Lancée en 2017, à une époque où la concurrence n'a jamais été aussi forte, Pauline Cany a mis deux ans à vivre de la photographie de grossesse et de nouveau-né à Dijon. Shootings d'inspiration, stories Instagram, partenariats avec une sage-femme : elle détaille les méthodes qui lui ont apporté ses premiers clients.
En résumé :
Pour un photographe débutant, trouver ses premiers clients repose, selon Pauline Cany, sur quelques principes :
• Créer des images grâce à des shootings d'inspiration offerts au type de clients que l'on veut attirer
• Aller là où sont les clients : pour de jeunes futurs parents, c'est Instagram, et surtout les stories
• Pousser les portes : confrères, sages-femmes, maquilleuses, coiffeuses, ostéopathes
• Traiter chaque client comme un grand client, car on ne sait jamais qui il connaît
• S'entourer de photographes bienveillants plutôt que de rester seul dans son coin
« Quand je me suis lancé, il n'y avait pas beaucoup de photographes. » C'est la réponse qu'Anthony Heukmes entend chez la plupart des invités du podcast, installés depuis vingt ou trente ans. Pauline Cany, elle, s'est lancée en 2017, au milieu de confrères nombreux et talentueux. Sa conclusion : c'est plus long qu'avant, mais c'est toujours possible.
Photographe de grossesse et de nouveau-né à Dijon au moment de l'enregistrement, elle raconte son parcours d'ancienne vendeuse dans un magasin de maquillage, les deux premières années « un peu chaotiques », et les actions très concrètes qui lui ont permis de remplir son agenda. Un épisode précieux pour tout photographe débutant.
Qui est Pauline Cany ?
Pauline Cany est une photographe installée à Dijon, en Côte-d'Or. Au moment de l'enregistrement de l'épisode, début 2021, elle est spécialisée dans la photographie de grossesse et de nouveau-né, une activité qu'elle exerce depuis 2017 dans son studio.
- Une reconversion : avant la photo, elle a travaillé dans le commerce, notamment dans un magasin de maquillage.
- Une formation complète : trois ans d'école de photographie par correspondance, puis des formations auprès de photographes qu'elle admire.
- Une entrepreneuse : pendant le premier confinement, elle crée Dodge & Burn, une communauté d'entraide entre photographes.
Depuis, son activité s'est largement élargie : son studio dijonnais propose aujourd'hui des portraits, des séances boudoir, grossesse, naissance et famille, des mariages et des photos pour les professionnels, avec des interventions à Lyon et à Paris.
1. Comment devient-on photographe quand on vient d'un autre métier ?
La photo a toujours été une évidence pour Pauline : elle en fait depuis l'enfance et a « toujours voulu être photographe ». Mais dans sa famille, le métier est mal vu : pas de débouchés, pas d'avenir, pas de clientèle. Elle passe donc son bac et commence à travailler dans le commerce, un univers trop hiérarchisé où elle se sent vite « limitée ».
Quand elle comprend que ce ne sera pas son avenir, elle se forme sérieusement : une école de photographie par correspondance pendant trois ans. Elle se lance en cours de route, avant même d'avoir son certificat, puis complète avec d'autres formations auprès de professionnels qu'elle considère comme des mentors. Ce parcours rappelle celui d'autres invités du podcast, comme la reconversion d'Émilie Zangarelli, passée elle aussi par un premier métier avant la photo.
Comprendre les peurs de ses proches
Pauline n'en veut pas à sa famille. Devenue maman, elle comprend que ses parents avaient simplement peur pour elle. Une fois qu'elle s'est lancée, ils l'ont d'ailleurs poussée à persévérer. Et cette première expérience professionnelle lui permet aujourd'hui de savoir qu'elle est « au bon endroit ».
« Depuis que j'ai passé ce cap d'investissement, de formation, ça m'a changé la vie. On apprend de l'expérience des gens qui ont réussi. Et ça, c'est vraiment de l'or. »
Pauline Cany
À retenir : se former n'est pas une option. L'école donne les bases et la légitimité ; les formations auprès de photographes expérimentés font gagner des années.
2. Combien de temps faut-il pour trouver ses premiers clients ?
Pour Pauline, il a fallu environ deux ans. La première année a été « un peu chaotique », et elle s'y était préparée : elle s'était donné le droit à une, voire deux années difficiles. Il a fallu persévérer et puiser dans ses ressources.
Avec le recul, elle identifie ce qui l'a freinée : elle restait trop dans son coin, convaincue de devoir être irréprochable avant d'oser démarcher.
