Photographe de mariage à Paris depuis 2010, Benjamin Brette a fait de la photo de cocktails et de spiritueux la seconde moitié de son activité. Il raconte comment un simple photocall l'a mené jusqu'aux couvertures d'un magazine professionnel, et pourquoi il ne faut pas avoir peur de dire oui.

🎧 Podcast Fotostudio #017 ⏱ 61 min 📸 Invité : Benjamin Brette 🎙 Animé par Eloa Landais

En résumé :

Devenir photographe de cocktails quand on vient du mariage, selon Benjamin Brette, repose sur quelques principes :

• Saisir les rencontres : chaque nouveau client professionnel est né d'un contact, d'un événement ou d'une recommandation

• Être honnête sur ce que l'on n'a jamais fait, puis se documenter et se former pour être à la hauteur

• Séparer ses vitrines : un site pour les mariés, un autre pour les marques

• Garder sa patte tout en respectant la commande : une photo de marque doit d'abord servir la marque

Photographier un mariage, c'est saisir l'imprévu en une demi-seconde. Photographier un cocktail, c'est tout contrôler, du reflet sur le verre au dernier glaçon. Benjamin Brette pratique les deux : photographe de mariage reconnu à Paris, il réalise aussi des images de boissons, de bouteilles et de bars pour la presse spécialisée et pour des marques de spiritueux.

Au micro d'Eloa Landais, photographe et responsable des formations chez Fotostudio, il revient sur sa reconversion, sur la façon dont il s'est diversifié sans jamais lâcher le mariage, et sur les portes inattendues que la photographie lui a ouvertes, de Roland-Garros à la galerie des Glaces de Versailles.

Qui est Benjamin Brette ?

Benjamin Brette est un photographe de mariage installé en Île-de-France, qui suit aussi ses couples partout en France et à l'étranger. Son approche est celle du reportage : des images prises sur le vif, modernes et sincères, plutôt que des photos posées.

  • Une reconversion : il quitte un emploi salarié en 2010, à la faveur d'un plan de départ volontaire, pour devenir photographe.
  • Un photographe de boissons : cocktails, bouteilles, bars et spiritueux, pour la presse spécialisée du monde du bar et pour des marques.
  • Un photographe d'entreprise : reportages événementiels, animations photocall, et même la photographie du court central de Roland-Garros en travaux pour un fabricant de projecteurs.

Au moment de l'enregistrement, en janvier 2021, il partage son activité presque à parts égales entre le mariage et l'univers de la boisson.

1. Comment devient-on photographe de mariage après une reconversion ?

Benjamin décrit lui-même son parcours comme « le schéma affreusement classique de la reconversion professionnelle ». Il occupe alors un poste bien payé, près de chez lui, avec des horaires confortables, mais profondément ennuyeux. Quand son entreprise annonce un plan social avec des conditions de départ très favorables, il saute le pas : il s'accorde deux ans pour réussir, ou pour se planter.

Le choix du mariage s'impose presque naturellement. Il fait déjà de la photo en amateur, et il a été DJ de mariage pendant ses années étudiantes. Photo d'un côté, mariages de l'autre : « banco ».

Une école de la débrouille

Pas de mentor ni de magazines de mode : Benjamin se décrit comme un « geek de la photo ». Sa grande école a été le forum de Hardware.fr, un site d'informatique qui abritait une importante communauté de photographes. Il y a appris des choses qu'il utilise encore aujourd'hui. Il rencontre ensuite d'autres photographes par le bouche-à-oreille, découvre le GNPP (le Groupement national des photographes professionnels) et une génération qui dépoussière la photo de mariage avec une approche plus documentaire.

Un premier mariage trouvé sur un forum

Pour trouver ses premiers mariés, il applique la même méthode : il s'inscrit sur les grands forums féminins de l'époque, repère les futurs mariés qui parlent de leur date et leur écrit en message privé pour leur proposer ses services, en toute transparence sur ses débuts. Son premier mariage, une journée complète avec album et séances en plus, est vendu 800 euros. Un prix qu'il juge aujourd'hui correct pour un débutant, à condition de savoir calculer ses tarifs à partir de son temps réel. Une dizaine de belles images de ce mariage suffisent à lancer son site.

« Elles sont ratées techniquement, mais elles ne sont pas ratées dans l'intention. »

Benjamin Brette, à propos de ses photos de 2010

À retenir : la technique progresse avec les années, mais l'intention se trouve dès le départ. Les premiers mariés de Benjamin étaient ravis, et c'est ce qui compte.

2. Comment rester fidèle à ses mariés quand on enchaîne les mariages ?

Benjamin reconnaît s'être perdu un temps dans des « délires esthétiques », au détriment de ce qu'attendaient ses clients. Il en a tiré une règle simple : les belles phrases que tous les photographes écrivent sur leur site, « témoigner de votre histoire », engagent à quelque chose.

« Ce qu'on dit à nos clients, on est quand même tenu de le réaliser. »

Benjamin Brette

Garder cette exigence est plus facile en avril, au sortir de la trêve hivernale, qu'en septembre avec 20 ou 25 mariages dans les pattes. Mais pour les mariés, c'est le jour d'une vie.

100 % des photos pour les clients

Beaucoup de photographes s'accordent quelques images « pour eux » à chaque mariage. Benjamin refuse de raisonner en pourcentage : s'il fait 20 % de photos pour lui, ses clients n'ont que 80 % de son travail. Son objectif est que les images qui lui plaisent le plus soient aussi celles qui plaisent à ses mariés. Même les photos de groupe, qui demandent peu de créativité mais comptent énormément pour les familles, méritent d'être parfaitement exposées et cadrées.

Vous êtes vous-même photographe de mariage ? C'est ce même souci du client qui fait les recommandations, saison après saison.

3. Pourquoi ajouter l'événementiel d'entreprise à la photo de mariage ?

Très tôt, Benjamin rencontre le dirigeant d'une agence de photographie événementielle, qui envoie des photographes sur des soirées d'entreprise. Il découvre un autre métier :

  • des reportages lors de soirées et d'événements d'entreprise ;
  • des animations photocall, avec fonds verts et impression immédiate pour les invités ;
  • des objets personnalisés : badges, boules et étoiles de Noël avec la photo des participants.

Ce n'était pas une façon de fuir le mariage, mais une opportunité de voir autre chose. Et surtout une activité compatible : ces missions ont lieu le soir et en semaine, jamais le samedi. L'agence a depuis fermé, et la crise sanitaire a réduit l'événementiel, mais Benjamin a gardé quelques clients réguliers en reportage d'entreprise.

À retenir : l'événementiel d'entreprise se glisse dans les jours où le photographe de mariage est libre. C'est aussi un formidable terrain de rencontres professionnelles.

4. Comment un photographe de mariage devient-il photographe de cocktails ?

Par hasard, comme souvent. Un organisateur tombe sur son site (un site de mariage) et lui confie l'animation d'un photocall pour une soirée de dégustation de la marque de gin Gordon's, sur une péniche à Paris. Souvenir mémorable : un coup de vent emporte un parapluie de flash et son trépied dans la Seine.

L'organisateur le rappelle pour une autre marque d'alcool, puis lui révèle qu'il dirige un magazine professionnel distribué dans les bars, en pleine refonte graphique. Il propose à Benjamin de faire une ou deux photos. Celui-ci n'a jamais fait de photo culinaire, et le dit franchement. L'éditeur lui donne sa chance quand même. Des années plus tard, Benjamin signe toujours les couvertures du magazine.

« C'est son magazine, c'est son bébé. Il m'a vraiment fait confiance pour mettre les photos de couverture. »

Benjamin Brette

Un studio mobile, installé dans les bars

Pour ses premières séances, Benjamin s'équipe d'un petit studio portable, qu'il installe directement dans le bar où un barman réalise le cocktail. L'expérience lui plaît tellement qu'il en fait une deuxième niche : l'univers de la boisson au sens large, y compris les boissons sans alcool, les mocktails et même une marque d'eau.

Un microcosme qui fonctionne au réseau

Ensuite, tout s'enchaîne de proche en proche : des journalistes qui parlent de lui, une agence de communication qui lui présente une marque, une marque qui le recommande à une autre. Comme tous les milieux professionnels, celui des vins et spiritueux est un microcosme où la confiance circule vite.

5. Faut-il un site séparé pour les clients professionnels ?

Pour Benjamin, oui. Quand il décide de développer sérieusement la photo de boissons, il crée un deuxième site, uniquement dédié aux professionnels. Son raisonnement : une marque de spiritueux qui arrive sur son site doit voir immédiatement des images auxquelles elle peut s'identifier. Des photos de mariage n'auraient aucun intérêt pour elle, et inversement pour des futurs mariés.

Eloa le souligne : le mariage, comme la photo de famille en studio, souffre parfois d'une image peu flatteuse auprès des clients professionnels. Deux vitrines distinctes, c'est le moyen d'être « très pro avec les pros ». Avec un outil de création de site internet pour photographe, gérer deux sites ciblés n'a rien d'insurmontable.

Quand le mariage ouvre les portes des marques

Pourtant, les deux mondes se rejoignent parfois. Une marque pour laquelle Benjamin n'avait fait que des photos de bouteilles en studio lui a confié le reportage d'une tournée promotionnelle dans les bars… après avoir vu ses photos de mariage. Elle voulait savoir ce qu'il était capable de faire en mouvement, sur le vif.

