Ancienne secrétaire de direction devenue photographe culinaire et de produits aux États-Unis, Fanette Rickert raconte comment elle a appris le métier, trouvé ses clients, fixé ses prix et protégé ses droits sur ses images.
En résumé :
Devenir photographe culinaire, selon Fanette Rickert, repose sur quelques principes simples :
• Se constituer un portfolio food chez soi avant de démarcher qui que ce soit
• Viser les petites marques locales, pas seulement les restaurants et les grandes enseignes
• Travailler sur devis, chaque projet étant différent (recettes, courses, accessoires, stylisme)
• Vendre un droit d'utilisation des photos, et non les photos elles-mêmes
La photographie culinaire est partout : sur les emballages, dans les magazines, sur les réseaux sociaux des marques et jusqu'au prospectus de votre supermarché. Pourtant, peu de photographes savent comment ce marché fonctionne. Fanette Rickert en vit depuis Washington, où elle photographie des produits alimentaires, des recettes et des produits écologiques pour des marques américaines.
Dans cet épisode, elle explique à Anthony Heukmes comment elle s'est lancée sans aucune formation, comment elle travaille avec ses clients, et ce qu'elle conseille aux photographes qui veulent se diversifier dans la photo culinaire.
Qui est Fanette Rickert ?
Fanette Rickert est une photographe culinaire et de produits française. Au moment de l'enregistrement, début 2021, elle vit depuis huit ans à Washington, aux États-Unis, avec son mari américain et leur fils, et prépare son retour en France.
- Une reconversion complète : ancienne secrétaire de direction à Paris, elle a tout quitté en 2004 pour un tour du monde qui devait durer un an.
- Une photographe de marques : produits alimentaires, recettes, thé, cosmétiques et produits écologiques, pour les réseaux sociaux, les emballages ou les magazines.
- Une formatrice : depuis 2020, elle accompagne d'autres photographes culinaires et de produits dans la gestion de leur activité, en anglais.
Son style est lumineux et éditorial, mais elle sait aussi produire des images très commerciales, sur fond blanc, quand un client en a besoin.
1. Comment devient-on photographe culinaire sans formation ?
Le parcours de Fanette n'a rien de linéaire. Partie pour un an, elle s'arrête sur une petite île thaïlandaise réputée pour la plongée, devient guide puis monitrice, et finit par tourner des vidéos sous-marines pour le studio d'une amie. C'est là qu'elle prend goût à la technique, elle qui était revenue de ses voyages avec « 10 000 très mauvaises photos ».
Entre la Thaïlande et les États-Unis, le couple passe un an en France à faire du woofing (bénévolat dans des fermes biologiques). Elle y apprend à traire les chèvres et à fabriquer du fromage, une expérience qui lui donne le goût des produits faits « à la façon de nos grands-mères ».
Huit heures de YouTube pour une première commande
Arrivée à Washington, elle apprend d'abord le design graphique. Puis un ami qui vend un produit lui demande de le photographier. Le soir même, elle passe huit heures d'affilée devant des tutoriels YouTube pour comprendre comment on photographie un produit. Les commandes s'enchaînent, elle crée sa propre entreprise de photo de produits, puis se concentre sur ce qui la passionne vraiment : la nourriture.
« Je savais que je ne voulais plus faire ce que j'avais fait dans ma vie précédente. »
Fanette Rickert
Un parcours qui rappelle celui d'Emilie Zangarelli, passée de l'enseignement à la photographie : dans les deux cas, la reconversion s'est construite pas à pas, à partir d'une première demande de l'entourage.
À retenir : un métier précédent n'est jamais perdu. Le design graphique de Fanette lui sert chaque jour pour composer ses images et créer des documents clients qui se démarquent.
2. Que fait un photographe culinaire au quotidien ?
Quand Anthony lui demande en quoi consiste exactement son métier, Fanette répond : « un peu de tout ». La photographie culinaire recouvre des missions très différentes :
- Les restaurants, une part importante de son activité avant le Covid.
- Les marques alimentaires, qui lui envoient leurs produits pour alimenter leurs réseaux sociaux.
- Le packaging, pour lequel elle a réalisé de nombreuses images.
- Les magazines et toute la presse culinaire.
- Les supports de la grande distribution, comme les catalogues de promotions à l'entrée des supermarchés.
L'exemple d'un client récurrent
Depuis près de deux ans, Fanette travaille chaque mois pour un producteur de salades cultivées localement sous serre. Il lui envoie une vingtaine de boîtes, avec des recettes ou un thème (des visuels festifs pour le Nouvel An, par exemple), et elle produit des photos et de petites animations en stop motion pour ses réseaux sociaux.
Au fil du temps, la marque l'a intégrée à son équipe marketing. Elle connaît ses couleurs, son ton, ses priorités : le client donne la direction, Fanette décide de l'image.
« Si tu regardes autour de toi, il y a de la photo culinaire partout. »
Fanette Rickert
3. Comment un photographe culinaire trouve-t-il ses clients ?
Contrairement à un photographe de mariage, dont le style se reconnaît d'une galerie à l'autre, un photographe culinaire adapte son image à chaque marque. Fanette combine deux leviers :
- Instagram, où beaucoup de clients la découvrent et la contactent pour son style.
- La prospection : elle consacre beaucoup de temps à écrire aux marques avec lesquelles elle aimerait travailler.
Les trois catégories de clients
Avec l'expérience, elle distingue trois profils, et ne travaille qu'avec les deux derniers :
| Profil | Ce qu'il attend | Sa réponse |
|---|---|---|
| Le client qui pense que la photo, c'est « clic-clic » | 10 photos pour 25 euros | ✗ Elle décline poliment |
| Le client qui voit la valeur des images | De belles photos, sans connaître les règles du métier | ✓ Elle explique, notamment les droits d'utilisation |
| La grande marque nationale, souvent avec une agence | Une production complète | ✓ Équipe, assistant, budget à la hauteur |
Les missions sont rarement ponctuelles. Beaucoup de marques reviennent à chaque nouveau produit ou pour une occasion (Saint-Valentin, fêtes). Certaines organisent une séance par trimestre : Fanette leur apprend alors à décliner leurs photos pour qu'elles tiennent trois mois sur les réseaux sociaux.
4. Quels accessoires et quel studio pour la photo culinaire ?
Le studio de Fanette est chez elle. Un placard entier est rempli d'accessoires, qu'elle avoue acheter « beaucoup trop » :
- Des fonds, sa vraie passion ;
- De la vaisselle en quantité ;
- Des accessoires en bois et en bambou, des cahiers, des crayons, pour accompagner un produit cosmétique ou écologique sans lui voler la vedette.
Les fonds photo, un marché en plein essor
Il n'existe pas vraiment de vaisselle conçue pour les photographes, mais de plus en plus de créateurs fabriquent des fonds photo, souvent d'anciens photographes culinaires. Un fond d'environ 1,50 m sur 2 m coûte entre 50 et 70 euros, se range facilement et permet de changer de décor en quelques gestes. Ces créateurs, comme certaines marques de vaisselle, cherchent volontiers des collaborations avec des photographes.
Une table plutôt que le sol
Beaucoup de photographes culinaires shootent au sol, en vue du dessus. Fanette préfère une table, pour son dos : un fond posé à plat, un second à la perpendiculaire, et la scène prend du relief. De temps en temps, elle va plus loin avec un grand fond de 2 m sur 3 m qu'elle a fabriqué elle-même : il sert de mur, devant lequel elle recrée une véritable salle à manger.
À retenir : l'image ne montre qu'une toute petite partie de la scène. Hors cadre, le décor est souvent loin d'être glamour, et c'est normal.
5. Un photographe de portrait peut-il se lancer dans la photo culinaire ?
Oui, mais il devra réapprendre à utiliser la lumière. Fanette en est convaincue : elle-même ne se sentirait pas capable de faire des portraits du jour au lendemain, car les deux disciplines poursuivent des objectifs opposés.
« Contrairement aux personnes qui font des portraits, nous, ce qu'on essaie de montrer, c'est la texture. »
Fanette Rickert
En portrait, on cherche à adoucir la peau. En photo culinaire, on veut au contraire faire ressortir le croustillant d'une pâte ou la brillance d'une sauce. Les bases techniques restent les mêmes, et les ressources partagées sur Instagram sont nombreuses : selon elle, un photographe de portrait peut maîtriser la photographie culinaire en quelques mois.
6. Par où commencer pour devenir photographe culinaire ?
Anthony pose la question pour les photographes qui voudraient se diversifier après une année difficile. Le conseil de Fanette tient en deux étapes :
- S'entraîner chez soi et créer un portfolio d'une dizaine ou d'une quinzaine d'images. Impossible de démarcher un restaurant en montrant des portraits.