« J'avais l'impression que je n'avais pas ma place. Il fallait que je sois parfaite pour pouvoir avoir des clients. »
Pauline Cany
Son état d'esprit positif l'a beaucoup aidée : sur le moment, elle ne se rendait pas compte que c'était long et difficile. C'est en voyant son activité accélérer, une fois qu'elle a compris qu'il fallait « pousser les portes », qu'elle a mesuré le chemin parcouru.
Être soi-même, la vraie différence
Face à des confrères qui font aussi de la qualité (elle refuse de parler de concurrents), comment se démarquer ? Sa réponse : être soi-même. C'est ce feeling avec le client qui crée le lien, et c'est ce qu'il retiendra pour parler de vous autour de lui.
À retenir : prévoyez une à deux années de lancement. Ce n'est pas un échec, c'est le temps normal pour construire sa marque et sa clientèle aujourd'hui.
3. Pourquoi tant de photographes débutants ne se sentent pas légitimes ?
La photographie est un métier très visuel : on se compare sans arrêt. Pauline a longtemps suivi des groupes de photographes en ligne sans jamais y trouver sa place. Elle n'osait pas commenter une publication ni donner son avis sur une image, par peur de ne pas être légitime. Les groupes très fréquentés, et parfois les commentaires négatifs, n'aidaient pas.
C'est pourtant en donnant son avis que l'on progresse et que l'on affirme ce que l'on veut transmettre. Anthony le confirme : en découvrant le milieu à la création de Fotostudio, il imaginait une profession fermée, où l'on se tire dans les pattes. Il a découvert au contraire beaucoup d'entraide.
Dodge & Burn, une communauté fondée sur la bienveillance
En mars 2020, privée de séances par le confinement, Pauline crée sa propre communauté, Dodge & Burn, avec une règle principale : la bienveillance. Au moment de l'enregistrement, le groupe est gratuit et fonctionne ainsi :
- un questionnaire d'entrée, élaboré avec une psychologue, et un échange avec chaque candidat pour vérifier qu'il vient pour partager ;
- un planning mensuel de thèmes, de la technique pure à la recherche de clientèle ;
- une « semaine » dédiée à un membre : le groupe l'aide à creuser ses problématiques et à bâtir un plan pour son activité.
Anthony y voit un modèle de « membership », très répandu aux États-Unis : une communauté payante qui se justifie par des contenus réguliers et une vraie valeur ajoutée.
À retenir : le sentiment d'illégitimité est partagé par énormément de photographes. S'entourer de confrères bienveillants est le moyen le plus rapide de le dépasser.
4. Qu'est-ce qu'un shooting d'inspiration, et pourquoi l'offrir ?
Pour Pauline, le cœur du métier, c'est l'image : il faut en créer et la montrer. Ce qui lui a permis de bâtir une bonne clientèle, ce sont les shootings d'inspiration : des séances qu'elle offre au type exact de clients qu'elle souhaite attirer.
Contrairement à une séance classique, c'est elle qui décide de tout, de A à Z : le thème, la mise en scène, les accessoires, la sélection et la retouche. Le modèle accepte le concept et profite de l'expérience sans imposer ses envies. Résultat : des images qui correspondent exactement à ce qu'elle veut vendre, prêtes à être montrées sur son site et ses réseaux.
Un investissement qui devient rentable
Au début, Pauline offrait toute la galerie. Aujourd'hui, elle n'offre plus qu'une ou deux photos, et vend les images supplémentaires aux personnes venues collaborer avec elle. Une galerie en ligne où le client choisit ses photos facilite justement ce type de vente. Et surtout, l'effet « boule de neige » joue à plein : une personne ravie de sa séance offerte en parle autour d'elle.
« La personne à qui vous offrez la séance peut vraiment revenir derrière, parler autour d'elle de son expérience avec vous. »
Pauline Cany
À retenir : traitez la personne qui reçoit un shooting offert exactement comme une cliente. C'est votre meilleure ambassadrice.
5. Instagram peut-il devenir votre principale source de clients ?
Pour Pauline, oui : au moment de l'enregistrement, la grande majorité de ses clients viennent uniquement d'Instagram. Son raisonnement est simple : les futurs parents sont des jeunes, à peu près de son âge. Où sont-ils ? Sur Instagram. Elle n'y connaissait rien au départ, elle s'est formée.
« Je vais là où les clients se trouvent. »
Pauline Cany
Des stories pour rendre le compte vivant
Elle évite tout ce qui est personnel, mais partage beaucoup de son quotidien professionnel :
- quelques mots face caméra pendant une séance de retouche ;
- le récit de ses journées et des visites du studio ;
- les nouveaux accessoires ;
- un simple boomerang pour dire bonjour.