À retenir : séparez vos sites pour que chaque client se reconnaisse, mais n'ayez pas honte de votre travail de mariage. Votre regard de reporter peut convaincre une marque.

6. Comment photographier des verres et des bouteilles ?

Eloa se souvient d'une commande de poignées de porte haut de gamme : sur des surfaces aussi brillantes, chaque reflet devient un casse-tête. Benjamin confirme que la photo d'objets réfléchissants ne s'improvise pas. Il a tâtonné, multiplié les essais, acheté des livres, et suivi une formation auprès d'un photographe culinaire installé en région parisienne.

Sa hiérarchie des difficultés :

  • Les petits objets comme l'horlogerie et les bijoux : le plus technique, un vrai travail d'expérience.
  • Les bouteilles : très techniques, surtout en ambiance « lifestyle », quand la bouteille doit être mise en valeur tout en restant naturelle dans le décor.
  • Les verres : techniques aussi, mais moins délicats que les bouteilles.

« On tâtonne, on fait des essais, on se documente, on achète des livres. »

Benjamin Brette

7. Qui décide de l'image sur un shooting de cocktails ?

Tout dépend du client. Benjamin distingue deux situations.

Pour la presse spécialisée : carte blanche, avec un cahier des charges

Pour les magazines, il part avec sa mission sous le bras (par exemple trois cocktails à photographier dans tel bar parisien) et assure tout lui-même, stylisme compris. La liberté est grande, mais encadrée par une ligne éditoriale :

  • un style d'éclairage défini avec la rédaction ;
  • des photos toujours verticales, avec de l'espace pour le texte ;
  • un ou deux « gimmicks » du lieu (un mobilier, un tableau, une déco) pour que le bar reste reconnaissable et que l'image ne soit pas anonyme.

Pour les marques : un travail d'équipe

Avec une marque, il travaille en direct avec les équipes marketing, parfois avec une agence de communication ou un directeur artistique. Il faut alors mettre trois ou quatre avis d'accord, ce qui peut prendre des heures. Comme le raconte aussi la photographe culinaire Fanette Rickert, le stylisme est parfois confié à des spécialistes, et le photographe se concentre sur la lumière.

Pour Benjamin, une chose est claire : ce sont des photos de commande, destinées à être exploitées par la marque dans un cadre précis. Les supports, la durée et le prix de cette exploitation se négocient, et se facturent sous forme de cession de droits d'auteur.

« Si j'arrivais en gros taureau qui pousse tout, je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait aujourd'hui. »

Benjamin Brette

8. Comment garder sa patte d'un univers à l'autre ?

Benjamin est venu à la photographie par l'architecture, parfois abstraite. Ses sources d'inspiration sont très géométriques, et ce goût du graphisme traverse tout son travail : il le glisse dans ses reportages de mariage quand c'est pertinent, comme dans ses compositions de cocktails. Eloa le confirme : on ressent cet univers dans ses mariages.

Des lieux auxquels il n'aurait jamais imaginé accéder

Pour Benjamin, la plus belle surprise de ses dix ans de métier, ce sont les portes que la photo lui a ouvertes :

  • Roland-Garros : mandaté par un fabricant de projecteurs, il a photographié le court Philippe-Chatrier en travaux, pendant l'installation du toit et de l'éclairage.
  • Versailles : lors d'une soirée de marque, il s'est retrouvé seul, à 23 heures, dans la galerie des Glaces.
  • Le Palais Bulles de Pierre Cardin : il y a photographié deux mariages, dans une véritable œuvre architecturale.

Côté cocktails, il a goûté des recettes inattendues : un negroni infusé au gorgonzola, un cocktail au jus de bœuf. La mixologie, résume-t-il, c'est de la cuisine liquide : le même travail d'association de saveurs que celui d'un chef.

9. Mariage et marques : un équilibre saisonnier

Les deux activités de Benjamin se complètent parfaitement dans le calendrier. Les mariages se concentrent sur la belle saison et les week-ends ; la photo de boissons se répartit sur le reste de l'année, sans la pression d'une date unique.

Photo de mariagePhoto de cocktails
RythmeWeek-ends, de mars à octobreToute l'année, en semaine
Façon de travaillerUrgence, décision en une demi-secondeImages posées, tout est contrôlé
Droit à l'erreurAucun : le moment ne se rejoue pasOn peut recommencer et peaufiner
PlaisirSe laisser surprendreTout créer de A à Z

Le reportage d'un côté, le studio de l'autre : « le meilleur des deux mondes », selon lui. Il n'a d'ailleurs aucune envie d'ouvrir un studio de portrait. Sa troisième passion, la photo de rue, reste un plaisir personnel, sans objectif de rentabilité.

Épisode enregistré en janvier 2021, pendant la crise sanitaire. Benjamin y note que ses mariés ne souhaitaient pas garder de photos des masques, contrairement à ce qu'il imaginait.

10. Faut-il se spécialiser ou accepter des projets inédits ?

Eloa rappelle les deux écoles : se spécialiser dans une niche pour y devenir le meilleur, ou multiplier les activités (scolaire, maternité, mariage, entreprise). Benjamin refuse de trancher. On peut aimer la musique classique et le métal ; on peut aussi multiplier les sources de revenus par nécessité économique, et c'est tout aussi honorable. Ceux qui creusent une seule discipline font souvent un travail remarquable, eux aussi.

La confiance d'un client vaut de l'or

Son vrai conseil porte sur l'audace. Roland-Garros, le magazine, les marques : à chaque fois, on est venu le chercher pour un travail qu'il n'avait jamais fait.

« Il ne faut pas trop avoir peur de dire oui. Quelqu'un qui vous donne sa confiance, il ne faut pas trop lui dire non. »

Benjamin Brette

À condition de jouer la transparence : dire que c'est nouveau pour soi, puis remuer ciel et terre pour être à la hauteur. La gratitude envers celui qui vous fait confiance est, selon lui, la meilleure des motivations. Et les bases restent les mêmes d'une photo à l'autre : lumière, cadrage, technique. Avec elles, on est équipé pour « 99,99 % du boulot ».

Il conclut avec un rappel d'humilité : un photographe de commande n'est pas un artiste qui impose tout. Bien définir ce qui est attendu dans le contrat, écouter le client et accepter de « mettre de l'eau dans son vin », c'est la clé de la bonne entente.

À retenir : si quelqu'un vous propose un projet que vous n'avez jamais fait, c'est qu'il aime déjà votre regard. Soyez honnête, documentez-vous, et saisissez l'occasion.

Les erreurs à éviter quand on se diversifie dans la photo de cocktails

D'après l'expérience de Benjamin Brette :

✗ Montrer des photos de mariage à une marque de spiritueux, au lieu d'un portfolio ou d'un site dédié aux professionnels.

✗ Refuser un projet par peur, alors que le client vous fait déjà confiance.

✗ Cacher son manque d'expérience : la transparence est la base d'une bonne collaboration.

✗ Sous-estimer les reflets des bouteilles et des verres, qui demandent essais et formation.

✗ Imposer sa vision d'artiste sur une photo de commande destinée à être exploitée par une marque.

✗ Faire des photos « pour soi » au détriment des mariés, en oubliant les promesses faites sur son site.

✗ Négliger les petits événements : un simple photocall peut mener à un client pour des années.

FAQ : devenir photographe de cocktails

Comment devenir photographe de cocktails ?

Constituez d'abord quelques images de boissons, puis appuyez-vous sur votre réseau : bars, événements de marques, agences de communication, presse spécialisée. Benjamin Brette, photographe de mariage, a décroché sa première commande après avoir animé un photocall pour une marque de gin, puis s'est formé à la photo de produits.

Un photographe de mariage peut-il faire de la photo culinaire ou de boissons ?

Oui, à condition d'apprendre la photo de produits, très différente du reportage : lumière contrôlée, gestion des reflets, stylisme. Les deux activités se complètent bien, car la photo de boissons se pratique en semaine et hors saison des mariages.

Quelle est la difficulté de la photo de bouteilles ?

Les reflets. Une bouteille en verre renvoie tout ce qui l'entoure, et la mettre en valeur dans un décor naturel demande de nombreux réglages. Selon Benjamin Brette, les bouteilles sont plus techniques que les verres, et les petits objets comme les bijoux ou les montres le sont encore davantage.

Faut-il un site différent pour la photo de mariage et la photo professionnelle ?

C'est recommandé. Une marque doit voir immédiatement des images auxquelles elle s'identifie, et des futurs mariés ne cherchent pas des photos de bouteilles. Deux sites distincts permettent de parler à chaque clientèle avec le bon portfolio et le bon ton.

Comment trouver des clients dans le secteur des vins et spiritueux ?

Par le réseau, surtout. Le milieu est un microcosme : journalistes, agences de communication, organisateurs d'événements et marques se recommandent les uns aux autres. Un travail réussi pour un premier client ouvre souvent la porte au suivant.

Qui fait le stylisme lors d'une séance photo de cocktails ?

Cela dépend du projet. Pour la presse spécialisée, le photographe gère souvent tout seul, dans le respect d'une ligne éditoriale. Pour une marque, il travaille avec les équipes marketing, une agence ou un directeur artistique, et parfois un styliste.

Vaut-il mieux se spécialiser ou se diversifier en tant que photographe ?

