Ancien éducateur devenu photographe, Nathanaël Charpentier photographie des naissances dans une maternité du Loiret. Il raconte comment il a fait accepter le reportage d'accouchement par l'équipe médicale, comment il prépare les parents, et pourquoi la maîtrise de la lumière a changé sa façon de travailler.

🎧 Podcast Fotostudio #013 ⏱ 53 min 📸 Invité : Nathanaël Charpentier 🎙 Animé par Anthony Heukmes

En résumé :

Pour Nathanaël Charpentier, devenir photographe d'accouchement repose sur quatre piliers :

• Gagner la confiance de la maternité : il lui a fallu deux ans et demi, en montrant des reportages de collègues puis le sien à toute l'équipe

• Rencontrer les parents avant le jour J pour fixer ce qu'ils veulent et ne veulent pas, et pouvoir se faire oublier dans la salle

• Être prêt à tout moment : astreinte dans les semaines qui précèdent le terme, sac toujours prêt, deux boîtiers comme en mariage

• Maîtriser la lumière, en particulier la lampe très puissante de la salle, et pratiquer bien avant d'en avoir besoin

Quand on parle de reportage d'accouchement, beaucoup de gens ouvrent de grands yeux : qu'y a-t-il de beau à photographier dans une salle de naissance ? Pour Nathanaël Charpentier, la réponse tient dans les regards, les mains qui se serrent, l'arrivée du bébé sur le ventre de sa mère, autant de moments que les parents vivent trop intensément pour s'en souvenir vraiment.

Arrivé en tête d'un vote des membres de la communauté Fotostudio, il explique à Anthony Heukmes comment il s'est fait une place en maternité, comment se déroule concrètement un reportage d'accouchement, comment il gère une lumière très difficile, et pourquoi il refuse de s'enfermer dans un style unique.

Qui est Nathanaël Charpentier ?

Nathanaël Charpentier est photographe à Gien, dans le Loiret. Il photographie surtout les gens : naissances, mariages en reportage, portraits, mais aussi des professionnels, des marques et des musiciens.

  • Un parcours atypique : il était éducateur avant de devenir photographe. Un ami photographe l'a formé pour des photos d'enfants en magasin, puis il s'est pris au jeu et s'est formé seul, par les livres, les revues et des workshops. Il s'est installé à son compte quelques années plus tard.
  • Un photographe de maternité : il travaille sous contrat avec la maternité de Gien, une structure familiale d'environ 800 naissances par an, où il réalise surtout des photos de nouveau-nés.
  • Un pionnier du reportage d'accouchement : il a été l'un des premiers en France à proposer de photographier la naissance elle-même, en salle de travail.
  • Un passionné de lumière : formé au flash et à la lumière continue, il l'utilise autant en mariage qu'en portrait.

Depuis l'enregistrement, il a cofondé le Studio NathSam à Gien avec son associé Samuel, a été distingué Portraitiste de France 2021 et préside le Collectif Carmin, présenté comme le premier collectif français de photographes d'accouchement.

1. Pourquoi photographier un accouchement ?

Le déclic n'est pas venu de ses propres enfants : ses trois enfants sont nés par césarienne. Il est venu d'un reportage réalisé par un ami photographe, qu'il a trouvé magnifique. Photographier des bébés deux ou trois jours après la naissance crée de beaux souvenirs, mais Nathanaël voulait revenir à ce qu'il considère comme l'essence de la photographie : immortaliser des moments très brefs.

« Un accouchement, c'est une telle décharge d'émotions qu'il en reste quelques images en tête, mais ce sont des instants très brefs. »

Nathanaël Charpentier

Ce que le photographe voit et que les parents ne voient pas

Un regard extérieur permet de prendre du recul sur l'instant et de le revivre. Le père qui prend lui-même des photos ne peut pas être dessus. Or ce qui touche le plus Nathanaël, ce sont justement les interactions entre les deux parents : les échanges de regards, une main posée sur l'épaule, deux mains qui se serrent, les expressions pendant les moments de douleur.

À retenir : un reportage d'accouchement ne se résume pas à la sortie du bébé. Sa valeur tient dans les émotions du couple, que personne d'autre ne peut capter pendant qu'il les vit.

2. Comment préparer un reportage d'accouchement avec les parents ?

Pour Nathanaël, débarquer directement dans la chambre le jour J n'est pas concevable. Il rencontre toujours les parents avant, pour leur expliquer sa démarche, leur montrer ses images et se mettre d'accord sur ce qui sera photographié. Certains couples, plus pudiques, ne veulent pas d'images au moment où le bébé sort : cela ne lui pose aucun problème.

« Pour moi, 95 % du reportage, ce sont toutes ces interactions, et les réactions des parents quand le bébé est posé sur la maman. »

Nathanaël Charpentier

Ces échanges peuvent être complétés par un questionnaire envoyé avant la séance, et les choix des parents, y compris leur accord pour que vous montriez certaines images, gagnent à figurer noir sur blanc dans votre contrat photo. Nathanaël n'a d'ailleurs présenté son premier reportage aux soignants qu'avec l'autorisation des parents.

Créer un lien pour savoir où se placer

Cette rencontre sert aussi à comprendre qui sont les parents. Il propose rapidement de les tutoyer et observe s'ils sont pudiques dans leurs émotions ou au contraire très démonstratifs. Cela lui dit s'il pourra travailler près d'eux, ou s'il devra prendre une focale plus longue pour rester hors de leur cercle d'intimité.

« Au bout de deux ou trois minutes, ils m'oublient. Je suis là sans être là. »

Nathanaël Charpentier

Pendant la prise de vue, il garde une certaine distance pour ne pas être submergé : c'est souvent en post-traitement qu'il est le plus touché. Certains accouchements se passent mal, et les sages-femmes et gynécologues savent qu'un simple regard suffit pour qu'il quitte la salle.

À retenir : la confiance se construit avant l'accouchement. Plus les règles sont claires en amont, plus les parents oublient le photographe le jour J, et plus les images sont sincères.

3. Comment faire accepter un photographe par une maternité ?

Même en étant déjà bien intégré à la maternité de Gien pour ses photos de nouveau-nés, Nathanaël a mis environ deux ans et demi à faire accepter le reportage d'accouchement. Le projet devait mûrir, dans sa tête comme dans celle du personnel.

Montrer avant d'expliquer

Sa méthode tient en un mot : montrer. Faute de reportage personnel, il a d'abord utilisé ceux de collègues photographes pour prouver que ces images pouvaient être belles. Après son premier reportage, il en a montré une sélection au plus grand nombre possible de sages-femmes, gynécologues et anesthésistes. Une étape indispensable : le jour de l'accouchement, on ne sait jamais quelle équipe sera de garde.

« Il ne faut pas hésiter à utiliser les photos des collègues pour montrer ce qui se fait ailleurs et à quel point ça peut être joli. »

Nathanaël Charpentier

Une bonne entente avec l'équipe change tout. Elle lui permet par exemple de régler lui-même la lampe de la salle avec l'accord de la sage-femme, comme on le verra plus loin.

À retenir : l'obstacle n'est pas technique mais culturel. Pour ouvrir les portes d'une maternité, il faut du temps, des exemples concrets et l'adhésion de toute l'équipe, pas seulement de la direction.

4. Comment ne rater aucun accouchement ?

Ses premiers reportages prévus, il les a manqués : soit le bébé était déjà né à son arrivée, soit l'appel est arrivé en pleine nuit sans qu'il l'entende. Il en a tiré des protocoles simples, qui ressemblent à une astreinte :

  • Deux à trois semaines avant le terme, il sait que son téléphone peut sonner la nuit.
  • Il coupe les données mobiles pour ne pas être réveillé par les notifications, et demande aux parents d'envoyer des SMS ou d'appeler jusqu'à ce qu'il réponde.
  • Son matériel est toujours prêt : pas question de laisser les cartes à décharger ou les batteries à plat. Il ne doit avoir qu'à prendre ses clés, son sac, et partir.
  • Il travaille comme en mariage : deux boîtiers, une focale fixe, d'autres objectifs dans le sac et des batteries de rechange, même si un accouchement dure rarement autant qu'un mariage.

Quand le terme approche, cela peut un peu peser sur son sommeil. Mais c'est le prix d'un reportage où il n'y a pas de seconde prise.