Les clients adorent être « au cœur des choses » : ils suivent les stories, réagissent, commentent. Anthony fait le lien avec les photographes qui disent n'avoir jamais trouvé de client sur Instagram après trois publications : c'est souvent une mauvaise utilisation de l'outil. Oser se montrer en vidéo crée une proximité qui donne envie de réserver. Instagram attire, mais il reste utile d'avoir une vitrine qui vous appartient : un site internet de photographe vers lequel renvoyer vos abonnés.
6. Que veut dire « pousser les portes » quand on débute ?
L'expression revient tout au long de l'épisode. Pour Pauline, elle recouvre plusieurs actions :
- Se présenter à ses confrères : aller dire bonjour aux photographes de son secteur, même si l'on se sent comme « le nouveau concurrent ». Certains seront réservés, d'autres très bienveillants.
- Envoyer un petit mail à la mairie, pour se faire connaître localement.
- Démarcher les métiers qui entourent le sien : sages-femmes, gynécologues, quand on photographie la grossesse et les nouveau-nés.
Son message est d'une simplicité désarmante : « Bonjour, je suis Pauline et je suis photographe. Voilà mon travail. » Il s'agit avant tout de montrer qu'on existe.
« Le plus dur, c'est la première porte qu'il faut ouvrir. Et après, ça va tout seul. »
Pauline Cany
Anthony partage son propre exemple : il n'osait pas lancer ce podcast. Développeur, pas photographe, avec un accent belge, il ne se sentait pas légitime. Épisode après épisode, les auditeurs lui disent pourtant qu'ils apprennent des choses. S'il n'avait pas osé, il n'y aurait rien.
7. Comment créer des partenariats avec d'autres professionnels ?
Pour proposer des séances très travaillées, Pauline a intégré le maquillage et la coiffure à ses prestations, en partenariat avec une maquilleuse et une coiffeuse. Elle a choisi des personnes avec qui « le feeling passe », et l'échange de visibilité fonctionne dans les deux sens :
- ses partenaires travaillent avec des femmes et parlent d'elle lors de leurs propres rendez-vous ;
- présentes pendant les séances, elles se font connaître des futures mamans, qui les gardent parfois comme prestataires.
Elle a aussi noué un partenariat avec une sage-femme et un ostéopathe : chacun recommande l'autre à sa clientèle. Parfois, cela n'apporte qu'une ou deux personnes par mois. Mais année après année, ces clientes en amènent d'autres.
| Partenaire | Ce qu'il apporte | Ce que vous lui apportez |
|---|---|---|
| Maquilleuse, coiffeuse | Des séances plus abouties, du bouche-à-oreille auprès de ses clientes | Des clientes rencontrées pendant les séances |
| Sage-femme | Une recommandation auprès des futures mamans | Des recommandations quand une cliente cherche une sage-femme |
| Ostéopathe | Des contacts réguliers de jeunes parents | Le même échange de bons procédés |
À retenir : repérez les professionnels qui voient vos futurs clients avant vous, et proposez-leur un échange équilibré. L'effet boule de neige fait le reste.
8. Pourquoi il n'y a pas de « petit client »
Pauline l'admet : elle s'est déjà dit « ça, c'est un petit contrat, on va faire ça vite fait ». Une anecdote l'a guérie de ce réflexe.
Un 31 décembre, un homme l'appelle pour une séance photo le lendemain, le 1er janvier. La demande lui paraît étrange, elle refuse : elle ne travaille pas ce jour-là. Il la recontacte sur Instagram. En découvrant son compte certifié, elle comprend qu'il s'agit d'un footballeur professionnel. Elle accepte finalement, avec un supplément, et réalise une très belle séance. Ce client lui a ensuite amené du monde.
« Il y a toujours des pépites là où on ne s'y attend pas. »
Pauline Cany
La leçon qu'elle en tire : répondre au téléphone avec attention, à chaque fois, et savoir dire « c'est possible, avec un supplément » plutôt que fermer la porte. Prévoir ces cas dans sa grille (jours fériés, urgences) suppose de bien calculer ses tarifs à l'avance. Quant aux demandes qui arrivent tard le soir, comme cette conversation Instagram qui a duré jusqu'à 1 heure du matin, un outil de réservation en ligne permet au client de choisir un créneau sans attendre votre réponse.
9. Apprendre à dire oui
Interrogée sur son objectif pour 2021, Pauline prend le contre-pied d'un conseil très répandu. Beaucoup d'entrepreneurs veulent apprendre à dire non ; elle veut dire oui au maximum de choses, ne plus se mettre de barrières et laisser leur chance aux opportunités, tout en faisant le tri pour rester dans sa ligne directrice.
« Je pense que quand on donne, on reçoit. »
Pauline Cany
Anthony approuve, avec une nuance : dire oui, oui, mais pas à tout et n'importe quoi. L'enjeu est de rester aligné avec la photographe que l'on veut être.