Il n'y a pas de bonne réponse unique. La spécialisation permet d'exceller dans un domaine ; la diversification multiplie les sources de revenus et les rencontres. Benjamin Brette combine mariage et photo de boissons, deux activités aux calendriers complémentaires.

Découvrir le travail de Benjamin Brette

Ses reportages de mariage à Paris et ailleurs sont à découvrir sur son site : benjaminbrette.com. Pour les entreprises, il présente ses prestations photo et vidéo sur studiocorp.fr.

Transcription intégrale de l'épisode

Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Eloa Landais et Benjamin Brette, découpée en chapitres.

Cet épisode a été enregistré en janvier 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les projets et magazines évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.

Lire la transcription complète (environ 9 600 mots)

Chapitres :

00:00Introduction : Benjamin Brette, du mariage aux spiritueux

Eloa : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre de progresser dans votre métier. Je suis Eloa Landais, photographe et responsable des formations online et offline chez Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1200 photographes francophones et, à présent, européens. Elle leur permet de gagner un temps précieux dans leur travail administratif en simplifiant la gestion des clients et des shootings. Si vous aimez le podcast, n'hésitez pas à le suivre, à vous abonner et surtout à le partager.

Je reçois aujourd'hui Benjamin Brette, très connu pour ses photos de mariage, mais un petit peu moins pour ses nouveaux projets. Il va nous en parler aujourd'hui : les spiritueux, les cocktails, et vous en saurez plus aussi sur Roland-Garros.

Bonjour Benjamin Brette.

Benjamin : Bonjour Eloa.

Eloa : Merci d'avoir accepté notre invitation pour ce podcast de Fotostudio.

Benjamin : De rien, c'est un plaisir.

Eloa : On va un petit peu parler de toi, de ce que tu fais en ce moment, de ce que tu as fait, comment tu t'es diversifié, peut-être avant ou pendant le Covid. Tu vas nous expliquer tout ça. Tu es quand même connu pour les photos de mariage, je pense, le plus.

Benjamin : Alors, connu, c'est un grand mot. La communauté des photographes de mariage, c'est un tout petit monde. Dire qu'il y a des photographes de mariage qui me connaissent, oui. Est-ce que ça fait de moi quelqu'un de connu ? Je ne suis pas sûr. Mais en tout cas, ce qui m'a amené à la photographie, c'est la photo de mariage, en effet.

01:53Une reconversion après un « bullshit job »

Eloa : D'ailleurs, comment tu es arrivé à la photo de mariage ? Ou à la photo tout court, peut-être ?

Benjamin : À la photo tout court, comme tout le monde, en faisant des photos de vacances quand on est plus jeune. Et à la photo de mariage, par le schéma affreusement classique de la reconversion professionnelle, suite à un échec dans mon ancien travail, où j'occupais un bullshit job, comme on dit. Un truc à côté de chez moi, plutôt bien payé, avec des horaires sympas, mais tellement ennuyeux.

Un jour, on veut partir, on n'ose pas, on a peur. Et puis un jour, on apprend qu'il y a un plan social qui offre des garanties de reconversion plutôt confortables, avec un gros chèque. Donc on saute le pas et on se dit : qu'est-ce que je peux faire ? Ah bah tiens, je faisais déjà un peu de photo. Ok, très bien. Le mariage ? Ah bah oui, quand j'étais plus jeune, j'étais DJ de mariage à mes heures perdues.

Eloa : Ah oui, c'est vrai.

Benjamin : On va essayer de coller les deux. Donc, photo d'un côté, DJ de mariage de l'autre, eh bien photographe de mariage, allez, banco.

Eloa : Il doit y avoir des gens qui font DJ et photographe en même temps.

Benjamin : Il y a des gens qui sont DJ et photographe en même temps.

Eloa : Et ça, c'était en quelle année ?

Benjamin : En 2010. L'été 2010.

Eloa : Ah, l'été 2010, d'accord. Donc tu n'as pas tout plaqué, en fait. Ça s'est trouvé, entre guillemets, avec un plan de reconversion.

Benjamin : Eh bien si, j'ai tout plaqué : c'était un départ volontaire, quand même. Sur le plan social, c'était une société qui ne voulait pas trop faire de vagues. Ils avaient un tiers des gens à mettre dehors, mais ils ont fait en sorte de ne pas les virer, en faisant un plan de départ volontaire très, comment dire, très confortable.

Eloa : Donc ça t'a permis de te lancer sans avoir trop peur du lendemain ?

Benjamin : Exactement. Ça m'a permis de me lancer, parce que c'était tellement confortable que j'avais le droit de me planter. J'avais deux ans pour me planter, en gros. C'est un peu l'idée.

Eloa : Et là, tu t'es dit : allez, j'achète un bon boîtier, je me lance dans la photo de mariage ?

Benjamin : Eh bien, c'était un peu ça. J'avais déjà un boîtier que j'avais acheté parce qu'un jour, c'était les soldes et qu'il fallait bien acheter un boîtier. Par hasard, je me trimballais au supermarché, je vois des soldes sur un appareil photo, je me dis : tiens, prenons-le. Et comme j'étais déjà un petit peu équipé d'un reflex, je me suis dit que je n'aurais pas trop d'équipement à acheter. Grosse erreur, évidemment, parce qu'après, on met le doigt dans l'engrenage. Mais en tout cas, je suis parti la fleur au fusil avec le peu de matériel que j'avais, plus un peu que j'ai racheté derrière.

04:46Premières rencontres, le GNPP et une profession en mutation

Eloa : Et comment tu as rencontré d'autres photographes, du coup ?

Benjamin : Les rencontres se sont faites assez rapidement. Ce qui est rigolo, c'est que je ne sais plus comment j'ai été amené à rencontrer quelqu'un qui m'a mis en relation avec quelqu'un qui recherchait des photographes dans l'événementiel. Et par ce biais-là, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a mis en relation avec d'autres photographes sociaux, on va dire. Il m'a parlé du GNPP à l'époque, le Groupement national des photographes professionnels. Je me souviens du nom de l'acronyme.

Grâce à ces premières rencontres, j'ai vu qu'il existait une communauté de photographes de mariage et d'autres photographes pour les particuliers, des photographes sociaux, comme on dit. Et on sentait qu'il y avait un élan de renouveau dans ce monde-là. Je pense que je suis arrivé au bon moment, dans une communauté qui était un peu en bascule entre deux époques, j'ai l'impression. J'ai pris le train en marche au bon moment, je pense.

Eloa : Oui, en 2010, c'est vrai que c'était le bon vieux temps.

Benjamin : Je ne sais pas si c'était le bon vieux temps, mais dans le monde de la photographie de mariage, le seul que je connaissais, on se rendait bien compte qu'il y avait des gens installés, avec des boutiques dans leur quartier, dans leur ville, depuis longtemps. Et on sentait que ce modèle était un petit peu vieillissant par rapport à d'autres personnes qui arrivaient, qui étaient photographes depuis leur domicile, qui n'avaient pas de studio, qui abordaient le métier avec moins de moyens et qui, de ce fait, avaient peut-être une vision un petit peu différente du travail.

Eloa : Oui, il y a eu une sorte de dépoussiérage. On s'est dit : allez, on n'est plus obligé de faire des photos devant les fleurs, très posées.

Benjamin : Pour le mariage, je pense que c'est arrivé un peu à la même époque, dans les années 2000, même avant, je pense. On s'est dit que la façon qu'on avait de voir la photographie de mariage, c'était un truc très protocolaire, très classique, qui n'avait finalement pas trop bougé depuis des années, en tout cas c'est l'impression qu'on avait. Et il y a toute une génération de photographes qui se sont installés, qui ont essayé de faire de la photographie de reportage, en apportant un petit peu plus d'incertitude et d'improvisation dans les photos que ce qui existait sur le devant de la scène plus tôt. Enfin, c'est l'impression que ça m'a donné.

07:49Autodidacte : l'école du forum Hardware.fr

Eloa : Et toi, tu t'étais inspiré de quelqu'un ? Tu avais des mentors, tu regardais des magazines de mode, des choses comme ça, ou pas du tout ?

Benjamin : Non, pas du tout. Moi, je suis un peu un geek de la photo. Comme je te disais tout à l'heure, j'ai acheté des appareils parce que je trouvais ça rigolo de les utiliser. Et après, j'ai appris grâce à Internet. Je pense que ma plus grande école, ça a été un forum qui existe toujours d'ailleurs, que je fréquente encore quotidiennement : le forum du site Hardware.fr. C'était à la base un site dédié à l'informatique, avec un forum et une énorme communauté de gens qui discutent de tout et n'importe quoi. Il y avait une grosse communauté photo il y a une quinzaine d'années. Et sur cette communauté, j'ai appris des choses en photographie que j'utilise toujours aujourd'hui. C'est vraiment l'école de la débrouille et des conseils qu'on peut glaner à droite à gauche par l'intermédiaire d'un forum.

Eloa : C'est marrant, parce que quand tu dis forum, on se revoit dans les années 2000.

Benjamin : Ah oui, on voit les rides sur le front quand on dit forum.

Eloa : Oui, c'est ça. Avec les petits emojis qui ne s'appelaient pas encore des emojis à l'époque.

Benjamin : Oui, on disait smiley à l'époque.

Eloa : Les smileys, c'est vrai.

Benjamin : Ça y est, on commence à être des vieux.

09:21Trouver ses premiers mariés sur aufeminin et Doctissimo

Eloa : D'accord. Donc tu as avancé comme ça et tu t'es dit : bon, moi, je ne vais faire que ça, je ne vais pas ouvrir de boutique et je vais faire X mariages dans l'année ?