- Démarcher les petites marques locales : viticulteurs, producteurs de charcuterie, artisans. Elles ont besoin de photos, les prennent souvent elles-mêmes avec leur téléphone, et sont bien plus accessibles que les grandes marques nationales.
« Il y a énormément de petites marques locales qui ont besoin de photos. »
Fanette Rickert
Sur le marché français, qu'elle commençait à découvrir, elle refuse le mot « saturé » : beaucoup de photographes font un travail de qualité, mais il reste de la place.
7. Comment fixer ses prix et gérer les droits d'utilisation ?
En photographie culinaire, tout est sur mesure. Certains projets demandent de créer des recettes, d'autres beaucoup de courses pour trouver des ingrédients ou des accessoires précis. Résultat : les tarifs vont « du simple au centuple », et il est difficile pour un débutant de trouver son prix. D'où l'importance de calculer ses tarifs à partir de son temps et de ses frais réels, plutôt que de s'aligner sur les plus bas.
Fanette en sait quelque chose : à ses débuts, elle facturait 7 dollars la photo. « J'ai honte quand j'y pense », sourit-elle.
Deux façons de travailler
- Pour la photo de produits : des forfaits de 5, 10 ou 15 photos, car la mise en place est plus simple et il n'y a rien à cuisiner.
- Pour la photo culinaire : un devis au cas par cas, avec un nombre de photos fixé à la signature du contrat.
Si le contrat prévoit cinq photos, elle livre tout de même une galerie d'une vingtaine d'images, pour que le client choisisse celles qui correspondent exactement à son besoin. Pas de frais supplémentaires ensuite, et pas de tirages ni de produits à vendre : c'est plus simple que dans le mariage.
La photo appartient au photographe
C'est le point sur lequel Fanette fait le plus de pédagogie. Quand une marque commande des photos, elle n'achète pas les images : elle achète le droit de les utiliser, sur certains supports et pour une durée définie. Si elle veut les exploiter plus longtemps ou ailleurs, elle revient vers la photographe, qui lui cède des droits supplémentaires.
« Quand on prend une photo, même si c'est une photo d'un produit pour un client, la photo nous appartient. »
Fanette Rickert
Beaucoup de clients l'ignorent, mais aussi beaucoup de photographes, qui cèdent tous leurs droits pour presque rien. Pour Fanette, informer les débutants est aussi une façon de protéger toute la profession.
À retenir : précisez toujours dans votre contrat le nombre d'images, les supports autorisés et la durée d'utilisation. C'est ce qui vous permet de facturer une prolongation plus tard.
8. Faut-il savoir cuisiner pour être photographe culinaire ?
Souvent, oui. Quand un client fournit une recette, c'est Fanette qui « fait la popote ». Quelques exemples :
- une marque de farine qui veut voir son produit dans une tarte ;
- un chef qui prépare un livre et ne peut pas cuisiner chaque plat pendant la séance ;
- des food blogueurs qui n'ont plus le temps de photographier leurs recettes ;
- un service de plats préparés : livrés surgelés, ils sont bons mais peu photogéniques, alors elle recrée le plat chez elle à partir de la recette.
Certains photographes culinaires vont plus loin et proposent la création de recettes. Fanette, qui n'est pas formée pour cela, ne le fait pas.
Dressage en salle et dressage photo
Avec un chef, une discussion s'impose avant la séance : une assiette dressée pour être servie n'est pas une assiette dressée pour être photographiée. Le chef veut-il retrouver exactement son plat, ou une version plus stylisée ?
Le stylisme culinaire, un métier à part entière
Fanette assure elle-même le stylisme de ses images. Mais sur les grandes campagnes publicitaires, un ou deux stylistes culinaires préparent les plats au millimètre, et le photographe se concentre sur la lumière. Les burgers des publicités, collés et précuits pour tenir, en sont l'exemple le plus parlant. Et l'œil artistique ? Pour elle, il s'apprend, comme le reste.
9. Former d'autres photographes et repartir de zéro en France
En 2020, Fanette a lancé un programme de coaching de groupe pour une vingtaine de photographes culinaires et de produits. On n'y apprend pas à prendre des photos, mais tout ce que « les créatifs ne savent pas » :
- s'organiser et mettre en place des systèmes, des processus qui tournent sans tout réinventer à chaque client ;
- construire une grille de prix cohérente ;
- soigner l'expérience client, avec des documents qui sortent du lot.
Le format a évolué après une première session : tout enseigner en direct faisait trop d'informations d'un coup. Les cours sont donc préenregistrés, accompagnés de cahiers d'exercices et d'un appel par semaine. Elle y invite aussi d'autres photographes, pour que ses élèves ne pensent pas que sa méthode est la seule possible.
« Il y avait beaucoup de gens qui enseignaient comment prendre les photos, mais comment construire son business, il n'y avait personne. »
Fanette Rickert
Cette activité lui a aussi donné de la sécurité pour son projet de retour en France, prévu en 2021 vers Paris ou la région nantaise : ses revenus de formation lui permettaient de déménager sans dépendre immédiatement de nouveaux clients.
Épisode enregistré début 2021 : les projets et programmes évoqués ici correspondent à cette période.
Les erreurs à éviter quand on se lance en photographie culinaire
D'après l'expérience de Fanette Rickert :
✗ Démarcher sans portfolio culinaire, avec seulement des portraits ou des mariages à montrer.
✗ Viser uniquement les grandes marques en oubliant les producteurs et artisans locaux.
✗ Facturer à la photo à prix cassé, comme ses 7 dollars des débuts.
✗ Céder tous ses droits sans préciser supports et durée d'utilisation.
✗ Accepter les clients qui ne voient pas la valeur d'une photo professionnelle.
✗ Éclairer un plat comme un visage, en effaçant la texture au lieu de la montrer.
✗ Ne pas discuter du dressage avec le chef avant la séance.
FAQ : devenir photographe culinaire
Comment devenir photographe culinaire ?
Commencez par vous entraîner chez vous et constituez un portfolio d'une dizaine ou d'une quinzaine d'images culinaires. Démarchez ensuite des petites marques locales (producteurs, viticulteurs, artisans) et des restaurants. Fanette Rickert s'est formée seule, avec des tutoriels en ligne, avant de créer sa propre entreprise.
Que fait un photographe culinaire ?
Il photographie des plats, des recettes et des produits alimentaires pour des restaurants, des marques, des emballages, des magazines, des livres de cuisine ou des réseaux sociaux. Selon les projets, il assure aussi le stylisme culinaire, les courses, la cuisine des recettes, voire de petites animations en stop motion.
Combien facturer une séance de photographie culinaire ?
Il n'existe pas de tarif standard : chaque projet est chiffré sur devis selon le nombre d'images, la création ou non des recettes, les courses, les accessoires et les droits d'utilisation. Pour les produits simples, des forfaits (5, 10 ou 15 photos) fonctionnent bien. Évitez la facturation à la photo à bas prix.
À qui appartiennent les photos d'un produit réalisées pour une marque ?
Au photographe. La marque achète un droit d'utilisation, défini dans le contrat (supports, durée, territoire). Si elle souhaite utiliser les images plus longtemps ou sur d'autres supports, elle doit obtenir des droits supplémentaires.
Quel matériel pour débuter en photo culinaire ?
Un appareil, une source de lumière que vous maîtrisez, une table, quelques fonds photo (environ 50 à 70 euros pièce) et de la vaisselle variée. Fanette Rickert travaille sur une table avec un fond à plat et un second à la perpendiculaire pour donner du relief à la scène.
Faut-il savoir cuisiner pour faire de la photo culinaire ?
C'est souvent nécessaire : quand une marque ou un chef fournit une recette, c'est généralement le photographe qui la prépare. La création de recettes, en revanche, est un service à part que tous les photographes ne proposent pas, et les grandes campagnes font appel à des stylistes culinaires.
Un photographe de portrait peut-il se reconvertir dans la photo culinaire ?
