Photographe de mariage à Aix-en-Provence depuis plus de dix ans, Thibault Chappe travaille pour moitié avec des couples venus de l'étranger. Il explique comment ces clients le trouvent, ce que les concours et le Master QEP ont changé dans son travail, et pourquoi il a ouvert un studio de portrait d'art.
En résumé :
Pour Thibault Chappe, un photographe de mariage attire une clientèle internationale moins par la prospection que par quelques choix de fond :
• Montrer sa région et ce qu'on aime : la Provence attire, mais c'est la façon de la raconter qui fait choisir un photographe
• Être soi-même, sur son site comme en rendez-vous, pour attirer des mariés qui vous ressemblent
• Viser une reconnaissance par ses pairs : un diplôme comme le Master QEP rassure des couples étrangers qui ne connaissent rien à la photo
• Se mettre en compétition avec soi-même : regarder ses images avec l'œil d'un juge fait progresser, puis permet d'augmenter ses tarifs
Australiens, Américains, Suisses, couples franco-étrangers : la moitié des mariés de Thibault Chappe vivent hors de France. Pourtant, 99 % de ses mariages ont lieu à moins d'une heure ou deux de chez lui, entre Aix-en-Provence, le Luberon et la Côte d'Azur.
Dans cet épisode, il raconte à Anthony Heukmes comment il est devenu photographe de mariage presque par hasard, d'où viennent réellement ses clients, ce que valent les concours et les diplômes photo, et comment il concilie aujourd'hui mariages, studio et engagement au sein de la fédération professionnelle.
Qui est Thibault Chappe ?
Thibault Chappe est photographe professionnel à Aix-en-Provence. Spécialiste du reportage de mariage, il pratique une approche photojournaliste : laisser les mariés vivre leur journée, intervenir le moins possible et capter les détails, les regards et les liens entre les proches.
- Un ancien généraliste : à ses débuts, il photographiait de tout, du mariage au culinaire en passant par l'entreprise et les orchestres.
- Un cofondateur : avec Sophie Bourgeix et Etienne Clotis, il a créé la Maison de la Photographie d'Aix-en-Provence, un lieu où chaque photographe est expert d'un seul domaine. Pendant cinq ans, il n'a vécu que du mariage.
- Un photographe primé : Master QEP (Master Qualified European Photographer) obtenu avec une série de reportage de mariage, membre de l'équipe de France de la photographie pour la World Photographic Cup, Portraitiste de France.
- Un portraitiste : il a repris un studio de portrait d'art, le Studio Chappe, où il photographie grossesses, familles et portraits.
Il est aussi formateur, conférencier et, au moment de l'enregistrement, directeur de la communication de la FFPMI, la Fédération française de la photographie et des métiers de l'image.
1. Comment devient-on photographe de mariage ?
Chez Thibault Chappe, ce n'était pas un plan de carrière. Des amis lui demandent de photographier leur mariage ; il refuse d'abord, car il ne voit pas la photo de mariage comme quelque chose de « valorisant ». Il finit par accepter… et se prend une claque.
Un métier où il faut être bon partout, tout le temps
Le mariage l'a séduit justement parce qu'il est difficile. En une journée, il faut savoir :
- photographier l'infiniment petit, comme les alliances et les détails ;
- rendre l'atmosphère d'un lieu et faire des portraits naturels et spontanés ;
- travailler en plein soleil puis dans la pénombre d'une église ;
- gérer le mouvement de la soirée, le flash et les réglages.
« Comme c'est compliqué, j'aime bien. C'est comme la pâtisserie : un petit réglage peut changer toute la donne. »
Thibault Chappe
À retenir : la photo de mariage est une discipline technique complète. C'est souvent en s'y confrontant qu'on découvre si elle nous correspond, et sa complexité peut devenir une source de motivation plutôt qu'un frein.
2. Comment attirer une clientèle étrangère quand on est photographe de mariage ?
Contrairement aux apparences, Thibault ne voyage presque pas : il préfère se réveiller le dimanche avec sa famille. Ce sont les couples étrangers qui viennent à lui. Aix-en-Provence est à une heure du Luberon, très prisé par les couples américains et anglo-saxons, et à une heure de la Côte d'Azur, où se marie une clientèle d'Europe de l'Est.
Parmi ses clients étrangers, on trouve souvent un Français expatrié et son conjoint qui reviennent se marier en France, ou des couples américains qui choisissent la Provence pour la Provence. Et comme il aime sa région, il la montre : la lavande, les couchers de soleil orangés, la lumière. Ces images parlent directement à l'imaginaire de ces couples.
« Je pense que ce sont plutôt eux qui m'ont choisi, par rapport à ce que j'avais envie de montrer, que moi qui les ai choisis. »
Thibault Chappe
Le lieu est un outil, pas une fin
Un beau lieu attire des clients, mais il peut aussi piéger le photographe. Thibault voit beaucoup de photos ratées devant de très beaux décors : sous prétexte d'avoir un château ou la tour Eiffel, on oublie de composer la lumière, l'image et l'émotion. Il réalise d'ailleurs aussi des mariages très simples, « dans un cabanon », qu'il trouve tout aussi forts.
Si vous visez une clientèle internationale, votre site de photographe doit donc montrer la région telle que vous la ressentez, avec des mariés au cœur des images, plutôt qu'une simple galerie de lieux prestigieux.
À retenir : la clientèle étrangère ne s'obtient pas forcément en voyageant. Montrez ce que votre région a d'unique, mais n'oubliez jamais que le sujet de la photo, ce sont les mariés et leurs liens.
3. Faut-il imposer son style à ses mariés ?
Thibault ne cherche pas à imposer une signature visuelle identique à chaque mariage. Il ne photographie pas de la même manière une mariée en robe de princesse dans un château et une mariée en couronne de fleurs dans un champ. Contraste, contre-jour, tons chauds ou froids, noir et blanc : ces choix dépendent de l'atmosphère du moment, pas d'un preset appliqué à tout.
Il a aussi tourné le dos aux tendances. Il y a eu une époque où il fallait faire certaines images pour être publié sur certains blogs ; il s'est dit que « la mode, ça se démode ». Un reportage de mariage témoigne de la vie d'une famille : il doit rester intemporel.
« Ça restera mes photos, mais je ne vais pas les assaisonner de la même manière. »
Thibault Chappe
4. Comment attirer des mariés qui vous ressemblent ?
Sa réponse tient en une citation d'Oscar Wilde qu'il répète souvent : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. » Sur son site, Thibault parle de sa femme, de sa fille, de musique et de musées. Résultat : les couples qui le contactent partagent souvent ses centres d'intérêt.
En rendez-vous, physique ou en visio, on parle « de tout sauf du mariage » : le dernier documentaire, une exposition, un concert. C'est là que le lien se crée, et que les couples lui confient leur journée parce qu'il « leur ressemble ». Il se souvient d'un mariage où il a entendu, à la soirée, du Guns N' Roses et du Megadeth : pas très traditionnel, mais un de ses mariages préférés.
Il ne cherche pas non plus à signer 100 % des couples qu'il rencontre : il veut des mariés avec qui le courant passe, parce qu'il s'implique énormément le jour J.
À retenir : plus vous vous montrez tel que vous êtes, plus vous attirez des clients avec qui vous prendrez plaisir à travailler. Inutile de les ranger dans des cases d'âge ou de profil : ce qui les réunit est plus profond.
5. D'où viennent les clients d'un photographe de mariage ?
Après 12 ans de métier et 300 à 400 mariages, avec une centaine d'invités en moyenne par mariage en Provence, des dizaines de milliers de personnes l'ont vu travailler. Voici comment ses clients arrivent :
| Canal | Ce qu'en dit Thibault Chappe |
|---|---|
| Recommandation et bouche-à-oreille | Au moins la moitié de ses clients : anciens mariés, invités, et même « les parents d'amis des parents » de ses mariés. |
| Wedding planners | Quelques mariages par an, d'organisateurs qui l'ont vu travailler ou ont été touchés par ses récompenses. |
| Réseau de prestataires | Salles de réception, traiteurs, coiffeurs qui le recommandent. |
| Recherche locale | Des couples qui cherchent un photographe dans la zone de leur mariage. |
| Concours et diplômes | Surtout des étrangers, qui cherchent les photographes les plus distingués. |
Le cas du Master QEP est parlant : des couples américains vont sur le site de la Fédération européenne de la photographie, filtrent les Master QEP français et tombent sur le seul spécialisé en mariage (au moment de l'enregistrement). Ils l'appellent en expliquant qu'ils n'y connaissent rien en photo, mais que ce diplôme les rassure.
« Ce n'est pas parce que tu as un diplôme que tu es bon. Par contre, si derrière il y a le travail, c'est quand même une sacrée porte d'entrée. »
Thibault Chappe
6. Concours et diplômes photo : lesquels choisir ?
Thibault distingue d'abord deux logiques. Dans un concours, il faut être meilleur que les autres ce jour-là : « J'ai toujours eu beaucoup de peine pour ceux qui courent à côté d'Usain Bolt. » Un diplôme, lui, valide un niveau d'exigence : c'est une compétition avec soi-même, celle qu'il préfère.
Les principaux titres pour un photographe en France
| Titre | Organisateur | Principe |
|---|---|---|
| Meilleur Ouvrier de France (MOF) | État | Épreuves techniques très pointues, distinction nationale très prestigieuse |
| Concours et diplômes nationaux (dont Portraitiste de France) | FFPMI | Médailles et diplômes décernés par la fédération française |
| EP (European Photographer) | FEP | 12 photos en fichiers numériques, dans une catégorie choisie |
| QEP (Qualified European Photographer) | FEP | 12 photos en tirages papier : la qualité d'impression est aussi jugée |
| Master QEP | FEP | 20 images d'une même série, toutes catégories confondues : le plus haut niveau |
| World Photographic Cup | Fédérations des différents continents | Équipes nationales en six catégories, classement par points |
| Concours indépendants (par exemple Fearless) | Annuaires et entreprises | Critères propres, souvent plus axés sur la prise de risque |
Il reconnaît volontiers que ces titres sont peu connus du grand public : « Aucun de mes clients ne sait ce que c'est. » Et les critères varient : une photo primée à Fearless ne gagnera pas forcément à la FEP, et inversement. Le bon choix dépend donc des valeurs que vous partagez avec chaque concours. C'est aussi ce que constatait Emilie Zangarelli, pour qui les récompenses sont devenues un argument de vente auprès de ses clients.
7. Pourquoi participer à un concours photo ?
Pendant des années, Thibault trouvait les concours inutiles. Tout a changé en 2015, quand Sophie Bourgeix l'a poussé à participer à la Coupe du monde de la photographie. En ouvrant son ordinateur, il a regardé ses images avec l'œil d'un juge et non plus avec celui de ses clients : un recadrage oublié, un objectif mal choisi, une retouche bâclée.
« Le niveau d'exigence d'un juge international n'est pas entre le mien et le leur : il est au-dessus. »
Thibault Chappe
Un cercle vertueux, jusque dans les tarifs
Viser ce niveau l'a obligé à composer davantage chaque image. Il décrit l'enchaînement : meilleur travail, meilleures photos, meilleure expérience, clientèle qui lui ressemble plus et dépense davantage, ce qui lui a permis d'augmenter ses tarifs. Pour savoir où vous en êtes, un calculateur de prix pour photographe aide à vérifier que vos tarifs suivent la valeur de votre travail.
Montrer ses images, même quand on doute
Inutile d'attendre d'avoir dix ans d'expérience : certains débutants ont un regard que d'autres n'auront jamais. Son conseil est de faire critiquer ses photos par d'autres photographes, sans raconter l'histoire de l'image (« si je montre à ma femme une photo floue de ma fille, elle va me dire que c'est une belle photo parce que c'est sa fille »). Il garde aussi en tête une phrase attribuée à Léonard de Vinci : les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail.