5. Comment gérer la lumière en salle d'accouchement ?

La principale difficulté technique, c'est la grande lampe d'examen (le scialytique) qui éclaire la zone où le bébé arrive. Les soignants en ont besoin pour intervenir dans de bonnes conditions, mais elle est si puissante que l'écart de lumière devient énorme :

Choix d'expositionRésultat
Exposer pour le bébé, sous la lampeLe visage de la maman est beaucoup trop sombre
Exposer pour le visage de la mamanLe bébé est complètement surexposé
Baisser la lampe avec l'accord de la sage-femmeUne lumière plus homogène, qui permet de garder les deux

Il privilégie les expressions de la maman : quelques images rapides pendant la sortie du bébé, puis des plans plus larges. Il aime travailler au grand angle, souvent avec un 14-24 mm. Il a essayé une ou deux fois d'apporter des lumières continues d'appoint (jamais de flash), mais la lampe reste trop puissante et on ne peut pas encombrer une salle d'accouchement de matériel.

« Si elles mettent la lampe trop fort, je ne peux rien faire : tout est dans la pénombre et je ne vois que le bébé. »

Nathanaël Charpentier

À retenir : en salle d'accouchement, la meilleure solution d'éclairage n'est pas un accessoire, c'est la relation avec la sage-femme. Une lampe réglée moins fort et bien placée suffit à sauver les visages.

6. Comment progresser en gestion de la lumière ?

La lumière est ce qui permet de mettre l'accent sur ce qui compte dans une scène. Pour la maîtriser, Nathanaël combine formation et pratique, avec un ordre qui peut surprendre : essayer d'abord, se former ensuite.

Tester avant de se former

Quand il a suivi ses premiers workshops en présentiel, il avait déjà beaucoup expérimenté avec ses flashs. Les explications du formateur résonnaient immédiatement : « Ah, c'est donc pour ça que je galérais. » Une astuce comprise grâce à ses propres erreurs se retient bien mieux qu'une vidéo regardée sans pratiquer.

S'entraîner sur une tête de mannequin

Son conseil le plus concret : acheter une tête de mannequin et faire des essais. Softbox, bol beauté, lumière de face, de côté, contre-jour pour détourer la chevelure : vous voyez directement l'effet de chaque modeleur et de chaque position sur un visage, et vous découvrez ce que vous préférez.

« Ce n'est pas le jour J qu'il faut pratiquer et être sûr de soi. »

Nathanaël Charpentier

Une fois ces réflexes acquis, sortir un flash pendant un mariage ne prend que quelques minutes. Il faut parfois se donner « un petit coup de pied aux fesses » pour aller chercher le matériel dans la voiture, mais c'est ce qui fait la différence dans un beau lieu ou une lumière difficile.

À retenir : en reportage, vous n'avez pas le temps de réfléchir à vos réglages. Seules des heures de pratique en amont vous permettent de trouver la bonne solution en quelques secondes.

7. Faut-il garder le même style à chaque reportage ?

Nathanaël se méfie d'un piège classique : dire « je n'aime pas le flash » simplement parce qu'on ne sait pas s'en servir. Lui admirait des images faites au flash sans savoir les reproduire. Plutôt que d'abandonner, il a persévéré pendant plusieurs années.

« Des fois, tu dis : je n'aime pas tel truc. Pourquoi ? Parce qu'en fait, tu ne le maîtrises pas. »

Nathanaël Charpentier

Contrairement à des confrères qui ne quittent jamais leur 35 mm et la lumière naturelle, il considère qu'un bagage technique large permet d'adapter son approche sans perdre son identité. Il aime le clair-obscur et les images contrastées, mais pour des mariés qui veulent un rendu doux et naturel, il ne sortira aucune lumière additionnelle. Le photographe Thibault Chappe défend la même idée : adapter le traitement à l'atmosphère de chaque mariage plutôt que d'appliquer la même recette partout.

« Si je n'avais pas tout ça, j'aurais peur d'avoir un travail stéréotypé. »

Nathanaël Charpentier

À retenir : le style ne se limite pas à un rendu. C'est un regard, que la technique permet d'exprimer dans tous les contextes. Et au-delà de l'image, ce qui compte le plus reste l'émotion qui s'en dégage.

8. Se spécialiser ou diversifier son activité ?

Son année se partage entre deux rythmes. Les photos de naissance à la maternité occupent une grande partie de l'année, puis de mai à septembre, le mariage prend le dessus. Pour tenir les deux, il a formé son associé Samuel à le remplacer à la maternité.

Il reconnaît que les photos de nouveau-nés, deux ou trois jours après la naissance, le passionnent moins : on retombe souvent sur les mêmes images. Ce qui garde son métier vivant, c'est la variété : accouchements, mariages, portraits, entreprises, marques, musiciens.

« Je me spécialise vraiment dans les gens, dans l'humain. »

Nathanaël Charpentier

Sa spécialité n'est donc pas un type de séance, mais un sujet : l'humain. L'architecture ou les animaux, très peu pour lui. Une approche qui lui permet de garder une certaine fraîcheur, là où faire toujours la même chose finit par lasser.

9. Pourquoi si peu de photographes d'accouchement en France ?

Au moment de l'enregistrement, Nathanaël estimait qu'ils étaient une dizaine environ en France à photographier des accouchements. Le frein ne vient pas des photographes : beaucoup le contactent pour savoir comment il a fait, parce qu'ils se heurtent à un refus.

« Ce ne sont pas les photographes le problème, il y en a plein qui rêveraient de ça. C'est plutôt le personnel et les structures hospitalières qui sont bloqués. »

Nathanaël Charpentier

La règle générale reste un seul accompagnant en salle d'accouchement. Une collègue n'a pu réaliser un reportage que parce que la maman n'était pas accompagnée. Et quand les soignants n'ont jamais vu ce type d'images, la demande des parents est presque toujours refusée. Il refuse d'ailleurs les mamans qui habitent trop loin : le reportage n'est possible que dans une maternité déjà convaincue.

Pour que la pratique se développe, il faudrait que les couples en parlent davantage aux sages-femmes, et que les photographes sensibilisent progressivement les maternités. Nathanaël se dit prêt à partager ses images avec les confrères qui veulent s'en servir pour convaincre. Anthony lui suggère d'animer des workshops, notamment pour les photographes de grossesse et de nouveau-nés, qui sont souvent elles-mêmes mamans : une idée qu'il accueille avec plaisir, à condition que la demande et l'ouverture des hôpitaux suivent.

À retenir : si vous voulez proposer des reportages d'accouchement, commencez par la maternité, pas par les clients. Sans l'accord de l'équipe médicale, même la meilleure demande de parents n'aboutira pas.

Les erreurs à éviter quand on veut devenir photographe d'accouchement

D'après l'expérience de Nathanaël Charpentier :

✗ Arriver le jour J sans avoir rencontré les parents ni fixé avec eux ce qui sera photographié.

✗ Démarcher les clients avant la maternité : sans l'accord de l'équipe médicale, le reportage est impossible.

✗ Ne présenter le projet qu'à la direction, alors que l'équipe de garde change à chaque accouchement.

✗ Laisser son matériel en vrac dans les semaines qui précèdent le terme.

✗ Se concentrer uniquement sur la sortie du bébé et rater les interactions du couple.

✗ Découvrir son matériel d'éclairage le jour d'un reportage au lieu de s'entraîner avant.

✗ Rejeter une technique qu'on ne maîtrise pas en se disant que ce n'est « pas son style ».

FAQ : photographe d'accouchement et reportage de naissance

Peut-on faire venir un photographe en salle d'accouchement ?

C'est possible, mais seulement si la maternité l'accepte. La règle habituelle est d'un seul accompagnant en salle de naissance, et la plupart des équipes refusent un photographe qu'elles ne connaissent pas. Il faut donc s'adresser à un photographe qui travaille déjà avec votre maternité, ou en parler très tôt avec les sages-femmes.

Comment se passe un reportage photo d'accouchement ?

Le photographe rencontre les parents avant la naissance pour définir ce qu'ils souhaitent et ce qu'ils refusent. Dans les semaines qui précèdent le terme, il reste joignable jour et nuit. Le jour J, il photographie surtout les échanges entre les parents et l'arrivée du bébé, en se faisant le plus discret possible.

Les parents peuvent-ils choisir ce qui est photographié pendant l'accouchement ?

Oui. Des parents pudiques peuvent refuser les images de la sortie du bébé, par exemple. Pour Nathanaël Charpentier, ce n'est pas un problème : l'essentiel du reportage, ce sont les regards, les gestes et les réactions du couple.

Comment devenir photographe d'accouchement ?