Oui, en quelques mois selon Fanette Rickert. La principale différence est la lumière : en portrait, on adoucit la texture de la peau, alors qu'en photo culinaire on cherche à la faire ressortir.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Anthony Heukmes et Fanette Rickert, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les projets et formations évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 8 800 mots)
Chapitres :
- Présentation de Fanette
- De la plongée à la vidéo sous-marine en Thaïlande
- Tout plaquer pour partir
- Le métier de photographe culinaire
- Créativité et direction artistique
- Comment trouver des clients
- Accessoires et fonds
- Technique : table, fonds et décors
- Food ou portrait : une autre façon d'utiliser la lumière
- Des devis sur mesure
- Se lancer : portfolio et marques locales
- Éduquer les clients : trois catégories
- Des clients qui reviennent
- Les droits d'auteur, un sujet méconnu
- Packages, galerie et sélection des photos
- Cuisiner soi-même pour le client
- Dresser une assiette pour la photo et stylisme culinaire
- Le retour en France et l'année de woofing
- Repartir de zéro côté business
- Le programme de coaching de groupe pour photographes
- Vidéos, appels hebdomadaires et communauté
- Où retrouver Fanette : blog et Instagram
- Des formations en français et le marché francophone
- Remerciements et conclusion
Présentation de Fanette
Anthony : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer et de progresser dans votre métier. Je suis Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable sur leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si tu apprécies le podcast, pense à le partager et à t'abonner sur ta plateforme préférée.
Je reçois aujourd'hui Fanette qui, après avoir vécu de nombreuses années en Asie puis aux États-Unis, sera bientôt de retour en France. Elle nous explique son parcours dans la photographie culinaire et de produits et nous donne des astuces pour se lancer.
Bonjour Fanette.
Fanette : Bonjour Anthony. Ça va ?
Anthony : Ça va très bien. Il est quelle heure chez toi ?
Fanette : Il est 10h du matin.
Anthony : Voilà. Mais ici, il est 16h, parce que Fanette, notre invitée du jour, n'est pas en France. C'est une Française qui s'est expatriée aux États-Unis. Mais elle va vous raconter tout ça bien mieux que moi. Donc Fanette, si tu veux bien commencer par te présenter, s'il te plaît.
Fanette : Alors oui, installez-vous, prenez une tasse de café, parce que c'est une longue histoire. Je suis française. Je suis partie de France en 2004 et le but de mon départ était de faire un voyage autour du monde qui devait durer un an. Et je suis restée coincée en Asie pendant un petit moment.
J'ai rencontré là-bas mon mari. On est restés 8 ans. Mon mari étant américain, après notre séjour de 8 ans en Thaïlande, on a décidé d'aller s'installer aux États-Unis. C'est pour ça que je suis aujourd'hui à Washington DC, où j'habite depuis 8 ans avec mon mari et maintenant un petit garçon de 4 ans.
Quand je suis arrivée aux États-Unis, je ne savais pas très bien ce que j'allais faire, mais je savais que je ne voulais plus faire ce que j'avais fait dans ma vie précédente, ma vie parisienne : j'étais secrétaire de direction. Ce n'était pas un boulot passionnant. C'est d'ailleurs pour ça que je suis partie en voyage, parce que j'en avais plein les bottes. Donc quand je suis arrivée aux États-Unis, je ne savais pas trop quoi faire, mais je savais que je voulais réinventer un peu ma vie.
J'ai fait deux, trois trucs à droite, à gauche, et puis j'ai découvert la photographie. Ça m'est un peu tombé dessus par hasard. Je travaillais pour un copain qui avait un produit et qui m'a dit : « Ça ne t'intéresserait pas de prendre des photos de mon produit ? Tu as toujours ton appareil avec toi, peut-être que ça t'intéresserait ? » Je me suis dit : « Ma foi, pourquoi pas ? » Je suis rentrée chez moi le soir et je me suis dit : « Je ne sais pas faire ça. Comment est-ce que je vais faire ? » Je me suis assise et j'ai passé huit heures d'affilée à regarder des vidéos sur YouTube pour essayer de trouver comment on prend des photos d'un produit.
Puis après, ça s'est un peu accéléré. Il m'a demandé de faire de plus en plus de photos. Et puis j'ai lancé mon business à moi, où je fais de la photo de produits. Et maintenant, je me concentre de plus en plus sur la photo de nourriture, la photo culinaire, parce que c'est ça ma vraie passion : prendre des photos de nourriture.
Voilà, c'est un résumé très rapide des 16 dernières années qui m'ont amenée jusqu'à la photo culinaire.
De la plongée à la vidéo sous-marine en Thaïlande
Anthony : Et quand tu étais en Thaïlande, tu avais déjà commencé à prendre goût à la photo, en tant qu'amatrice j'ai envie de dire, ou non ? C'est vraiment arrivé aux États-Unis, un peu par hasard ?
Fanette : Alors, en Thaïlande... Moi, je suis plongeuse depuis très longtemps. Quand je suis arrivée en Thaïlande, quelqu'un m'a dit : « Va voir cette petite île, c'est super sympa pour les plongeurs. » Je suis arrivée sur cette petite île, je devais rester deux semaines, et je ne suis jamais partie.
L'avantage de cette petite île, c'est que tu peux très facilement devenir plongeur professionnel. Donc je suis devenue guide de plongée, puis prof de plongée. Mais ça ne me plaisait pas des masses. Et j'ai une copine qui avait un studio vidéo et qui m'a demandé : « Est-ce que tu veux faire de la vidéo sous-marine ? » Je me suis dit : « Certainement ! Oui, ça a l'air très bien, je veux faire ça. »
Donc j'ai fait ça pendant quelques années. J'avais déjà mon appareil photo avec moi, on faisait pas mal de voyages quand on était en Asie, donc j'avais toujours mon appareil sur moi. Mais je n'avais aucune technique. D'ailleurs, je suis revenue de mes voyages avec 10 000 très mauvaises photos. C'est un peu ça qui m'a donné le goût de la technique photo et vidéo, et c'est comme ça que j'ai démarré.
Tout plaquer pour partir
Anthony : C'est ça. Et cette partie-là m'intéresse évidemment aussi, même si ce n'est pas lié à la photo. Tu dis que tu étais censée rester une semaine et que tu es finalement restée 8 mois. Ça se passe comment ? Tu avais déjà démissionné avant de quitter la France ? Ou bien c'est là-bas que tu t'es dit : « Finalement, j'adore trop l'endroit et je veux rester » ? Ça s'est passé comment, cette décision ?
Fanette : Alors non, j'avais tout plaqué. J'avais tout mis dans des cartons, que ma pauvre mère a dû mettre dans son grenier, et dont elle a d'ailleurs toujours certains.
Quand je suis partie, je me suis dit : « Je pars pour un an, mais j'ai un peu les jetons. Je ne suis pas sûre de partir vraiment pour un an, c'est possible que je retourne en France après 6 mois. » Et en fait, pas du tout. J'avais quitté mon boulot, j'avais tout mis en cartons et je m'étais dit : « On verra ce qui se passe. »
Anthony : Voilà. Et donc, le début d'une nouvelle vie.
Fanette : Une toute nouvelle vie, oui, c'est ça.
Le métier de photographe culinaire
Anthony : Alors, raconte-moi un petit peu. Je t'avoue que je ne connais pas bien la photographie culinaire en France. Ton métier, quand tu dis photographie food, on parle de quoi ? De photographie pour des restaurants ? De création de photos de recettes en direct ? Qu'est-ce que tu fais exactement dans ton boulot ?
Fanette : Alors, il y a un peu de tout. Effectivement, tout ce que tu as mentionné, je le fais. Je faisais évidemment pas mal de photographie de restaurants avant le Covid. Maintenant, j'en fais beaucoup moins, c'est sûr.
J'ai des clients qui ont des produits culinaires et qui m'envoient leurs produits. Je fais des photos de leurs produits pour leurs médias sociaux, par exemple. J'ai un client avec qui je travaille tous les mois, c'est un client retainer. Tous les mois, il m'envoie son produit et je prends des photos de son produit. C'est de la salade : ils font des salades. Ils ont une greenhouse, une... Ah, ça y est, j'étais sûre que ça allait m'arriver. Je ne sais pas comment on dit en français. Bref, ils produisent de la salade localement.
Anthony : OK.
Fanette : Ils ont plusieurs sites aux États-Unis, ils sont présents sur tout le territoire. Mais moi, je suis juste à côté d'un des sites où ils produisent la salade. Donc tous les mois, ils m'envoient, je ne sais pas, 20 boîtes de salade, et je produis des photos pour eux, soit avec des recettes qu'ils m'ont envoyées, soit avec un setup particulier. Par exemple, là, j'ai fait des trucs pour le Nouvel An : ils voulaient des choses un peu festives. Donc tous les mois, ils m'envoient leurs produits et je fais des photos pour leurs médias sociaux. Je fais aussi des petites animations en stop motion.
Et puis j'ai d'autres clients comme ça. J'ai un client qui fait du thé : tous les mois, il m'envoie son thé et je prends des photos de son thé. Il y a aussi des clients qui ont besoin de photos pour leur packaging, j'en ai fait pas mal aussi. Il y a évidemment des photos pour les magazines. Il y a tellement de possibilités !