Mais il sait aussi garder sa confiance : une photo jugée « bof » par des confrères a remporté un Borvo de rubis dans une exposition internationale de portraits. Comme le dit le physicien Etienne Klein, qu'il cite, ne rien trouver, c'est déjà faire une découverte. Ne rien gagner, c'est déjà progresser.
À retenir : l'intérêt d'un concours n'est pas de battre les autres, mais de relever son propre niveau d'exigence. Gagner ou non, chaque participation vous oblige à comprendre ce qui manque à vos images.
8. Pourquoi ouvrir un studio quand on est photographe de mariage ?
Se spécialiser dans le mariage l'avait obligé à renoncer à la grossesse, un sujet qu'il adore : « choisir, c'est se priver ». Plusieurs événements l'ont ramené vers le portrait : la naissance de sa fille en 2013, puis la disparition de sa mère en 2017. Il a pris conscience de l'importance de ce qu'il appelle le patrimoine photographique des familles.
Au studio, il ne raconte plus ce qui se passe, il construit l'image : la lumière devient un outil pour révéler la personne. Il y reçoit des futures mamans, des familles et des enfants, mais aussi des moments plus graves : une grand-mère de 83 ans venue faire le portrait qu'elle veut laisser à ses petits-enfants, ou une personne en traitement contre un cancer qui voulait garder une trace fière de cette période.
« Moi qui ai perdu ma maman, ce qui me manque aujourd'hui, ce n'est pas son enveloppe corporelle, c'est qui elle était. »
Thibault Chappe
Le studio prolonge naturellement son activité mariage : la plupart de ses mariées reviennent le voir quand elles sont enceintes, et certains clients traversent la France pour une séance grossesse chez lui.
9. Comment concilier mariages et studio ?
Le mariage n'est plus tout à fait saisonnier (son premier mariage de l'année avait lieu le 18 janvier), mais l'essentiel reste concentré aux beaux jours. Le studio occupe donc surtout le temps qu'il consacrait auparavant aux conférences et à la création. Pour faire tenir les deux, il a revu son organisation :
- Des zones tampons : en août, avant le pic de naissances de septembre, il prend moins de mariages en semaine pour garder de la place aux séances grossesse.
- Des délais de livraison réalistes : il annonce désormais à ses mariés un délai plus long que celui de leurs amis l'année précédente.
- Un flux de travail optimisé : matériel plus rapide, traitement réorganisé, sans baisser la qualité.
- Le time blocking : des plages horaires fixes pour chaque tâche, et rien d'autre pendant ce temps.
- L'automatisation : ses clients réservent leur rendez-vous en ligne, au lieu des cinq e-mails d'avant pour trouver un créneau.
En 2020, privé de rendez-vous physiques, il livrait aussi ses reportages en visio avec un diaporama partagé à l'écran, un exercice qu'il trouve plus stressant que de voir les réactions de ses mariés en face de lui. C'est tout l'intérêt d'une séance de visionnage en présentiel quand elle est possible.
« Tout le temps qu'on ne passe pas à faire des trucs chiants, on le passe à faire des trucs cools. »
Thibault Chappe
10. Pourquoi rejoindre une fédération de photographes ?
Thibault s'est engagé à la FFPMI non pas parce qu'il la trouvait parfaite, mais parce qu'il la jugeait nécessaire et voulait l'améliorer. D'abord président de la région PACA, il est devenu directeur de la communication de la fédération.
Il rappelle que la FFPMI n'est pas un club : c'est l'organisation professionnelle représentative des photographes auprès des pouvoirs publics. La crise sanitaire de 2020 l'a montré : la fédération a rédigé un protocole sanitaire et fait reconnaître auprès du gouvernement les difficultés des photographes, notamment de mariage, pour qu'ils accèdent aux aides.
Il résume son action en trois piliers :
- Rassembler : un réseau national et des groupements régionaux où les photographes s'entraident.
- Défendre : représenter la profession, lutter contre la concurrence déloyale, mener des combats comme celui de la photo d'identité.
- Promouvoir : valoriser le savoir-faire des photographes, par les diplômes, les concours et la presse.
À l'époque, l'adhésion coûtait environ 195 euros par an, « une vingtaine d'euros par mois » pour une organisation qui défend votre métier. Et il lance un appel aux jeunes photographes : venir partager leur vision du métier de demain.
Les erreurs à éviter quand on est photographe de mariage
D'après l'expérience de Thibault Chappe :
✗ Compter sur un beau lieu pour faire de belles photos, en oubliant la lumière, la composition et l'émotion.
✗ Suivre les tendances du moment au lieu de créer des images intemporelles.
✗ Appliquer le même traitement à tous les mariages, quelle que soit leur atmosphère.
✗ Gommer sa personnalité sur son site et en rendez-vous pour plaire à tout le monde.
✗ Juger ses photos avec l'œil du client, moins exigeant que celui d'un juge.
✗ Demander l'avis de ses proches plutôt que celui d'autres photographes.
✗ Remplir son planning sans marge et sacrifier les clients fidèles qui reviennent pour d'autres séances.
FAQ : photographe de mariage et clientèle internationale
Comment trouver des clients étrangers quand on est photographe de mariage ?
Les couples étrangers choisissent d'abord une région, puis un photographe dans cette zone. Montrez ce que votre région a d'unique, faites en sorte d'être visible dans les recherches locales, soignez le bouche-à-oreille et appuyez-vous sur des distinctions reconnues. Thibault Chappe reçoit ainsi des couples américains qui l'ont trouvé grâce à son titre de Master QEP.
Qu'est-ce que le Master QEP en photographie ?
C'est le plus haut diplôme décerné par la Fédération européenne de la photographie (FEP). Après l'EP (12 fichiers numériques) et le QEP (12 tirages papier), le Master QEP demande 20 images d'une même série, jugées toutes catégories confondues par un jury international.
Les concours photo aident-ils à trouver des clients ?
Oui, surtout auprès d'une clientèle étrangère ou haut de gamme qui cherche un gage de qualité. Mais selon Thibault Chappe, leur principal intérêt est ailleurs : regarder ses images avec l'œil d'un juge fait progresser, et ce meilleur travail attire des clients prêts à payer davantage.
Comment un photographe de mariage trouve-t-il ses clients ?
Chez Thibault Chappe, au moins la moitié des clients arrivent par recommandation : anciens mariés, invités, prestataires. Viennent ensuite les recherches locales, les wedding planners et les concours. Chaque mariage, avec une centaine d'invités, est une vitrine.
Un photographe de mariage doit-il avoir un style unique ?
Il doit avoir un regard reconnaissable, mais pas forcément un traitement identique partout. Thibault Chappe adapte contraste, couleurs et lumière à l'atmosphère de chaque mariage, et privilégie des images intemporelles plutôt que les tendances.
Peut-on être photographe de mariage et photographe de studio ?
Oui, et les deux se complètent : les mariés reviennent souvent pour une séance grossesse ou famille. Il faut toutefois organiser son planning avec des zones tampons, optimiser son flux de traitement et annoncer des délais de livraison réalistes.
À quoi sert la FFPMI pour un photographe ?
La Fédération française de la photographie et des métiers de l'image représente la profession auprès des pouvoirs publics, organise des concours et des diplômes comme Portraitiste de France, et anime des groupements régionaux d'entraide. Pendant la crise sanitaire, elle a défendu l'accès des photographes aux aides.
Découvrir le travail de Thibault Chappe
Ses reportages de mariage en Provence et ailleurs sont à découvrir sur son site : thibaultchappe.fr. Ses portraits d'art, grossesses et photos de famille sont présentés sur le site de son studio : studiochappe.fr. Vous êtes vous-même photographe de mariage ? Découvrez comment Fotostudio vous aide à gérer vos mariés de la demande de devis à la livraison.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Anthony Heukmes et Thibault Chappe, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré fin 2020, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les fonctions, tarifs et événements évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 12 800 mots)
Chapitres :
- Introduction de l'épisode
- Présentation et parcours de Thibault
- Le mariage en 2020 et une clientèle venue de l'étranger
- Arrivé dans le mariage par hasard
- Des étrangers qui viennent se marier en Provence
- Le lieu : un atout, à condition de ne pas s'étouffer avec
- Une clientèle qui lui ressemble
- D'où viennent ses clients : bouche-à-oreille et réseau
- Concours, diplômes et Master QEP
- Concours et diplômes : le MOF
- Les fédérations : EP, QEP et Master QEP
- La Coupe du monde de la photographie et les concours indépendants
- Se mettre en compétition avec soi-même
- Quand se lancer dans les concours ?
- Les détails font la perfection
- Montrer ses photos et accepter la critique
- Du mariage au studio : l'envie de photographier la grossesse
- Graphisme, Vasarely et les courbes de la maternité
- Paternité, deuil et patrimoine familial
- Revenir au studio pour bâtir une image
- Des portraits pour écrire l'histoire
- Une vraie photographie plutôt qu'un selfie
- Assumer sa vision et sa différence
- Concilier mariage et studio
- S'organiser : flux de travail, time blocking et outils
- La FFPMI : pourquoi s'impliquer
- Représenter la profession, à l'épreuve du Covid
- Rassembler, défendre, promouvoir
- Laurent et les combats de la Fédération
- Conclusion
Introduction de l'épisode
Anthony : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer et de progresser dans votre métier. Je suis Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable sur leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si tu apprécies le podcast, pense à le partager et à t'abonner sur ta plateforme préférée.
Je reçois aujourd'hui Thibault Chappe. Il nous parle de son parcours de photographe de mariage. Il nous en dit plus sur sa clientèle et sur pourquoi le fait de remporter des concours lui permet de toucher des clients étrangers. Et enfin, vous saurez pourquoi c'est important pour lui d'avoir en parallèle une activité en studio.
Présentation et parcours de Thibault
Anthony : Salut Thibault !
Thibault : Salut !
Anthony : Et merci d'être avec moi pour ce nouvel épisode.
Thibault : Merci de m'avoir invité. Je suis vraiment ravi d'être là.
Anthony : Alors écoute, je pense que pas mal de photographes te connaissent déjà. Mais pour ceux qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux te présenter, s'il te plaît ?
Thibault : Bien sûr. Je m'appelle Thibault Chappe, je suis photographe à Aix-en-Provence. Ça fait un petit peu plus de dix ans que la photographie est mon métier. Pour reprendre rapidement les grandes lignes historiques, j'ai été dans un premier temps généraliste, un peu comme beaucoup en me lançant. Je faisais tout type de photographie, du mariage à la grossesse en passant par le culinaire, la photographie d'entreprise, la photographie de musiciens pour des orchestres. C'est même ça qui m'a lancé au départ.
Et puis rapidement, j'ai trouvé un vrai plaisir à travailler sur la photographie de mariage, qui est un domaine que je trouve à la fois passionnant, technique, et qui va dans le sens des valeurs que je partage. J'ai participé à créer, avec Sophie Bourgeix et Etienne Clotis, un concept qu'on a nommé la Maison de la Photographie. Là, je me suis spécialisé uniquement dans la photographie de mariage, et pendant cinq ans, j'ai vécu uniquement de la photographie de mariage. Ça m'a plutôt très bien réussi.
Et depuis un peu plus d'un an, un peu moins de deux ans, j'ai repris un studio de portraits d'art à Aix-en-Provence, là où je suis, où je fais essentiellement ce que j'appelle de la photographie patrimoniale : de la famille, de la grossesse, du portrait, des choses qui me touchent.