Il faut d'abord maîtriser parfaitement son matériel et la photo de reportage, puis convaincre une maternité. Nathanaël Charpentier a mis deux ans et demi, en montrant des reportages d'autres photographes puis le sien aux sages-femmes, gynécologues et anesthésistes.

Comment photographier sous la lampe d'une salle d'accouchement ?

La lampe d'examen est si puissante qu'on ne peut pas exposer correctement à la fois le bébé et le visage de la maman. La meilleure solution est de demander à la sage-femme de baisser la lampe et de bien la placer, puis de privilégier les expressions et les plans larges.

Comment apprendre à maîtriser la lumière en photographie ?

En combinant pratique et formation. Expérimentez d'abord avec vos flashs ou une tête de mannequin (softbox, bol beauté, différentes positions), puis suivez des workshops : les explications auront beaucoup plus de sens. Le but est de trouver vos réglages en quelques secondes en reportage.

Combien y a-t-il de photographes d'accouchement en France ?

Très peu. Fin 2020, Nathanaël Charpentier estimait qu'ils étaient une dizaine environ. Ce n'est pas l'intérêt des photographes qui manque, mais l'ouverture des maternités. Depuis, des photographes se sont regroupés au sein du Collectif Carmin pour faire connaître cette pratique.

Découvrir le travail de Nathanaël Charpentier

Ses portraits et ses reportages de mariage sont à découvrir sur son site : nathanaelcharpentier.com, et les séances de son studio à Gien sur studio-nathsam.com. Vous voulez vous aussi montrer vos reportages sous leur meilleur jour ? Un site internet de photographe et des galeries privées pour livrer vos photos aux parents font toute la différence.

Transcription intégrale de l'épisode

Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Anthony Heukmes et Nathanaël Charpentier, découpée en chapitres.

Cet épisode a été enregistré fin 2020, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; la situation des maternités et les projets évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.

Lire la transcription complète (environ 8 300 mots)

Chapitres :

00:00Introduction de l'épisode

Anthony : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'interview un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer et de progresser dans votre métier. Je suis Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable sur leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si tu apprécies le podcast, pense à le partager et à t'abonner sur ta plateforme préférée.

Je reçois aujourd'hui Nathanaël Charpentier, qui nous parle d'une de ses spécialités : le reportage d'accouchement. On discute également de l'importance de la gestion de la lumière pour progresser et trouver son style.

Salut Nathanaël !

Nathanaël : Salut Anthony !

Anthony : Merci beaucoup d'être avec moi pour ce nouvel épisode.

Nathanaël : Avec plaisir ! Merci à toi pour l'invitation, et merci à tous ceux qui avaient envie d'entendre un peu parler de moi.

Anthony : Pour la petite histoire, pour ceux qui ne sont pas encore dans le groupe Facebook de Fotostudio, j'ai simplement publié un message pour savoir qui il serait intéressant d'interviewer prochainement selon les membres du groupe. Et Nathanaël est ressorti largement premier dans les résultats, avec beaucoup de votes assez rapidement. L'objectif de cette interview, c'est bien sûr de comprendre pourquoi il a été plébiscité à ce point, et on va creuser un petit peu son parcours. Est-ce que tu veux bien commencer par te présenter ?

01:42D'éducateur à photographe

Nathanaël : Ouais ! Donc Nathanaël Charpentier, ça fait un peu plus d'une dizaine d'années que je suis photographe. J'ai commencé à bosser dans la photographie alors que ce n'était pas forcément ce à quoi j'étais destiné, puisque auparavant j'étais éducateur.

Ça s'est fait au fil de rencontres. J'avais un très bon ami photographe qui avait tout simplement un certain nombre de contrats dans des magasins. Il faisait des photos d'enfants, comme on en voit avec des petits décors, quand il y a des gens qui passent. On n'était pas dans l'approche artistique de la photographie, il faut le dire. Mais c'est comme ça que j'ai commencé. Et puis de fil en aiguille, je me suis un petit peu pris au jeu, et même bien pris au jeu. Maintenant, c'est quelque chose que j'aime beaucoup.

Je me suis lancé en indépendant depuis... ça doit faire 8, 9 ans. Ou même peut-être plus, je ne sais même plus. Moi et les dates, de toute façon, ça a toujours été un problème. Je me suis lancé avec ce qui devenait au fur et à mesure ma vision : ma vision de la photo, mon approche du métier aussi, qui évoluait. Je voulais justement mettre de côté cette approche qui, pour moi, était un petit peu trop commerciale, parce que j'avais envie de faire ça non pas comme un business, mais comme un boulot passion.

C'est pour ça que petit à petit, j'ai commencé à beaucoup plus me former. Je n'ai pas de diplôme dans la photographie. Mon pote en question m'a formé au départ, mais ça restait assez sommaire, parce qu'il n'y avait pas forcément besoin d'énormément de notions de photographie pour faire ce job. Après, c'est au fur et à mesure de lectures : j'ai une grosse quantité de revues photo et de bouquins à la maison. Parce qu'il y a une dizaine d'années, il n'y avait pas encore toutes les plateformes qu'on peut trouver maintenant pour se former sur le web. Mais maintenant, c'est vrai qu'on trouve pas mal de choses, que je suis également, parce qu'on en apprend tout le temps. C'est ce qui est chouette dans ce métier : il y a toujours énormément de choses à apprendre et on n'en a jamais fait le tour.

04:38Spécialisation : la maternité de Gien

Anthony : Et aujourd'hui, au fil des années, tu t'es spécialisé dans quel secteur de la photo exactement ?

Nathanaël : Alors, je suis en contrat avec une maternité depuis pas mal de temps, une petite maternité qui se trouve à Gien, dans le Loiret. Il y a à peu près 800 naissances à l'année, je pense qu'il y en a pour qui ça va parler. C'est vraiment une maternité très familiale. Donc je me suis spécialisé dans les photos de bébé en maternité, par la force des choses. C'est ce que je fais le plus dans l'année. Mis à part cette année, parce que 2020 est très particulière : depuis le début du confinement au mois de mars, je ne suis pas retourné dans ma chère maternité, malheureusement.

Donc, par la force des choses, c'est ce que je fais le plus dans l'année, mais ce n'est pas ce en quoi je suis le plus formé finalement. J'ai fait plus de formations dans la photo de reportage mariage, la maîtrise de la lumière, des flashs, etc., que dans les photos de naissance.

Anthony : D'accord, super. Je pense que ce sont deux sujets qu'on va creuser un petit peu. C'est d'ailleurs ce qui a été mis dans le sondage. La personne qui t'a proposé, Samuel Dejour, a écrit : « Nathanaël, qui est une référence dans le reportage d'accouchement et très bon technicien sur la gestion de la lumière. »

Nathanaël : Je ne connais pas du tout ce Samuel Dejour en question ! Non, c'est très gentil, Sam. Référence en photo d'accouchement, je ne sais pas, mais c'est vrai que j'ai pu en faire pas mal. Ça, c'est un truc qui est vraiment cool.

06:18Le déclic du reportage d'accouchement

Anthony : Et qu'est-ce qui a fait que tu t'es orienté vers ça ? Est-ce que ta femme avait déjà accouché, que tu avais apprécié ce moment et que tu as voulu te spécialiser là-dedans à ce moment-là ? Ou qu'est-ce qui t'a fait finalement te lancer dans un secteur quand même un peu particulier ?

Nathanaël : Alors, je suis papa trois fois, j'ai trois enfants, mais je n'ai pu assister qu'à l'accouchement du premier, puisque tous sont nés par césarienne. Même le premier accouchement, c'était par césarienne, donc ça reste très particulier. Je ne sais pas si c'est ça qui a fait que j'ai voulu développer ça.

Le vrai déclic, c'est quand j'ai vu un reportage fait par un autre ami photographe. J'ai trouvé ça magnifique, son reportage était vraiment très, très beau. Le truc, c'est que ce ne sont pas du tout des reportages connus. Quand on parle de reportage d'accouchement, la majorité des personnes ouvrent de grands yeux en se demandant ce qui peut être joli à prendre en photo dans ce genre de moment. Il faut voir le résultat pour que ça puisse être parlant. Ça a été le cas pour moi, et je m'en suis servi pour présenter le projet au personnel hospitalier de la maternité dans laquelle j'interviens.

Parce que faire des photos de bébé deux, trois jours après l'accouchement, c'est bien, ça fait des souvenirs aux personnes, mais j'avais envie d'autre chose, quelque chose de plus en lien avec l'essence même de la photographie : immortaliser des moments qui sont brefs, mais qu'on va pouvoir garder en tête. Parce qu'un accouchement, c'est une telle décharge d'émotions qu'on garde quelques images, mais ça reste quelques instants très, très brefs. Avoir des photos, en plus avec un regard extérieur, ça permet d'avoir un peu de recul sur l'instant et de le revivre.