Si tu regardes autour de toi, il y a de la photo culinaire partout. On n'y pense pas, mais quand tu vas dans ton supermarché, il y a des photos partout. À l'entrée du supermarché, il y a certainement un petit magazine avec les promotions du mois. Tout ça, ce sont des photographes culinaires qui les ont prises, et on n'y pense pas. Il y a beaucoup de travail pour les photographes culinaires.
Créativité et direction artistique
Anthony : Super. Et justement, tu disais qu'ils t'envoient leurs salades. Est-ce qu'ils attendent un résultat spécifique, dans le sens où ils t'ont dit à l'avance : « Nous, on veut simplement mettre la salade en évidence, sur fond blanc » ? Ou bien tu as un peu de créativité derrière pour créer une espèce de décor, une mise en scène ? Je suppose que ça va varier d'un client à l'autre, mais ça veut dire aussi qu'en étant photographe culinaire, tu dois avoir cette créativité, ou pas spécialement ?
Fanette : Ah, tout à fait. En l'occurrence, pour ce client-là, ça fait bientôt deux ans que je travaille avec eux et ils m'ont un peu intégrée à leur équipe marketing. Je travaille avec eux pour être sûre qu'on va dans la même direction au niveau marketing et que les photos que je produis vont dans le sens de leur marketing.
Mais oui, il y a beaucoup de créativité. Ils me donnent la direction dans laquelle ils veulent aller, des thèmes ou des recettes, mais après, c'est moi qui décide à quoi ça va ressembler. Je sais à quoi ressemble leur marque, je connais leurs couleurs. Ça fait deux ans que je travaille avec eux.
En plus, j'ai la chance d'avoir une expérience de designer graphique. Quand je suis arrivée aux États-Unis, la première chose que j'ai faite, c'est apprendre le design graphique. Donc j'ai quand même une bonne idée de comment mettre tout ensemble pour que ce soit cohérent.
Mais j'ai beaucoup de liberté créative. C'est très chouette d'avoir des clients comme ça qui me disent : « On veut une photo de ce produit, de celui-là et de celui-là, et le thème de ce mois-ci, c'est ça. » Et puis moi, j'y vais et je m'éclate avec mes petites photos en studio. C'est vraiment chouette.
Comment trouver des clients
Anthony : Donc ça veut dire que d'un client à l'autre, tu vas avoir des photos qui peuvent être complètement différentes. Contrairement, par exemple, à un photographe de studio ou de mariage, qui va logiquement toujours avoir un style assez similaire : on va pouvoir reconnaître ses photos. Un photographe food, ça peut être toi qui fais des photos pour une pizzeria comme pour une grande surface, avec des styles complètement différents. Et donc, finalement, on ne se fait pas connaître via ses photos. Ce que je veux dire, c'est : pour avoir des clients dans le food, ça passe par du réseautage ? Par de la prospection ? Comment ça se passe à ce niveau-là ?
Fanette : Alors, il y a beaucoup de prospection, ça c'est clair. Malgré tout, j'ai beaucoup de clients qui me trouvent par l'intermédiaire d'Instagram. Je passe beaucoup de temps sur Instagram, beaucoup trop si je dois être honnête.
J'ai quand même un style qui m'est propre, mais je suis capable de produire des photos qui ne sont pas tout à fait dans mon style. Je fais pas mal de photos sur fond blanc quand c'est nécessaire. Je fais toujours un peu de photos de produits, et pour les produits ou pour la nourriture, je fais toujours du fond blanc, ce qui ne m'emballe pas autant que de faire des photos de recettes, par exemple.
Mais les clients, quand ils me trouvent sur Instagram, me trouvent pour mon style. Et puis je passe quand même beaucoup de temps à prospecter et à envoyer des emails à des clients avec qui je voudrais travailler, ça c'est sûr.
Accessoires et fonds
Anthony : C'est ça, d'accord. Et qui dit mise en scène pour ces produits dit accessoires. Je suppose que tu as une pièce remplie d'accessoires variés ?
Fanette : J'en ai beaucoup, beaucoup, et j'en achète encore plus. C'est une maladie, je crois.
Anthony : Et ça va d'une assiette à des choses qui n'ont rien à voir avec le culinaire, mais qui vont te permettre de faire des décors de sapins ? C'est vraiment varié comme type d'accessoires ?
Fanette : Alors oui, j'ai déjà toute une série de fonds. J'ai une passion pour les fonds, j'en achète beaucoup trop. Si vous demandez à mon mari, il va vous dire que j'en achète tout le temps, ce qui n'est pas faux.
J'ai des fonds, des assiettes, toute la vaisselle, j'en ai un wagon. Et comme je fais aussi des produits, j'ai pas mal de choses. Quand je fais du produit, généralement, c'est du cosmétique ou des produits écologiques. Donc j'ai pas mal de, je ne sais pas comment on dit, des props...
Anthony : Des accessoires, oui.
Fanette : Des accessoires, voilà, c'est ça. Des accessoires en bambou, en bois, que je peux utiliser dans mes photos pour agrémenter un peu l'image sans que ça prenne la place du produit principal. Donc j'ai une pièce remplie de choses comme ça. J'ai aussi plein de petits cahiers, des crayons...
Mon studio est chez moi, et j'ai utilisé tout un placard, un placard à l'américaine, un dressing dans lequel on rentre. Et c'est rempli, rempli, rempli. Donc oui, j'ai beaucoup d'accessoires.
Anthony : Et ces accessoires, est-ce que c'est comme en newborn ? Tu sais, en newborn, tu as plein d'artisans qui se sont mis à créer des accessoires spécifiques pour les photographes. C'est vraiment quelque chose de très répandu maintenant, et un photographe newborn dépense énormément dans ces accessoires. Est-ce qu'il y a la même tendance dans le food ? Des sites spécialisés d'accessoires food, des créateurs qui se mettent à créer des accessoires uniquement pour ça, ou pas spécialement ?
Fanette : Pas spécialement. Par contre, il y a de plus en plus de créateurs qui font des fonds maintenant. Il y a de plus en plus de photographes food qui laissent la photographie pour fabriquer des fonds. Et ils cartonnent, parce que les fonds, ce sont des trucs qui font 1,50 m sur 2 m ou moins (tu peux d'ailleurs en prendre des plus petits), qui se rangent facilement. C'est hyper pratique : tu peux changer de scène en deux, trois mouvements avec un fond qui te coûte entre 50 et 70 euros.
Donc il y a de plus en plus de créateurs qui font ça. Ça cartonne, et ils cherchent d'ailleurs beaucoup de collaborations avec des photographes culinaires pour promouvoir leurs produits. Ça, il y en a beaucoup. Par contre, de la vaisselle spécifique, pas vraiment. Il y a de plus en plus de marques de vaisselle qui vont s'associer et collaborer avec des photographes, mais elles ne font pas de lignes particulières pour les photographes. Elles vont s'associer avec des photographes pour faire des collaborations, pour que les photographes les mentionnent sur les réseaux sociaux en disant : « J'utilise untel. » Ça, c'est assez courant.
Technique : table, fonds et décors
Anthony : C'est ça. Tu parlais des fonds, justement : quand on fait de la photographie culinaire, c'est souvent au sol ? Ce n'est pas comme dans un studio où ton fond est en hauteur et se déroule. Toi, tu fais comment ? Ça peut varier : tu pourrais aussi très bien dire « Je vais poser mon plat sur un tabouret » et le prendre de face. Comment ça se passe, plutôt techniquement, j'ai envie de dire ?
Fanette : Alors, ça varie beaucoup. Moi, j'aime bien travailler sur une table. J'ai 43 ans, donc j'ai mal au dos. Je sais qu'il y a beaucoup de photographes qui font leurs photos vues du dessus, par terre. Moi, je ne trouve pas ça très pratique. Donc j'ai une table dans mon studio que j'utilise pour créer mes photos. Généralement, tu mets un fond sur la table et un fond perpendiculaire pour créer une scène en 3D.
J'aime aussi beaucoup créer des scènes entières, où j'ai un fond qui fait, je ne sais pas, 2 mètres de haut et 3 mètres de large. C'est un truc que j'ai fait moi-même, et je l'utilise comme un mur, si tu veux. Je vais mettre une table devant, une chaise, une nappe sur la table, et je vais recréer carrément un salon, une salle à manger. J'aime bien faire ça de temps en temps. Je ne le fais pas souvent, parce que ça prend plus de temps que de faire un truc juste sur ma table, mais j'aime bien.
Donc ça peut vraiment varier. Mais ce qui est intéressant, c'est que ce que tu vois dans la photo, c'est juste une toute petite partie de ce qui se passe. Si tu élargis le cadre, ce qu'il y a à côté n'est pas très glamour d'ailleurs. C'est assez rigolo de prendre des photos de ton setup : tu as tes petites photos super belles, et à côté, tu as des piles de machins, de trucs. C'est assez rigolo. Mais effectivement, une table, un fond, et tu as un super setup en deux minutes. Et c'est parti.