Le mariage en 2020 et une clientèle venue de l'étranger
Anthony : Et le mariage aujourd'hui, tu en fais encore ?
Thibault : Le mariage est toujours la plus grosse partie de mon activité, encore aujourd'hui, et je n'ai pas prévu d'arrêter. Cette année a été particulière, en effet. J'ai une bonne partie de ma clientèle qui vit à l'étranger. Il faut savoir que les Australiens ne sont toujours pas déconfinés : ils n'ont toujours pas le droit de voyager aussi librement qu'ils le souhaiteraient. J'ai des Américains, j'ai aussi des gens plus près, des Suisses notamment, qui ne peuvent pas forcément se déplacer comme ils veulent, ou qui ont des invités qui ne peuvent pas se déplacer. J'ai donc eu énormément de reports. Une immense majorité de mes clients n'ont pas pu tenir leur mariage comme ils l'auraient souhaité et l'ont reporté en semaine, à la saison prochaine ou hors saison.
Mais en gros, la photographie de mariage continue à être le gros de mon activité. Je pense avoir trouvé ce que je souhaite faire dans la photographie de mariage, comment je veux le faire, ce que je veux raconter, à la fois d'une manière artistique et d'une manière technique. Je ne me sens pas d'arrêter ça. Pour l'instant, ça a trop de sens et trop de valeur pour moi. Donc je continue là-dessus, si tant est qu'on continue à aimer mon travail.
Arrivé dans le mariage par hasard
Anthony : C'était ton objectif, quand tu t'es lancé dans la photo de mariage, de te dire : « Je veux travailler avec des clients du monde entier, voyager » ? C'était quelque chose que tu voulais faire dès le départ, ou ça s'est fait naturellement avec le temps ?
Thibault : Alors, pas du tout. D'une part, ce n'était pas du tout mon objectif d'être photographe de mariage, pour être clair. La photo de mariage, j'y suis arrivé par hasard. Des amis m'ont dit : « On se marie, est-ce que tu ne veux pas faire les photos de notre mariage ? » Je leur ai répondu : « Franchement, les gars, je ne suis pas photographe de mariage. » Je ne voyais pas ça comme un truc hyper valorisant à l'époque. Je n'avais peut-être pas le regard que j'ai aujourd'hui sur la photo de mariage.
Et je me suis pris une claque. Je suis arrivé sur le mariage et je me suis rendu compte à quel point il fallait être bon tout le temps, partout. Il faut savoir photographier des détails, des alliances, du très petit, de l'infiniment petit, mais il faut aussi témoigner des endroits, des atmosphères, des lieux, savoir faire des portraits naturels, spontanés, travailler quand il fait très jour en plein soleil, travailler quand il fait très sombre à l'intérieur des églises, travailler avec du mouvement pendant la soirée, maîtriser le flash, maîtriser les réglages.
Moi, je suis curieux et j'aime la précision. Et la photographie de mariage, c'est un domaine que je trouve, je le dis souvent, vaste et passionnant. C'est très large et très compliqué. Et comme c'est compliqué, j'aime bien. C'est comme la pâtisserie : un petit réglage peut changer toute la donne, en positif ou en négatif. C'est un truc qui m'est tombé dessus par hasard, c'est comme ça que j'en suis arrivé là.
Des étrangers qui viennent se marier en Provence
Thibault : Au tout début, j'ai fait quelques mariages à l'étranger. Je disais que j'ai beaucoup de clientèle étrangère, mais en réalité, j'ai plutôt tendance à avoir envie de rester pas loin de chez moi. Je suis marié, j'ai une fille qui a bientôt 8 ans. Je préfère me réveiller le dimanche matin avec ma famille plutôt qu'à l'autre bout du monde. Je préfère gagner de l'argent pour les emmener au bout du monde plutôt que d'y aller tout seul, ça, c'est sûr et certain.
Au final, quand je dis que j'ai une clientèle étrangère, c'est une clientèle étrangère qui vient se marier chez moi. J'habite à Aix-en-Provence. Je suis à une heure du Luberon, où une bonne partie de la clientèle américaine et anglo-saxonne vient se marier parce qu'il y a un côté très émotionnel pour eux. Je suis à une heure de la French Riviera, la Côte d'Azur, où une partie de la clientèle d'Europe de l'Est vient se marier parce que, dans leur imaginaire, ça correspond bien à ça. Donc je travaille la plupart du temps à moins d'une heure de chez moi, rarement plus d'une heure et demie ou deux heures de toute manière.
Tous les ans, je fais un mariage à l'étranger. Il m'arrive d'aller faire des mariages aux États-Unis, au Mexique, ou plus régulièrement en Suisse ou à Barcelone. Mais objectivement, 99 % de mes mariages sont à côté de chez moi, et la moitié d'entre eux sont avec des clients étrangers. Ce n'était pas du tout un choix. D'ailleurs, parmi mes clients étrangers, c'est souvent un Français expatrié et un local ou une locale qui viennent se marier en France. Et parfois, souvent chez les Américains, c'est une clientèle qui vient se marier en Provence pour la Provence.
Je crois que dans ma façon de travailler, dans ma façon de montrer la photographie, on sent que j'aime ma région. Je suis né ici, en Provence. Je n'y ai vécu qu'une partie de ma vie puisque je suis parti dans les Alpes à un moment, mais j'y suis revenu dès que possible. J'aime la lumière de la Provence, j'aime les couleurs de la Provence. J'aime les sensations, les atmosphères, les émotions, toutes les senteurs qu'on a chez nous. Quand j'ai de la lavande, je suis content. Quand j'ai des couchers de soleil orange, je suis content. Je les montre volontiers, et ça touche une partie de ma clientèle qui vient chercher ça. Les Américains, quand ils voient de la lavande et du soleil, ça parle à leur imaginaire. Je pense que ce sont plutôt eux qui m'ont choisi, par rapport à ce que j'avais envie de montrer, que moi qui les ai choisis.
Le lieu : un atout, à condition de ne pas s'étouffer avec
Anthony : On en parlait dans un précédent podcast : pour un photographe de mariage surtout, le lieu où l'on se situe est primordial. Ne serait-ce que pour la météo, mais aussi, comme tu dis, pour la beauté du lieu. Je pense qu'on peut le dire : si tu avais été en Belgique, dans le Nord, tu n'aurais peut-être pas eu le succès international que tu as aujourd'hui. Le lieu apporte beaucoup. On est bien d'accord, tes compétences et ce que tu as fait, on va y venir, apportent énormément. Mais ce lieu, avant tout, attire beaucoup d'étrangers.
Thibault : Alors oui, ça m'attire cette clientèle-là, c'est sûr et certain. Si j'étais dans un petit village perdu au fin fond de la Belgique, j'aurais peut-être moins cette clientèle. J'ai eu des clients qui sont des célébrités, ou qui viennent se marier en Provence parce qu'ils veulent se marier en Provence, au-delà de vouloir se marier avec moi. C'est là que le destination wedding photographer, qui part dans les valises des mariés parce qu'ils le veulent lui, comme un artiste à part entière, pourra avoir un discours différent du mien. Les gens qui me rencontrent, en tout cas bon nombre de ceux dont je n'avais jamais entendu parler avant, que je n'ai pas eus sur recommandation ou qui ne m'avaient pas vu travailler auparavant, ce sont des personnes qui ont cherché un photographe dans la zone, entre guillemets, où ils se marient. C'est pour ça qu'ils sont tombés sur moi.
Après, j'en parle dans une de mes conférences, dans une de mes formations : le lieu doit être un outil, mais il faut faire attention à ne pas s'étouffer avec. Souvent, je vois de très bonnes photos réalisées dans de beaux endroits, et je vois beaucoup plus de très mauvaises photos dans ces mêmes endroits, parce que sous prétexte qu'on a la tour Eiffel, un super château ou un super endroit, on oublie de composer avec la lumière, on oublie de composer l'image intelligemment, on oublie d'y mettre de l'émotion, du savoir, de la sensation. Photographier un mariage, c'est photographier le mariage, les mariés, le lieu. Mais justement, il ne faut pas oublier, parce qu'on a un joli lieu, de photographier les mariés : dans la posture, dans la gestuelle, dans l'émotion, dans leur regard, dans leur attitude, que l'on guide ou que l'on soit dans le reportage.
Moi, je suis plus attaché à l'union entre les gens. J'ai aussi fait des mariages dans des endroits tout simples. Je fais aussi des mariages tout bêtes, il ne faut pas croire qu'on est toujours dans des châteaux incroyables. Et je fais des mariages hyper vibrants, hyper forts, hyper beaux, dans des endroits simples, parce que finalement ça correspond à la vision du couple. J'aime bien raconter, parfois, la simplicité d'une union à travers l'amour qui unit des gens, à travers le lien qui transparaît dans le regard d'un père sur sa fille. C'est quelque chose qui peut avoir lieu dans une chambre d'hôtel à 1 million ou dans un cabanon, et je trouve que ça a autant de valeur.
Mon boulot, c'est plutôt de raconter comment toi, marié, tu as envie de vivre ta journée de mariage. Le gros de mon travail, c'est de trouver la justesse, la finesse, pour faire ressentir l'atmosphère, l'émotion de ce moment-là, dans le contexte dans lequel il se trouve. Je ne photographie pas de la même manière une mariée en robe de princesse dans un château et une mariée avec une couronne de fleurs dans un champ. Ça restera mes photos, mais je ne vais pas les assaisonner de la même manière (je parle encore de bouffe). La sensation, l'attitude, la gestuelle, la mise en lumière, le choix du contraste, du contre-jour, le choix de la finition, de la colorimétrie, du color grading, est-ce qu'on va être sur des tons froids, des tons chauds, du noir et blanc : tout ça va dépendre de l'atmosphère, du ressenti du moment, de la poésie qui s'en dégage, plus que de mon style à moi. Je n'ai pas la sensation de vouloir imposer mon style d'image. Évidemment, je ne sais faire que ce que je sais faire. Mais je vais plutôt essayer de me laisser inspirer, de raconter ce que j'ai ressenti, ce que j'ai vécu.
Une clientèle qui lui ressemble
Anthony : On dit souvent que le photographe attire une clientèle qui lui ressemble, en tout cas un type de client qui lui parle. Ces clients qui viennent de l'étranger, est-ce que tu remarques qu'ils ont des similitudes ? Est-ce que c'est un type de clientèle qui te plaît ? Je suppose que oui, mais est-ce que tu continues dans cette voie-là ? Et pourquoi ce type de client te plaît particulièrement ?
Thibault : Je le dis souvent : je n'ai jamais cherché à être mainstream. Je n'ai jamais cherché à faire « comme il faut faire ». Je sais qu'il y a eu une tendance où il fallait faire telles images pour être dans tel blog, où la mode était à tel endroit. Et je me suis rapidement dit que la mode, ça se démode. Concrètement, ce que je faisais dans la photographie de mariage, puisque là on ne parle que du mariage, avait vocation à rester. On témoigne d'une journée, de la vie de quelqu'un, d'un couple. J'ai donc plutôt envie de montrer les choses de manière intemporelle. Je me suis tourné vers ce qui était le fondement de ce qui me motivait, et j'ai commencé à montrer ça, ni plus ni moins.
Ça m'a attiré une clientèle. La clientèle qui vient à moi est touchée par ma façon de travailler, ma façon de fonctionner. Elle a souvent des loisirs communs avec moi : on va facilement parler de musique, d'expositions, de tableaux, de musées. J'ai aussi des clients qui n'ont pas les mêmes valeurs et les mêmes envies que moi, et pourtant ils font de très beaux mariages, et c'est cool aussi. Mais l'immense majorité des gens qui viennent à moi ont déjà lu mon site, où je me présente, où je parle de ma femme, de ma fille, donc de la valeur que la famille a pour moi. Je parle des musées, de la musique, j'en parlais à l'instant, mais j'en parle aussi sur mon site. Forcément, ce sont des discussions que je peux avoir avec eux.