Les papas qui prennent ce moment en photo ne peuvent forcément pas être dessus. Et pour moi, ce qui est le plus beau, c'est justement toutes ces interactions entre les deux parents : les échanges de regards, les échanges d'attention, une main posée sur l'épaule ou les deux mains qui se serrent. Les regards pendant les moments de souffrance, parce qu'il y en a, c'est évident. Toutes ces expressions sont extrêmement fortes, extrêmement intenses. Si tu ne les fixes pas, si tu n'as pas quelqu'un qui les met en images, finalement ça passe un petit peu aux oubliettes. Tu te rappelles quand même d'un certain nombre de choses, mais tu ne t'en souviens pas de la même façon, c'est évident.

09:35Rencontrer les parents avant le jour J

Anthony : C'est ça. Tu viens de me faire revivre l'accouchement de ma fille. Je t'avoue que pour moi, ça n'a pas été un super moment : ma femme a eu un accouchement très, très difficile. Comment ça se passe, toi, la relation avec les parents ? Tu les rencontres aussi avant, je suppose ? C'est un moment très intime, évidemment, il y a quand même une relation à créer avant. Comment est-ce que ça se passe, cette relation avec eux ?

Nathanaël : Ça, c'est effectivement quelque chose de très, très important, rencontrer les parents avant. Débarquer directement dans la chambre, pour moi, ce n'est pas concevable. Peut-être qu'un jour je serai amené à le faire parce que je n'aurai pas le choix et qu'il faudra que je fasse le job, mais il faut qu'il y ait quelque chose de plus. Il faut qu'il y ait un petit peu d'affect, que tu expliques ta démarche aux personnes, que tu leur montres tes images et que vous vous mettiez d'accord sur un certain nombre de choses. Parce qu'il y a effectivement cette intimité à respecter.

Il y a des parents qui vont être très pudiques et qui ne vont pas vouloir certaines images, quand le bébé sort par exemple. Ce qui ne me pose absolument pas souci, parce que ce n'est pas forcément, pour moi, le moment le plus important. Pour moi, 95 % du reportage, ce sont vraiment toutes ces interactions dont je te parlais tout à l'heure. Et le moment où le bébé arrive, voir les réactions des parents quand le bébé est posé sur la maman : c'est tout ça qui est important.

Donc il faut se mettre d'accord sur un certain nombre de choses avant, que les personnes valident ce qu'elles souhaitent et ce qu'elles ne souhaitent pas, et que je puisse leur parler aussi bien de mon approche que de moi, de mes expériences, etc. C'est quelque chose d'humain qui se crée. Ça permet que la confiance soit déjà installée avant. Et pendant le reportage, une fois qu'ils m'ont vu entrer dans leur intimité, dans leur espace, dans la salle d'accouchement, au bout de deux, trois minutes, une fois qu'on s'est dit bonjour (ou pas, si je n'ai pas eu le temps parce que tout s'est déjà bien enclenché), très rapidement, ils m'oublient. On s'est déjà tellement bien mis d'accord avant sur les choses qu'il n'y a pas de questionnement dans leur tête. Je suis là sans être là. Et ça, c'est important.

12:17Capter l'émotion au bon moment

Anthony : C'est ça. Quand on parle avec un photographe de mariage, on sait qu'il y a de l'émotion, qu'un bon photographe de mariage va pouvoir capter l'émotion des moments. Mais comme tu l'as dit clairement, ici, j'ai l'impression que c'est encore un autre stade. Un accouchement, les gens sont complètement sur une autre planète, j'ai l'impression. Si je me rappelle l'accouchement de mon épouse, c'est un peu un moment hors du temps, finalement. Ce qui fait que tu es devenu une référence dans ce secteur, je suppose que c'est justement d'arriver à capter ces émotions au bon moment. C'est ça qui fait ta force aujourd'hui, je suppose. Et ça, ce n'est pas quelque chose qui s'apprend : c'est ce que tu ressens, toi, au moment de l'accouchement, qui va faire que tu vas prendre une photo au bon moment ou pas. Pour moi qui ne suis pas du tout photographe (mon épouse est photographe, mais moi pas), comment est-ce que tu expliques cette partie-là, qu'un photographe arrive à capter une émotion au bon moment ou pas ?

Nathanaël : Alors déjà, référence dans le domaine, je ne sais pas. J'ai du mal avec ce genre de... Parce que j'ai plein d'autres collègues dans la photo d'accouchement qui sont très, très... enfin, c'est super chouette. J'ai effectivement présenté certaines photos à des concours, et c'est peut-être ce qui a fait qu'il y a eu des retours, ce qui m'a fait un petit peu connaître. Enfin bref, c'était juste la petite parenthèse. Attends, c'était quoi, ta question à la base ?

Anthony : L'émotion. Comment est-ce que tu expliques, finalement, que tu...

Nathanaël : Excuse-moi. Il y a des choses très proches du reportage mariage. Comme tu le disais, tout ne s'apprend pas. Tu apprends les techniques d'utilisation de ton appareil, et ça, il faut vraiment bien les maîtriser. C'est super important, parce que c'est ce qui va te permettre d'être très détaché après. Il faut les apprendre, mais pas seulement : il faut beaucoup, beaucoup pratiquer pour que ça devienne un automatisme, et que tu ne te poses plus de questions une fois que tu as l'appareil en main.

Ensuite, je pense que ce qui est important, c'est simplement la sensibilité aux gens. C'est pour ça que j'ai besoin de les rencontrer avant et qu'il y ait vraiment un feeling qui s'installe. Très rapidement, je vais tutoyer les personnes (enfin, je vais leur demander si ça les dérange ou pas). Je veux qu'on ait une relation qui fasse que, avant même d'être dans ce moment où ils vont me livrer leurs émotions totalement brutes, ils se livrent déjà un peu à moi. Ça me permet de comprendre un petit peu qui ils sont : si ce sont des gens plutôt pudiques dans leurs émotions, ou au contraire qui n'ont aucun souci avec ça.

Ça va me permettre de savoir comment je vais pouvoir me placer. Est-ce que je vais pouvoir être assez proche d'eux ? Ou au contraire, est-ce qu'il va falloir que je prenne des focales un peu plus longues et que je sois un petit peu plus éloigné, pour ne pas être trop proche de leur cercle d'intimité ? Tout ça, ce sont des choses qu'il faut que j'arrive à sentir avant. Et aimer les personnes, c'est ce qui m'aide ensuite à être toujours attentif à leurs petites émotions et à anticiper. Dès que je commence à voir un petit quelque chose, je me dis : oh là, il y a un truc qui va se passer. C'est peut-être ça qui est important, je pense.

16:09L'émotion du photographe et la confiance de l'équipe médicale

Anthony : Pour les parents qui vivent l'accouchement, évidemment, c'est quelque chose. Mais toi qui regardes ça d'un point de vue extérieur, est-ce que tu te sens aussi émotionnellement impliqué ? Est-ce que tu es vraiment touché par la scène que tu es en train d'observer ?

Nathanaël : C'est marrant, parce que parfois, c'est plutôt pendant mon post-traitement que je suis le plus touché. Pendant que je shoote, il y a toujours un détachement, qui est peut-être nécessaire aussi, parce qu'il faut parfois prendre du recul. Finalement, il n'y a pas tellement de règles, parce qu'en te parlant, je me rends compte qu'il y a des moments où j'étais très touché, et d'autres où j'avais un petit peu peur. Parce que parfois, il y a des accouchements qui ne se passent pas très, très bien.

Là, vraiment, je remercie aussi les sages-femmes et les gynécos, avec qui je m'entends très, très bien et qui me font confiance. Il suffit d'un regard pour que je sache si je dois quitter la salle ou pas. Et c'est super confortable d'être accepté par le personnel hospitalier : tu es vraiment dans un grand confort de travail. Mais tu as quand même besoin d'avoir cette espèce de distance pour ne pas te faire submerger par tes émotions, parce que quand tu es submergé par tes émotions, tu as du mal à vraiment faire ton job. Il faut trouver le juste milieu entre les deux : être suffisamment sensible, mais se dire qu'il faut finir ton boulot.