Benjamin : Oui, c'est-à-dire qu'au début, on se pose toujours la question de comment on va trouver des clients. Il y a toujours un facteur chance. Je me souviens de mon premier mariage : je me suis posé la question de comment trouver des gens qui allaient se marier. Et là, encore une fois, en bon forumeur professionnel que j'étais à l'époque, je me suis inscrit sur d'autres forums, aufeminin et Doctissimo, qui étaient de gros forums de l'époque aussi.

Eloa : Quand même !

Benjamin : Oui, et il y avait des...

Eloa : Des futurs mariés qui parlaient de leur mariage.

Benjamin : Des futurs mariés qui venaient parler de leur mariage en disant : « On va se marier le 12 mars l'année prochaine », etc., et qui demandaient des conseils. Et là, moi, en sous-marin, j'envoyais un message privé : « Bonjour, j'ai vu que vous vous mariez bientôt, je me lance dans la photographie de mariage, est-ce que vous accepteriez de prendre un débutant comme moi ? »

Eloa : Ah, sympa ! Tu ne faisais pas payer, ou très peu, pour avoir un book ?

Benjamin : Le premier mariage que j'ai fait, je l'ai vendu pour une journée entière, avec un album, des choses que j'avais rajoutées, des séances en plus, etc. Je l'avais vendu 800 euros quand même, ce qui n'est finalement pas si peu cher.

Eloa : En 2010 ?

Benjamin : Oui. Bon, évidemment, ramené aux heures de travail... Mais je trouve que c'était quand même plutôt bien vendu. Ce mariage, je m'en rappellerai toute ma vie. C'est celui qui m'a mis le pied à l'étrier, parce qu'il y a eu la bonne conjonction de choses. On a fait une jolie séance de couple dans Paris, le lieu était joli. Tout ça mis bout à bout, des gens volontaires pour faire des photos, un joli cadre, eh bien on a une dizaine de photos à présenter sur un site. Et après, ça suffit. Il n'y a pas besoin de beaucoup plus.

11:28Des photos ratées techniquement, mais pas dans l'intention

Eloa : Et quand tu regardes tes photos de 2010, qu'est-ce que tu te dis ?

Benjamin : Je me dis qu'elles sont ratées. Mais ce qui était important, c'était que les mariés soient contents. J'ai relu leur témoignage récemment, le mail qu'ils m'avaient envoyé : ils étaient absolument ravis du résultat. En fait, elles sont ratées techniquement, mais elles ne sont pas ratées dans l'intention. L'intention que j'avais à cette époque-là, c'est la même que celle que j'ai aujourd'hui. Même si elles sont mal faites en termes de cadrage, peut-être de lumière, etc., elles sont faites de la même manière que je le fais aujourd'hui, avec la même volonté de faire des photos un peu volées.

Eloa : La même mission, quoi. Tu as la même mission, mais la réalisation n'est plus la même.

Benjamin : C'est ça. Le fond n'a pas changé, la forme est un peu différente, mais le fond est le même. Et au final, en ça, je ne les trouve pas si ratées que ça.

Eloa : Surtout si les clients sont ravis.

Benjamin : Ils étaient ravis, oui, je me souviens.

Eloa : C'est un peu le but, quand même.

Benjamin : Ah bah oui, clairement.

Eloa : Est-ce qu'on n'a pas un peu perdu ça, des fois ?

Benjamin : Je n'en sais rien. À une époque, je me suis perdu là-dedans, oui, c'est-à-dire que...

Eloa : Non, pas toi personnellement, mais des fois on a l'impression que les photographes...

Benjamin : Je parle de l'expérience que j'ai eue. Tu dis qu'on peut avoir perdu de vue ce que les clients veulent : certaines personnes, oui. Moi, je l'ai vécu à une époque où je me suis un petit peu perdu dans des délires esthétiques, au détriment de ce que pensaient mes clients. Au détriment, après tout, je n'en sais rien, mais en tout cas ce n'était plus la priorité. Et je pense que ce n'est pas une majorité de gens qui se perdent là-dedans, même si on a quand même une communauté de photographes qui est parfois très... je ne sais pas comment dire. Qui peut se regarder le nombril, pour le dire vulgairement. Mais malgré ça, je pense que ça reste une minorité de gens qui oublient leurs clients.

13:38Garder en tête que c'est un jour unique pour les mariés

Eloa : Ce n'est pas facile non plus de partir toutes les semaines, de mars à octobre, sur des mariages et de se dire : « Allez, pour moi c'est le 20e de la saison, mais pour eux, c'est une fois dans leur vie. »

Benjamin : On est bien d'accord. C'est plus facile de faire ça en avril-mai, quand on sort de la trêve hivernale, que de le faire en septembre quand on en a déjà 20 ou 25 dans les pattes.

Eloa : Ça, c'est sûr.

Benjamin : Et en même temps, si on ne garde pas ça en tête, c'est un peu mentir aux clients, leur raconter qu'on va être des gens qui vont témoigner de leur histoire, écrire leur histoire, et toutes les belles phrases qu'on a tous sur nos sites, parce qu'on écrit tous à peu près la même chose. Il faut aussi garder à l'esprit que ce qu'on dit à nos clients, on est tenu de le réaliser. Il ne faut pas que ça reste que des paroles. Donc il faut régulièrement se reposer ces questions, même si c'est parfois une part de routine. Quelque part, ça fait partie du job. On doit l'accepter.

14:50Photos pour soi, photos pour les clients : viser les deux à la fois

Eloa : Et est-ce que toi aussi, comme beaucoup de photographes de mariage, tu te dis : je fais X % pour les clients et j'essaie toujours d'avoir un petit pourcentage, pas forcément pour les concours, mais pour toi ? Te dire le jour J : allez, j'essaie de sortir 5 ou 8 photos vraiment à moi ?

Benjamin : Évidemment, toujours. Le truc, c'est de trouver la bonne proportion entre ce que tu veux faire pour tes clients et ce que tu veux faire pour toi. Mais au final, ce vers quoi j'essaie de tendre, c'est de mêler les deux. Le but du jeu, c'est que les photos qui me plaisent vraiment plus que les autres soient aussi celles qui plaisent à mes clients. C'est un but vers lequel il faut tendre. Je ne dis pas qu'on y arrive tout le temps, mais en tout cas c'est ce qu'il faut essayer de faire, et pas essayer de distinguer. Je ne veux pas dire que je vais faire 20 % de photos pour moi et 80 % pour les clients. Si je raisonne comme ça, ça veut dire que mes clients n'ont que 80 % du travail. Il faudrait qu'ils aient 100 % du travail et que 100 % du travail nous plaise à tous.

Eloa : Y compris les photos de groupe.

Benjamin : Y compris les photos de groupe. Mais les photos de groupe...

Eloa : Oui, il n'y a pas une grande création, mais c'est important pour eux.

Benjamin : Il n'y a pas une grande création, mais il peut y en avoir. Il y a des gens qui savent faire des photos de groupe très créatives. La création, on la met où on veut. On peut la mettre dans des photos de groupe si on veut. Après, est-ce qu'on a l'énergie de la mettre aussi là ? Ça, c'est autre chose.

Eloa : Oui, c'est ça, je vois ce que tu veux dire.

Benjamin : C'est un peu le repos de la journée. On sait que ce sont des photos faciles à réaliser de manière safe. À ce moment-là, c'est facile de rendre quelque chose de bien réalisé, bien exposé, bien cadré, etc. Et c'est déjà 99 % du travail.

16:55La photographie événementielle d'entreprise

Eloa : Et est-ce que tu as eu envie, à un moment, de changer un petit peu et de faire autre chose ? Tu as fait de la formation ?

Benjamin : Oui, alors, j'ai fait autre chose. La photo de mariage me plaît toujours. Mais comme je te disais tout à l'heure, assez rapidement, j'ai rencontré quelqu'un, je ne sais même plus comment ça s'est fait, qui avait une agence de photographie événementielle. C'était quelqu'un qui travaillait avec des agences d'organisation d'événements, avec toutes sortes de gens de l'événementiel, et qui mandatait des photographes soit pour des animations photo sur photocall, soit pour des reportages sur des événements d'entreprise.

Donc assez rapidement, ça m'a permis d'aller voir d'autres types de photographie que la photographie pour les particuliers. Que ce soit du reportage dans des soirées ou des animations photo où on faisait des choses sur fond vert et où on sortait les photos directement en impression pour les gens. On a fait des trucs sur des photocalls, on a fait des boules à neige, des petites étoiles dans lesquelles tu mettais ta photo et que tu accrochais dans ton arbre de Noël, des badges, plein de choses comme ça.

Eloa : C'était pour des entreprises, c'est ça ?

Benjamin : Oui, pour des entreprises.

Eloa : Et ça, tu en fais toujours ?

Benjamin : J'en fais toujours, oui, un petit peu moins qu'avant. La société avec laquelle je travaillais n'existe plus aujourd'hui. Elle me faisait énormément tourner, et du coup je n'avais pas à me soucier de trouver de la clientèle, puisque j'étais en sous-traitance. Aujourd'hui, j'ai quelques réseaux avec lesquels je travaille dans l'événementiel. Forcément, l'événementiel, depuis un moment, il y en a beaucoup moins, mais ça, c'est un autre problème. Sinon, oui, j'ai toujours des contacts avec quelques clients réguliers, plutôt pour du reportage d'entreprise ou du reportage événementiel.