Et c'est vrai qu'on se ressemble. Souvent, dans un rendez-vous physique ou sur Skype avec des futurs mariés, quand on échange sur le dernier documentaire qu'on a regardé, la dernière exposition qu'on est allé voir, le dernier livre qu'on a lu qui nous a touchés, qui nous a fait vibrer, ou le dernier concert qu'on a trouvé intéressant (parce que dans un rendez-vous mariage, on parle souvent de tout sauf du mariage), il y a du lien qui se crée. Et les gens me disent : « En fait, c'est à toi qu'on a envie de confier la lourde tâche d'immortaliser notre histoire, parce que tu nous ressembles et tu nous parles. »
Encore une fois, il y a cette phrase d'Oscar Wilde : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. » J'ai toujours tendance à me dire que plus je suis moi-même, plus je vais toucher une clientèle avec qui je vais m'éclater, et j'ai la chance de faire des mariages dans lesquels je m'éclate. Je viens de traiter le mariage d'un couple qui n'avait pas envie de faire un mariage tout bêtement traditionnel. À leur soirée, j'ai entendu des musiques que j'entends dans ma playlist, mais pas dans les mariages normalement : du Marcel et son Orchestre, de l'AC/DC, du Guns N' Roses et du Megadeth. C'est très drôle, parce que ce n'est pas comme ça qu'on imagine forcément la musique dans un mariage. Sauf que c'était leur mariage, et j'ai adoré ce mariage.
J'ai autant adoré ces mariés que d'autres qui sont dans un truc plus traditionnel. Parce qu'au-delà de la façon dont ils expriment leurs goûts, il y a un fondement qui est le même : l'amour de l'art, souvent. Ce sont des gens qui aiment l'art, soit des musiciens, soit des gens qui s'intéressent à l'art en général, et qui sont touchés par ce qu'ils trouvent dans mes images, tout simplement. Encore une fois, il faut trouver le fondement. Je n'ai pas envie de mettre les gens dans des cases en disant : « Ma clientèle, ce sont des gens qui ont tel âge, qui font ci, qui font ça. » Il y a une pluralité, et je crois que ce qui pousse les gens à me faire travailler est bien plus profond qu'un profil psychologique.
D'où viennent ses clients : bouche-à-oreille et réseau
Anthony : C'est ça, tout à fait. Tu disais que ces personnes cherchent un photographe de mariage dans la région qui les intéresse et tombent sur toi. C'est la majorité de tes clients en mariage aujourd'hui ? Ce sont vraiment des gens qui arrivent via le référencement ? Ou bien tu penses que tu as beaucoup de bouche-à-oreille maintenant ? Ou est-ce que le fait d'avoir fait des concours a aidé aussi ? Quel est, selon toi, le critère numéro un qui fait qu'on tombe sur toi et qu'on te choisit aujourd'hui ?
Thibault : Le critère numéro un, ce sont des gens qui m'ont déjà vu travailler. Ça fait plus de 10 ans que je fais de la photographie de mariage, 12 ans maintenant même. J'ai fait entre 300 et 400 mariages. En Provence, on a en moyenne une centaine de personnes sur un mariage. Si tu fais le calcul du nombre de personnes qui m'ont vu travailler, ça commence à faire une population. Forcément, il y a toujours quelqu'un qui connaît quelqu'un qui m'a vu travailler : « Tiens, j'ai vu un photographe, il était bien, va voir son travail. »
J'ai donc une bonne moitié de personnes qui m'arrivent recommandées, soit par mes mariés, soit parce qu'ils étaient présents à un mariage où ils m'ont vu travailler et ont vu les photos, soit parce que les mariés leur en ont parlé. Étonnamment, il y a un truc qui m'arrive assez souvent : des gens me contactent en me disant que leurs parents sont amis avec les parents de mariés à moi. Ils ne connaissent pas les mariés, mais le père a parlé avec son pote, qui est le père d'un de mes mariés. En gros, ils n'ont jamais vu les photos, simplement les parents entrent dans la boucle : « On a vu un photographe, il était cool, vous devriez aller voir. » C'est marrant, parce que ce n'est pas une voie que j'aurais envisagée ou creusée. Mais tous les ans, j'ai un ou deux mariages qui m'arrivent comme ça, par amis interposés. C'est assez rigolo.
Donc au moins une bonne moitié de mes clients m'arrivent par recommandation, par bouche-à-oreille, par des personnes qui m'ont vu travailler. J'ai quelques mariages avec des organisateurs de mariage, là encore soit qui m'ont vu travailler, soit qui ont été touchés par mon travail ou par les concours. Tu parlais des concours, j'en parlerai dans un instant. Et après, il y a les personnes qui cherchent, entre guillemets, par hasard. Soit par le réseau pro : une salle de réception, un traiteur, un coiffeur, un hôtelier qui dit : « Tiens, on connaît Thibault Chappe, il est plutôt cool, va voir son travail si ça te plaît. »
Et après, le feeling passe ou ne passe pas. Je ne signe pas 100 % des clients qui me rencontrent, il n'y a pas de miracle. Et je n'ai pas forcément envie de faire 100 % des clients qui me rencontrent. J'ai envie d'avoir les mariés qui me ressemblent, avec qui je vais m'éclater et qui vont adorer les photos que je leur ferai. J'ai envie d'être bien plus que celui qui appuie sur un bouton le jour de leur mariage. J'ai une vraie implication, je donne vraiment beaucoup de moi-même le jour des mariages. Donc j'ai vraiment envie qu'en face, ça résonne.
Concours, diplômes et Master QEP
Thibault : Et il y a une part liée aux concours. En toute sincérité, j'ai la chance d'avoir gagné des choses à un certain niveau, et il y a des personnes qui m'ont trouvé grâce à ça. Ce sont souvent les étrangers. Les Américains vont sur le site de la Fédération européenne de la photographie et cherchent la plus haute distinction qui existe, en l'occurrence le Master QEP. En France, ils sont 10 à l'avoir, et je suis le seul à l'avoir en mariage. Autant te dire que, concrètement, quand tu cherches un photographe de mariage en France qui a ce niveau, il n'y a que mon nom qui sort.
Donc j'ai une clientèle d'Américains qui viennent se marier en France, qui vont sur le site de la Fédération européenne, tapent « Master QEP », « photographe », regardent les 10 Master QEP de France et en voient un seul qui fait de la photographie de mariage. Ils m'appellent en disant : « Bonjour, on n'y connaît rien en photo, mais on se dit que si vous avez obtenu le plus haut diplôme de niveau européen qui existe aujourd'hui, vous devez être quelqu'un de bien. Parlez-nous de votre travail. »
Et là encore, ça ne fait pas tout. Ce n'est pas parce que tu as un diplôme que tu es bon, il faut arrêter d'y croire, ça aussi. Par contre, si derrière il y a le travail, c'est quand même une sacrée porte d'entrée. Je n'ai jamais trop communiqué dessus, parce que je suis convaincu qu'un diplôme, ce n'est qu'une réussite à un instant T. C'est un jury qui a été touché par le panel d'images que je lui ai envoyé. Bien sûr, il faut avoir un niveau, il faut savoir ce qu'on fait. Mais ça ne fait pas forcément de nous un meilleur photographe. À un autre moment, le même jury, sur un autre dossier, ne me l'aurait peut-être pas donné. Et le même dossier, devant un autre jury, je ne l'aurais peut-être pas eu non plus.
Il faut distinguer les diplômes et les concours. Dans les concours, il faut que tu sois meilleur que le reste du panel. Et parfois, de très très bons photographes ne passent pas parce qu'il y a eu, ce jour-là, une photo incroyable. J'ai toujours eu beaucoup de peine pour les mecs qui courent à côté d'Usain Bolt : ils ont beau être très bons, ils ne gagneront jamais. Et pourtant, ils sont très bons. Là, c'est un peu pareil quand tu commences à concourir. Je connais d'excellents photographes. Quand le mec gagne, tu lui dis bravo, tu le mérites. J'ai vu William Lambelet finir premier sur un concours où j'avais fini deuxième. Franchement, j'étais très fier de finir derrière lui, parce que sa photo était tellement incroyable que même moi, si j'avais été dans le jury, j'aurais voté pour lui. Ça me paraît légitime.
Et puis il y a les diplômes, et c'est là que je trouve ça intéressant. Avec le Master QEP, concrètement, ce n'est pas une question de finir meilleur que les autres. Je n'aime pas bien cette compétition avec les autres, j'aime bien la compétition avec soi-même. Et le Master QEP, c'est très exigeant. Quand j'ai découvert que ça existait, pour moi, c'était le Saint Graal. Je ne pensais même pas que ce soit accessible en photographie de mariage, tellement c'était exigeant. Je me suis un peu chauffé et j'ai envoyé un dossier sans trop y croire, en toute sincérité. La blague, elle est là : quand on m'a appelé pour me dire bravo, je croyais que c'était une blague, un canular. Encore aujourd'hui, je suis le premier étonné. J'aime mon travail, j'aime mes photos.
Mais je suis toujours flatté de voir que des jurys professionnels sont également touchés par ce que je fais. Parce que je sais que j'attache parfois de l'importance à des détails, à des émotions, et que ce n'est pas nécessairement ce qui va toucher tout le monde. Peut-être plus aujourd'hui, mais il y a eu une époque où la photographie devait être lisse, propre. Et moi, j'aime bien la rugosité. J'aime bien que ça ait du sens. J'aime bien les choses chaleureuses, et pas nécessairement les choses aseptisées. Donc ça ne passe pas avec tout le monde, mais je crois que ceux qui aiment ça adorent ça. Et c'est ma clientèle.
Concours et diplômes : le MOF
Anthony : Alors, je ne suis pas photographe. Je suis marié à une photographe, c'est ce qui m'a donné l'idée, et surtout l'envie, de lancer Fotostudio. Et ça me permet, justement, de creuser sans aucune honte des sujets que je ne connais pas encore bien. Tu parles d'un concours qui est visiblement hyper connu, vu que c'est un gros concours européen, mais que moi, je ne connais pas encore. Tu peux nous donner un peu plus d'infos ?
Thibault : Mais bien sûr.
Anthony : C'est quoi, ce concours ? Comment est-ce qu'on y participe ?
Thibault : En fait, ce n'est pas super connu. C'est ça qui est fabuleux. Tu vois, si je te dis que je suis Meilleur Ouvrier de France, là, tu sais ce que c'est, parce que la boulangerie du quartier, quand elle a eu son MOF, voilà. Mais ça, ce n'est pas super connu.
Des concours, il y en a plein. Moi, je distingue deux choses. Encore une fois, il n'y a pas de hiérarchie de valeur entre les deux, c'est une question de choix : qu'est-ce qui a de la valeur pour toi ou pas ? Par exemple, le concours de Meilleur Ouvrier de France, ça existe en photographie. C'est un truc que je n'ai jamais souhaité passer jusque-là, alors que je pense que ce serait une énorme visibilité pour mon entreprise. J'en connais, des MOF, qui sont excellents d'ailleurs. Je pense à plusieurs confrères qui ont été MOF encore récemment. Mais la façon dont se passe le concours ne me parle pas. On nous donne une épreuve technique très pointue, où il faut aller photographier un concours d'équitation sous la flotte. Objectivement, aller faire des photographies qui ne me font pas forcément vibrer juste pour montrer qu'on est de bons techniciens, ça ne me fait pas vibrer. Mais je comprends que ce soit super compliqué, et que si tu arrives à le faire, c'est que tu es vraiment un bon photographe. Je le reconnais vraiment, mais ce n'est pas forcément ma façon de voir.