18:02Se faire accepter par la maternité

Anthony : Tu dis que tu es accepté par le personnel hospitalier. Ça s'est fait naturellement dès le début ? Ou tu as senti qu'on ne te connaissait pas au départ, qu'on te regardait un peu bizarrement ? Ou est-ce que tu as rapidement été accepté, assez naturellement ?

Nathanaël : Il m'a fallu à peu près deux ans et demi, alors que j'étais déjà dans cette maternité-là et très bien accepté, pour travailler ce projet de proposer des photos d'accouchement. Pourquoi ce temps-là ? Déjà parce qu'il fallait que le cheminement mûrisse dans ma tête, et mûrisse aussi dans celle du personnel. J'ai justement utilisé des reportages faits par des collègues pour leur montrer que ça pouvait être joli.

Nathanaël : Une fois que j'ai pu faire mon premier reportage, je l'ai tout de suite montré, avec l'autorisation des parents bien évidemment. Je n'ai pas forcément montré toutes les photos, mais j'ai montré à quoi ça ressemblait. J'ai montré ce reportage au maximum de sages-femmes, de gynécos et d'anesthésistes, et tous ont beaucoup aimé. Ça nous a permis d'en parler. Ça leur a permis, même à ceux avec qui je n'avais pas encore pu aborder le sujet, de voir vraiment à quoi ça pouvait ressembler.

Nathanaël : Parce que quand tu arrives dans la salle de travail, tu ne connais pas forcément l'anesthésiste ou la sage-femme qui étaient prévus à la base. Il fallait donc que j'en parle le plus possible à tout le monde, puisque quand j'avais une maman susceptible de m'appeler en me disant : « Bon, là, je crois que ça y est, on part à la mat' », il fallait que je rapplique.

20:00Reportages ratés et vie d'astreinte

Nathanaël : Pour la petite histoire, les premiers reportages qui étaient prévus, je les ai ratés. Soit ça s'est passé trop vite et, le temps que j'arrive, le bébé était déjà là. Soit ça s'est passé en pleine nuit et mon téléphone n'était pas suffisamment audible. Quand je me suis réveillé le lendemain matin, j'ai vu le nombre d'appels, je me suis dit : « Oh oh ! » Mais tout ça m'a permis de savoir comment gérer les choses après. Maintenant, j'ai un certain nombre de protocoles que je respecte pour être sûr de ne plus les rater. Mais ça peut quand même arriver, parce que des fois…

Anthony : Bien sûr. Mais du coup, tu as presque un rythme de vie de gynéco, finalement. On est d'accord : on peut t'appeler à n'importe quel moment de la nuit pour un accouchement.

Nathanaël : Oui, c'est ça, je suis d'astreinte. Je sais que deux ou trois semaines avant le terme, mon téléphone peut sonner la nuit. Je retire les données mobiles, tu vois, pour donner mes techniques. Je retire les données mobiles et je dis : « Vous m'envoyez des SMS ou vous m'appelez jusqu'à ce que je réponde. »

Anthony : C'est marrant, c'est exactement ce que je fais quand la petite va dormir chez mes parents, par exemple, et que ma mère dit : « Gardez votre GSM au cas où. » Pareil, je coupe les données mobiles, et comme ça je sais qu'au moins je ne suis pas dérangé par les notifications.

Nathanaël : C'est ça. Petite astuce qui fonctionne bien. Alors, ce n'est quand même pas recommandé, parce que dormir à côté de son téléphone, ce n'est pas idéal. Mais bon…

Anthony : Oui, oui.

Nathanaël : Je ne le mets pas sous mon oreiller. Il y a une petite distance.

21:48Toujours prêt à partir

Anthony : Et ce rythme de vie un peu particulier, tu as eu du mal à t'y habituer, ou c'est devenu naturel pour toi d'être réveillé en pleine nuit pour aller sur un accouchement ? Je suppose que ça n'arrive pas toutes les nuits non plus, mais quand tu vas dormir en sachant que tu peux potentiellement être réveillé, est-ce que tu t'endors un peu stressé, un peu tracassé ? Ou tu arrives maintenant à faire abstraction de tout ça, et ça n'a pas vraiment d'impact sur ton sommeil ?

Nathanaël : Ça dépend. Si je sens que c'est vraiment très proche, ça peut avoir un petit peu d'impact quand même. Et il faut vraiment que toutes mes affaires soient prêtes. Des fois, tu sais, tu ressors d'une presta, tu décharges tes cartes, tu poses ton appareil ici et là. Là, non : avant d'aller te coucher, ou même tout le temps, il faut que tu saches que tu as tout sous le coude. Tu as juste tes clés de voiture à prendre, ton sac, et bing, tu pars.

Nathanaël : Surtout que je shoote avec deux appareils, comme en mariage. C'est vraiment le même mode de reportage qu'en mariage : j'ai mes deux appareils, une focale fixe, et d'autres focales dans mon sac qui reste près de moi. Mes batteries aussi, même si ce n'est jamais aussi long qu'un mariage. Mais bon, on ne sait jamais, il faut toujours en avoir sur nous. Il faut être prêt tout le temps.

23:18Comment les couples le trouvent

Anthony : C'est ça. Si je comprends bien, tu es, on peut dire, en partenariat avec cette maternité. Est-ce que ça veut dire que c'est eux qui donnent tes coordonnées à un couple ? Quand les futurs parents arrivent en maternité les premières fois, avant l'accouchement, c'est eux qui vont parler de toi en premier ? Ou comment ça se passe ? Comment ce couple va finalement te contacter pour dire : on est intéressés par une séance photo ?

Nathanaël : C'est très souvent par du bouche-à-oreille. Les gens ont pu voir des images que j'ai déjà postées. Ou alors ce sont des amis qui leur en ont parlé. Des amis ou des sages-femmes, parce qu'il y a aussi des sages-femmes libérales qui parlent de mon travail. Et aussi… Oui, ça va surtout être ça.

Anthony : Ça veut…

Nathanaël : Pardon, vas-y.

Anthony : Ça veut dire que, imaginons, quelqu'un voit tes photos sur ton site ou sur ta page, peu importe. Elle trouve ton travail génial et veut aussi un reportage photo le jour de son accouchement. Elle te contacte, et c'est là que tu vas lui dire que tu travailles avec cette maternité-là en particulier ?

Nathanaël : Oui.

Anthony : Donc concrètement, j'imagine que les femmes ne changent pas de maternité pour toi, ou bien ça arrive aussi ? Ou est-ce que tu refuses beaucoup de personnes, en leur expliquant avec qui tu travailles ? Comment ça se passe à ce niveau-là ?

24:39Des maternités encore fermées

Nathanaël : Ce n'est pas non plus des demandes… Tu n'as pas 40 demandes par jour pour ce genre de reportage. Il m'est arrivé que des mamans me demandent alors qu'elles habitaient au bout de la France. Je leur ai dit que c'était compliqué, voire non, que ce n'était pas possible, et elles l'ont compris toutes seules.

Nathanaël : Et puis de toute façon, dans d'autres maternités, il n'y a pas forcément de photographes qui ont pu faire ce travail-là, c'est-à-dire faire connaître ce type de reportage. Et quand les médecins, les gynécos, les sages-femmes ne savent pas vraiment que ça se fait, ou en tout cas n'en ont pas vu de résultats, ce n'est même pas la peine de chercher. Si tu leur dis : « Tiens, j'accouche demain, mais j'ai mon photographe qui… » « Oh non, personne de plus dans la salle d'accouchement, il n'y a que le personnel hospitalier. » C'est très compliqué de rentrer dans des maternités en France pour ça.

Nathanaël : Il faut espérer que ça se développe un petit peu plus, et que le personnel se rende compte de l'importance, pour les patients qui le souhaitent, d'avoir ce genre de souvenirs. C'est tellement secondaire pour beaucoup que quand tu arrives et que tu dis : « Tiens… » J'ai des fois des demandes pas très loin de chez moi, donc potentiellement faisables, mais c'est dans des maternités où le personnel n'est pas OK là-dessus. Donc de toute façon, c'est mort.

Anthony : C'est ça. Donc pour que ça se répande un peu plus, il n'y a pas de secret : il faudrait que les couples en parlent davantage à la maternité, aux sages-femmes. Et il faut que les photographes, eux aussi, essaient progressivement de sensibiliser les maternités à ce sujet-là.

Nathanaël : C'est ça.

26:33Un parcours du combattant, et qui le fait en France

Anthony : Si un photographe nous écoute, boit tes paroles, trouve ton expérience géniale et a envie lui aussi de se lancer là-dedans : comme tu l'as dit, ça t'a pris deux ans et demi, il y a quand même un petit parcours du combattant pour arriver à faire sa place en maternité. Il faut s'armer de patience, j'ai envie de dire.

