est vrai qu'ils ont été tout comprimés.
Mathilde : Voilà, la naissance, c'est un peu violent pour un bébé, il faut y penser aussi.
Eloa : Des fois, ils ont des bleus, carrément.
Mathilde : J'ai eu une fois un petit coquard, parce que la naissance avait été un peu rude. Ce sont des choses qui arrivent. On essaie justement de trouver ce qui va le mieux pour ce bébé-là. En général, je le prends dans les bras des parents, je le tiens comme je le sens, comme ça me convient dans mes mains, et ensuite je le pose, pour voir comment il est.
Contenants et style naturel
Eloa : Là, on parlait vraiment du côté physiologique. Mais en amont, aux parents, tu vas leur dire : « Je vous propose tel et tel contenant, telle et telle chose, mais je ne vous promets rien, parce que ça dépendra de votre bébé » ?
Mathilde : Exactement. C'est tout le temps comme ça que je fais. Je leur dis : « On va commencer par les photos de famille. » Le bébé est dans les bras, comme ça il reste encore un peu dans les bras pour continuer à se rassurer, à se familiariser avec l'endroit, avec ma voix, avec les odeurs qu'il peut y avoir ici. Et ensuite, je leur dis que je vais préparer des contenants. J'ai un style qui est assez constant, donc en général, quand on vient me voir, c'est pour mon style et pour ma formation, bien entendu. J'ai préparé quelque chose, les parents se disent : « Ah, c'est super, parfait ! » Et on y va comme ça.
Eloa : Tu proposes aussi ce qu'il y a sur ton site.
Mathilde : Exactement, oui.
Eloa : Là, j'en vois un qui est dans une vraie jungle, avec de la mousse, de la végétation. Effectivement, la personne qui ne veut pas du tout ça ne vient pas vers toi, encore une fois.
Mathilde : Exactement. J'ai un style assez marqué pour que les gens viennent pour ça. S'ils n'ont pas envie de ça, ils ne viennent pas.
Eloa : Oui, et puis ils peuvent te dire : « Ça, on n'aime pas trop, on préférerait ça. » De toute façon, que tu le mettes dans un contenant sur le dos, que le contenant soit entouré de feuilles vertes ou de feuilles rouges, le bébé s'en fiche. C'est juste que ça marque ton style, et le bébé peut être bien dans les deux cas.
Mathilde : Oui.
Eloa : Donc tu leur présentes les couleurs avant ?
Mathilde : Les couleurs, de toute façon, je n'ai que des teintes naturelles : du beige, du brun, du vert, un peu de rouille. Je n'ai pas vraiment d'autres couleurs que celles-ci.
Eloa : Tu n'as pas de fuchsia ?
Mathilde : Non, pas du tout. Tout mon style est calqué là-dessus : j'aime les textures naturelles, les couleurs naturelles, les matières naturelles, donc il n'y a que ça. J'ai du bois, de la laine, des fibres végétales, plein de végétal.
Eloa : On a vraiment l'impression qu'il est dans la jungle. Je me suis même rapprochée de l'écran en me disant : « Mais c'est de la terre ? » Non, en fait, c'est de la laine, qui fait un peu comme...
Mathilde : C'est de la laine, oui.
Eloa : Je me doute bien que tu ne l'as pas mis dans un vrai pot de fleurs.
Mathilde : Non, non. Par contre, ce sont de vraies plantes autour, clairement.
Le site de Mathilde et la force de l'association
Eloa : Je te laisse redire ton label. Pour les gens qui veulent aller voir ton site, c'est mathildeanceaume.com, Anceaume s'écrit A-N-C-E-A-U-M-E, donc mathildeanceaume.com. Et on va pouvoir voir qu'il n'y a pas que du nouveau-né, d'ailleurs.
Mathilde : Non, je fais plein d'autres choses, effectivement.
Eloa : Mais quand je t'ai dit « On va faire un petit papotage podcast », tu m'as dit : « Je veux parler de l'ASPPNN. » Je m'en souviens : ASPPNN.com. Parce que ça te tient à cœur de sauver ces bébés de certains photographes mal informés.