Le MOF, c'est l'Éducation nationale, c'est la France qui le donne. D'ailleurs, la médaille est remise par le président de la République. Donc c'est hyper prestigieux. Vraiment, ça me ferait vibrer d'avoir une distinction nationale de ce niveau-là, ça, je l'entends.
Les fédérations : EP, QEP et Master QEP
Thibault : En dehors de ça, il y a les fédérations. La Fédération française, la FFPMI, la Fédération française de la photographie et des métiers de l'image, va organiser des concours et des diplômes : des concours type Médaille de la photographie, et des diplômes type Portraitiste de France.
Au-dessus, il y a la Fédération européenne, la FEP, qui va elle aussi organiser des concours et des diplômes. Dans les diplômes, il y a l'European Photographer, l'EP : le niveau 1, entre guillemets le plus simple à passer, parce que c'est sur fichier numérique. Tu envoies 12 photographies, qui sont jugées sur la base de critères artistiques, techniques, émotionnels, etc. On choisit une catégorie : on peut passer en mariage, en portrait, en nu ou autre. Et le dossier est jugé par des juges internationaux au cours d'une session. Comme c'est du fichier numérique, on a juste besoin d'envoyer des fichiers sur Internet.
Le niveau au-dessus, c'est le QEP, Qualified European Photographer : on rajoute un Q devant. Concrètement, ce sont encore 12 photos, mais en tirage papier, donc on juge aussi la qualité du tirage. Là, ils sont plus exigeants sur un tas de détails. C'est le même jury qui juge, mais avec, entre guillemets, une exigence supplémentaire en termes de qualité.
Et le troisième niveau, le plus haut qui existe aujourd'hui, c'est le Master QEP. Là, ce ne sont plus 12 images mais 20, et ce doit être 20 images d'une même série. Et il n'y a plus de catégorie : contrairement au QEP où on pouvait choisir sa catégorie, c'est toutes catégories confondues. Donc techniquement, on est censé avoir la même exigence pour du portrait en studio, du reportage ou de la photographie animalière. Et c'est compliqué quand on photographie un jaguar au lever du soleil. Moi, je ne fais pas ça, mais je peux comprendre que ce soit compliqué pour un photographe animalier de se mettre en compétition avec quelqu'un qui photographie un humain dans un studio. Et pourtant, il y a des Master QEP en photographie animalière, parce que les mecs sont super bons.
Par contre, clairement, personne ne connaît ça. Aucun de mes clients ne sait ce que c'est. Ma femme a eu du mal à comprendre ce que c'était, et dans ma famille, tout le monde s'en fout. En toute sincérité, c'est plus un Graal pour moi qu'un Graal pour le monde. Donc je te rassure : tu ne connais pas, mais plein de gens ne connaissent pas.
La Coupe du monde de la photographie et les concours indépendants
Thibault : Dans la série des compétitions de très haut niveau, il y a la Coupe du monde de la photographie, la World Photographic Cup, organisée par les fédérations américaines, européennes, asiatiques et australiennes, les quatre maintenant réunies. C'est un peu comme les Jeux olympiques ou l'Eurovision, j'ai envie de dire. Concrètement, on se retrouve avec des équipes composées par pays. La Coupe du monde a délégué à des associations, des organisations professionnelles locales, le rôle de construire une équipe sur six catégories : portrait, mariage, illustration digitale, commercial, faune et flore (wildlife)... Chaque pays, chaque délégation envoie un panel de photographies. Ensuite, un classement du top 10 est établi et, comme à l'Eurovision, il y a des points. Ceux qui ont le plus de médailles et de points remportent la Coupe. Sachant que la France ne l'a pas encore remportée, mais on a bon espoir de la ramener à un moment ou à un autre.
Ça, c'était pour les concours officiels des fédérations. À côté de ça, il y a un tas de concours organisés par des organisations indépendantes, des entreprises, parfois des annuaires. On pense beaucoup à Fearless, parce que je crois que c'est le plus gros et celui qui est reconnu comme le plus prestigieux. Je ne suis pas abonné à Fearless, donc je ne suis pas très bon pour en parler, mais je sais que le niveau est assez élevé là-bas aussi. Par contre, ce qui est intéressant, c'est que des photographies capables de gagner à Fearless ne gagneront pas à la FEP, et inversement. Je crois que les exigences ne sont pas les mêmes. Et encore une fois, c'est là qu'on doit participer en fonction des valeurs qu'on partage. À Fearless, il y a un côté prise de risque qui est récompensé, je crois. Il y a des photographies que je comprends et devant lesquelles je me dis : « Waouh, c'est vraiment magique. » Et il y a des photos où je ne comprends pas bien pourquoi elles ont pris un award, mais en même temps, je n'ai pas forcément les codes de ce concours-là. Je reconnais que ce sont de bonnes photos, mais ce n'est pas forcément mon truc.
Et inversement, quand je regarde parfois des résultats à la FEP ou à la Coupe du monde, je ne comprends pas forcément. J'ai toujours l'humilité de me dire que je n'ai pas le niveau pour comprendre. C'est comme quand tu vas dans un musée et que tu vois une toile au mur : si tu la trouves moche, c'est souvent toi qui as tort. S'il y a un conservateur de musée qui l'a mise là, c'est qu'en théorie elle a une valeur artistique, et que tu n'as pas encore le niveau pour la comprendre. Moi, mon studio est à 300 mètres du musée d'Aix-en-Provence, où je vais souvent. Il y a des toiles que j'ai vues il y a des années en me disant : « Qu'est-ce que c'est que cette merde ? », et devant lesquelles aujourd'hui je me dis : « C'est vraiment bien, en vrai. » Donc je crois que c'est bien aussi de progresser à travers le regard et le travail des autres, que ce soit dans la musique, dans la photo ou dans la peinture. Moi, je me nourris beaucoup des tableaux des musées.
Se mettre en compétition avec soi-même
Thibault : Donc voilà, pour ce qui est des concours, il y a différentes facettes, mais avant tout, je crois que c'est intéressant de se mettre en compétition avec soi-même. C'est un bon moyen de progresser. Je me suis mis aux concours sur les conseils de Sophie Bourgeix, qui m'a dit : « Vas-y, participe, ça va te faire du bien. » J'ai ouvert mon ordinateur, c'était pour la Coupe du monde de la photographie en 2015. J'ai regardé mes photos avec le regard qu'un juge aurait, et pas avec le regard de mon client. Je me suis pris une claque. Je voyais des petits défauts partout. Pas des gros défauts, mais des trucs où je me disais : « Ah, là, j'ai fait la feignasse. Là, j'aurais pu recadrer, ou m'approcher. Là, j'aurais pu choisir le bon objectif, ou m'appliquer un peu plus dans ma retouche. »
On se rend compte que notre degré d'exigence est plus élevé que celui de nos clients. Donc je faisais un truc à mi-chemin entre ce qui leur ferait plaisir et ce qui me faisait plaisir. Sauf que le niveau d'exigence d'un juge international n'est pas entre le mien et le leur : il est au-dessus. Et donc aller chercher à faire mieux que ce qui serait notre propre standard, ça te permet de progresser, d'avancer.
Je trouve que le voyage est plus important que la destination. L'important, ce n'est pas de gagner. Je ne vais pas faire du Coubertin, mais l'important, c'est de se mettre en compétition avec soi-même, pour se dire : « Putain, tu vois, cette photo, si j'avais dû l'envoyer à un concours, je n'aurais pas pu, parce que j'avais fait de la merde. » Et du coup, ça m'oblige à aller chercher le bon objectif, le bon cadrage, à creuser davantage le fondement de mon image, l'émotion, l'histoire qu'elle raconte, la colorimétrie... Ça m'oblige à plus chercher, à plus composer mes images, et ça a vraiment amélioré mon travail. Ça m'a beaucoup fait progresser.
Et pour parler business, ça m'a aussi permis de toucher une clientèle qui aime davantage mon travail, qui dépense plus, donc ça me permet d'augmenter mes tarifs aussi. Encore une fois : meilleur travail, meilleures photos, meilleure expérience, une clientèle qui te ressemble plus, tu t'éclates plus, tu vends mieux. C'est un cercle vertueux. Donc pour moi, les concours, au-delà du fait de gagner contre un autre, c'est plutôt un truc pour gagner contre soi-même, se donner les moyens de progresser. C'est comme les mecs qui courent tous les soirs et qui veulent battre leur chrono en se disant : « J'ai amélioré ma santé. » C'est un peu ça, l'idée.
Quand se lancer dans les concours ?
Anthony : Super. Écoute, c'est une très belle manière de voir les choses. Et d'ailleurs, je suppose que ce n'est pas en commençant comme photographe que tu t'es dit : « Je veux participer à ce concours et je vais le faire dès maintenant. » Combien d'années d'expérience il t'a fallu pour te dire : « Aujourd'hui, je me sens prêt, je crois que je peux participer et j'ai envie de le faire » ? Ça t'a pris combien de temps ?
Thibault : En fait, je crois que je ne me suis pas posé la question pendant des années. Pendant des années, je me suis dit : les concours, je ne vois pas l'intérêt. Sincèrement, il y a plein de gens qui pensent que je suis un « concouriste » parce que j'ai gagné plein de trucs. Mais pendant très longtemps, je disais : « Les concours, ça sert à quoi ? J'en ai rien à foutre de savoir si je suis meilleur ou moins bon qu'un tel ou un tel. » Ça n'avait aucun sens pour moi, jusqu'à ce que je découvre cette façon de faire.
Réellement, je crois qu'encore aujourd'hui, je doute de mon travail. Je ne suis pas convaincu de tout ce que je fais. J'ai des livraisons à faire en ce moment, mais je ne peux pas rencontrer physiquement mes clients. Je fais les livraisons sur Zoom, avec un petit diaporama que je leur montre en partage d'écran. Et je suis en stress. Quand ils sont physiquement à côté de moi, c'est moins dur, j'ai l'impression. Là, je ressens moins l'émotion, je ne sais pas si ça leur plaît ou pas. Pourtant, je sais ce que je fais : je suis photographe de mariage depuis des années, j'ai eu plein de prix. Ouais, super ! Mais en même temps, je ne suis jamais certain que mes mariés vont être totalement satisfaits de ce que je leur ai livré. Jusque-là, je touche du bois, ça s'est toujours très bien passé, ils étaient ravis. Mais il y a toujours cette tension émotionnelle : « Est-ce que mes photos sont à la hauteur de leurs exigences ? »
Alors, est-ce que je me sens encore aujourd'hui légitime à participer à un concours et à gagner ? Franchement, non. Et quand je participe à un truc, je ne me dis pas que je suis meilleur que les autres. D'une part, ce n'est pas le nombre des années qui fait le talent des gens. Il y a des petits jeunes qui débutent aujourd'hui... Je donne aussi un peu de formation à des particuliers hors saison, quand j'ai plus de temps pour ça. J'ai des petits jeunes qui débarquent avec un smartphone et qui font des photos incroyables, parce que derrière, ils ont un potentiel artistique énorme, une vision, un regard, l'envie, parce qu'ils savent ce qu'ils veulent. Techniquement, il y a des pains partout, mais à la rigueur, ce n'est pas grave. Le gars qui ne sait pas couper les carottes droites, on lui apprendra. Par contre, le gars qui a déjà la sensation et la saveur, c'est toute l'histoire de Ratatouille. Je crois qu'il faut encourager ces talents-là.