Épisode enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Pauline y explique avoir gardé sa clientèle grâce à sa positivité et à sa créativité, sans se sentir seule. La communauté Dodge & Burn et les chiffres cités concernent cette période.
Les erreurs à éviter quand on est photographe débutant
D'après l'expérience de Pauline Cany :
✗ Attendre d'être parfait avant d'oser démarcher ses premiers clients.
✗ Rester seul dans son coin au lieu de rencontrer ses confrères.
✗ Offrir une séance sans la traiter comme une vraie prestation : la personne est votre future ambassadrice.
✗ Offrir toute la galerie à chaque shooting d'inspiration, alors qu'une ou deux photos suffisent pour lancer la vente.
✗ Publier trois photos sur Instagram et conclure que ça ne marche pas, sans jamais faire vivre son compte en stories.
✗ Classer un client parmi les « petits » et bâcler son travail.
✗ Négliger la formation, alors que l'expérience des photographes confirmés fait gagner un temps précieux.
FAQ : photographe débutant, trouver ses premiers clients
Comment trouver ses premiers clients quand on est photographe débutant ?
Créez d'abord des images qui correspondent à la clientèle visée, par exemple avec des shootings d'inspiration offerts. Montrez-les sur Instagram et sur votre site, présentez-vous aux professionnels qui côtoient vos futurs clients et soignez chaque personne photographiée : le bouche-à-oreille fait ensuite boule de neige.
Combien de temps faut-il pour vivre de la photographie ?
Comptez souvent une à deux années de lancement. Pauline Cany, installée en 2017 à Dijon, estime qu'il lui a fallu environ deux ans, avec une première année « un peu chaotique », avant d'avoir une clientèle régulière.
Qu'est-ce qu'un shooting d'inspiration ?
C'est une séance offerte, dont le photographe décide tout : thème, mise en scène, accessoires, sélection et retouche. Elle permet de produire exactement les images que l'on veut montrer à sa future clientèle. Le modèle reçoit une ou deux photos et peut acheter les autres.
Faut-il faire des séances photo gratuites quand on débute ?
Oui, si elles sont ciblées et bien préparées. Une séance offerte au type de client que vous voulez attirer vous donne un portfolio pertinent et une ambassadrice. Limitez ensuite ce qui est offert, par exemple une ou deux photos, et proposez les autres à la vente.
Instagram est-il utile pour trouver des clients photographe ?
Oui, surtout si votre clientèle est jeune, comme les futurs parents. Pauline Cany trouve l'essentiel de ses clients sur Instagram grâce aux stories : coulisses, retouche, visite du studio, nouveaux accessoires. Un compte vivant crée de la proximité ; quelques publications isolées ne suffisent pas.
Avec quels professionnels un photographe de naissance peut-il faire des partenariats ?
Sages-femmes, gynécologues, ostéopathes, maquilleuses et coiffeuses côtoient les futures mamans. Un échange de recommandations équilibré, où chacun parle de l'autre à sa clientèle, apporte des contacts réguliers qui s'additionnent d'année en année.
Comment se sentir légitime en tant que photographe débutant ?
En se formant, puis en s'entourant d'autres photographes bienveillants. Le sentiment d'illégitimité est très répandu dans un métier où l'on se compare sans cesse. Échanger avec des confrères, donner son avis et oser démarcher permet de le dépasser plus vite.
Découvrir le travail de Pauline Cany
Portraits en studio, grossesse, naissance, famille, boudoir et mariages à Dijon, Lyon et Paris : retrouvez ses séances et son studio sur son site, paulinecany.fr.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Anthony Heukmes et Pauline Cany, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; la communauté et les projets évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 7 900 mots)
Chapitres :
- Introduction : Pauline Cany, photographe de grossesse et de nouveau-né
- Faire avancer le métier : la naissance de Dodge & Burn
- Pourquoi on ne se sent pas légitime dans les groupes de photographes
- Un groupe filtré et bienveillant
- Communauté gratuite ou payante ?
- Thèmes mensuels et semaine dédiée à un membre
- Le métier de photographe plaît-il encore aux jeunes ?