Mathilde : C'est ça. Et puis, ce qu'on dit toujours avec les membres de l'asso, c'est qu'on a une communauté très forte, et ça, c'est vraiment très chouette, parce qu'on est un peu tout seul quand on est indépendant, et c'est d'ailleurs le but. Mais avoir des collègues, c'est quand même vraiment chouette.
Eloa : C'est ça. On veut se séparer de la hiérarchie, mais c'est vrai qu'on peut être complètement isolé, photographe tout seul.
Se former dès le début
Eloa : Alors certes, il va regarder des formations en ligne, des vidéos YouTube, des tutos, des trucs comme ça, mais s'il ne fait pas partie d'un groupe où il peut échanger…
Mathilde : Ouais, ça bloque tout de suite la progression. D'ailleurs, la preuve, moi, j'ai commencé débutante dans le domaine du nouveau-né. Je n'étais pas du tout débutante en photographie, évidemment, mais l'association est totalement ouverte à des photographes très débutants. Il y a souvent des gens qui se lancent d'un seul coup comme ça, parce qu'ils ont envie. Nous, on n'est pas du tout fermés à ça, au contraire : se former le plus tôt possible, c'est toujours le mieux pour avoir les bons réflexes et les bonnes…
Eloa : Bah oui, tu as raison, tu évites de faire des erreurs, tu te formes dès le départ et tu te dis : bon, allez…
Mathilde : Exactement, c'est hyper important de se former aux bonnes choses directement. Donc pas forcément faire le workshop de ses rêves, mais commencer par ça, c'est déjà super. Et ensuite, faire partie de cette communauté hyper forte, c'est vraiment chouette.
Photographier un accouchement
Eloa : C'est hyper important. Et je vois que tu restes un peu dans cet état d'esprit avec les photos d'allaitement, d'accouchement…
Mathilde : Oui.
Eloa : Très maternage.
Mathilde : Oui, tout à fait.
Eloa : Les photos d'accouchement, j'imagine que ça ne se fait pas tous les quatre matins ?
Mathilde : Non, surtout que j'habite toute seule avec ma fille, donc pour l'instant c'est encore un peu compliqué de dire : oui, d'accord, je veux bien faire votre accouchement. Parce que ça veut dire que si on m'appelle à trois heures du mat', il faut que je dépose ma fille chez sa nounou.
Eloa : Ah oui.
Mathilde : Mais ça va gentiment pouvoir être un peu plus possible.
Eloa : Oui, si elle grandit un peu, tu pourrais peut-être, si tu as une nounou, effectivement…
Mathilde : Oui.
Eloa : Et tu en as fait, alors ? J'en vois déjà un sur ton site.
Mathilde : Oui, justement, je n'en ai fait qu'un seul pour l'instant, mais je ne rêve que de recommencer. C'était vraiment une expérience très, très forte. Et puis les photos sont incroyables. La maman et le papa me disent tout le temps (on est restés très proches, évidemment) : « On les regarde tout le temps. » Parce que c'est tellement fort, c'est tellement beau. Tous ces petits détails qu'ils avaient ratés, toutes ces émotions qu'ils avaient ressenties : les voir en images, ça n'a rien à voir.
Eloa : J'avais une question qui m'est totalement sortie de la tête d'un seul coup. Je suis en train de regarder tes photos, je suis partie loin. Ça y est, j'ai retrouvé. Comment ça se passe pour les accouchements à domicile ou en maison de naissance en Suisse ? Vous avez ça ? Parce que c'est quand même plus facile de faire des photos de naissance dans des lieux privés, des lieux naturels, que dans une salle d'accouchement avec des étriers et des scalpels de partout.
Mathilde : Oui, alors ça, c'est clair. Et puis moi, ce sont forcément des accouchements plus naturels qui vont me parler, encore une fois.
Eloa : Oui, c'est pour ça que je pensais à ça.
Mathilde : Ayant moi-même, par contre, eu un accouchement très classique en maternité, avec les lieux qui vont avec.
Eloa : Oui, c'est vrai.