Concrètement, il n'y a pas de seuil d'un an, six mois ou dix ans d'expérience. Il y a des gens qui ont deux semaines d'expérience et qui peuvent tout gagner, et des gens qui ont dix ans d'expérience et qui ne gagneront jamais rien. Et encore une fois, ce n'est pas parce qu'on ne gagne pas un concours qu'on n'est pas bon. C'est comme au patinage artistique : le mec peut faire un truc génial, si le jury n'aime pas, il n'aime pas. C'est comme ça. J'ai été juré dans des concours : des fois, on n'est pas sensible à certaines photos. On peut reconnaître que c'est bien, mais ça ne nous fait pas vibrer. Et si on juge avec son cœur, à un moment ou un autre, on ne peut pas tout aimer. Quand le nouvel album d'un artiste sort, que tu es impatient de l'acheter, que tu le mets dans ta platine ou que tu l'ouvres sur Spotify, des fois tu es ravi parce que tu retrouves ce que tu cherches, et des fois tu es déçu parce que ce n'est pas ce que tu attendais. C'est pareil dans un concours.
Moi, j'ai tendance à dire que c'est bien de se mettre en compétition avec soi-même. Donc participer à un concours dès maintenant, c'est cool. Au pire, tu gagnes. Ce n'est pas grave si tu gagnes ! Et si tu n'as pas gagné, ça va t'ouvrir des perspectives : pourquoi je n'ai pas réussi ? Pourquoi cette photo a gagné et pas la mienne ? Qu'est-ce qui manque à mon image pour être meilleure ? Des fois, ce n'est pas grand-chose ; des fois, c'est beaucoup. Parce que le cadrage ne va pas, la composition, la lumière, le post-traitement ne vont pas. Dans des lectures d'images, il arrive qu'il y ait beaucoup de choses qui ne vont pas. Mais réellement, souvent, ce n'est pas grand-chose.
Les détails font la perfection
Thibault : Il y a une phrase de Léonard de Vinci... Ça fait beaucoup de citations, mais j'en fais tout le temps. Il y a une phrase de Léonard de Vinci que je dis très souvent, et qui est dans mon bureau : « Les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail. » Ça se joue souvent sur des petits détails. Il m'arrive de dire à des gens que j'accompagne en coaching : « Regarde cette photo : tu me la recadres, tu changes un peu ton contraste, tu fais ci, et waouh ! » C'est la même. Et des fois, notre rôle, c'est de mettre la lumière là-dessus : « Tu vois, cette photo aurait pu être bonne, mais tu ne l'as pas vue, tu ne l'as pas sentie, parce que tu manques encore de rodage là-dessus. Mais ce n'est pas grave. » C'est comme le chef cuisinier qui dit : « Rajoute-moi une pointe de cumin, ça va faire quelque chose, tu vois ? » C'est le truc qui va rehausser la saveur et révéler le plat.
Une photo, pour moi, il y a plein de choses dedans : un cadrage, une composition, une lumière, un contraste, une émotion... Et des fois, les curseurs sont presque tous bons sauf un, et celui-là pollue tous les autres. Et des fois, on est sur une photo moyenne partout, mais qui au final fait une bonne moyenne, et ça fait une bonne image.
Montrer ses photos et accepter la critique
Thibault : Donc je crois qu'il ne faut pas hésiter à montrer ses photos, à demander la critique à des gens qui savent, à des copains photographes. Quand je dis « des gens qui savent », je ne parle pas forcément d'aller taper chez Patrick Demarchelier ou je ne sais qui. Ce ne sont pas les grandes stars de la photographie, ce n'est pas la question. C'est de demander à des gens qui connaissent un peu la photo. Parce que si je montre à ma femme une photo floue de ma fille, elle va me dire que c'est une belle photo parce que c'est sa fille. Tu vois ce que je veux dire ? Donc objectivement, il faut demander à des photographes de regarder les photos sans qu'ils en connaissent l'histoire, en leur disant : « Qu'est-ce que tu penses de cette photo ? »
Et encore une fois, j'ai gagné le Borvo de rubis, un prix à L'Été des portraits, une rencontre photographique internationale. Cette photographie, la première fois que je l'ai montrée à des photographes, on m'a dit : « Mouais, bof ! » Parce qu'elle était différente de ce que je montrais, parce qu'il y avait du flou, du net, parce que c'était particulier, parce que l'émotion qui transparaissait de cette image était un peu ambiguë. Il y avait un peu de tristesse, un peu de mélancolie. Ce n'était pas une photo qui ressemblait à ce que les gens avaient envie de voir à ce moment-là. Ils m'ont dit : « Ouais, OK, je ne suis pas sûr. » Ils n'étaient pas convaincus. Et je crois que c'est pour ça que je l'ai envoyée à cette expo : je me suis dit que cette photo méritait d'être exposée, parce que moi, je l'aimais bien. Et elle a gagné quelque chose. Donc c'est plutôt cool. Des fois, les photographes peuvent se tromper.
Mais c'est toujours bien d'avoir des avis, de ne pas avoir honte de montrer ses photos. Ça fait peur quand on montre de nouvelles images, mais il ne faut pas avoir honte de les montrer à des amis, de les faire participer à des concours. Dans tous les cas, on grandit. Encore une fois, je cite quelqu'un : c'est Étienne Klein, un physicien qui a fait partie de l'équipe qui a découvert le boson de Higgs, qui disait que ne rien trouver, c'est déjà faire une découverte. Donc ne rien gagner, c'est déjà progresser. Continue à faire ça. Moi, je crois à ça. Je vais arrêter de citer des gens tout le temps.
Du mariage au studio : l'envie de photographier la grossesse
Anthony : Non, mais écoute, super. J'aime beaucoup ta façon de voir les choses, et je trouve que c'est super intéressant pour les photographes qui nous écoutent. Je pense qu'on a résumé une très grosse partie de ta carrière, côté mariage. Qu'est-ce qui t'a donné envie, par la suite, d'avoir ce studio et de changer un petit peu ? Est-ce que tu commençais à te lasser, tu avais envie d'expérimenter de nouvelles choses, ou c'est quelque chose qui avait toujours été en toi, mais que tu avais reporté jusque-là ? Raconte-nous comment s'est passée cette expérience de studio.
Thibault : En fait, quand je me suis installé à Aix-en-Provence avec Sophie Bourgeix et Etienne Clotis, le deal, la logique de fonctionnement de la Maison de la Photographie, c'était que chacun soit expert de son métier. Qu'un client puisse pousser la porte de la maison et nous dire : « Voilà, j'ai ce projet », et qu'il n'y ait pas d'ambiguïté : l'expert pour réaliser ce projet, ce serait Étienne si c'est de la photographie de mode, Sophie si c'est un portrait de famille, ou moi si c'est un reportage de mariage.
C'était cette logique-là, et je l'ai toujours dit : il y a un truc qui m'a fendu le cœur à ce moment-là, c'était d'arrêter de photographier la grossesse. Je trouve ce moment magique. Je suis papa, mais même avant de l'être, je trouvais ce moment magique. J'ai un vrai amour pour les femmes. Je trouve qu'elles sont assez malmenées dans le monde dans lequel on vit, et ça me fait énormément de peine. Je suis très entouré de femmes. J'ai beaucoup été élevé par ma maman. Je suis photographe de mariage, donc je suis avec la mariée, la maquilleuse, la coiffeuse, la styliste : ce sont souvent des métiers féminins. Et puis j'ai une femme, j'ai une fille. Je trouve que la magie autour de la grossesse, c'est juste dingue. Le corps qui passe en pilote automatique et qui fabrique un humain ! Quand je regarde ma fille, je me dis : « J'ai fabriqué ça quand même. » Enfin, ma femme a fabriqué ça. Moi, j'ai participé cinq minutes au début, juste cinq minutes. Mais réellement, je trouve ça magique.
Graphisme, Vasarely et les courbes de la maternité
Thibault : Et d'un point de vue esthétique, je suis très attiré par le graphisme. Pour la petite histoire, la photographie est mon moyen d'expression. Je ne sais pas faire de musique, ni forcément dessiner ou peindre, et pourtant j'aurais aimé. Mon père, en 87, m'avait emmené voir la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence, suite à des affiches à l'arrière des bus à Marseille. Vasarely, c'est le père de l'Op art, le gars qui a inventé une bonne partie des trompe-l'œil qu'on connaît aujourd'hui. Il a fait des œuvres fascinantes, je suis encore en admiration devant son travail aujourd'hui. Et le graphisme, le travail sur les courbes, les formes, les ombres, c'est quelque chose qui m'inspire énormément.
Forcément, sur une femme enceinte, on a des courbes partout. C'est fabuleux. On a une courbe de ventre qui est toujours différente, qui fait écho à une courbe de fesses, une courbe de seins, une cambrure de dos. Je trouve que la morphologie est juste dingue. Et puis photographier la maternité, la grossesse, la magie de la vie, et tout l'aspect patrimonial... Je parlais de patrimoine dans la photographie de mariage, mais il y a aussi tout l'aspect patrimonial que représente le fait de photographier la parentalité à venir. Il y a tellement de facettes dans la grossesse : les parents qui attendent un enfant, avec la joie et les doutes que ça représente ; la femme face à son corps, avec l'enfant qui grandit en elle. Elle n'est pas juste un véhicule à ce moment-là, elle ne fait pas que porter son enfant, elle continue d'être un humain. Elle doit trouver son équilibre entre « je suis une maman qui construit un enfant » et « je suis aussi une femme ». Il y a tellement de facettes, tellement de poésie dans ces moments-là, que c'était compliqué pour moi d'abandonner la grossesse.
Mais à un moment ou un autre, choisir, c'est se priver. On ne peut pas être bon partout. Il a fallu que je me focalise et que je concentre 100 % de ma créativité sur un truc, et ça a été le mariage. Je n'ai pas oublié, dans un coin de ma tête, que j'aimais ça. Simplement, je n'avais plus forcément le temps nécessaire à y consacrer. Il y a le temps de la décantation artistique, technique, pratique, et l'investissement matériel aussi. On ne va pas se mentir : on n'investit pas dans le même matériel pour du reportage que pour de la photographie en studio. Donc tout ça faisait mécaniquement que c'était important pour moi de me dire : « OK, on arrête tout, on se concentre sur un seul truc, on va devenir vraiment bon là-dedans. »
Paternité, deuil et patrimoine familial
Thibault : Mais au fil des années... L'histoire, c'est que ma fille est née en 2013. C'est là que j'ai pris conscience qu'il était important de photographier la famille. L'histoire fait aussi que ma maman est morte entre-temps, en 2017, et que j'ai pris conscience que photographier les enfants, c'est bien, mais que photographier les personnes âgées, c'est bien aussi. Je crois que j'ai vraiment ressenti l'importance du patrimoine des familles en étant papa et en étant orphelin de ma maman. Et donc j'ai commencé à photographier les mariages de manière pas différente, mais d'autant plus attentive aux liens entre les gens. On voit souvent dans mes photos des enfants, des personnes âgées, et le lien qui les unit. Des fois, c'est juste un détail, une main qui serre une main.
Des fois, c'est juste une étreinte, un regard ou une larme dans un œil. Et je fais une petite aparté : ce matin, j'ai une pensée pour Olivia, une de mes mariées, qui a posté sur Instagram une photo de son papa qui vient de partir, aujourd'hui je crois. J'ai la fierté de me dire que j'ai des photos de son papa à son mariage. Je n'ai pas ressorti son reportage, mais dans mon souvenir, j'ai de belles photos de son papa. Alors je sais qu'elle aime la photo et qu'elle a aussi de belles photos de lui, parce qu'elle en fait. Mais réellement, j'ai une fierté à me dire que j'ai participé à écrire une partie du patrimoine photographique de cette famille, et qu'ils auront peut-être le plaisir aujourd'hui, dans un moment compliqué de leur vie, de regarder des moments joyeux qu'ils ont partagés ensemble.