- Du commerce à la photographie
- Les a priori de la famille
- Commencer par un emploi classique pour mieux savourer
- Se lancer en 2017 face à la concurrence
- Rester positive pendant les années difficiles
- Créer de l'image : les shootings d'inspiration
- Se former auprès de ceux qui ont réussi
- Comment se déroule un shooting d'inspiration
- L'effet boule de neige et la vente de photos supplémentaires
- Ce qu'elle partage en stories sur Instagram
- Instagram, premier canal d'acquisition
- Pousser les portes : confrères, mairie, sages-femmes
- Oser : l'exemple du podcast
- Partenariats avec une maquilleuse, une coiffeuse et une sage-femme
- Il n'y a pas de petits clients
- Une séance le 1er janvier avec un footballeur professionnel
- Construire sa marque prend du temps
- Traverser la crise sanitaire
- Le challenge 2021 : dire oui
- Remerciements et conclusion
Introduction : Pauline Cany, photographe de grossesse et de nouveau-né
Anthony : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer et de progresser dans votre métier. Je suis Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable sur leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si tu apprécies le podcast, pense à le partager et à t'abonner sur ta plateforme préférée.
Je reçois aujourd'hui Pauline Cany, une jeune photographe qui nous prouve qu'il est toujours possible de se lancer comme photographe, même si la concurrence est rude. Elle revient sur le chemin parcouru et les difficultés rencontrées pour aujourd'hui vivre de sa passion.
Salut Pauline !
Pauline : Salut !
Anthony : Merci de me rejoindre pour ce nouvel épisode du podcast Fotostudio.
Pauline : Avec grand plaisir, je suis ravie.
Anthony : Alors pour la petite info, Pauline est légèrement, on va dire, légèrement stressée. Pour une fois, c'est une plus jeune qui passe sur le podcast, mais j'ai vraiment envie de varier les épisodes et d'avoir des personnes qui ont 20 ans d'expérience comme des personnes qui en ont seulement quelques-unes. Je pense qu'on a tous à apprendre les uns des autres, qu'on soit plus vieux ou plus jeunes. Je te laisse parler : est-ce que tu veux bien commencer par te présenter, s'il te plaît ?
Pauline : Oui, bien sûr. Moi, c'est Pauline. Je suis photographe spécialisée dans la grossesse et le nouveau-né, depuis 2017. C'est un métier que j'exerce avec passion, j'imagine, comme beaucoup de mes confrères. Je suis quelqu'un qui adore l'entrepreneuriat, j'ai vraiment ça dans le sang. C'est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, donc peut-être qu'on peut parler de ça.
Je suis quelqu'un de très créatif, et c'est aussi pour ça que je fais ce métier : c'est là où j'ai trouvé la façon de m'exprimer le mieux, et aussi parce que je suis passionnée de grossesse et de nouveau-né, évidemment. Mais j'ai vraiment à cœur de transmettre toute mon énergie créative dans ce métier, parce que j'ai l'impression que je peux le faire avancer, et que je vais le faire avancer d'ailleurs. Donc c'est hyper important. Et d'ailleurs, merci beaucoup de me donner la parole, parce que ça prouve que j'ai peut-être ma place dans ce secteur-là.
Faire avancer le métier : la naissance de Dodge & Burn
Anthony : Donc ça veut dire que toi, contrairement à beaucoup de photographes, tu ne t'es pas juste dit « je veux devenir photographe parce que j'aime la photo », mais aussi, peut-être à force de découvrir ce métier, « il y a des choses qui ne vont pas et que j'ai envie de régler », ou « il y a des personnes qui sont en galère et j'ai envie de les aider ». C'est un petit peu le sentiment que tu as en toi ? Quand tu dis que tu veux faire avancer le métier, c'est aider les gens à aller plus loin dans leur métier ?
Pauline : Oui, c'est ça. J'ai à cœur de faire avancer le métier au-delà de moi, de ma créativité et tout ça. J'ai créé un groupe qui s'appelle Dodge & Burn depuis le tout premier confinement, donc en mars dernier. C'est un groupe où on réunit tout type de photographes, on est hyper bienveillants, on s'entraide au quotidien. Pour moi, c'est hyper important de faire avancer le métier, notamment par le biais des photographes, parce que c'est par là que ça commence.
Si les photographes prennent un bon élan avec beaucoup de bienveillance (parce que ce n'est pas forcément ce que j'ai trouvé quand j'ai commencé), je pense qu'on peut faire évoluer la profession de façon positive. C'est vraiment ce que je recherche.
Anthony : Et ce groupe justement, puisque tu en parles, parlons-en directement avant d'aller plus loin dans ta présentation. Tu disais que c'est ouvert à tout type de photographe. Donc c'est quoi ? C'est un groupe Facebook, un groupe WhatsApp ? Ça se passe comment concrètement pour rejoindre ce groupe, et qu'est-ce qu'il s'y passe ? Qu'est-ce qu'on y apprend en tant que photographe, en quoi est-ce que ça peut nous aider ?