Mathilde : Mais les accouchements naturels, ou en tout cas les projets de naissance naturels, me parlent beaucoup. Et c'est évidemment beaucoup plus simple de faire des accouchements à domicile en tant que photographe, je trouve. De toute façon, ce seront des parents beaucoup plus ouverts à ce qui est là, plutôt que de nous embarquer ailleurs. Ce n'est pas la même démarche.
Accoucher à domicile, en France et en Suisse
Eloa : Et ça existe ? Parce qu'en France, des accouchements à domicile, on en a quand même très peu. Justement, il y a des problèmes d'assurance au niveau des sages-femmes en France.
Mathilde : Exactement. Alors qu'en Suisse, on n'a pas du tout ce problème-là. Les accouchements sont pris en charge par les assurances sans problème, et les sages-femmes sont assurées de manière normale.
Eloa : Alors que nous, on en est quand même arrivés là. Pour que les gens se rendent compte : les sages-femmes ont une assurance professionnelle, s'il arrive quelque chose à leur patiente ou au bébé. Et en France, les assureurs ne veulent plus assurer les sages-femmes qui font des accouchements à domicile. Donc on prive toutes les femmes qui décident d'accoucher chez elles de cette possibilité, puisqu'elles ne peuvent pas trouver de sages-femmes. Et celles qui restent sont constamment en train de se battre. Parfois, elles font même signer des décharges à leurs patientes, en disant : « Je ne serai pas assurée, donc s'il arrive quelque chose, vous ne pouvez pas vous retourner contre moi, parce qu'on se met d'accord ensemble aujourd'hui pour faire quelque chose de presque illégal. » C'est fou : on force les couples à aller accoucher à l'hôpital, à faire quelque chose dont ils n'ont pas envie.
Moi, j'ai accouché en maison de naissance, et j'espère que ça va fleurir un peu partout. Les maisons de naissance, c'est comme à la maison, avec une sage-femme. En France, elles sont obligées d'être construites quasiment dans un hôpital : au sous-sol, au rez-de-chaussée, ou collées à un hôpital. Ce qui est génial en soi, parce que si tu as le moindre souci, tu es quasiment à l'hôpital. Mais si tout va bien, tu as juste une chambre avec une sage-femme, le papa (mais pas forcément, ça peut être la deuxième maman), le couple ou la maman seule, et on est vraiment libérés de tout le côté médical. Et je dis bien « libérés », parce qu'il y a des gens qui veulent ce côté médical et des gens qui n'en veulent pas, et on n'en a pas forcément besoin. On ne va pas faire un débat, mais ce qui serait bien, c'est d'avoir le choix.
Allaitement : le choix, et les photos
Mathilde : Oui, le choix. De toute façon, c'est comme pour l'allaitement. Moi, je suis très, très convaincue par l'allaitement, mais les gens qui n'ont pas envie d'allaiter, je comprends, il n'y a pas de jugement à avoir. C'est vraiment un choix, et il faut que ce soit une envie. Pour l'allaitement, il faut s'écouter soi, il faut écouter son bébé. C'est ce que je disais toujours : quand tu demandes à une maman qui allaite toujours à 4 mois « tu vas continuer longtemps ? », elle te dit : « Je ne sais pas, on verra. » Un an, deux ans, 4 mois, 5 mois, tu te laisses le temps. Et puis tu écoutes aussi ton enfant, qui peut te dire : « Bon, ben voilà, j'en ai marre. »
Eloa : C'est ça. Il faut avoir le choix.
Mathilde : C'est ça, exactement. Le choix de donner le biberon dès le départ, parce qu'on le sent plus comme ça, c'est un choix tout à fait correct aussi, tant qu'on est en accord avec celui-là.
Eloa : Mais d'ailleurs, tu fais des photos d'allaitement.
Mathilde : Je fais beaucoup de photos d'allaitement, oui. J'ai eu un parcours d'allaitement très magique avec ma fille. Elle s'est sevrée toute seule à 3 ans et 3 mois. Donc c'est une longue aventure.