Eloa : Donc tu avais vraiment envie, pas de séparer, mais de faire un peu des deux, pour changer ?

Benjamin : Pas vraiment. Ce n'était pas par déplaisir pour le mariage, pour changer, pour voir autre chose. C'était une opportunité de voir autre chose, mais ça ne venait pas en opposition, en me disant que ça me changerait les idées.

Eloa : Surtout que c'est compatible, puisque ce n'est pas forcément le week-end.

Benjamin : Oui, ce n'était pas le week-end, c'était souvent le soir en semaine. Donc ce n'est pas du tout quelque chose qui m'empêche d'être disponible le week-end.

19:45Les cocktails, un autre hasard de rencontre

Eloa : Et on te connaît aussi pour tes jolies photos de cocktails. Tu nous en dis un peu plus ?

Benjamin : Alors ça, comme toujours, c'est un autre hasard de rencontre. Dans le cadre des photos événementielles que je faisais, un jour, quelqu'un m'appelle, je ne sais même pas comment il est tombé sur mon site, qui en plus n'était qu'un site mariage, et me dit : « Voilà, on cherche un photographe pour venir faire un reportage dans une soirée. » Je me rappelle, je crois que c'était du gin. On peut citer des marques ou pas ?

Eloa : On peut.

Benjamin : Alors c'était le gin Gordon's, qui organisait une soirée dégustation sur une péniche à Paris.

20:35Le photocall sur la péniche

Benjamin : Il y avait un photocall où on pouvait se faire prendre en photo devant un totem de la marque, et moi j'étais censé animer ce photocall. Je me rappelle d'ailleurs que j'ai perdu un parapluie d'un de mes flashs parce qu'il y a eu un coup de vent : c'était sur une péniche qui passait sur la Seine.

Eloa : Il s'est envolé ?

Benjamin : Le parapluie, et un trépied qui est tombé dans la Seine. Donc il y a un truc pourri de plus dans la Seine à cause de moi. Comme s'il n'y en avait pas assez.

Eloa : Ah ben c'est le risque des péniches.

Benjamin : Ah, le risque des péniches ! Je n'avais pas mis de sac de sable sur le trépied, donc il est parti. Bref, j'ai fait cette soirée-là, et l'organisateur m'a parlé après, quand je lui ai rendu les photos.

21:26Un magazine professionnel pour les bars

Benjamin : D'abord, il m'a refait travailler sur une autre soirée pour une autre marque d'alcool. Et il m'a expliqué qu'il travaillait dans le monde de la boisson, des vins et spiritueux, etc., et qu'il s'occupait d'un magazine professionnel distribué dans les bars, à destination des professionnels du monde du bar. Et il m'a dit : « Voilà, on est en pleine refonte graphique, on veut tout refaire dans le magazine de A à Z. Est-ce que tu aimerais faire une ou deux photos pour nous ? »

Alors évidemment, moi, la photo culinaire, je n'en avais jamais fait, je ne connaissais pas du tout. J'ai été très honnête avec lui, je lui ai dit : « Oui, avec plaisir, mais c'est quelque chose que je n'ai jamais fait. » À cette époque-là, lui était partant pour me donner ma chance, et puis ça a continué avec lui depuis des années. C'est depuis ce jour-là que je réalise des images pour son magazine : des photos de boissons, de bouteilles, de verres, de cocktails, etc.

Eloa : Alors que tu partais du mariage et du photocall, donc tu étais loin.

Benjamin : Ouais, le truc c'est ça : il avait trouvé que j'étais sympathique et que mes images de photocall étaient réussies. En même temps, je ne vois pas comment on pourrait les rater, mais bon. Et puis il m'a dit : « Écoute, tu tombes bien, on a bien accroché avec toi et on a besoin d'un photographe, donc est-ce que tu veux tenter l'expérience ? »

Eloa : Les gens souvent ne savent pas que ce sont deux métiers complètement différents, de faire un photocall et de faire, on va dire, du culinaire. Il s'est dit : « Il est photographe, il saura faire, il a l'air sympa, on y va. » C'était peut-être ça ?

Benjamin : Ben c'est un peu ça. Et moi je le remercie, parce que c'est quand même une sacrée marque de confiance de faire appel à moi. C'est son magazine, c'est son bébé, et il m'a vraiment fait confiance pour les photos de couverture de son magazine. Moi, j'en suis super reconnaissant.

Eloa : Et tu as commencé par faire des petits tests chez toi avant d'aller faire ton premier shooting ?

Benjamin : Ouais, c'est ça. J'avais mon petit matériel de studio portable à la maison, et l'idée, c'était que je vienne avec tout le matos de studio sur le lieu du shooting. C'est souvent un bar, et ce que je photographie, en général, c'est la réalisation d'un cocktail.

24:11La boisson, deuxième pilier de son activité

Benjamin : Et de fil en aiguille, ça m'a bien plu de faire ça, et j'ai décidé de pousser un petit peu dans cette voie et d'en faire une deuxième niche de mon métier. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je suis photographe de mariage pour une grosse partie de mon activité, et l'autre grosse partie concerne le monde de la boisson au sens large. Avec modération ! Des fois, ce sont des boissons sans alcool, donc ça peut même être sans modération quand il n'y a pas d'alcool.

Eloa : Ah bon, ça va alors.

Benjamin : Oui, oui. Il y a beaucoup de cocktails, au sens large.

Eloa : Oui, c'est vrai, et puis les mocktails sont très à la mode en plus.

Benjamin : L'autre jour, j'ai travaillé pour une marque d'eau.

Eloa : Ah, on est sauvés !

Benjamin : Pur soft.

Eloa : Et eux t'ont connu grâce au... ?

Benjamin : C'est ça, de fil en aiguille. Tu rencontres des gens, tu rencontres des journalistes qui travaillent là-dedans, tu t'entends bien avec eux, ils parlent de toi. Tu rencontres quelqu'un qui a une boîte de com, tu sympathises avec eux, ils te font rencontrer une marque, et puis la marque parle de toi à quelqu'un, etc. Et au final, on arrive à rencontrer beaucoup de gens de ce milieu-là, qui est, comme tous les milieux professionnels, un microcosme.

25:41Un site séparé pour les clients professionnels

Eloa : Et est-ce que tu as eu besoin de faire un autre site, ou est-ce que tu as mis ces photos sur ton propre site ?

Benjamin : Alors oui, ça a été fait il y a quelques années. Quand j'ai vraiment voulu pousser un peu le curseur de ce côté-là, je me suis dit que je ne voulais pas faire un site qui mélange les clients professionnels et les clients particuliers. Je trouvais que ce n'était pas très judicieux. Non pas que j'aie un problème avec le mélange des genres, mais je me dis qu'une marque de spiritueux qui arrive sur mon site a besoin de voir des photos auxquelles elle peut s'identifier rapidement. Si je mets des photos de mariage, ça sera complètement inintéressant pour elle, et vice versa. Donc je me suis dit : je vais faire un deuxième site, uniquement dédié à la photographie pour les professionnels.

Eloa : Oui. Puis le mariage, c'est comme la photo sociale, de studio, de famille : on a toujours un peu mauvaise presse auprès des professionnels, ça nous catégorise souvent.

Benjamin : Ah bah ça, c'est sûr qu'on traîne un fardeau.

Eloa : Donc là, au moins, tu séparais les deux : tu étais très pro avec les pros, et avec les particuliers.

Benjamin : Et en même temps, je me rappelle, je ne sais plus pour quelle marque c'était, j'avais fait des photos de bouteilles pour eux, etc. Ils ont ensuite organisé un événement dans des bars pour promouvoir leur marque, je ne sais plus la forme que ça avait. Avec eux, je n'avais fait que de la photo culinaire, et ils m'ont confié la réalisation du reportage après avoir vu mes photos de mariage. Donc parfois, ça peut aussi ouvrir des portes dans ce sens-là.

Eloa : Oui, parce qu'ils voulaient voir ce que tu étais capable de faire en mouvement.

Benjamin : Oui, c'est ça. Ils avaient vu ce que j'avais fait dans des situations toutes contrôlées, c'est-à-dire du studio : même si c'était un studio mobile, ça reste du studio. Et ils avaient vu les images que j'avais faites en mariage, et ils se sont dit : « Bah écoute, c'est du reportage qui nous plaît, on veut bien un truc équivalent pour notre marque », avec bien sûr la contrainte supplémentaire de mettre en avant la marque.

28:24Apprendre la photo de produit

Eloa : Et est-ce que tu as eu besoin de te former ensuite ? Parce que j'imagine vraiment... Moi, une fois, on m'avait demandé des photos de poignées de porte très haut de gamme, et j'avais 800 poignées de porte à faire.

Benjamin : 800 !

Eloa : Je ne les ai pas toutes faites, on était plusieurs. En fait, c'est un créateur qui s'était fait planter par son photographe depuis des mois. Normalement, le photographe intégré à l'entreprise faisait des photos à chaque fois qu'une nouvelle poignée de porte sortait, et là, il avait laissé tout ça en plan.

Benjamin : Tu avais les portes avec les poignées, ou... ?

Eloa : Alors non, j'avais que les poignées. Mais je me souviens que déjà, comme c'était brillant, c'était hyper compliqué. Donc j'imagine le verre de la bouteille... Ça s'apprend quand même, ce n'est pas inné de faire ces photos.