Revenir au studio pour bâtir une image
C'est un petit peu ça. J'ai eu envie d'accompagner des familles au-delà de ces moments de vie où on se rencontre, bien au-delà. Et revenir au studio... J'ai choisi le studio parce que c'est un endroit dans lequel on peut composer la lumière, l'atmosphère, la poésie d'une image, beaucoup plus qu'avec la contrainte de la lumière naturelle. Dans un mariage, je raconte ce qui se passe, avec l'émotion du moment. Quand on vient au studio, j'ai envie de pouvoir construire quelque chose, de bâtir une image. Je suis dans un processus beaucoup plus créatif, avec l'ingrédient de base qui est le client qui vient me voir, la future maman ou la personne qui vient pour un portrait, avec son besoin, son envie, mais dans ma lumière. Et ma lumière n'est qu'un ustensile, un accessoire qui vient raconter ça.
Des portraits pour écrire l'histoire
J'ai eu besoin d'accompagner les familles au-delà des moments joyeux, même si au studio, ce sont quasiment que des moments joyeux. Mais pas que. J'ai une petite dame, la grand-mère d'une de mes mariées, qui est venue me voir pour que je lui fasse un portrait à poser sur son cercueil. Elle a 83 ans. Elle m'a dit : « Je suis bien consciente que je suis plus près de la fin que du début. Aujourd'hui, je suis encore très coquette. » Franchement, elle était mignonne comme tout, cette petite dame. Elle m'a dit : « Ce que je veux, c'est un portrait, une photo que vous allez me tirer sur un support qui tienne un peu la route, un cadre ou un tirage, quel qu'il soit. Il sera dans un tiroir chez moi. Je laisserai une enveloppe en disant que c'est la photo que je veux sur mon cercueil. J'ai envie de contrôler l'image que je laisserai à mes petits-enfants quand je ne serai plus là. »
Je trouve que c'est beau d'être la personne qui va permettre à quelqu'un d'écrire son histoire. Je trouve ça très, très beau, très poétique. J'ai encore récemment photographié une personne qui a un cancer, qui n'a plus de cheveux, et qui a besoin de réapprivoiser son image, d'être fière de cette période et de s'en souvenir. Donc on n'a pas toujours des trucs très marrants. On a aussi des enfants super rigolos au studio qui viennent faire les imbéciles, on a plein de trucs cools. Mais on a différentes facettes. Et en tout cas, j'ai toujours envie d'accompagner les gens dans des moments de leur vie et de leur laisser une trace un peu noble.
Une vraie photographie plutôt qu'un selfie
Pendant longtemps, la photographie a été quelque chose de très onéreux. Les gens mettaient un mois de salaire pour aller se faire photographier, pour garder une trace. Puis il y a eu la démocratisation de l'appareil photo argentique, puis du numérique, puis des smartphones. On a plein de photos, mais on n'a pas forcément de très, très bonnes photos. C'est mon cas aussi, même dans ma famille : je n'ai pas autant d'images que j'aimerais. Mais derrière tout ça, je trouve important d'offrir aux gens, au public au sens large, la possibilité de se payer le luxe d'avoir des images de qualité, vibrantes et intenses, qui ne montrent pas que l'apparence extérieure. Je pense que je suis assez bon pour raconter les émotions et les atmosphères. C'est un peu mon super pouvoir, je crois.
Des selfies sur nos téléphones portables, on en a tous. Mais avoir une photographie avec un regard franc, direct, quelque chose qui raconte l'atmosphère de quelqu'un... Moi qui ai perdu ma maman, ce qui me manque aujourd'hui, ce n'est pas son enveloppe corporelle, c'est qui elle était. Et ça, je pense qu'on peut le retranscrire sur certaines images, mais pas sur des photos basiques prises au hasard. Ça nécessite d'aller creuser un peu plus profond, et c'est là où notre savoir-faire technique de photographe peut être au service de quelque chose de bien plus grand que la technique.
Assumer sa vision et sa différence
Anthony : Une fois de plus, j'adore ta façon de voir les choses et de les décrire. Super, vraiment.
Thibault : Je suis ravi que ça te touche. C'est rigolo, parce que tout le monde n'adhère pas à cette vision. Je me heurte régulièrement à des photographes qui ne sont pas du tout, ou pas tout à fait, d'accord avec moi. J'accepte volontiers que tu adhères à ça, mais les personnes qui nous écouteront ne seront peut-être pas forcément d'accord. Et ce n'est pas grave, c'est bien. Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. En l'occurrence, c'est ce qui fait ma différence, c'est ce qui m'amène une clientèle qui vient me chercher de loin. Sur les grossesses, j'ai vu des trucs dingues : j'ai des clients qui viennent de l'autre bout de la France pour faire leur grossesse chez moi, parce qu'ils sont touchés par ce que je peux leur apporter. Et inversement, en tant que client, je suis capable de faire des kilomètres pour aller me faire photographier chez un photographe si son travail me touche. Donc je pense que c'est important.
Concilier mariage et studio
Anthony : Tout à fait. Du coup, aujourd'hui, ça fait de toi un photographe pleinement heureux, j'ai envie de dire : tu fais tout ce que tu aimes. Tu continues à faire du mariage, tu as le studio, tu fais de la famille, de la grossesse... On peut dire que tu es épanoui à 100 %. Mais est-ce que tu as dû sacrifier des mariages, j'imagine ? Combien de mariages tu fais par an ? Pour continuer à faire du studio et du mariage, est-ce que tu refuses de plus en plus de clients ? Comment ça se passe à ce niveau-là ?
Thibault : Je suis une grosse feignasse, c'est bien connu ! Non, réellement, oui, je suis épanoui. C'est certain : j'ai la chance de faire un métier qui me nourrit humainement, et j'ai la chance de gagner ma vie avec. Il y a beaucoup de photographes qui ont des difficultés, parce que ce n'est pas un métier toujours facile. Moi, j'ai la chance d'avoir un métier qui me permet d'en vivre et qui me plaît. Quand tu te lèves le matin pour aller faire un truc qui te fait plaisir, qui a de la valeur et qui a du sens... Encore une fois, quand on sait pourquoi on fait quelque chose, on le fait mieux et on est content de le faire. Ça, c'est une certitude.
Après, par rapport au mariage : cette année, j'avais commencé les mariages le 18 janvier. Donc on a beau dire, ce n'est pas un métier totalement saisonnier. J'avais normalement un dernier mariage au mois de novembre. Techniquement, c'est un peu toute l'année. Mais le gros de l'activité, ça reste les périodes où il fait beau et chaud. J'ai donc tout le reste de l'année, que je consacrais habituellement aux conférences, à la créativité, et où j'avais un peu plus de temps libre, que je consacre maintenant beaucoup plus au studio. C'est une hors-saison où j'ai un peu plus de temps pour ça.
En réalité, je ne me suis pas vraiment limité sur le nombre de mariages. J'ai fait en sorte d'éviter d'en enchaîner trop sur des périodes un peu charnières. Il m'est arrivé de refuser des mariages parce que j'en avais déjà un le samedi : je n'allais pas en prendre un le jeudi, sachant très bien que j'allais avoir des grossesses. On sait que le pic des naissances, c'est en septembre, donc au mois d'août, on a des grossesses. Et je n'avais pas envie de me priver de les immortaliser, surtout que la plupart de mes mariées viennent me voir quand elles sont enceintes. Je n'ai pas envie de devoir dire à une de mes anciennes mariées : « Non, tu ne peux pas venir. » Clairement, ça me fendrait le cœur. Donc j'ai envie de garder en permanence des zones tampons pour mes grossesses. Là où avant, à la mi-août, je prenais un mariage le jeudi, un le samedi, et peut-être un le mardi si j'avais une opportunité, maintenant je n'en prends qu'un sur les trois, ou peut-être deux. Mais je n'ai pas vraiment filtré le nombre de mariages. En même temps, cette année a été particulière : si j'avais filtré, je m'en serais peut-être voulu.
S'organiser : flux de travail, time blocking et outils
Réellement, j'ai organisé mon planning différemment. J'ai appris à travailler différemment. J'ai optimisé mon flux de travail, ce qui fait qu'un mariage me prend un peu moins de temps. J'ai accepté de livrer mes mariés un peu plus tard. Habituellement, j'annonçais des délais pas très courts, justement pour créer la bonne surprise en livrant plus vite que prévu. Aujourd'hui, je préviens mes mariés qu'ils ne seront pas livrés aussi rapidement que leurs amis l'avaient été l'année dernière, parce que je me laisse le temps de faire des choses. J'ai essayé de diluer un peu tout ça. Ensuite, j'ai fait des investissements matériels pour pouvoir traiter plus vite et mieux : ce n'est pas moi qui vais plus vite, c'est le matériel. J'ai optimisé mon flux de traitement pour pouvoir enchaîner un peu plus sans baisser la qualité du service ni la qualité du travail.
Ça m'a demandé un peu d'organisation, et j'ai des petits gadgets. Bon, c'est un podcast, donc ça ne se voit pas, mais j'ai des petits gadgets qui enregistrent mon temps de travail. J'utilise des méthodes de time blocking : c'est le fait de fixer des plages horaires pour faire ce qu'on a à faire, et de ne faire que ça. Ce sont des trucs tout bêtes, la règle des cinq minutes, etc. Il y a tout un tas de petites choses grâce auxquelles j'ai appris à mieux m'organiser.
Et puis, pour parler des logiciels, je connais un bon logiciel qui me permet de gérer mes prises de rendez-vous. Je ne sais pas si tu connais, c'est Fotostudio. C'est pas mal, franchement, je te le conseille si tu ne connais pas ! C'est le genre d'outil qui t'évite de passer... Je t'en parlais tout à l'heure, avant que tu commences l'enregistrement. Avant, pour prendre un rendez-vous avec un client, c'était : « Bonjour, vous êtes dispo quand ? », la plupart du temps par mails interposés en plus. « Je vous propose telle date ou telle date. » Le client te dit : « Telle date, ça me va, mais plutôt à telle heure. » « D'accord, alors plutôt à cette heure-là. » Tu envoies cinq e-mails. Aujourd'hui, les gens cliquent en disant : « Je prends rendez-vous tel jour à telle heure. » Tu reçois un e-mail qui te dit : « Vous avez rendez-vous tel jour à telle heure avec un client. » Si par malheur ça ne m'arrange pas, parce que j'ai rendez-vous chez le kiné ou que ma fille a un anniversaire, je passe un coup de fil et je demande si on peut décaler. Mais 99 % du temps, tu peux te payer le luxe d'utiliser des outils qui automatisent les choses. Et tout le temps qu'on ne passe pas à faire des trucs chiants, on le passe à faire des trucs cools. Merci d'avoir créé ce que tu as créé, parce que ça nous permet de nous concentrer sur des trucs très, très cools, et j'en suis très content.
Anthony : Écoute, c'était mon objectif en le créant, donc je suis ravi d'entendre à chaque fois que ça marche, et ce sont les retours que j'ai. Ça fait évidemment très plaisir. Tu disais que tu prenais beaucoup de plaisir à faire ton métier : je peux te garantir que c'est pareil pour moi. Je prends beaucoup de plaisir à bosser sur Fotostudio, à le faire évoluer mois après mois, et à avoir des retours comme le tien. C'est ce qui fait le plus plaisir, donc c'est vraiment super.
Thibault : C'est cool.