Nathanaël : Oui, c'est ça. Il ne faut pas hésiter à utiliser les photos des collègues pour montrer ce qui se fait ailleurs et à quel point ça peut être joli.

Anthony : C'est ça.

Nathanaël : Donc s'il y en a qui veulent me contacter pour en discuter, ou utiliser mes photos, il n'y a aucun problème.

Anthony : À la grosse louche, tu estimes qu'il y a combien de photographes aujourd'hui en France qui font vraiment des photos d'accouchement comme toi ?

Nathanaël : Bonne question. J'en connais personnellement quelques-uns. Celui que je connais le plus, c'est Maxime Faury, qui est à Strasbourg. Il y en a beaucoup d'autres. Il y a… Oh purée, je ne me rappelle plus forcément des prénoms à chaque fois, mais on a eu des discussions avec… Il y a une photographe qui bosse super bien du côté du Mans. Je me demande si ce n'est pas Élise. Excuse-moi, Élise. Enfin bref.

Anthony : J'ajouterai ça dans les notes de l'épisode. Tu me donneras les noms et je les mettrai avec les…

Nathanaël : Oui, ça marche, c'est cool. Je ne sais pas si on est… Une bonne dizaine peut-être, je serais tenté de dire. Après, je ne les connais pas tous. Il y en a peut-être plus que ça, que je ne connais pas, qui ont cette possibilité de le faire.

28:17Les règles en salle d'accouchement

Anthony : Je me pose quand même la question, hors Covid bien sûr, parce que je ne m'en souviens plus, je t'avoue : dans une salle d'accouchement, est-ce que tu pourrais imposer ton photographe à la sage-femme et dire : « Voilà, on a un photographe avec nous, c'est comme ça, on le veut » ? Ou bien c'était limité, seul le papa est dans la salle ? Je ne me souviens plus exactement des règles.

Nathanaël : Non, la règle, c'est que tu as un seul accompagnant. J'ai une collègue photographe qui a pu faire un reportage dans une maternité pas très loin. Elle avait essayé de faire bouger les choses dans cette maternité-là, mais ça ne se débloquait pas. Elle a pu le faire parce qu'on lui avait dit : « S'il n'y a pas de papa, vous pouvez rentrer, sinon non. » Et cette maman-là n'était pas accompagnée, donc elle a pu demander à sa photographe d'être présente.

Anthony : Sinon, il faut virer le papa : le papa remplacé par le photographe. Ou alors le papa se transforme en photographe. Et comme tu disais, je crois que même si on me l'avait demandé, je n'aurais pas pensé une seule seconde à prendre mon téléphone, tellement j'étais pris dans le truc. Et puis effectivement, les photos que tu vas faire [inaudible].

Nathanaël : Oui, oui, c'est clair.

29:32La lumière en salle d'accouchement

Anthony : OK, super. Écoute, ça fait justement la transition vers la gestion de la lumière, parce que moi, quand je me rappelle l'accouchement, enfin c'est un peu mon accouchement quand même, on a le souvenir d'une salle plutôt sombre, etc. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi ? De nouveau, je ne suis pas photographe, donc aucune compétence technique à ce sujet-là. Tu dois quand même venir avec de l'éclairage ? Comment ça se passe ?

Nathanaël : Il m'est arrivé sur un ou deux accouchements de venir avec quelques lumières d'appoint. Pas du flash, de la lumière continue. Parce qu'une des grosses difficultés, c'est que tu as, je ne sais plus le terme technique, cette espèce de grande lampe, que tu peux retrouver aussi chez les dentistes par exemple, et qui sert à éclairer justement l'endroit où le bébé sort. Ils ont vraiment besoin d'une belle luminosité pour voir tout ce qui se passe et pouvoir intervenir dans de bonnes conditions.

Nathanaël : Le problème, c'est que cette lampe est souvent très, très forte, et ça pose une difficulté si tu veux une exposition correcte. Si tu as besoin de faire des photos quand le bébé est en train de sortir, tu peux difficilement avoir une bonne exposition à la fois sur la tête du bébé et sur le visage de la maman. Tu as une telle différence de lumière que tu ne vas pas y arriver. Soit le visage de la maman va être trop sombre, et c'est souvent le cas, si tu veux la bonne luminosité sur le bébé. Soit c'est l'inverse : le bébé est beaucoup trop clair, mais tu as une exposition à peu près correcte sur le visage de la maman.

31:41Faire des choix et composer avec les sages-femmes

Nathanaël : Moi, je t'avoue que je privilégie plutôt les expressions de la maman. Donc je fais rapidement quelques photos pendant que le bébé est en train de sortir, et puis après j'en fais d'autres avec un champ plus large. Souvent, j'aime bien travailler avec un 14-24 : j'aime bien les grands angles, travailler au grand angle. Mais il y a toujours cette difficulté-là.

Nathanaël : Une fois, non, deux fois, je suis venu avec de la lumière supplémentaire pour avoir quelque chose d'un petit peu plus homogène. Mais malgré tout, cette lampe est tellement puissante. Et puis tu peux difficilement mettre trop de matos dans une salle d'accouchement. Donc je ne pense pas que je vais faire ça très souvent. Après, comme dans beaucoup de circonstances… J'ai du mal à parler ce matin, j'ai l'impression. Tu couperas s'il y a des trucs un peu trop galères. Je t'ai dit, je ne suis pas du matin.

Anthony : Heureusement d'ailleurs qu'on ne fait pas ça plus tôt.

Nathanaël : Après, il faut faire des choix. C'est toujours la même histoire en photo : tu as des compromis à faire. Tu vas privilégier certains trucs au détriment d'autres. Et là, tu as vraiment pas mal de contraintes. Un des trucs que j'arrive à faire avec les sages-femmes, c'est de leur demander de ne pas mettre leur lumière trop fort. C'est même moi, des fois, qui vais la régler. Je leur dis : « Ça te gêne si je la mets à telle puissance ? » Elle me dit : « Non, vas-y, t'inquiète, fais comme tu veux. » Donc je ne la mets pas trop fort, je la place bien, et après je leur demande : « Bon, c'est comment pour toi ? » « Impeccable. » « Bon, parfait. » Parce que si elles la mettent trop fort, laisse tomber, je ne peux rien faire du tout. Tout est dans la pénombre et je ne vois que le bébé, ce n'est pas intéressant. C'est l'avantage d'avoir du personnel avec qui tu t'entends très bien.

Anthony : C'est ça. C'est cool.

34:06La maîtrise de la lumière et la passion

Anthony : Samuel te décrit comme un très bon technicien de la gestion de la lumière. Allez, raconte-nous : pourquoi est-ce qu'il te caractérise comme ça ?

Nathanaël : Déjà parce qu'il est toujours très flatteur à mon égard, et je le remercie. Mais c'est vrai que la gestion de la lumière, c'est un truc qui me plaît énormément et sur lequel je me suis pas mal formé. Et c'est déterminant, parce que c'est finalement ce qui fait que tu vas pouvoir mettre l'accent sur ce qui te semble important. Tu vas mettre en lumière les parties importantes de ta scène, et pour ça, il faut que tu puisses effectivement la maîtriser. Donc tout ce qui est gestion du flash, des lumières continues, ce sont des choses sur lesquelles je me suis pas mal formé et que j'utilise beaucoup dans mes approches, dans mes reportages. C'est peut-être pour ça qu'il dit ça.

Anthony : Un sujet particulier à aborder pour ceux qui nous écoutent, dans lequel tu t'es vraiment spécialisé, des astuces ou autre ? Ou rien de spécial qui te vient à l'esprit comme ça ?

Nathanaël : Le fait de faire les choses avec passion, mais je pense que c'est le cas pour beaucoup d'entre nous. Pour moi, c'est un truc vraiment important, vraiment déterminant. Les gens le sentent, c'est un cercle vertueux après. Tu peux te tromper parfois, tu peux tester des choses qui sont complètement nazes, tu peux avoir de belles surprises.

36:06Passion, remise en question et émotion

Nathanaël : Mais en attendant, toujours se remettre en question, toujours essayer d'affiner encore ses techniques et puis essayer de sortir de ses zones de confort. C'est vraiment important à mes yeux.