Eloa : Ah oui, 3 ans et 3 mois, effectivement, elle en a bien profité.
Mathilde : C'est clair. Ce que j'avais envie, c'était que ce soit elle qui décide quand ça s'arrêterait. C'est elle qui l'a décidé, et c'était parfait, nickel. Et j'ai fait des photos d'elle et moi quand elle tétait, et je trouvais ça trop beau. Le lien avec elle quand elle était allaitée était forcément très fort (il est resté très fort après), mais en photo, c'était vraiment très puissant. Émotionnellement, c'était une image très puissante. Du coup, j'aime beaucoup faire ça avec mes clientes.
Eloa : C'est magnifique. Et donc, elles te demandent une séance photo de famille et elles ont un petit moment d'allaitement à la fin ? Enfin, à la fin… En général, c'est comme ça que je fais.
Mathilde : Oui, exactement. On fait des photos de famille et, en plus, des photos d'allaitement ou de portage en écharpe, parce que ça fait aussi partie de mes packages maternage.
Eloa : Aux cheveux bleus.
Mathilde : Aux cheveux bleus et aux bras tatoués ! Mais oui, c'est ça. Je me vois un peu comme une photographe engagée, parce que j'ai tout ce bagage-là derrière moi, qui a du sens pour moi et que j'aime représenter dans mes photos.
Mettre sa personnalité dans son style
Eloa : Ce que je trouve intéressant, c'est que tu as vraiment mis de toi dans ton style. On comprend qu'on ne va pas voir de photos de posing parfaites. On ne s'attend pas aux petits doigts parfaitement placés si l'enfant ne le veut pas. On voit de l'allaitement parce que toi, tu as allaité, des matières naturelles, des environnements naturels. Je vois des photos dans la forêt, du portage en écharpe, parce que ça te parle. Du coup, tu es allée chercher ces clients, ou ils sont peut-être venus à toi, parce que ça fonctionne comme ça : on attire toujours ce style-là.
Mathilde : Oui, de toute façon, c'est ça. Les gens viennent à moi pour ce style-là. Et pour les nouveau-nés, il y a une partie qui vient parce qu'ils ont vu mon style et que ça leur plaît. D'ailleurs, souvent, ce sont des gens qui n'auraient pas fait de photos de nouveau-nés ailleurs qu'avec moi. Ou alors, ce sont des gens qui viennent depuis l'association, parce qu'ils cherchaient un photographe formé, et puis ils tombent en amour devant des photos qui leur plaisent. Il y a vraiment les deux.
Eloa : C'est vrai que mettre sa personnalité dans ses images, c'est tellement important. C'est aussi comme ça qu'on continue à aimer ce qu'on fait, parce que si on fait un style qui ne nous correspond pas, on va se lasser. Ça ne marche pas.
Mathilde : Oui, si tu veux coller à un style et que tu n'es pas en phase avec, ça ne marche pas. Ce ne sera pas constant. Il ne faut pas essayer de faire comme ça. Il faut vraiment prendre le temps de trouver son style et ensuite s'y tenir.
Eloa : Pas se dire : « Ah, machin a fait ça, je veux faire pareil. » Ça ne donnera rien. S'y tenir, se tenir à son ressenti, mais qui peut évoluer.
Mathilde : Alors, ça peut évoluer. Mon travail a énormément évolué ces trois dernières années. Avant, mes photos étaient plus sombres que ça. J'étais dans une mouvance, on va dire, moody, même si les noms des styles ne me parlent pas trop.
Eloa : Un peu sombre.
Mathilde : Un peu sombre, très brun, très chaud. Je suis restée dans le brun, dans le chaud, mais plus trop dans le sombre. C'est de moins en moins sombre. Ça a évolué.
Eloa : C'est ce que tu dis. Parce que le brun, ça va un peu vers le rouge, donc c'est assez chaud, mais ce n'est pas forcément sombre. C'est intéressant.