La FFPMI : pourquoi s'impliquer
Anthony : J'ai l'impression qu'on pourrait parler encore très longtemps, mais j'essaie vraiment de limiter les podcasts à une heure pour que ça ne traîne pas trop. J'ai un dernier sujet que je voulais aborder avec toi : la FFPMI. J'ai l'impression que tu es quand même très actif avec eux. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi tu as décidé de travailler avec eux, ce que ça t'apporte ? Nous en dire un peu plus à ce sujet, si tu veux.
Thibault : C'est une vraie bonne question, parce qu'aujourd'hui, je suis le directeur de la communication de la Fédération. C'est moi qu'on voit sur les lives, sur les Zoom. C'est moi qui pilote certaines petites choses, sous la direction de Laurent Belay, notre président, et d'autres personnes du comité directeur, évidemment. Je ne suis pas seul aux commandes, mais c'est moi qui donne des idées en termes de communication et qui essaie de créer et de renouveler des choses.
Beaucoup de gens pensent que je me suis engagé parce que j'étais convaincu que la Fédération était un truc génial. En réalité, si je m'y suis impliqué, c'est parce que j'étais convaincu que la Fédération était quelque chose de nécessaire, mais que ce qu'on avait n'était pas génial. Je ne critique pas le travail de ceux qui étaient là avant nous, ce n'est pas la question. Ils ont fait du mieux qu'ils ont pu avec ce qu'on leur avait donné à l'époque, avec les équipes, les besoins, leurs visions. Simplement, j'incarnais une génération de photographes qui ne croyaient pas forcément que c'était comme ça qu'il fallait faire. Et face à ça, comme je disais tout à l'heure : quand tu es dans un musée et que tu vois une œuvre que tu ne comprends pas, tu peux dire « c'est de la merde » ou « je ne comprends pas ». Moi, j'ai toujours dit : « Je ne comprends pas, apprenez-moi, je veux comprendre. » Là, plutôt que de dire « la Fédération, c'est de la merde, je n'y adhère pas », je me suis dit : « J'aimerais que ce soit mieux. Est-ce qu'on peut aider ? »
J'ai décidé de tendre la main. Je me suis d'abord retrouvé président de région en PACA, chez moi. J'ai essayé de faire bouger ma région, et à l'époque, ça marchait super bien, on était contents. J'ai commencé à proposer des idées au bureau national. Et puis il y a eu tout un tas d'histoires avec le national, où ce n'était pas toujours facile. C'est un peu un paquebot, cette Fédération : c'est un truc lourd, qui avance depuis longtemps. Et malheureusement, il y a eu le virage du numérique, le virage de la micro-entreprise, le virage du fait qu'avant, quand on était photographe, on avait forcément une boutique et on vendait des pellicules. Aujourd'hui, ce n'est plus forcément le cas : on a des photographes en studio, des photographes qui bossent à domicile, du numérique ou du tirage papier. Plein de choses ont changé, sauf que faire faire demi-tour à un paquebot comme ça, ce n'est pas toujours possible. Je ne parlerai pas du Titanic, mais à un moment, je me suis demandé si la Fédération n'allait pas devenir le Titanic. Si on serait capable de tourner le jour où on verrait l'iceberg arriver. C'était ça, la question.
Représenter la profession, à l'épreuve du Covid
Je crois fortement, et depuis longtemps, à une fédération qui représente la profession. Parce qu'attention : la FFPMI, ce n'est pas un club de photographes. C'est l'organisation professionnelle représentative de la profession auprès du gouvernement. Elle discute avec le ministère et avec les organisations professionnelles qui nous représentent au-dessus. Parce qu'il y a les photographes, mais il y a aussi les coiffeurs, les boulangers, et il y a l'U2P, qui est l'organisation des organisations. Il y a donc une hiérarchie, et il faut qu'on puisse expliquer nos problématiques d'artisans photographes, ou d'auteurs photographes (il y a une différence là-dessus), bref de professionnels de notre métier. Il faut qu'on soit capable de faire entendre nos problématiques à ceux qui sont au-dessus de nous pour qu'ils nous aident à les résoudre.
Pendant longtemps, cette problématique d'ordre politique passait à des années-lumière au-dessus de la tête des photographes. Puis est arrivé le Covid. Et là, ça a fait drôle. Quand j'ai décidé de m'impliquer, je me disais : « Je vais donner des idées en termes de communication, on va remettre du Facebook, de l'Instagram, du YouTube, des lives, ça va être cool. » Je n'avais pas du tout envisagé qu'on serait obligés de se taper un protocole sanitaire à cause d'une pandémie mondiale. On l'a rédigé, et je pense à Léa Torrieri, qui est une fabuleuse photographe, mais aussi une fabuleuse amie et une personne de qualité avec qui on a affronté ça. Je pense aussi à tous les gens de l'équipe (attention, je ne veux vexer personne) : en ce moment, je travaille beaucoup avec Amélie Soubrier, Tine Van Guenot, David Ferrière... Je ne vais pas tous les citer parce qu'on est très nombreux.
Mais réellement, on s'est retrouvés avec une population de photographes qui souffrait, parce que tous les artisans et tous les professionnels de France, et même du monde entier, ont souffert. Et en face, un gouvernement qui avait aussi besoin et envie, dans une certaine mesure, d'entendre quelles étaient nos problématiques. Il s'avère que la Fédération est l'organe prévu pour ça. On s'est donc retrouvés à dire au gouvernement : voilà ce qui va, voilà ce qui ne va pas, voilà ce qu'on veut, voilà ce qu'on ne veut pas. Parce qu'il faut être clair, il y a des fonds de solidarité. Au départ, les photographes n'étaient pas considérés comme des métiers qui allaient être touchés par le confinement, parce qu'on n'est pas comme les métiers du tourisme. Ils n'avaient pas compris à ce moment-là que le photographe de mariage qui ne peut plus avoir son activité n'a pas le revenu qui était prévu. Et on est entrés sur ces listes d'aide, ce qui a pu nous permettre d'avoir un échange.
Du coup, la Fédération est indispensable aujourd'hui pour nous représenter auprès des pouvoirs publics. La crise qu'on a traversée nous prouve que c'était vraiment nécessaire que la Fédération soit là, parce qu'elle nous a beaucoup, beaucoup aidés. Et on a la chance d'avoir aujourd'hui un ministre, Alain Griset, ministre délégué aux TPE-PME, qui était anciennement le président de l'U2P, l'organisation qui nous représentait. Il connaît bien : il a été artisan taxi toute sa vie. Autant dire qu'il sait bien quelles sont les problématiques des petites entreprises. Il nous écoute et nous représente très bien. Et on a la chance d'avoir cette écoute-là parce que la Fédération était là. Ils n'auraient pas écouté un club de photographes, mais une fédération, objectivement, ils l'ont écoutée.
Rassembler, défendre, promouvoir
Quand j'ai fait partie de l'équipe qui a repris un peu la main et qui a voulu changer les choses, on a restructuré l'organisation sur trois piliers, que je répète très souvent : rassembler, défendre, promouvoir. La partie défense, on vient d'en parler, et on en parle aussi sur des problématiques de concurrence déloyale, etc. La partie rassembler : la Fédération, c'est à la fois un organisme national et un maillage en région. Il y a des régions partout en France où on se regroupe : aujourd'hui, PACA a son propre groupement, Rhône-Alpes a son propre groupement, l'Île-de-France a son propre groupement. Au-delà du maillage national, il y a donc un maillage régional avec une entraide régionale. On voit des gens échanger sur la façon dont ils gèrent leurs accords et leurs tarifs pour les photos du Père Noël, ce genre de choses. Ce sont des choses à prendre en compte. Rassembler, défendre, donc, et promouvoir. La promotion, c'est faire connaître nos savoir-faire, revaloriser le travail des photographes, à travers les diplômes, les concours, la visibilité, mais aussi à travers la presse et les messages qu'on peut faire passer autour de tout ça.
Je crois très fort à ça. Je n'ai pas envie de faire de la propagande, je ne suis pas vraiment là pour ça, mais aujourd'hui, adhérer coûte 195 euros, peut-être 230 euros l'année prochaine, je crois. 230 euros, c'est quoi ? C'est 20 balles par mois. Pour une organisation qui va représenter votre profession, faire grandir votre métier et vous permettre de continuer à en vivre, ce n'est quand même pas grand-chose. Ça me semble nécessaire aujourd'hui de se rassembler, de faire progresser le métier, d'apporter ses idées. J'ai 40 ans, et j'ai très envie que des jeunes de 20 ans me disent : « Le métier de demain, je le vois comme ça », pour nous aider à faire prendre le virage au paquebot avant qu'on se prenne un iceberg.
On a fait des choses bien et on a envie de continuer à en faire. Je crois fort au fait que photographe est un métier noble, c'est bien plus que faire des photos. Et je crois fort qu'il faut continuer à le protéger, à le valoriser, à le faire grandir. Aujourd'hui, il n'y a rien de mieux qu'une organisation professionnelle indépendante, qui pourra porter notre voix auprès des pouvoirs publics et des médias, sans « engagement politique » au sens des dérives qu'il pourrait y avoir. Je crois fort au fait qu'on a besoin d'une organisation, et c'est pour ça que je m'y suis impliqué. Je trouvais que ce qu'on avait à l'époque n'était pas terrible. Aujourd'hui, j'aime beaucoup ce qu'on a. Je trouve que les gens sont vraiment fédérés, ils sont très fiers d'en faire partie, et je suis très fier d'être parmi ceux qui donnent de leur temps pour faire grandir cette organisation.
Laurent et les combats de la Fédération
Anthony : Écoute, je devais faire venir le président de la FFPMI sur le podcast prochainement, mais je pense que tu as résumé tout ça en dix minutes, donc c'est bon, je vais annuler !
Thibault : Non, il a certainement plein de choses à dire ! Laurent a aussi un parcours intéressant, et il a eu le courage de reprendre le groupement à une époque où ce n'était pas forcément l'endroit où il fallait être. Il y avait plein de gens qui n'aimaient pas la Fédération à ce moment-là. Il a dit : « Je pense qu'on a besoin de ça », et je crois qu'il partage ça avec moi : on a besoin d'une organisation professionnelle, il faut qu'on la fasse. Donc si tu dois l'interviewer, vas-y, fais-le, c'est quelqu'un qui sera ravi de partager, je pense. Il parlera peut-être plus des actions politiques, de tout ce qu'il a pu mener à côté. On a eu des combats sur la photo d'identité, sur la TVA à 5,5 %... Ce sont des actions qui sont moins mon kiff à moi, mais qui sont hyper importantes pour la sécurité de la profession.
Conclusion
Anthony : Écoute, il nous en parlera, et il nous parlera aussi de son aventure très prochainement.
Thibault : Avec plaisir.
Anthony : Un tout grand merci à toi. Je pense que j'ai trouvé quelqu'un qui parle au moins aussi vite que moi, donc ça fait plaisir.
Thibault : On peut passer le podcast à 75 % de sa vitesse pour inspirer les gens ? Du coup, ça te fera pile une heure, tu vois ?
Anthony : Voilà, exactement. C'est parfait.
Thibault : C'est du condensé ! Non, mais je parle vite parce que j'ai beaucoup de choses à dire et que je n'avais pas beaucoup de temps. Merci beaucoup pour ton invitation, je suis ravi d'avoir pu partager tout ça avec toi.
Anthony : Écoute, c'était super. Encore un très bon épisode, donc un grand merci, et à très bientôt.
Thibault : Avec plaisir, à bientôt.
Anthony : C'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner, et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook Fotostudio, sur groupe.fotostudio.io. Merci et à la semaine prochaine.
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