Food ou portrait : une autre façon d'utiliser la lumière
Anthony : Est-ce que n'importe quel photographe, que tu fasses du mariage, du studio, peu importe, peut se dire demain « Je fais du food » et il aura la technique sans problème ? Il n'y a pas de technique spécifique à acquérir, j'ai envie de dire, pour se lancer dans le food ? Ou bien il y a quand même des subtilités à comprendre et à apprendre ?
Fanette : Il y a des subtilités, c'est clair. Moi, je ne pense pas que je pourrais aller demain faire des portraits, parce que la façon dont on utilise la lumière en food n'est pas du tout la même. Contrairement aux personnes qui font des portraits, nous, ce qu'on essaie de montrer, c'est la texture. Alors qu'en portrait, typiquement, on essaie d'enlever toute texture possible, en particulier sur le visage. En food, au contraire, on essaie vraiment de montrer la texture. Il y a donc une manière d'utiliser la lumière en food qui est très différente du portrait, par exemple, ou de la maternité, ce genre de choses.
Donc je pense que la technique de base, évidemment, n'importe quel photographe pourrait la voir. Après, il y a des petites subtilités, mais il y a tellement de gens qui partagent sur Instagram que je pense qu'un photographe de portrait pourrait apprendre la photographie food en quelques mois. Ça, c'est sûr.
Des devis sur mesure
Anthony : C'est ça. Et en termes de relation au client, je suppose que ce n'est pas pareil qu'en mariage ou en portrait, où tu as des formules bien définies. Ici, finalement, chaque job va être complètement différent suivant ce que le client attend en termes de mise en scène, de nombre de produits... Tout ça peut être complètement différent. Donc je pense que tu travailles principalement sur du devis sur mesure, à ce moment-là ?
Fanette : C'est tout sur mesure. Et c'est le gros problème des photographes un peu nouveaux : les prix vont du simple au centuple. C'est très, très difficile, quand tu débutes, de trouver quel est le bon prix pour toi. Et effectivement, chaque devis est sur mesure parce que chaque projet est différent. Certains projets vont demander de créer des recettes ; dans d'autres, il n'y aura pas ça, mais il va y avoir beaucoup de shopping à faire pour acheter des accessoires ou des ingrédients spécifiques. C'est vraiment au coup par coup. Et effectivement, ça rend la chose un peu compliquée pour les gens qui débutent.
Se lancer : portfolio et marques locales
Anthony : C'est ça. Et un photographe qui voudrait se lancer là-dedans... Tu le sais comme moi, on sort d'une année Covid qui a quand même été difficile pour la plupart des photographes. Une personne que je connais bien dit que pour lui, l'avenir des photographes, c'est de se diversifier : essayer de faire peut-être un peu de scolaire, un peu de mariage, plusieurs choses. Certains sont d'accord avec ça, d'autres pas du tout. Mais imaginons qu'un photographe veuille justement se diversifier pour boucler ses fins de mois et avoir des petits revenus supplémentaires. Concrètement, il pourrait commencer par quoi s'il veut faire du culinaire ? Ça veut dire d'abord aller prospecter les restaurants de sa région pour voir s'ils sont intéressés ? Tu conseillerais quoi, justement, à quelqu'un qui débute ?
Fanette : Alors moi, je conseillerais premièrement de s'entraîner chez soi, dans son studio, et de créer un portfolio. Parce que si tu n'as pas de portfolio nourriture, tu ne peux pas aller voir un restaurant et dire : « Je fais du portrait, je voudrais prendre des photos de votre nourriture. » Je pense que la première étape, c'est de s'entraîner chez soi, de trouver un peu comment ça fonctionne, puis de créer, je ne sais pas, une dizaine, une quinzaine d'images que tu peux ensuite ajouter à ton portfolio.
Et puis effectivement, aller voir un restaurant, ce n'est pas une mauvaise idée, mais il y a aussi beaucoup de marques locales qui font de la nourriture et auxquelles on ne pense jamais. Si vous êtes en France, il y a certainement des viticulteurs dans le coin, ou des gens qui font, je ne sais pas, des saucissons, que vous pouvez aller démarcher pour leur montrer votre portfolio et commencer comme ça. Les gens veulent toujours commencer avec les grandes marques nationales, mais en fait, il y a énormément de petites marques locales qui ont besoin de photos, qui ne savent pas en prendre, qui font leurs photos elles-mêmes avec leur iPhone et qui auraient certainement grand besoin de votre aide.
Donc moi, je commencerais par là. Mais avant tout, je commencerais par m'entraîner un petit peu et créer un portfolio, pour pouvoir montrer qu'on sait un peu ce qu'on fait.
Éduquer les clients : trois catégories
Anthony : C'est ça. Mais il faut évidemment que la personne qu'on va rencontrer soit sensible à cette qualité de photo. On a tous vu des restaurateurs ou des personnes qui vendent leurs produits avec des photos faites au smartphone, justement, qui sont horribles. Toi, aux États-Unis, la situation est peut-être différente, ou tu as aussi parfois l'impression de devoir faire, entre guillemets, de l'éducation ? Est-ce que, quand tu vas prospecter, tu as des clients qui ne sont vraiment pas prêts et que tu dois essayer de convaincre en leur montrant l'intérêt d'une vraie photo ? Ou bien, en général, les gens sont quand même assez sensibles à ça et se rendent compte qu'ils doivent faire un effort pour être plus pros au niveau de leur image ?
Fanette : Alors, il y a vraiment de tout ici. Il y a les gens qui pensent que mon travail, c'est de prendre ma caméra, de faire clic, et puis c'est fini. Et qui n'ont pas du tout envie d'investir de l'argent dans des photos professionnelles, auquel cas je leur dis : « Merci beaucoup, au revoir, vous n'êtes pas mon client, à bientôt. »
Et puis il y a les clients qui sont prêts à payer un peu plus, mais qui ne comprennent pas vraiment comment ça fonctionne. Parce qu'il y a un truc, avec la photo de produit et la photo culinaire, ce sont les droits. Quand on prend une photo, même si c'est la photo d'un produit pour un client, la photo nous appartient. Quand un client nous demande de faire des photos pour lui, on lui donne l'autorisation d'utiliser notre photo. Alors que la plupart des clients imaginent que quand on prend une photo pour eux, elle va leur appartenir et qu'ils peuvent en faire tout ce qu'ils veulent. Ce n'est pas le cas. Et ça, c'est une partie sur laquelle j'ai beaucoup d'éducation à faire avec beaucoup de mes clients. Il y en a beaucoup qui ne comprennent pas ça, il faut leur expliquer.
Et puis après, il y a les clients nationaux, qui travaillent avec des agences, qui comprennent très bien le système, et ceux-là sont prêts à dépenser plus d'argent.
Donc pour moi, je crois qu'il y a un peu trois catégories de clients. Il y a la catégorie qui pense : « Je prends mon appareil photo, je fais clic-clic et c'est fini », et qui veut me payer 25 euros pour 10 photos. Auquel cas je ne m'embête même pas avec ces clients-là. Ensuite, il y a les clients qui comprennent que c'est quand même un atout d'avoir de bonnes photos, mais à qui il faut un peu expliquer comment ça fonctionne. Et puis il y a les gros clients. Là, c'est un peu différent, parce qu'avec les gros clients, généralement, il faut avoir une équipe, une assistante. Ce sont vraiment de grosses productions, c'est complètement différent de ce que je fais en studio, par exemple.
Anthony : Il y a de tout ici aussi. On a aussi les clients qui ne veulent pas payer et qui veulent des super photos pour trois fois rien.
Fanette : C'est ça.
Des clients qui reviennent
Anthony : Mais l'avantage, c'est que quand tu fais cette prospection et que tu vas travailler avec un client, logiquement, tu établis une relation sur la durée. Ce sont souvent des clients qui ont besoin de tes services tous les mois ou toutes les semaines, je ne sais pas, suivant le type de client. Donc ce n'est pas du one-shot, je veux dire.
Fanette : C'est rarement du one-shot.
Anthony : C'est ça, c'est ça.
Fanette : Mais c'est rarement toutes les semaines ou tous les mois. J'ai de la chance, j'ai quelques clients comme ça, tous les mois, effectivement. Mais c'est souvent au projet : dès qu'ils sortent un nouveau produit, ils reviennent vers vous. Généralement, j'ai des clients avec qui je fais un shoot tous les trimestres, peut-être. Comme ça, ils ont des photos pour leurs médias sociaux pour les trois prochains mois. Ils ne peuvent pas se permettre plus, parce que ça leur revient quand même assez cher d'avoir un photographe qui fait des photos pour eux. Ils ne peuvent pas se permettre de le faire tous les mois.