Et puis, comme je te disais tout à l'heure, le rapport avec les gens, c'est aussi quelque chose de déterminant, parce que cette sensibilité aux personnes, c'est ce qui fera la différence dans tes images. Tu peux avoir des images qui sont bien faites, qui sont propres, qui sont bien composées. Mais ce petit plus qui va donner l'intensité, il y a effectivement la gestion de la lumière, mais il y a aussi l'émotion que tu vas pouvoir retrouver. Et ça, pour moi, c'est super important.

37:00Se former à la lumière : tester et se tromper

Anthony : Et pour la lumière, justement, pour se former, c'est de l'essai-erreur, ou tu conseilles des ressources aujourd'hui au photographe qui veut améliorer sa gestion de la lumière ? Tu conseilles certaines choses, ou c'est de l'essai-erreur, il faut tester et trouver les bons réglages ?

Nathanaël : Je te dirais les deux. Moi, j'ai fait des workshops en présentiel, tu vois, ce n'était pas simplement choper des tutos sur Internet ou faire des formations sur Internet. C'est complémentaire, tu peux en faire, ça va t'être utile, pour qu'ensuite tu essaies toi-même de mettre en pratique les choses.

C'est exactement le même principe que pour l'utilisation de son appareil. Il faut que rapidement, parce que tu n'as pas vraiment le temps quand tu es en reportage, tu te dises : « Purée, là, je suis en galère, la lumière est pourrie. Pourtant, il y a de belles choses qui se passent. Qu'est-ce que j'ai sous la main que je vais pouvoir utiliser ? » Et surtout, il ne faut pas se poser la question : comment je vais l'utiliser, quelle puissance il va falloir que je mette, etc. Tu vas te poser la question, si, mais tu vas trouver la réponse très rapidement.

Si tu passes ton temps à regarder tout un tas de vidéos ou de formations sans jamais tester toi-même et te planter, tu n'assimileras rien du tout. Il faut énormément tester et faire des erreurs, je suis entièrement d'accord avec ça, et c'est même parfois bien d'essayer avant de se former.

Moi, les premières formations que j'ai faites en présentiel, comme on dit maintenant, c'étaient des workshops où j'avais déjà essayé pas mal de trucs avec mes flashs avant. Ce qui fait que quand l'intervenant expliquait son approche, il y avait déjà beaucoup de choses qui résonnaient. Je me disais : « OK, d'accord. Ah, c'est pour ça que je galérais. » Et des fois, il suffit d'un tout petit truc que tu n'avais pas compris et que tu aurais pu continuer à chercher pendant des plombes. On te donne l'astuce, ça te parle tout de suite et tu la retiens, cette petite astuce qui va faire la différence.

Et les fois d'après, quand tu vas à nouveau essayer, il y aura déjà des acquis, et tu auras de nouvelles choses qui seront là pour asseoir tes acquis et te montrer les petites astuces supplémentaires que tu n'avais pas.

39:36Oser sortir le matériel le jour J

Nathanaël : Et là, après, tu t'éclates. Et quand tu t'éclates, tu pratiques à nouveau beaucoup. Et quand tu arrives sur un mariage... parce que des fois, j'ai des collègues qui me disent : « Mais comment ? Moi, sur un mariage, je n'ai pas le temps de sortir quoi que ce soit. » Des fois, j'ai la flemme de sortir des trucs. Je me dis : l'idéal, ce serait que je sorte un flash et que je le mette là, ou une lumière continue et que je la mette là. « Oh, il faut que je retourne dans ma bagnole », parce que dans ma voiture, j'ai toujours tout un tas de trucs. Mais je ne les sors pas tous.

En tout cas, peu importe la circonstance, je sais que j'aurai de quoi sortir de bonnes images. Et c'est ce que je dis toujours à mes futurs mariés ou à mes clients. Il faut parfois se mettre un petit coup de pied aux fesses en se disant : « Allez, vas-y, je vais le sortir. » Tu prépares ton setup, et après, tu es super content des images que tu sors, parce que si tu n'avais pas sorti ton matos, tu n'aurais pas tout ça.

Mais des fois, c'est le petit coup de pied aux fesses. Et si tu n'as pas pratiqué et que tu te dis : « Purée, comment je vais régler mon truc ? », etc., c'est mort. Tu ne le feras jamais. Ce n'est pas le jour J qu'il faut que tu pratiques et que tu sois sûr de toi. Ça, c'est vraiment une notion super importante.

Il faut faire plein de tests, pratiquer sur des mannequins. Tu t'achètes, sur Amazon ou ailleurs (on va boycotter Amazon, je crois qu'en ce moment, c'est mieux), une tête de mannequin, et puis tu fais des essais de lumière. Tu essaies tes différents modeleurs, tu essaies une softbox, tu essaies un bol beauté. Et la notion, tu vas vraiment l'assimiler. Tu vas voir quel impact la lumière va avoir sur le visage de quelqu'un, le positionnement de ta lumière. Tu vas voir ce que toi, tu préfères : si tu préfères vraiment quelque chose de face, de côté, si tu vas rajouter quelque chose derrière pour détourer un petit peu au niveau de la chevelure, etc. Et toutes ces choses-là, après, tu vas les comprendre...

Anthony : Tu l'auras compris, et tu vas pouvoir le mettre en pratique sur des reportages, même quand c'est speed.

Nathanaël : C'est ça. Surtout quand tu es dans de beaux lieux, tu te dis : « Non mais là, je ne peux pas me contenter juste de ça. Allez, hop ! »

41:57La lumière au service de son style

Anthony : On est d'accord, c'est hyper important, dans le sens où on dit toujours que chaque photographe doit trouver son style. La lumière va énormément impacter le résultat que tu vas avoir, et va faire que tu vas toi-même apprécier plutôt ce type-là ou un autre. C'est vraiment super important que chaque photographe travaille ça et trouve ce qui lui plaît, et finalement ce qui est son style.

Nathanaël : Oui, tout à fait. Se frotter à différentes techniques... Il y a des fois où tu apprends des trucs et tu ne les utiliseras jamais de ta vie, parce que ce n'est pas ce que tu veux. Mais c'est bien.

Moi, pour te dire, les premières fois où je me suis formé à l'utilisation du flash en reportage, une des choses que je m'étais dites, c'est : « OK, ce n'est pas forcément ce que j'ai envie de faire. J'ai vraiment envie d'être libre, d'avoir mon appareil et de pouvoir vadrouiller. Je n'ai pas forcément envie de me mettre une contrainte. » Mais je n'avais pas non plus envie de dire : « Je n'aime pas travailler au flash », simplement parce que je ne savais pas travailler au flash. Tu vois ? Parce que c'est aussi le risque.

Des fois, tu dis : « Non, je n'aime pas tel truc. » Pourquoi ? Parce qu'en fait, tu ne sais pas, tu ne maîtrises pas. Et donc la solution de facilité, c'est de dire : « Non, je n'aime pas. » Alors que moi, il y avait des images faites au flash devant lesquelles je me disais : « Qu'est-ce que c'est beau, j'aimerais tellement savoir faire ça. » J'essaie, je n'y arrive pas. Est-ce que j'abandonne en disant : « Non, ce n'est pas trop mon truc » ? Ou est-ce que je persévère et j'essaie vraiment d'approfondir le truc ?

Il m'a fallu plusieurs années pour maîtriser correctement tout ça, et beaucoup d'heures de pratique. Mais une fois que tu l'as, c'est acquis. Et sur certains mariages, je ne vais rien sortir en lumière additionnelle. Mais rien du tout. Parce que ce n'est pas le mood, l'ambiance ne s'y prête pas, ce n'est pas le type d'image que je veux.

43:48Garder son style, adapter son approche

Nathanaël : On dit aussi qu'il faut avoir un style et garder ce style. J'ai des collègues qui pensent beaucoup comme ça, et qui ne vont jamais déroger à leur 35 mm, uniquement en lumière naturelle, etc. Moi, je n'ai pas cette vision-là. J'ai mon style, j'ai des choses qui me plaisent. Mais je pense qu'avoir un bagage technique important va te permettre, tout en gardant ton style, de parfois changer un petit peu ton approche suivant le mariage, suivant le type de reportage.

J'ai des mariés qui aiment un rendu très naturel, très lumière naturelle et très doux. Eh bien, je ne vais pas forcément leur faire un style trop contrasté comme ce que j'aime beaucoup. J'aime beaucoup le travail en ombre et lumière, mais je ne vais pas forcément leur faire ça. On verra moins mon style, parce que c'est vrai que je communique beaucoup sur ce côté ombre et lumière, mais on retrouvera quand même un petit peu mon approche.