Benjamin : Ah bah oui. On tâtonne, on fait des essais, on se documente, on achète des livres. Moi, j'ai fait une formation qui était dispensée par un monsieur qui s'appelle Thomas Dhellemmes, je crois, qui est photographe culinaire et qui a un studio en région parisienne. Lui photographiait des plats, de la nourriture, et son studio avait aussi une petite activité de photographie d'horlogerie, de bijoux. Alors là, par contre, c'était un truc du même bord que tes poignées de porte. Je pense que c'est ce qu'il y a de plus technique à photographier, les petits objets comme ça. C'est le truc le plus compliqué à photographier, qui nécessite vraiment de l'expérience, c'est un travail d'expérience.

Par contre, j'ai moins retrouvé cette difficulté pour photographier des verres, même si ça reste quelque chose d'assez technique. Les bouteilles, par contre, c'est très technique pour le coup. Photographier des bouteilles, ça reste quelque chose d'un petit peu touchy, surtout dans des conditions lifestyle, si on peut dire ça comme ça : pour que la bouteille soit joliment mise en valeur et que ça reste naturel, on a quelques petites bidouilles à faire, et c'est là que c'est le plus difficile.

30:49Stylisme et commandes pour la presse spécialisée

Eloa : Et ce qui m'amène à la question de la... pas du design, mais comment dire, souvent on a un artiste culinaire...

Benjamin : Oui, du stylisme.

Eloa : Voilà, merci, je cherchais le mot : du stylisme culinaire. Donc toi, tu fais tout, ou tu as quelqu'un qui t'aide pour faire la mise en place ?

Benjamin : Ça dépend des projets. Quand je travaille pour la presse spécialisée, donc pour les deux magazines, là je fais tout. En général, je pars avec ma mission sous le bras : j'ai la mission d'aller photographier une série de trois cocktails dans tel bar à Paris, par exemple, et là j'ai carte blanche pour faire ce que je veux. C'est à moi de trouver. Alors on a quand même une ligne éditoriale avec ces magazines : on est tombés d'accord sur un style d'éclairage, etc. Et puis derrière, les photos sont quand même parfois assez normées, c'est-à-dire qu'elles doivent toujours être verticales, je dois toujours laisser un peu d'espace pour du texte, etc. Donc déjà, ça cadre un petit peu le format de l'image.

Au-delà de ça, on a toujours la volonté de rendre le lieu dans lequel on photographie le verre reconnaissable par un ou deux gimmicks. Donc s'il y a une déco très particulière, je ne sais pas moi, un tableau particulier, un mobilier très particulier, on peut essayer de rajouter un ou deux détails qui permettent de remettre la boisson dans le contexte du lieu où on la photographie, et de ne pas faire quelque chose de complètement anonyme. Quelque part, c'est une sorte de cahier des charges qu'on s'est créé. Mais là, pour le coup, oui, je suis tout seul, j'y vais et je crée tout de A à Z.

32:46Travailler avec les marques

Benjamin : Lorsque je travaille avec des marques, soit je suis en direct avec la marque, avec souvent les équipes marketing de la marque qui travaillent en parallèle avec moi. Parfois, il y a des directeurs artistiques qui sont embauchés spécialement. Parfois, il y a juste le responsable marketing de l'agence de com ou de la marque. Donc c'est variable.

Eloa : D'accord. Donc tu as découvert ce monde du stylisme, qui crée une sorte de mise en scène, et toi tu viens capturer ça.

Benjamin : Ouais, j'ai découvert ça. J'ai découvert aussi ces ambiances de travail où, des fois, sur un shooting, on est trois ou quatre à donner son avis, et c'est toujours un petit peu difficile de tomber d'accord, parce que tout le monde a une bonne idée à apporter, et il faut qu'on tombe d'accord tous ensemble sur la synthèse de toutes ces bonnes idées. Donc des fois, on passe des heures.

Eloa : Pour un indépendant, ce n'est pas facile aussi de passer de...

Benjamin : Ben non, parce que ce n'est pas tous les jours non plus. Et puis il faut aussi, encore une fois... Toutes les photos que je fais sont des photos de commande, donc le but du jeu, c'est que le client final y trouve son intérêt et qu'il soit content de la photo. Si j'arrivais en mode gros taureau qui pousse tout et qui dit « c'est moi qui fais comme ci, comme ça », au final, je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait aujourd'hui. Il faut quand même garder à l'esprit que le but du jeu de ces photos, c'est que les marques puissent les exploiter, et qu'elles ont quand même une ligne directrice dans laquelle il faut rester.

34:40Des inspirations géométriques

Eloa : Et tu as des choses qui t'inspirent ? Du coup, tu as eu envie d'aller regarder des magazines étrangers, d'aller dans des musées, de voir des films ?

Benjamin : Ça, je l'ai toujours fait naturellement, spontanément, et pas spécifiquement pour me donner des sources d'inspiration. Mes sources d'inspiration sont très géométriques. Je suis venu à la photo par la photo d'architecture, parfois un peu abstraite, mais c'est très guidé par la géométrie. Donc aujourd'hui, j'essaye de ramener, je ne sais pas si on peut appeler ça l'univers, mais cette façon de regarder le graphisme dans mes images.

Eloa : D'accord. Moi je vois, tu ressens un petit peu cet univers dans le mariage, dans le reportage.

Benjamin : Exactement. Et finalement, c'est un truc que j'ai en moi depuis toujours. Aujourd'hui, aussi bien quand je fais des photographies pour mes clients particuliers, pour les mariés, j'essaye d'apporter cette touche de graphisme, quand je peux le faire et quand c'est intéressant, etc., et je la remets aussi dans la photo culinaire.

36:06Le court central de Roland-Garros en travaux

Eloa : Est-ce qu'on a le droit de parler de tennis ?

Benjamin : De tennis ? Je ne sais pas si on a le droit d'en parler encore.

Eloa : Si, tu as le droit.

Benjamin : De Roland-Garros, tu veux dire ?

Eloa : Oui, voilà.

Benjamin : Ah non mais ça, c'est un hasard de rencontre : des amis qui ont des amis communs, etc.

Eloa : Tu sais de quoi je parle. Donc explique un peu.

Benjamin : En fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai eu la chance de voir le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros, le central, en travaux, parce que j'avais été mandaté par une marque de projecteurs qui voulait des images pour mettre en avant leur implantation de matériel sur le site de Roland-Garros. Puisque Roland-Garros va être couvert et éclairé, enfin est couvert et éclairé, au moins le court central. Donc j'ai travaillé pour cette marque de projecteurs, et c'est un bon exemple : c'est encore une fois le hasard des rencontres, c'est toujours pareil, mais qui nous ouvre des portes dans des endroits, dans des mondes dans lesquels je n'aurais jamais imaginé pouvoir pénétrer. Donc c'était une super expérience d'avoir pu fouler la terre du court central de Roland-Garros.

Eloa : Avec des chaussures de chantier ?

Benjamin : Ah non, j'avais enlevé les chaussures de chantier, j'avais remis les baskets, parce qu'on n'avait pas le droit.

Eloa : C'est vrai.

Benjamin : Mais en fait, c'est encore une fois la particularité de ce métier : ça nous ouvre toujours des endroits complètement inimaginables, des expériences. Si je reviens à la photographie de cocktail, j'ai goûté des choses dont je ne pensais même pas qu'elles existaient, je n'imaginais pas qu'on puisse un jour inventer des recettes aussi farfelues. Et c'est ça qui est génial : ça m'a fait rentrer dans un monde que je ne connaissais pas du tout. Donc des expériences gustatives extraordinaires d'un côté, de l'autre des expériences de visite de lieux complètement surréalistes. C'est surtout ça que j'aime bien dans mon métier.

38:36Mixologie et cocktails improbables

Eloa : C'est drôle que tu dises ça, parce que dans ma carrière de photographe... enfin non, là c'était à titre privé, mais j'ai mixé les deux : j'ai été invitée à Roland-Garros pour goûter des cocktails d'une marque dans le backstage de Roland-Garros. Du coup, j'ai mixé tennis et cocktails. C'était Perrier, forcément, puisque Perrier sponsorise Roland-Garros, et ils avaient inventé des cocktails uniquement à base de Perrier.

Benjamin : D'accord.

Eloa : Mais alors avec des trucs...

Benjamin : Avec ou sans alcool ?

Eloa : Effectivement. Mais avec des trucs improbables, qui ne te donnent pas forcément envie quand tu lis la recette, et puis finalement c'est assez extraordinaire.

Benjamin : Bah ouais, parce qu'en fait, les gens qui inventent ces recettes, ce monde de la mixologie, parce que c'est le terme consacré...

Eloa : Mixologie.

Benjamin : Mixologie, ouais. Mais ce monde-là, en fait, c'est de la cuisine. C'est le même travail qu'un chef de cuisine : son travail, c'est d'associer des saveurs pour faire une boisson qui soit rafraîchissante, ou qui va donner des notes florales, etc. Enfin bref, selon l'intention de départ, on arrive toujours à créer des choses incroyables.

Moi, les deux recettes les plus surprenantes que j'ai pu boire... La première, c'était un cocktail dans lequel avait mariné du gorgonzola.

Eloa : Ouais ?