Pauline : Je l'ai créé au départ sans que ce soit du tout parfait, il n'y avait pas vraiment de règles. La règle principale du groupe, c'était la bienveillance, et c'est ce que je voulais vraiment apporter. Je trouve qu'on est dans une société et dans une période où on a énormément de réseaux sociaux, et on se perd beaucoup dans les divers groupes, que ce soit sur Facebook ou sur Instagram, on trouve plein de choses. Et finalement, moi, je ne m'y retrouvais dans aucun. J'en suivais plusieurs, mais il n'y en avait aucun où je trouvais ma place.
C'était vraiment ça que je voulais apporter aux photographes, et surtout aux photographes qui cherchent leur place, donc peut-être à ceux qui débutent, même si aujourd'hui on a aussi des gens un petit peu plus expérimentés sur le groupe. Et c'est super, parce qu'ils apportent justement leur expérience. Mais je voulais vraiment que les jeunes photographes se sentent intégrés dans ce monde qui paraît si fermé au premier abord.
Anthony : C'est vrai que moi, ayant aussi découvert le monde des photographes quand j'ai lancé Fotostudio à l'époque, un milieu que je ne connaissais pas, on peut avoir l'impression de l'extérieur que c'est un milieu un peu fermé, avec beaucoup de concurrence, où on se tire dans les pattes les uns les autres. Et au final, en apprenant à connaître un petit peu les gens, on se rend compte que ce n'est vraiment pas le cas du tout et qu'au contraire, il y a beaucoup d'entraide.
Pourquoi on ne se sent pas légitime dans les groupes de photographes
Et justement, tu disais que toi, tu ne trouvais pas ta place dans les groupes existants. C'est à quel niveau ? Parce que tu débutais, ou parce que tu étais plus jeune ? Qu'est-ce qui faisait que tu ne te sentais pas intégrée dans ces groupes-là ?
Pauline : Je pense que c'est beaucoup une question de niveau. On se compare beaucoup, parce que c'est un métier très visuel finalement. Donc je pense que déjà, on se met un peu en retrait parce qu'on a l'impression de ne pas être légitime. C'est un problème de beaucoup de photographes, je pense.
Et effectivement, c'est de là que part un peu le problème, parce qu'on se dit : « je ne suis pas assez légitime pour commenter telle publication, pour juger si cette photo est jolie ou pas, ou pour donner mon avis ». Je pense que c'est là-dessus que je ne trouvais pas ma place. Et c'est dommage, parce que c'est aussi en donnant son avis qu'on avance, je trouve, et qu'on peut s'exprimer soi-même et affirmer ce qu'on a envie de faire et ce qu'on veut transmettre.
Anthony : C'est ça. Donc c'est aussi toi, finalement, qui te mettais une barrière et qui n'as peut-être pas osé franchir le pas. Alors que si tu avais osé commenter, comme tu l'as dit, ça t'aurait peut-être permis de progresser et de t'intégrer dans ce groupe. Mais tu ne t'es pas sentie à ta place, en tout cas à ce moment-là.
Pauline : C'est ça. Et puis je pense qu'il y a aussi un effet de masse : il y a énormément de monde sur ces groupes-là. Donc il y a beaucoup de commentaires, beaucoup d'interactions, et on peut vite se perdre. C'est aussi ça qui fait peur. Quand on arrive dans un groupe où il y a déjà plein de choses qui se passent, plein d'effervescence, avec parfois des commentaires négatifs, ça peut faire peur.
Et moi, personnellement, ça me freine quand je vois trop de jugements négatifs. Il y a aussi du jugement positif, mais j'ai vu beaucoup de choses négatives, avec beaucoup de gens qui jugeaient ce que l'un ou l'autre faisait. Ça ne me donne pas envie d'avancer sur un groupe comme ça.
C'est pour ça que sur Dodge & Burn, j'ai vraiment misé sur des gens qui ont envie d'être là pour aider les autres, et tout simplement pour être un moteur, pas pour ralentir les autres. Même si on n'est pas d'accord : on a le droit de ne pas être d'accord avec les autres, d'avoir des avis différents, d'avoir une créativité qui n'est pas la même que celle du voisin. Ce n'est pas le souci, c'est vraiment juste dans un souci de bienveillance. Je suis sûre que même si on a des divergences, on peut très bien s'entendre tous ensemble.
Un groupe filtré et bienveillant
Anthony : Et justement, ce groupe, ça veut dire que tu tries les entrées ? Je veux dire, n'importe qui peut faire une demande d'adhésion et le rejoindre, ou bien tu vas filtrer selon tes critères ?
Pauline : Oui. Pour mon filtre, au départ, j'étais partie sur un questionnaire. J'ai un petit peu étudié ça avec une psychologue, qui m'a aidée à élaborer des questions pour voir si les gens étaient là plutôt par curiosité, ou si c'était vraiment par envie, par besoin aussi. C'est un questionnaire qui est amené à être revu, à évoluer, parce que c'est difficile de juger une personne sur un simple écrit. Et je pense qu'on n'est personne non plus pour le faire.