Mais effectivement, une partie de mon travail est aussi de leur apprendre comment utiliser ces photos, comment ils peuvent les modifier pour les faire durer trois mois. Donc oui, il y a des clients qui reviennent. Les clients reviennent parce que si on leur donne des photos de qualité et une expérience de qualité, ils vont revenir dès qu'ils auront un nouveau produit, ou dès qu'ils auront besoin de photos promo pour, je ne sais pas, la Saint-Valentin, par exemple, ou des choses comme ça.
Les droits d'auteur, un sujet méconnu
Anthony : OK, très bien. Au final, beaucoup de similitudes avec n'importe quel autre métier de photographe : créer une relation avec son client, bien comprendre ce qu'il veut, avoir un résultat qui correspond à ses attentes, facturer le bon prix pour que le photographe gagne sa vie et que le client accepte de le payer, bien sûr. Et même par rapport aux droits d'image, ce que tu me disais me semble logique. Quand on fait les photos d'un mariage, on photographie les mariés, mais ce n'est pas pour ça que la photo leur appartient : ça reste la propriété du photographe. Mais c'est sûr que ce sont des choses compliquées à faire comprendre au client, qui n'est pas photographe et qui n'a pas l'habitude de ça. Au début, je pense qu'il y a quand même un peu d'éducation à faire de ce point de vue-là.
Fanette : Il y a de l'éducation. Le problème, moi, je le vois aux États-Unis : je fais beaucoup d'éducation pour les photographes, parce que beaucoup de photographes ne savent pas non plus que les droits de la photo leur appartiennent. Et il y a plein de photographes qui vendent des photos à trois francs six sous et qui cèdent les droits complets, parce qu'ils n'ont aucune idée de la loi sur la propriété intellectuelle. Donc oui, c'est un truc auquel je passe beaucoup de temps : éduquer mes clients et puis les autres photographes.
Parce que d'ailleurs, moi, quand j'ai commencé, c'était pareil. Je n'avais aucune idée. Quand j'ai commencé, je faisais payer, je ne sais plus, 7 dollars par photo. J'ai honte quand j'y pense. Et en plus, les droits, je n'y connaissais rien. À l'époque, il n'y avait pas vraiment de gens qui en parlaient, donc on ne le savait pas. Maintenant, on est quand même assez nombreux, les photographes, à essayer d'en parler de plus en plus, parce qu'on se rend bien compte qu'avoir des photographes qui ont des prix si bas et qui, en plus, ne sont pas au courant des droits de la propriété intellectuelle, ça nous casse les pattes à nous aussi. Donc on essaie un peu de se passer le mot pour que les photographes qui commencent sachent comment ça fonctionne, et qu'ils puissent à leur tour faire les choses correctement et éduquer aussi leurs clients. Il y a beaucoup de travail.
Packages, galerie et sélection des photos
Anthony : Tu disais qu'au début, tu faisais payer à la photo. Aujourd'hui, tu fais un devis complet pour ta prestation, qui va reprendre toutes tes heures de travail, le matériel. C'est un prix que tu calcules, évidemment, pour être rentable. Est-ce qu'ensuite, une fois que le client a payé ce montant-là, il a accès à toutes tes photos ? Ou est-ce qu'il y a encore une sélection qui se fait derrière, comme pour un mariage ou autre, où tu envoies au client des photos non retouchées et où il fait son choix ? Comment ça se passe à ce niveau-là ? C'est classique, via une galerie ? Et est-ce qu'à ce moment-là, il y a encore des frais supplémentaires, à la photo ou autre ? Comment est-ce que tu travailles ?
Fanette : Alors moi, j'ai deux façons de travailler. Quand je fais du produit, en général, j'ai des packages : un prix pour 5 photos, 10 photos, 15 photos, parce que le produit, je trouve ça assez simple à faire. Je n'ai pas à cuisiner, c'est plus facile à mettre en place. Donc pour les photos de produits, en général, j'ai des packages.
Pour la photo culinaire, effectivement, je fais mes devis au cas par cas. Et on se met d'accord, au moment de la signature du contrat, sur un nombre de photos que je vais livrer. Si on dit 5 photos, par exemple, je vais quand même leur envoyer une galerie avec peut-être 20 photos. J'aime bien qu'ils aient un peu le choix, qu'ils puissent choisir une photo qui correspond exactement à ce dont ils ont besoin. Je vais donc leur envoyer une galerie avec peut-être 20 photos, et ils vont en choisir 5. Selon les termes du contrat, ils vont avoir le droit d'utiliser ces 5 photos sur tel et tel support, pendant tant d'années. Ensuite, s'ils veulent utiliser la photo plus longtemps, ils peuvent me recontacter et je peux leur redonner des droits supplémentaires. Mais une fois qu'ils ont choisi dans la galerie le nombre de photos sur lequel on s'est mis d'accord, non, il n'y a pas de frais supplémentaires.
Et puis moi, je ne fais pas d'impression, je ne fais pas ce genre de choses que font les photographes de mariage. Je n'ai rien de tout ça, je ne fais pas de cartes postales. Déjà, ça rend les choses un peu plus simples pour moi. Et ça évite les frais supplémentaires, comme tu disais.
Cuisiner soi-même pour le client
Anthony : C'est ça. Alors, tu as dit un mot qui m'intrigue beaucoup. Tu as dit : « Je n'ai pas à cuisiner. » Ça t'arrive de devoir cuisiner toi-même quelque chose pour un client ?
Fanette : Bien sûr, oui. Quand ils me donnent des recettes, c'est moi qui fais la popote, c'est sûr.
Anthony : Attends, là, ça m'intrigue vraiment. Ça veut dire quoi ? Qui est le client, dans ce cas-là, pour te demander de faire une recette ? Tu dois aller faire tes courses, acheter des ingrédients pour faire ta recette, tu cuisines toi-même chez toi, et puis tu fais des photos du résultat, c'est ça ?
Fanette : Tout à fait. Il y a plein de cas comme ça. Ça peut être une marque qui veut qu'on utilise ses produits dans une recette. Par exemple, si je travaille avec une marque de farine, ils veulent que j'utilise leur farine dans, je ne sais pas, une tarte. Et c'est moi qui vais faire la tarte.
Il y a des photographes culinaires qui offrent des services de création de recettes. Moi, je ne suis pas formée pour ça, donc je ne le fais pas. Mais il y a des photographes culinaires qui sont formés et qui peuvent créer des recettes pour vous. Ils vont livrer au client les photos et la recette.
Il y a aussi pas mal de food blogueurs qui deviennent assez importants et qui n'ont plus trop le temps de faire leurs photos. Eux vont aller voir des photographes culinaires et leur demander : « Est-ce que tu peux faire des photos de mes recettes ? » Je peux aussi faire ça pour le chef d'un resto local qui veut faire un bouquin. Il va venir me voir avec ses recettes, mais il ne va pas les cuisiner, il ne va pas être avec moi pendant que je fais toutes les photos. Évidemment, pour les photos de recettes dans les magazines, c'est nous qui cuisinons. Enfin, tout ça.
Ou alors, là, j'ai un nouveau client qui livre des plats tout prêts. Quand les plats arrivent, ils sont bons, mais pas super appétissants, parce qu'ils sont congelés et tout. Donc il m'envoie la recette et je recrée le plat chez moi. Et puis je prends une photo pour que ça ait l'air bien bon et appétissant. Ce genre de choses.
Dresser une assiette pour la photo et stylisme culinaire
Anthony : Et tu arrives à égaler un grand chef sur le visuel du plat ? Il va te donner des consignes très précises, il va te dire : « Voilà, mon plat... » Toi, au final, ça peut être très mauvais, on s'en fout, vu que ton plat va juste servir à la photo, personne ne va le goûter. Mais par contre, il faut quand même qu'au niveau du visuel, ce soit vraiment comme le chef le veut, je vais dire pixel perfect. Que ce soit vraiment super détaillé, comme lui le voulait.
Fanette : Alors ça, ça dépend du chef. Sachant que la façon dont tu dresses une assiette pour un restaurant n'est pas du tout la façon dont tu la dresses pour une photo culinaire. Donc ça, c'est quelque chose dont tu dois vraiment discuter avec ton chef avant, parce qu'il ne faut pas qu'il s'attende à ce que... Enfin, ça dépend de ce que le chef veut. C'est une discussion que tu dois avoir avec lui avant : est-ce qu'il veut que ses photos ressemblent exactement à ce que tu trouverais en restaurant ? Ou est-ce qu'il veut un truc plus photo culinaire, stylisé ? Il y a plein de possibilités.