Benjamin : Et en fait, c'était bon, c'était vraiment très bon. C'était un negroni avec du gorgonzola : il n'était pas dedans physiquement, mais en tout cas il y avait ce goût de fromage qui venait se mélanger, et c'était surréaliste et en même temps très, très bon. Et pareil, un jour, j'ai rencontré quelqu'un qui faisait un cocktail avec une base de jus de viande, de jus de bœuf. Le grand génie de ces personnes-là, c'est d'être comme de vrais cuisiniers et d'inventer des choses complètement surréalistes, mais qui sont réussies.

Eloa : L'association improbable. C'est vrai que, pourquoi pas. C'est vrai, comme tu dis, c'est de la cuisine liquide en fait.

Benjamin : Clairement, c'est de la cuisine liquide, c'est ça.

41:01Des lieux d'exception grâce à la photo

Eloa : C'est ça. C'est marrant comme la photo peut nous ouvrir des portes inattendues.

Benjamin : Moi, c'est vraiment le truc qui m'a... Si je devais retenir les plus grandes surprises de mon métier de photographe, ce serait ça : avoir pu accéder à des endroits où je me sentais tellement privilégié d'y être. Tu parlais de Roland-Garros, il y en a un autre qui m'a vraiment marqué. Lorsque je faisais l'événementiel, à deux reprises, ça m'est arrivé de visiter la galerie des Glaces de Versailles où j'étais seul. Dans le château de Versailles, dans la galerie des Glaces ! Le photocall se tenait à 20 mètres de là, au bout de la galerie, dans une autre salle.

Eloa : C'était pour quoi ?

Benjamin : Je ne sais plus, c'était pour une marque qui organisait une soirée. On avait un photocall, la porte était ouverte, et donc j'étais dans la galerie de Versailles, seul, à 23 heures. C'était complètement fou.

Eloa : Je pensais que tu allais parler du Palais Bulles.

Benjamin : Oui, aussi, c'est un autre lieu : la maison de Pierre Cardin, qui est décédé il y a 10 jours. Là aussi, c'est un lieu complètement fou, une vraie œuvre architecturale dans laquelle j'ai eu la chance de travailler en rencontrant des mariés qui se sont mariés en 2016, la première fois je crois. Puis j'ai eu la chance d'y retourner deux ans après.

Eloa : C'était à chaque fois pour des particuliers ?

Benjamin : Oui, c'était pour des particuliers, c'était des mariages. Donc c'est ça, la plus grande surprise de ces 10 ans de photographie : les découvertes de lieux, d'expériences complètement incroyables, auxquelles je n'aurais jamais imaginé prétendre en me lançant dans ce métier.

42:48Ses projets et l'équilibre entre deux pratiques

Eloa : Et qu'est-ce qui t'attirerait, là ? Tu as envie d'aller vers quelque chose, tu as un projet ?

Benjamin : Je continue dans ce que je fais. Je fais toujours des mariages, et puis pour la photographie de vins et spiritueux, il y a des choses qui sont dans mes tuyaux aussi. Aujourd'hui, je suis comblé dans ce que je fais, je n'ai pas envie de changer du jour au lendemain. J'arrive à trouver un équilibre dans ces deux pratiques de la photo, un équilibre saisonnier en plus, parce que le mariage, c'est une activité de l'été, on va dire. On dit toujours : « Oui, il y a des gens qui se marient l'hiver. » Non, il n'y a personne qui se marie l'hiver, ça n'arrive pas.

Eloa : Toi-même...

Benjamin : Il y en a, mais je me mets à la place des mariés : qui a envie de se marier l'hiver ? Une personne sur 200. Donc au final, oui, il y a des mariages d'hiver, mais ça reste très rare. Donc l'été, une grosse partie de travail le week-end pour les mariages, et le reste de l'année, le travail peut se faire de manière plus étalée, avec moins la pression de la date limite, etc.

Eloa : Tu te sens plus détendu à aller travailler pour des marques qu'à faire des mariages, où il y a une très grosse pression ?

Benjamin : Pas forcément plus détendu, mais il n'y a pas le couperet de la date. C'est-à-dire qu'il y a des choses qui doivent se faire tel jour, mais on a aussi la sécurité de choses qu'on peut recommencer, sur lesquelles on peut passer plus de temps, peaufiner davantage.

44:58L'urgence du mariage, le contrôle du studio

Benjamin : C'est vraiment deux facettes du métier. Un métier où on est dans l'urgence et l'instant avec la photographie de mariage : on doit agir vite, tout de suite, prendre la bonne décision dans la demi-seconde. Et de l'autre côté, la photographie de boisson, où on est sur des choses très posées, très contrôlées. C'est le plaisir d'un côté de se laisser surprendre par les événements, et de l'autre le plaisir de pouvoir tout créer, de pouvoir tout contrôler de A à Z. C'est vraiment très complémentaire, je trouve.

Eloa : Oui, c'est vrai que c'est presque à l'opposé. Enfin, ça se croise, mais on pourrait dire un peu le reportage et le studio, qui sont à l'opposé.

Benjamin : Ah bah oui, pour moi oui. Et c'est ça qui est bien : à mon sens, j'ai le meilleur des deux mondes. Je pourrais, comme d'autres, comme toi par exemple, avoir un studio pour faire du portrait, etc., mais ce n'est pas quelque chose qui m'intéresserait vraiment. La partie où je contrôle, moi, je suis bien à contrôler des verres remplis de glaçons.

Eloa : Dans les bars, exactement.

46:13La photo de rue et le masque

Eloa : Il y a une autre facette de la photographie qui te titille ?

Benjamin : Maintenant ? La photographie de rue, que je pratiquais avant d'être professionnel et que je pratique encore, hélas pas assez souvent, quand je prends le temps de le faire. En ce moment, du temps, il y en a, donc je pourrais le faire, mais tout le monde serait masqué, ça serait moins...

Eloa : Ah, remarque, c'est quelque chose à documenter.

Benjamin : Ouais. Je pense qu'aujourd'hui il est trop tôt. On parle souvent de documenter l'époque, ce truc-là. Je ne suis pas sûr que les gens aient envie de se souvenir de cette époque-là.

Eloa : Même sans avoir envie de s'en rappeler, ça fera forcément partie de...

Benjamin : Ouais, tu vois, en mariage par exemple, je le vois bien : les gens l'évitent. Je l'ai vu tout cet été. Je m'étais dit : « Le fait de porter le masque, le covid, ça va être un truc à documenter pour l'histoire », etc. En fait, c'était le point de vue du photographe qui pensait photographie. Au final, mes clients voulaient surtout pas voir ça. C'est ce que j'ai compris à travers les discussions qu'on a eues. Donc photographier, documenter pour la postérité, en tout cas en photographie de mariage, je ne pense pas que ça passe bien.

Eloa : Non, mais c'est vrai que moi, je le propose aussi au studio. Les gens arrivent masqués, je leur dis : « Si vous voulez, on peut faire une photo pour s'en souvenir », et à chaque fois ils disent non.

Benjamin : Bah voilà, tu vois.

Eloa : Pourtant ce ne serait qu'une photo, tu vois. Mais c'est trop brûlant, c'est trop pesant en ce moment. Alors après, peut-être que dans 10 ans on se dira : « On avait ce truc-là, on était là, on s'en est sortis. » Mais je pensais plutôt à la photo de rue. Tu avais fait de très belles photos, je ne sais plus si c'était pendant un voyage tous ensemble, tu étais parti une journée.

Benjamin : Ouais, j'ai fait ça avec Ronan, peut-être.

Eloa : Avec Ronan.

Benjamin : Voilà, on avait passé une journée à la faire. Mais à d'autres moments ça m'est arrivé aussi. C'est quelque chose dans lequel il faudrait que je me replonge, pour le plaisir. Ce n'est pas une activité rentable.

Eloa : J'allais dire, ah non, ça ce n'est pas le but du jeu.

Benjamin : Ce n'est pas d'en faire de l'argent, on est d'accord.

49:14Se laisser surprendre

Eloa : Non, mais je me demandais si tu t'étais dit : « Moi, j'adorerais travailler dans tel truc, ou pour tel magazine », ou si tu avais une autre... Non, tu te laisses porter plutôt ?

Benjamin : C'est ça. Aujourd'hui, je suis vraiment comblé dans mon travail de cette façon-là, donc je ne veux pas chercher à... Je le dis encore une fois : ça fait dix ans que je fais ce boulot. Des surprises, j'en ai eu un nombre incalculable en dix ans. Donc je me dis que si je continue à faire ce que je fais depuis dix ans, il n'y a pas de raison que je n'aie pas d'autres surprises. Alors laissons-nous surprendre.

Eloa : La vie n'est que rencontre... Tu chantes la vie, tu danses la vie.

Benjamin : Voilà, exactement. Je ne connais pas la tirade par cœur.

Eloa : Moi non plus, mais on l'a tous en tête, on sait de quoi tu parles.

50:06Le conseil : rester à l'écoute du client

Eloa : Si tu avais à donner un conseil à des photographes, j'imagine, parce que c'est surtout des photographes qui nous écoutent, mais des photographes qui auraient envie de se rapprocher de ce monde-là, est-ce que tu as des pistes à donner ? Des conseils du genre : « Si j'avais su ça avant, ça m'aurait fait gagner du temps » ?