Du posing pur à une approche plus libre
Eloa : Et c'est ce que tu dis, parce que moi, je l'ai vraiment ressenti. Je ne me souviens plus de l'année, j'étais allée me former en Belgique avec une Américaine. À l'époque, c'était compliqué de trouver une formatrice. J'étais partie avec un collègue photographe. On s'était dit : allez, cette formatrice américaine, plutôt que d'aller aux États-Unis, elle est en Belgique, c'est juste à côté, on y va, on se fait deux jours de formation. Est-ce que c'était en 2011 ? Je crois, il faudrait que je retrouve. Et elle, elle faisait du posing pur. Donc on s'est formés là-dessus. On a compris des techniques : bien chauffer la pièce… Tu vois, souvent, tu as les mains froides. Moi, j'ai les mains froides.
Mathilde : Oui, tout le temps, moi aussi.
Eloa : Alors le bébé sursauterait, tu vois. Donc j'ai trouvé des alternatives, je mets des gants, des choses comme ça. Et je n'ai pas voulu me l'admettre, mais pour dire les choses crûment : j'ai galéré. Je ne savais pas, c'était tout nouveau, ça arrivait. Et j'ai galéré pendant des années, parce que je me disais qu'il fallait faire comme ça. Donc je m'attelais à faire le truc, à endormir le bébé, etc. Et j'y arrivais. J'avais des clients ravis, j'avais de très belles photos, à mon niveau en tout cas. Il n'y avait aucun souci de qualité d'image. Par contre, j'y passais 4h30.
Personne ne dit clairement combien de temps il passe du début à la fin, mais c'est toujours très long, les photos en posing. Et moi, j'osais dire que j'y passais 4h30. Et ça ne me convenait pas, j'étais épuisée. Je me disais : je n'ai pas envie de faire des séances photo de 4h30, pour moi, pour le bébé, pour les parents, pour l'organisation de mon studio. C'était hyper long à caser. Mais bon, je me disais qu'il fallait faire comme ça, donc je continuais, je continuais.
Et quand j'ai eu mon fils (souvent, quand tu as un bébé, ça remet tout en question, tu as d'autres priorités), je me suis dit : en fait, je vais faire comme je le sens. Je me suis autorisée, peut-être parce que j'étais enfin maman, à me faire confiance. Et ça m'a changé la vie. Il a deux ans, et je fais les photos autrement. Des fois, c'est posé, parce que le bébé s'endort et qu'il est tout mignon dans son petit truc, et je me dis : tiens, ça pourrait ressembler à une photo ultra posée. Et d'autres fois, il s'étire dans tous les sens, il fait des grimaces. Et je me rends compte que de plus en plus, mes clients gardent ces photos-là. Ils me disent : « Oh non, mais là, il fait tout le temps ça ! » Alors qu'il y a cinq ans, j'aurais viré cette photo de mon editing en me disant : « Non, mais attends, là, il fait une grimace. » Et plus j'en mets sur mon site, plus, comme tu disais, les gens vont venir pour ça.
La formation ASPPNN en période de Covid
Eloa : Et je vais peut-être faire un petit tour en Suisse pour la formation, parce que je trouve ça hyper intéressant. Mais là, vous n'en faites plus, alors ?
Mathilde : Oui, effectivement, mais ça va repartir. Il y en a une qui est déjà prévue et qui n'est pas encore complète.
Eloa : Pour quand, alors ? Dis-nous.
Mathilde : Justement, on n'a pas encore de date. Mais dès que ce sera possible, on pourra lancer la formation.
Eloa : Et là, ce n'est pas possible parce que vous n'avez pas le droit de vous retrouver à dix dans un lieu privé ?
Mathilde : C'est ça. Là, en Suisse, on est limités à cinq personnes maximum.
Eloa : Ah, d'accord.
Mathilde : Enfants compris. C'est très pratique pour faire des photos !
Eloa : Enfants compris ?
Mathilde : Oui, oui, enfants compris.
Eloa : Donc tu n'acceptes que les familles de quatre ?
Mathilde : Non, je les accepte, mais je fais des montages. À chaque fois, je leur dis : « Ouais, je sais, c'est ridicule. Vous habitez tous ensemble, mais je n'ai pas le droit de vous recevoir tous en même temps. Il faut que vous veniez d'abord à trois et que les deux autres viennent après », ou faire un tournus, un truc comme ça.