Et comme je te le disais tout à l'heure, pour moi, le plus important au-delà de l'image, c'est surtout l'émotion qui va s'en dégager. L'émotion, c'est plutôt avec les personnes que ça va se jouer. Mais suivant le contexte, comme avec ce qu'il y a dans mon coffre, c'est-à-dire tout un tas de matos différent, je vais piocher : prendre ça et ne pas toucher au reste du matos.

Pour les techniques, c'est pareil. Sur certains mariages, je vais surtout utiliser telle et telle technique. Sur d'autres mariages, ce ne sera pas du tout approprié, j'utiliserai autre chose. Mais malgré tout, toutes ces techniques, je me les suis appropriées. Et après, je vais marier ces techniques-là avec les contextes de shoot. Si je n'avais pas tout ça, j'aurais peur d'avoir un travail stéréotypé.

45:53Entre mariage et naissance

Anthony : Super, merci pour toutes ces infos. Et aujourd'hui, ton activité de photographe, elle est partagée entre le mariage et la naissance ? Comment est-ce que ton emploi du temps est divisé, plus ou moins, aujourd'hui ?

Nathanaël : C'est vrai que je fais pas mal de photos de naissance à la maternité. Par contre, j'ai des périodes de l'année où c'est vraiment le mariage qui prend le pas sur tout ça, parce qu'en mai, juin, juillet, août, septembre, il y a quand même pas mal de mariages. Donc je vais beaucoup plus bosser sur le mariage que sur la naissance.

J'ai Samuel, avec qui on est en train de monter un studio en commun, avec qui je me suis associé. Je l'ai également formé pour qu'il puisse me remplacer de temps en temps à la maternité, parce qu'il y a des moments où je suis vraiment chargé et je ne peux pas y être aussi souvent que je devrais. Donc il y a des moments où, à la mat', j'y suis moins, parce que les mariages sont très présents.

Anthony : Et en termes de plaisir pour toi, c'est 50-50 ? Tu prends autant de plaisir à faire un mariage qu'à faire une naissance ? Ou tu as quand même ta petite préférence ?

Nathanaël : J'aime énormément le mariage. Les naissances, les accouchements, c'est vraiment top. Après, les photos que tu fais deux ou trois jours après la naissance, ça, c'est quelque chose que je fais parce que ça fait partie du job. Mais c'est moins passionnant, forcément, parce que tu retombes toujours plus ou moins sur les mêmes choses.

Ce qui rend ça passionnant, c'est qu'à chaque fois, tu rencontres des gens différents, et que tu gardes une certaine fraîcheur parce que tu fais d'autres choses. Si je ne faisais que ça, je pense que je n'aurais plus cette fraîcheur-là. Mais je fais différentes choses : je fais aussi des choses pour des professionnels, pour des marques, pour des musiciens... C'est assez large, finalement, le champ d'action d'un photographe.

Anthony : Donc tu as quand même une activité assez variée.

Nathanaël : Ouais, ouais. Et ça, c'est vraiment quelque chose que je veux garder, pour garder cette fraîcheur dont je te parlais.

48:37Se spécialiser ou se diversifier

Anthony : Parce qu'on a un peu deux écoles à ce niveau-là. Il y en a qui vont te dire « spécialise-toi à 100 % sur une activité », et d'autres qui vont te dire « touche un peu à tout ». Et je pense que finalement, c'est à chacun de voir ses objectifs et ce qu'il veut faire. C'est bien de pouvoir continuer à prendre plaisir. Je crois que si tu fais tout le temps la même chose, tout le temps, tout le temps, à un moment, tu finis peut-être par te lasser, et tu prends moins de plaisir à le faire.

Nathanaël : Moi, je me spécialise vraiment dans les gens, dans l'humain, tu vois. Prendre des photos d'architecture, je peux le faire, mais ce n'est pas mon kiff. Pareil pour les animaux : j'adore les animaux, mais les photographier, ce n'est pas forcément ce que... Ma passion, c'est vraiment les gens, c'est eux que j'aime photographier. Donc je suis spécialisé là-dedans, mais la vie se décline de tellement de façons différentes. Donc au final...

49:30Former d'autres photographes à l'accouchement ?

Anthony : Tout à fait. Alors toi qui es devenu, on peut le dire, expert avec toutes ces années (il y a peu de photographes qui ont ton expérience en naissance et accouchement), est-ce que tu envisages, pour promouvoir cette activité, de faire des formations, que ce soit des workshops ou autre ? Est-ce que ça t'a déjà traversé l'esprit, ou pas du tout ?

Nathanaël : Tu sais, pour faire des workshops, il faut quand même qu'il y ait la demande. Et la difficulté, c'est ce qu'on évoquait tout à l'heure : le frein qu'il y a à ce genre de reportage en France. Mais le jour où ce sera beaucoup plus développé et qu'il y aura beaucoup plus de facilité à proposer ce genre de reportage, il y aura forcément plus de photographes qui devront se former là-dessus. Et là, oui, avec grand plaisir.

Anthony : Tu penses que si demain tu lances un workshop, tu n'auras pas assez de participants ? Qu'il n'y a pas encore de photographes sensibles à ce sujet, et que tu n'auras pas assez d'inscrits ?

Nathanaël : Ah, les photographes, si, il y en a un paquet qui sont sensibles. Il y en a plein qui me contactent pour me dire : « Comment tu fais pour pouvoir proposer ça ? Moi, je suis bloqué. » Ce ne sont pas les photographes le problème, il y en a plein qui rêveraient de ça. C'est plutôt le personnel hospitalier et les structures hospitalières qui bloquent.

Anthony : Oui, mais peut-être que le fait de lancer ton workshop va justement sensibiliser de plus en plus de photographes à ce sujet, qui eux-mêmes vont sensibiliser de plus en plus à la fois de femmes enceintes et de personnels hospitaliers. Et ça peut progressivement tirer tout ça un peu vers le haut. C'est à ça que je pense, moi.

Nathanaël : Écoute, c'est une idée, pourquoi pas ?

Anthony : Je pense que ça pourrait être pas mal. Et puis surtout, quand j'entends la plupart des photographes femmes spécialisées nouveau-nés, grossesses par exemple, elles ont souvent une histoire assez similaire : elles disent qu'elles ont commencé la photo parce qu'elles sont elles-mêmes devenues mamans, qu'elles ont adoré prendre des photos de leur enfant et qu'elles ont voulu en faire leur métier. Et finalement, toutes ces femmes ont aussi accouché, et peut-être que pour certaines, faire de la photo de naissance et d'accouchement, ça peut aussi être un plaisir et une activité qui leur plairait. Maintenant, comme tu dis, il faut le temps. Ça peut se mettre en place avec les années, mais je pense que ça peut être sympa.

Nathanaël : Ouais. Non, ce n'est pas faux.

51:43Conclusion

Anthony : Écoute, super épisode. J'ai aimé ton côté posé. Tu n'es pas du matin ? Mais ça me change, parce qu'hier, j'ai fait une interview avec Thibault Chappe, et il parlait à 2000 à l'heure.

Nathanaël : Ah, Thibault... Pfff ! Il débite ! J'avoue que je ne sais pas comment il fait. Je le lui ai déjà dit, hein. Je lui ai dit : « Mais t'es... »

Anthony : Ouais. Écoute, j'ai écouté un épisode d'un podcast avec Yannick Noah sur Génération Do It Yourself. Il a parlé très calmement, de manière très posée, pendant tout l'épisode. Et justement, la personne qui l'interviewait lui a posé la question : « Tu parles vraiment de manière posée. » Et il a répondu : « Écoute, dans notre monde, si tu veux être entendu, il faut parler calmement et lentement. »

Moi, je suis quelqu'un qui parle finalement assez vite, et c'est vrai que je suis assez admiratif d'entendre ta voix posée, calme. J'essaie de travailler ça pour commencer à parler un petit peu moins vite, j'espère que le podcast va m'aider. Et je remarque aussi que le fait de parler avec toi me fait ralentir. Si je parle avec Thibault, je vais...

Nathanaël : Tu vas... OK.

Anthony : Écoute, vraiment, un grand, grand merci. C'était vraiment super sympa.

Nathanaël : Merci, ouais.

Anthony : Merci à toi. Je te souhaite bonne continuation, et à bientôt.

Nathanaël : Ouais, merci beaucoup. À bientôt, Anthony, et à bientôt tout le monde.

Anthony : C'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner, et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook Fotostudio, sur groupe.fotostudio.io. Merci, et à la semaine prochaine.

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