Donc je suis un petit peu plus tolérante maintenant qu'au départ, on va dire. Mais généralement, je parle un petit peu aux personnes qui sont intéressées pour rentrer dans le groupe, et on voit tout de suite si leur but, c'est d'être là par simple curiosité ou si c'est vraiment pour partager.
Communauté gratuite ou payante ?
Anthony : C'est ça. Par contre, tu l'as dit, tu es entrepreneuse dans l'âme. Ce n'est pas un groupe classique, un groupe Facebook sur lequel on s'inscrit, on le rejoint et puis on peut commencer à communiquer. C'est potentiellement, à terme, un vrai business pour toi, parce que je pense que l'inscription est payante. Tu as choisi ça parce que c'est un moyen d'entreprendre, mais je suppose pour d'autres raisons aussi : t'assurer de la qualité du groupe, et que les personnes qui le rejoignent viennent vraiment pour s'investir. Pourquoi est-ce que tu as finalement décidé d'aller vers cette voie-là ?
Pauline : Pour moi, ça s'est fait assez naturellement. On est entrés dans une année très compliquée l'année dernière, et j'avais quand même besoin de bouger. Je ne faisais plus de photos, donc j'avais besoin de faire quelque chose de mes journées. Et je me suis dit : « mais pourquoi je ne suis pas avec mes collègues ? Pourquoi on ne discute pas de toute cette période qui est anxiogène, compliquée ? » Je pense vraiment qu'on avait besoin de se regrouper, et c'est venu super naturellement.
Je me suis dit : « bon, allez, je me lance, je ne sais pas ce que ça va donner », et je l'ai fait un peu comme ça, à l'aveugle. Du coup, on en revient un peu à ce qu'on disait au départ sur la légitimité : je ne me sentais pas tout de suite légitime pour faire payer les gens, parce que je ne connaissais pas la qualité de ce groupe. Aujourd'hui, il n'est d'ailleurs toujours pas payant, alors que ça va bientôt faire un an.
J'ai voulu faire un peu une période de démo pour voir ce que ça donne. Je lui donne cette chance, et la chance aussi aux photographes d'y accéder gratuitement, même si ça me prend beaucoup de temps de gérer ça, de lire tous les messages pour vérifier que tout est comme je le veux, en tout cas que tout reste dans la bienveillance. Mais c'est un super boulot que j'adore faire, même si c'est beaucoup de travail. Je pense qu'il y a vraiment une valeur à développer encore et encore sur ce groupe pour l'avenir des photographes.
Anthony : Super. Écoute, en espérant que ça se passe au mieux. Je sais qu'aux États-Unis, c'est quelque chose qui se développe énormément, ce qu'ils appellent les memberships. Pour accéder à une communauté ou à un site avec des infos, tu payes un abonnement mensuel, je ne sais pas, 10, 15, 20 euros, peu importe. Et ça se développe énormément.
Les gens payent au final parce que, oui, tu as des groupes Facebook qui sont accessibles gratuitement, mais là, souvent, la personne qui gère la communauté, c'est-à-dire toi, amène vraiment une plus-value et crée des contenus réguliers. Par exemple, une fois par semaine, tu as un contenu qui est créé : ça peut être de la vidéo, des articles, peu importe. Finalement, ils payent pour appartenir à cette communauté et avoir ces contenus plus spécifiques.
Thèmes mensuels et semaine dédiée à un membre
Pauline : Pour le coup, on a vraiment créé quelque chose de sympa : tous les mois, je crée un planning avec des thèmes. On a abordé énormément de thèmes, ça peut aller de la photo brute, de la technique, jusqu'à comment trouver de la clientèle. Et tout le monde donne un petit peu ses astuces, dévoile un peu ses secrets. C'est super, parce que ça a vraiment permis à beaucoup de jeunes photographes de trouver de nouvelles astuces pour avancer.
Je fais d'ailleurs souvent des petits sondages pour avoir un retour sur le groupe, tout simplement. J'en ai fait un récemment, et les gens sont ravis, parce qu'ils arrivent à trouver des choses qu'ils n'auraient pas trouvées tout seuls.
Et pareil, tous les mois, ça me tient vraiment à cœur de prendre une personne du groupe et de lui laisser le champ libre : c'est sa semaine, et on est tous là pour l'aider. Ça, c'est quelque chose qui a beaucoup plu sur le groupe. On l'a fait avec une jeune photographe, et ça lui a vraiment permis de poser toutes les questions qu'elle voulait, d'aller un petit peu plus en profondeur sur elle, sur ses problématiques, et d'élaborer, pourquoi pas, un plan pour la suite de son business.