Eloa : Et même à l'extérieur ?
Mathilde : Même à l'extérieur, ouais.
Eloa : Ah ouais, c'est encore plus restrictif que chez nous.
Mathilde : Voilà.
Eloa : D'accord.
Mathilde : Mais on n'a pas eu de confinement. On a eu une fermeture, mais pas de vrai confinement. On avait le droit de sortir.
Eloa : Et comment on fait pour s'inscrire à cette formation, alors ?
Mathilde : Il suffit d'aller sur le site de l'ASPPNN et de prendre contact. Il doit y avoir une page contact, d'ailleurs. Et puis après, il faut attendre un petit peu, parce que les membres de l'association sont tous bénévoles. On doit déjà faire notre travail et nous occuper de nos familles, et après on s'occupe de l'association. Mais on répond, promis. Des fois, ça prend un peu de temps, mais on répond.
Eloa : Et le coût de la formation, c'est pour payer les deux personnes extérieures à l'asso, la conseillère et la sage-femme ?
Mathilde : Alors, la formatrice en périnatalité avait surtout monté la formation. Maintenant, il n'y a plus qu'une sage-femme qui nous fait les formations. Mais ça peut encore évoluer.
Eloa : Elle est rémunérée quand même, non ?
Mathilde : Oui, bien sûr. Justement, c'est pour la payer elle, et pour payer les locaux quand on a besoin de locaux. C'est un truc assez compliqué.
Eloa : Oui, c'est une association, personne ne se rémunère vraiment.
Mathilde : Personne n'est rémunéré, à part justement les sages-femmes quand elles viennent faire une formation.
Informer les parents : allaitement et sièges auto
Eloa : Et je pensais faire une formation aussi sur l'allaitement. Parce que moi, j'ai découvert plein de choses sur l'allaitement, et je me dis que quand on a compris ça, on aborde une séance nouveau-né autrement.
Mathilde : Ah oui. C'est vrai que justement, j'en avais parlé avec la formatrice en périnatalité qui a monté la formation. Je lui avais dit : moi, j'ai pas mal d'infos sur l'allaitement, sur le portage en écharpe, j'ai des contacts. Je me suis aussi beaucoup formée à la sécurité auto avec les bébés, donc les sièges auto, tout ça : une espèce de bible d'informations. Et je lui avais demandé : « Est-ce que ça se fait de partager ce genre d'informations avec les parents ? Est-ce qu'ils ne vont pas prendre ça pour un jugement ? » Et elle m'a dit : « Mais il faut, il faut ! » Parce que les parents, on est leur première ou deuxième sortie. Ils ont besoin d'avoir des infos. Et c'est vrai que le milieu médical est très peu formé sur l'allaitement. Soit on tombe sur une personne vraiment formée à l'allaitement, et dans ce cas ça va, soit on tombe sur des personnes du médical qui ne sont pas du tout formées et qui vont nous dire des trucs qui n'ont finalement pas vraiment de sens.
Eloa : Ah, des fois, ils tombent à côté.
Mathilde : Voilà, ils tombent clairement à côté. Et du coup, elle m'a dit : « Mais non, c'est d'autant plus important. » Et c'est vrai que pendant les séances photo de nouveau-nés chez moi, je papote énormément. Je leur demande quels sont leurs problèmes, s'il y a des trucs qui ne vont pas…
Eloa : Ça me rassure, parce que je fais pareil.