Benjamin : Ce serait des conseils d'ordre technique, donc je ne pense pas que ce soit le lieu pour en donner. Mais non, il n'y a pas vraiment de conseil. Le conseil, c'est plutôt d'être toujours à l'écoute de ce que veut notre client, parce que c'est quelque part la clé de la bonne entente. On est aussi, quelque part, des créateurs...

Eloa : Ça, oui.

Benjamin : Mais on est aussi des gens qui font un travail de commande, et j'essaie juste de ne pas l'oublier, de ne pas me présenter à mes clients comme le grand artiste qui va tout imposer, tout définir. C'est vraiment le truc à garder en mémoire : quand vous travaillez pour quelqu'un, vous ne travaillez pas forcément pour vous, et il faut parfois mettre ses désirs de côté et mettre un petit peu d'eau dans son vin sur ce qu'on aurait pu faire. J'ai des expériences où il y a des images que j'ai faites pour certains clients que j'aurais faites un petit peu différemment si j'avais pu tout contrôler. Mais au final, ce qui est important, c'est que lui y trouve son compte, qu'il ait pu y apporter ce qu'il voulait, et que moi aussi j'aie pu y apporter mon savoir-faire et mon œil. C'est ça qui est important, je trouve, et pas de se définir à tout prix comme la personne qui va tout révolutionner.

Eloa : Du fait qu'on a quand même un travail un peu d'exécutant, au final.

Benjamin : Oui, clairement, c'est ça.

Eloa : Et ce n'est pas un regret ?

Benjamin : Ah non, non, non, je ne trouve pas que ce soit un regret. Parce qu'encore une fois, si je voulais tout contrôler de A à Z et tout définir, je ne ferais pas ce type de photographie-là, je ferais de la photographie artistique que j'essaierais d'exposer dans des galeries, etc. Le choix, je l'ai fait depuis longtemps, de voir ma carrière sous cet angle-là, et aujourd'hui ça ne me pose aucun problème.

52:48Spécialiste ou touche-à-tout ?

Eloa : Et tu penses qu'on peut aussi bien être photographe de mariage, photographe corpo... On n'est pas obligé de... Parce qu'il y a deux écoles en photo. Je ne sais d'ailleurs pas si ce sont les anciens, mais tu as une école qui dit qu'il faut vraiment trouver une niche, être spécialisé là-dedans et ne pas en sortir pour être le meilleur dans ce domaine-là. Et au contraire, tu en as qui disent : « Bah non, moi je vais faire du scolaire, de la photo sociale, du portrait, je vais aussi dans les maternités, je peux faire du mariage, de l'hélicoptère... »

Benjamin : En fait, ça dépend de tellement de paramètres. Je ne suis pas sûr qu'il y ait une façon de penser qui soit bonne ou mauvaise. Les gens qui font mille choses, est-ce qu'ils le font parce qu'ils ont envie de toucher à plein de choses ? Il n'y a pas de honte à vouloir toucher à plein de choses. C'est comme en musique : tu peux écouter de la musique classique et du métal, ce n'est pas incompatible d'aimer les deux. Ça ne me dérange pas que quelqu'un soit photographe scolaire et aussi photographe artistique de l'autre côté. Après, tu peux vouloir toucher à plein de choses pour des contraintes économiques aussi : il y a des gens qui ont besoin de vendre beaucoup de choses parce qu'ils ont besoin de beaucoup de sources de revenus. Ça aussi, c'est tout à fait honorable : ce sont des gens qui cherchent à travailler, qui savent rebondir et trouver d'autres marchés. Et puis le discours selon lequel, en creusant dans une discipline, on en devient un ultra-spécialiste, il est aussi vrai. On connaît tous des gens qui ne font qu'un style de photo et qui le font très bien, et ça aussi, c'est très honorable. Donc finalement, je n'ai pas d'a priori sur l'une ou l'autre façon de penser. Il faut faire en fonction de...

Eloa : Et puis toi, tu es parti sur le mariage, et finalement tu te retrouves à faire des photos de cocktails ou à Roland-Garros. Donc tout peut mener à tout.

Benjamin : Et je prends autant de plaisir tout le temps. Enfin, il y a plein de fois où je n'ai pas pris de plaisir en faisant des photos, ça m'est déjà arrivé, mais ce n'est pas grave. Je l'ai fait pour mille raisons, et je ne regrette aucune des images que j'ai faites.

55:18Oser dire oui à la confiance

Eloa : Et puis tu t'es formé. À aucun moment tu ne t'es dit : « Punaise, ça, je ne sais pas faire. » Tu as toujours accepté. Parce que Roland-Garros, finalement, ils sont venus te chercher, alors que tu n'avais pas publié de photos d'architecture.

Benjamin : Alors là, s'il y a un conseil à avoir, c'est ça : il ne faut pas trop avoir peur de dire oui. Si quelqu'un vous demande « Est-ce que tu veux faire ça ? », c'est que le plus gros du travail est déjà fait : il est en confiance avec vous. Et ça, ça vaut de l'or. Quelqu'un qui vous donne sa confiance, il ne faut pas trop lui dire non. Et justement, je pense que le challenge est encore plus grand : on vient vous demander un type de travail que vous n'avez jamais fait, mais la personne vous fait confiance. Vous, de votre côté, vous allez remuer ciel et terre pour le faire du mieux que vous pouvez, vous allez vous documenter. Je pense que c'est comme ça que ça marche : vous allez vouloir faire le mieux possible pour lui rendre, parce que vous avez beaucoup de gratitude envers celui qui vous a accordé sa confiance. Et en général, on y arrive.

Eloa : Non, mais c'est vrai. Si on te donne sa confiance, tu penses que ça vaut toutes les formations possibles ?

Benjamin : Bah oui, c'est la meilleure des motivations. Si un jour on vient me demander de faire, je ne sais pas, un type de photographie que je n'ai jamais fait, je n'ai pas d'idée, mais si quelqu'un me le demande, je ne vais jamais lui dire non en me disant que je ne sais pas faire. Je vais me documenter un maximum. Bien sûr que je vais lui dire que c'est quelque chose de nouveau pour moi, je ne vais pas mentir, il ne faut surtout pas faire ça. Tant qu'il y a de la transparence, tant que tout le monde est honnête des deux côtés, ça ne peut que bien se passer.

Eloa : Et puis c'est qu'il aime déjà ton travail, ta vision dans d'autres domaines.

Benjamin : Ah oui, c'est ça. Comme je te disais tout à l'heure, si tu as une partie de ton travail dans laquelle tu réussis, il n'y a pas de raison que tu ne puisses pas en tirer des enseignements pour les mettre à profit dans une autre partie de la photographie. Au final, on fait des photos. Il n'y a pas tant de choses différentes d'une photo à une autre, il y a des bases qui reviennent dans n'importe quel style de photographie : il faut connaître des bases de lumière, de cadrage, des bases techniques. Avec ça, on est équipé pour 99,99 % du boulot, je pense.

Eloa : C'est bien, ça va motiver nos auditeurs à se dire qu'ils ont des ailes et qu'ils peuvent un peu tout faire, se lancer, à partir du moment où quelqu'un leur fait confiance et leur donne la possibilité.

Benjamin : C'est ça, oui. Il ne faut pas se croire plus fort que tout le monde, évidemment, mais ce que je veux dire, c'est que si quelqu'un t'accorde sa confiance, saute dessus.

58:39Où retrouver Benjamin, et conclusion

Eloa : Écoute, c'est un beau message pour finir ce podcast. Du coup, on te retrouve, j'espère, dans des mariages bientôt ?

Benjamin : Oui, logiquement l'année 2021 est bien remplie.

Eloa : Ah, ça c'est super.

Benjamin : On croise les doigts, on ne sait pas comment ça va évoluer, mais pour l'instant, tout le calendrier est maintenu.

Eloa : Et les cocktails, on peut les retrouver où ?

Benjamin : Vous pouvez les retrouver en couverture de Bar Mag, tous les mois. Bar Mag, vous le trouvez dans tous les bars parisiens, quand ils seront rouverts. Je ne sais pas si vous vous rappelez à quoi ça ressemble, un bar ! Vous pouvez voir toutes ces photos tous les mois, les couvertures.

Eloa : Toi, tu fais les couvertures de Bar Mag ?

Benjamin : Voilà. Il y a un autre magazine, qui va peut-être reparaître bientôt, on ne sait pas, qui s'appelait Cocktail de Luxe. Celui-là, vous pouvez le commander sur le site si vous voulez. C'est un magazine qui va vous donner l'envie de boire des cocktails et d'en faire. Et puis, au hasard, dans des campagnes de communication et de publicité de certaines marques de liqueur, d'eau, de capsules, de bouteilles, de plein de choses. C'est vraiment ouvert à tout le monde de la boisson. Et peut-être sur d'autres supports si tout se passe bien, mais on en reparlera plus tard.

Eloa : Ah d'accord. Bon bah écoute, on te souhaite une bonne année 2021.

Benjamin : Merci de m'avoir donné cette tribune, c'est super gentil, ça me fait super plaisir.

Eloa : Écoute, on avait envie quand même de recevoir un photographe de cocktails. Ce n'est quand même pas souvent qu'ils passent du mariage au cocktail.

Benjamin : Bah non. Merci à toi d'avoir pensé à moi, et merci à Fotostudio de te laisser cette liberté éditoriale, c'est cool.

Eloa : C'est déjà la fin de cet épisode, j'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner, et surtout n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook de Fotostudio, l'adresse c'est groupe.fotostudio.io. Merci et à la semaine prochaine !

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