Anthony : C'est ça. Écoute, je suis impressionné. Là, ça ne devient plus juste un métier de photographe : il faut savoir cuisiner en plus, et gérer ça. J'ai quand même l'impression qu'il y a vraiment ce côté... Tu l'as dit, tu as un background un peu graphique, artistique derrière, mais il faut vraiment être sensible à ça. Si tu veux faire de belles mises en forme de tes plats, il faut quand même avoir cet œil et cette fibre artistique, non ?
Fanette : Certes. Mais en fait, ça s'apprend, c'est un peu comme tout. Et puis ici, il y a beaucoup de stylistes culinaires (je pense qu'il y en a aussi en France). Moi, quand je fais des photos pour mes clients, je fais le stylisme culinaire, mais il y a des gens dont c'est le métier, qui ne vont pas prendre de photos, qui vont juste dresser une assiette et faire tout le stylisme. Quand tu vois les photos de hamburgers de chaînes que je ne vais pas nommer, c'est un styliste qui a mis ça en place. Tout est calculé, tout est cuit, précuit, au millimètre. Bon, évidemment, ces hamburgers, tu ne peux pas les manger, parce qu'il y a de la colle pour que tout... Enfin bon, ça, ce sont des trucs que je ne fais pas du tout. Mais dans la photo culinaire, pour les grandes campagnes publicitaires, sur la prod, il va y avoir un ou deux stylistes culinaires qui vont faire tout le travail. Et puis le photographe, il va être là, il va faire la lumière, et il va juste prendre la photo. Donc le stylisme culinaire, ça devient de plus en plus important. C'est un corps de métier, carrément.
Anthony : C'est fou. On ne se rend pas compte. Quand on n'est pas dans un secteur, on ne se rend pas compte de tout ce qui tourne autour, finalement. Mais ça paraît tout à fait logique quand tu le dis, bien sûr. Quand on voit une photo de ces marques de burgers, on n'imagine pas tout ce qu'il y a derrière, effectivement.
Fanette : La prochaine fois, tu regarderas bien. Tout est parfait, tout est absolument parfait. Et ça ne ressemble pas du tout au burger que tu reçois quand tu commandes.
Le retour en France et l'année de woofing
Anthony : Excellent. OK. Et donc, si j'ai bien compris, tu prévois de revenir en France, c'est ça ?
Fanette : C'est ça. Ça fait quelques années qu'on en parle, en particulier depuis qu'on a un petit garçon. Moi, je voulais qu'il aille à l'école en France, qu'il apprenne le français, tout ça. On avait décidé de rentrer en France d'ici un an ou deux. Et puis les événements de cette année, le climat politique... Enfin, je ne vais pas rentrer là-dedans, mais il y a plein de choses qui nous ont fait décider de rentrer plus tôt que prévu. Donc on a décidé de vendre notre maison aux États-Unis au printemps, et de rentrer en France au printemps ou à l'été 2021.
Anthony : Donc pour ton mari, ce n'est pas rentrer, c'est découvrir la France.
Fanette : Alors, on a passé une année en France, entre la Thaïlande et les États-Unis. Ça, c'était chouette aussi. Il voulait apprendre le français, donc on a fait du woofing. Tu as déjà entendu parler du woofing ?
Anthony : Non.
Fanette : Alors, Worldwide Opportunities on Organic Farms. Tu fais du bénévolat dans des fermes biologiques. On a passé un an à faire du bénévolat dans des fermes. Nos préférées, c'étaient deux fermes laitières, une ferme avec des chèvres et une ferme avec des vaches. C'était très chouette. J'ai appris à faire du fromage, j'ai appris à traire les vaches et les chèvres. Ça m'a bien aidée aussi dans ma carrière de photographe culinaire, parce que ça m'a redonné le goût de la nourriture et des choses faites à la façon de nos grands-mères, tu sais, faire le fromage soi-même, tout ça.
Donc pour lui, ça va être un retour en France, même si c'était il y a très longtemps, donc il a un peu oublié son français. Tous les soirs, je le vois sur YouTube en train de regarder des vidéos en français pour essayer de s'y remettre un peu. Mais oui, pour lui, ça va être un retour. Il est un peu familiarisé avec la culture française maintenant, il sait un peu comment ça fonctionne. Mais effectivement, ça va être la première fois qu'on va rester en France pour plus longtemps qu'un an.
Repartir de zéro côté business
Anthony : Et par contre, pour toi, ça veut dire recommencer à zéro en termes de business, j'ai envie de dire : chercher des nouveaux clients, etc. Tu as déjà établi des partenariats, ou tu as déjà des contacts avec des marques dans ta future région ?
Fanette : Alors, je n'ai pas encore commencé. Il faut que je m'y mette. C'est sur ma liste des choses à faire pour le mois de janvier, c'est sûr. Maintenant, mon business, je l'ai un peu diversifié en 2020. Ça faisait longtemps que j'y pensais, mais j'ai commencé à enseigner à d'autres photographes culinaires et photographes de produits. C'est un truc que j'ai lancé l'année dernière et qui marche vachement bien. Donc ça va me permettre de pouvoir déménager et d'avoir quand même un peu de revenus, même si je n'ai pas tout de suite des clients.
Mais effectivement, il faut que je m'y mette et que je commence à démarcher les clients français, même si je ne suis pas tout à fait sûre de l'endroit où on va se trouver. Donc ce n'est pas évident pour l'instant pour moi de commencer à démarcher. Mais je pense que j'aurai un peu de mobilité, donc je vais regarder un peu sur Paris, et puis on cherche sur la région nantaise, donc je vais commencer à regarder par là aussi. Mais effectivement, il faut que je m'y mette. Je te remercie de me le rappeler.
Anthony : Non, écoute, c'est un nouveau challenge. J'ai l'impression que tu es une femme de challenges, donc ça va plus te réjouir qu'autre chose, non ?
Fanette : Oui, oui, moi je suis ravie. C'est toujours intéressant. En plus, j'aime bien ça, tu rencontres des nouveaux gens. Non, non, je suis ravie. Et puis je suis curieuse de voir comment ça fonctionne en France, parce qu'effectivement, je n'ai jamais travaillé en tant que photographe en France. Donc je suis un peu curieuse de voir comment ça fonctionne et d'apprendre de nouvelles choses.
Le programme de coaching de groupe pour photographes
Anthony : Super. Alors, ça m'intéresse de parler aussi de ta nouvelle activité, coaching en ligne ou formation en ligne, en tout cas. Tu peux nous en dire un petit peu plus ? C'est quoi ? C'est vraiment une formation en ligne sous forme de vidéos ? Tu as créé une espèce de communauté d'élèves, j'ai envie de dire, que tu formes ? Comment ça se passe, cette formation ? Et est-ce qu'elle sera accessible aux Français, justement ?
Fanette : Alors, pour l'instant, j'ai un programme de coaching de groupe dans lequel je forme vingt, vingt-cinq étudiants qui sont déjà des photographes, généralement des photographes culinaires ou de produits. Je leur explique tout ce que les créatifs, en général, ne savent pas. Ça veut dire s'organiser, avoir des systèmes en place, parce que généralement, c'est un peu foufou. On est créatif, donc on se dit qu'on n'a pas besoin d'avoir de systèmes. Mais si, on a besoin d'avoir des systèmes.
Je les accompagne aussi dans la mise en place d'une structure de prix. Je les accompagne dans la mise en place d'une expérience client, que beaucoup n'ont pas. Et c'est là où j'utilise beaucoup ma formation de graphiste. Je leur montre comment préparer des documents qui sortent un peu du lot des autres photographes, pour pouvoir se démarquer. Enfin, je leur apprends un peu tout ce que j'ai appris dans mes précédentes carrières d'assistante de direction et de graphiste, qui sont des choses que, généralement, les photographes, les créateurs en général, n'ont pas vraiment. Ils n'ont pas trop de systèmes, ils y vont un peu comme ça vient. Donc j'essaye de leur donner une structure.
C'est un programme que j'ai créé au mois de juin l'année dernière et que je vais continuer cette année. Je l'offre déjà : j'ai déjà plusieurs étudiants francophones et français qui ont suivi mon coaching de groupe. Et l'année prochaine, comme je vais déménager en France, je vais pouvoir apprendre plein de choses sur comment ça fonctionne en Europe, et du coup ajouter des choses qui pourront intéresser mes étudiants potentiels européens.