Mathilde : Mais après, je leur demande s'ils veulent des infos, parce que moi, j'en ai plein, des infos de qualité, ou si ça ne les intéresse pas. En général, ils me disent toujours : « Ah oui, vas-y, dis-nous ! » Le plus chouette, je crois, c'est quand ils sont sur le point de partir et que je leur dis : « Est-ce que vous voulez un petit cours express d'installation de bébé dans sa coque ? » Ils me disent : « Ah oui, à fond ! » Parce que c'est pareil, même à la maternité, les gens partent et personne ne leur dit : « Attention, le bébé, là, il n'est pas attaché correctement, il n'est pas en sécurité. »
Eloa : Ah oui, tu pars vraiment comme ça si tu ne t'es pas renseignée par toi-même. C'est ce que j'allais dire. Nous, c'est mon mari qui s'en est chargé, et il m'a dit : « Punaise, il y a des crash tests pour les sièges auto ! » Je lui ai demandé : « Ça veut dire quoi ? Que tu regardes des vidéos où on met un faux bébé dans une fausse voiture et qu'on la fait foncer sur un mur ? » Il m'a dit : « C'est exactement ça. » Et comme ça, on sait si les sièges auto sont de qualité ou pas.
Mathilde : Il y a d'ailleurs une association en France qui a un site très, très complet sur le sujet, qui s'appelle Sécurange. C'est vraiment génial, parce que justement, il y a des sièges qui sont très bien notés commercialement, présentés comme très sécurisés, donc il faut vraiment se méfier. Ils sont tous à une certaine norme, ils sont homologués, mais l'homologation ne fait pas forcément un truc sécuritaire. Il y a encore en vente maintenant un siège en particulier qui se disloque en cas de choc. Donc le bébé ou l'enfant vole dans la voiture, il n'y a aucune sécurité.
Eloa : C'est fou que ce soit encore en vente. Ce qui est bien, c'est que tu partages les choses.
Mathilde : Oui, moi je partage à fond. Je suis un peu chiante, d'ailleurs, je parle beaucoup.
Eloa : Ouais, mais c'est ta façon de faire, et tes clients aiment bien.
Le mot de la fin
Eloa : Le mot de la fin, ce serait quoi ?
Mathilde : De s'écouter. Si on a envie de partager, on partage.
Eloa : Ouais, exactement.
Mathilde : Et surtout, si on veut partager quelque chose, il faut être sûr de ce qu'on avance. On ne peut pas dire à quelqu'un « ah bah, tu devrais faire comme ça » si on ne s'est pas informé sur le sujet. Ce n'est pas chouette.
Eloa : Oui, à partir du moment où tu donnes une vérité, il faut qu'elle soit vérifiée, qu'elle soit réelle.
Mathilde : Voilà. Bien chercher les informations, bien les vérifier avant de les donner à quelqu'un d'autre. Et c'est clairement l'objectif de la formation de l'ASPPNN aussi, et de toute l'association : c'est vraiment un accompagnement pour les parents, mais aussi pour les photographes.
Eloa : Et qu'on n'oublie pas qu'on vient faire des photos d'un bébé, mais qu'il y a un bébé derrière.
Mathilde : C'est ça. Un petit être humain tout neuf, avec une famille tout entière qui est forcément un peu perturbée, même si c'est de manière positive, par l'arrivée de ce bébé. C'est toujours un moment qui chamboule l'existence.
Eloa : Écoute, Mathilde, merci beaucoup pour cette fraîcheur, pour ce petit podcast bébé.
Mathilde : Merci. Je crois que ça partait un petit peu dans tous les sens, mais ça me ressemble assez.
Eloa : Il n'y a pas de ligne directrice. À chaque fois, je dis : on va découvrir la personne. Et toi, tu nous as emmenés dans la sécurité et la bienveillance, c'est ce que je retiens. Donc on ira voir asppnn.com, et on a bien compris que vous accueillez aussi des Français, enfin des francophones.
Mathilde : Oui, des francophones. On a même des Belges, des Suisses, et une Tessinoise, donc de la Suisse côté italien.
Eloa : D'accord.
Mathilde : Donc elle parle italien, si jamais. On n'a pas encore d'allemand, de suisse allemand ou d'anglais. Alors l'anglais, je pense qu'on arriverait quand même à donner une formation.
Eloa : Écoute, on va aller voir ça, c'est hyper intéressant. Merci beaucoup, à bientôt j'espère, et bonne continuation en tout cas.
Mathilde : Merci beaucoup, à bientôt, ciao !
Eloa : Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode, j'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée.
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