Donc ça, c'est quelque chose que je veux continuer. Je suis aussi en train de travailler sur un ou deux autres programmes, sans coaching, qui seront plutôt basés sur des vidéos. C'est quelque chose sur lequel je travaille et qui devrait voir le jour, j'espère, en 2021. Je ne sais pas trop bien quand encore, parce que je suis toujours en train de faire le point sur 2020. Il y a beaucoup de choses à revoir sur 2020.
Mais voilà, c'est un peu ce que je fais. Le programme de coaching de groupe, c'est pour l'instant mon programme principal, mais j'ai d'autres projets qui arrivent, sur lesquels je suis en train de travailler. Mais j'avoue que le coaching de groupe, j'adore. Créer des contacts avec des photographes... Je me suis fait des amis, vraiment. C'est une expérience que j'ai beaucoup aimée et que je voudrais vraiment continuer. En 2021, j'espère pouvoir continuer et ajouter à ça des choses sur comment ça fonctionne en Europe. J'ai hâte de voir comment ça fonctionne et d'en apprendre un peu plus pour pouvoir l'enseigner aussi.
Vidéos, appels hebdomadaires et communauté
Anthony : Parfait. Et donc, techniquement, tu dis coaching de groupe, ça c'est plutôt en live ? Tu as créé un groupe Facebook avec ces membres-là, tu fais des lives sur Facebook, ils peuvent poser des questions et tu vas réagir ? Comment ça se passe, la communication avec eux ?
Fanette : Techniquement, en fait, j'ai enregistré des vidéos, parce que j'ai quand même beaucoup de choses à leur apprendre. La première fois que j'ai fait le programme, je leur ai tout appris en live, et ils m'ont dit : « C'est beaucoup trop d'informations, ce n'est pas possible. » Donc j'ai tout préenregistré pour qu'ils puissent apprendre avant les appels. J'ai des vidéos et des workbooks : je leur donne des exercices, du travail à la maison, pour qu'ils puissent approfondir ce qu'on voit dans les vidéos.
Et puis, toutes les semaines, on a un appel dans lequel je réponds aux questions : s'il y a des choses qu'ils n'ont pas comprises, ils peuvent me demander, je peux leur expliquer, je donne des exemples. Et il y a effectivement un groupe Facebook dans lequel je réponds aux questions, pendant le programme ou après la fin du programme. C'est un endroit où j'aime bien aller, parce qu'effectivement, je me suis fait des amis dans ce groupe. Donc j'aime bien aller dans mon groupe Facebook et partager les choses que je découvre ou qui, je pense, pourraient leur être utiles.
C'est vraiment quelque chose qui m'a passionnée cette année, enseigner. Je me souviens, quand moi j'ai commencé, il n'y avait personne qui faisait ça. Il y avait beaucoup de gens qui enseignaient comment prendre les photos, mais comment construire son business, il n'y avait personne. Donc je suis vraiment contente de pouvoir le faire. Il y a de plus en plus de gens qui le font, et c'est chouette, parce qu'on a tous des vues un peu différentes de comment ça fonctionne.
D'ailleurs, je fais bien attention : dans les vidéos, il y a des interviews d'autres photographes, parce que je pense qu'on a tous quelque chose à apporter, on a tous quelque chose de différent, une méthode différente. Je ne veux pas que mes étudiants pensent que ma méthode est la seule et la bonne méthode. C'est une des many méthodes qu'il y a. Donc j'essaie de faire des interviews avec d'autres photographes pour voir un peu comment eux fonctionnent et quelles petites techniques ils peuvent nous apprendre. J'aime bien l'interaction.
Et une autre chose que j'ai beaucoup appréciée avec ce programme, c'est que ça m'a mise en relation avec d'autres photographes qui enseignent. Il y a une très grosse communauté de photographes qui enseignent aux États-Unis, c'est une communauté très, très proche, tout le monde s'entraide, et c'est assez chouette. Au milieu de 2020, c'était un peu le truc chouette de 2020 : découvrir cette communauté de photographes qui essayent d'enseigner à d'autres photographes plus jeunes, et être intégrée dans cette communauté. Ça a été vraiment le point haut de cette année 2020, qui était assez pourrie en général, quand même.
Où retrouver Fanette : blog et Instagram
Anthony : Et pour terminer tout doucement : si toutes ces personnes qui nous écoutent ont été intéressées par ce que tu fais et voudraient se former à la photographie culinaire et de produits, comment peuvent-elles te contacter ? Et justement, je pense que tu as aussi des ressources sur ton site, qui peuvent être téléchargées gratuitement, etc.
Fanette : Tout à fait. J'ai un blog que j'alimente en général toutes les deux semaines, mais là, j'ai pris un long break pour les fêtes. Vous pouvez me trouver sur internet, sur mon site, Frenchly. Alors, je ne sais pas si je vais garder le nom, parce que quand je vais arriver en France, je ne suis pas sûre que ça fonctionne. Enfin bon, ça, ce sont encore des choses sur lesquelles je suis en train de réfléchir.
Sur ce site, j'ai un blog, et sur ce blog, il y a plein de ressources pour des photographes qui veulent commencer un business de photographie culinaire. Et puis je suis aussi sur Instagram, comme je disais tout à l'heure, beaucoup trop. Vous pouvez me trouver sur Instagram, @frenchlyphotography, Frenchly Photography, avec l'accent français. Et là aussi, tous les jours (enfin, pas en ce moment, mais normalement tous les jours), je donne des conseils.
Mais j'essaie aussi de booster le moral. Je suis en train de travailler avec une Belge qui galère avec son mindset, tu sais, le syndrome de l'imposteur. Donc on est en train de travailler un petit peu là-dessus. Et j'essaie de booster un peu le moral, parce qu'en particulier en début d'année comme ça, il y a pas mal de gens qui voient tous ceux qui font des super plans d'action pour 2021, qui se retrouvent un peu derrière et qui se disent : « Ah, [inaudible] ! » Donc j'essaie un peu de booster le moral : ça va bien se passer, 2021, on va y arriver. Ce n'est pas facile, mais ça va bien se passer.
Des formations en français et le marché francophone
Anthony : Et alors, pour terminer : tu envisages du coup de faire cette formation en français aussi, ou ça va rester en anglais dans un premier temps ?
Fanette : Alors, pour l'instant, ça va rester en anglais. J'ai tout à fait l'intention de faire des formations en français. Par contre, je ne suis pas très, très sûre de quand ça va arriver. J'ai tendance à faire de grands plans, et puis j'ai quand même un business à faire tourner, j'ai un petit garçon de 4 ans, et je déménage à l'autre bout du monde. Donc même si j'aimerais que tout arrive dans les deux mois qui viennent, ça ne va pas forcément être le cas. J'essaie de ne pas trop m'emballer. Mais oui, j'ai l'intention de créer des cours en français à un moment ou à un autre. Raisonnablement, je pense que ce sera probablement plutôt 2022.
Anthony : Et du coup, tu as un petit peu une idée de ce marché francophone dans la food ? J'avoue que je ne m'étais jamais vraiment intéressé à ce secteur de la photographie. Il y a beaucoup de photographes culinaires déjà en France ?
Fanette : Il y en a quelques-uns, oui. Je commence un petit peu à les suivre et à suivre ce qu'ils font. Alors, je n'aime pas ce mot, « saturé ». On dit ça beaucoup aux États-Unis, mais en fait, moi je trouve que ce n'est pas vrai, et certainement en France, ce n'est pas encore le cas. Mais il y a quand même beaucoup de gens qui font du travail de qualité, et je commence un peu à découvrir ce monde de la photographie culinaire en France. Donc j'ai hâte de faire des connexions, de rencontrer des gens et de voir un peu ce qui se passe. On va voir.
Remerciements et conclusion
Anthony : Super. Écoute, un grand merci pour ton temps et pour nous avoir expliqué ton parcours passionnant.
Fanette : Merci à toi. Et désolée d'avoir bafouillé un peu : ça fait seize ans que j'ai quitté la France, et des fois, j'oublie un peu les mots en français, un peu à la Jean-Claude Van Damme. Vous m'excuserez pour ces petits bafouillages.
Anthony : Écoute, il y a parfois des Français qui habitent en France et qui mettent des mots en anglais dans toutes les phrases, donc pas choqué du tout par cette interview. Tu ne l'aurais pas dit, je pense qu'on ne l'aurait même pas remarqué. Moi, je perçois juste un tout petit accent. J'ai une amie qui travaille au Luxembourg et qui, à force, a pris un petit accent : tu sens qu'elle ne parle plus français au quotidien. C'est vraiment très, très léger, franchement à peine perceptible. Tout va bien : si on comprend, c'est le principal. Merci beaucoup, à bientôt.
Fanette : Merci Anthony, à bientôt.
Anthony : Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook Fotostudio, sur groupe.fotostudio.io. Merci, et à la semaine prochaine !
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