Donc c'est super, ce sont des choses qui nous permettent vraiment d'avancer ensemble. Et après, on prend vraiment plaisir à regarder son évolution. C'est totalement ça que je veux transmettre dans l'avenir.
Anthony : Super. Quand tu parles de jeune photographe, tu parles de jeune en âge, ou de photographe qui débute son activité ?
Pauline : Qui débute.
Anthony : Qui débute, OK. Donc ça veut dire que sur ce groupe, il peut y avoir toutes les tranches d'âge, ce n'est pas uniquement les moins de 30 ans ?
Pauline : Oui, toutes les tranches d'âge, il n'y a aucun souci. Et comme je le disais, on peut aussi avoir des personnes un peu plus expérimentées qui sont présentes et qui apportent encore plus.
Le métier de photographe plaît-il encore aux jeunes ?
Anthony : C'est ça. Et justement, toi qui es plus jeune que la plupart de mes invités, quel est ton sentiment par rapport à la vision qu'ont les jeunes (là, je parle des jeunes en âge) du métier de photographe ? Est-ce que le métier de photographe plaît encore beaucoup aux jeunes ? Parce qu'on sait que c'est un des métiers les plus rêvés par les Français : beaucoup de Français rêveraient de se reconvertir en photographe.
Est-ce que toi, tu as l'impression que du côté des jeunes, c'est pareil ? C'est un métier qui plaît, il y a encore beaucoup de jeunes qui se lancent comme photographes ? Ou tu remarques un essoufflement ?
Pauline : Pas spécialement. J'ai l'impression que c'est toujours un métier qui plaît beaucoup. Moi, j'ai beaucoup de demandes de stage dans l'année, notamment de jeunes qui cherchent un stage de troisième ou ce genre de choses. C'est encore très récurrent. Donc je pense que c'est un métier qui plaît encore beaucoup, et même en premier métier, pas juste en reconversion. C'est aussi pour ça que je pense que le groupe Dodge & Burn peut avoir toute sa place.
Du commerce à la photographie
Anthony : Et toi, justement, revenons un petit peu en arrière maintenant. Tu t'es lancée comme photographe en 2017, tu as dit, je pense ?
Pauline : Oui.
Anthony : C'était ton premier métier ? Tu as commencé directement par la photo ? Comment est-ce que ça s'est passé à ce niveau-là ?
Pauline : Alors moi, je n'ai pas du tout commencé par la photo. J'ai été dans le commerce avant : j'ai notamment travaillé dans un magasin de maquillage.
Rien à voir avec la photo, effectivement. C'est un métier qui ne m'a pas forcément plu parce qu'il y avait toute la hiérarchie au-dessus, et je pense que j'étais beaucoup trop limitée dans ce genre de secteur-là. Quand je me suis rendu compte que ça n'allait pas être mon avenir professionnel, je me suis dit : « Il faut que je trouve quelque chose. » La photo, ça a toujours été une évidence pour moi, j'en faisais déjà depuis très jeune.
Donc je me suis formée : j'ai fait une école par correspondance pendant trois ans. Je me suis lancée un petit peu en cours de route, en même temps que l'école. Ensuite, j'ai eu mon certificat et je me suis sentie déjà plus légitime. Et après, j'ai fait d'autres formations, évidemment, avec des professionnels que j'admirais, des mentors pour moi.
Les a priori de la famille
Anthony : Tu dis que la photo, ça te plaisait depuis que tu étais très jeune. Qu'est-ce qui a fait que tu n'as pas voulu te lancer directement en tant que photographe ? Tu ne pensais pas que c'était un vrai métier, tu avais des doutes ? Qu'est-ce qui t'a bloquée à ce niveau-là ?
Pauline : Exactement, j'avais beaucoup d'a priori. Et pas que moi d'ailleurs : ma famille aussi, ça a beaucoup été un frein. De base, j'ai toujours voulu être photographe. Mais c'est vrai que dans ma famille, c'était un petit peu mal vu, parce qu'on se disait qu'il n'y avait pas de débouchés, pas d'avenir finalement, pas de clientèle. Donc ça faisait peur.
Je pense que c'est comme tous les métiers artistiques, assez aléatoires, et ça dépend aussi de beaucoup de paramètres personnels. C'est pour ça que ça a été compliqué pour moi de faire ce premier choix. Ça m'a permis au moins d'aller jusqu'au bac et de passer les examens, on va dire, les plus importants, entre guillemets. Et puis aussi d'avoir une autre expérience professionnelle. Je ne regrette pas du tout, parce que ça me permet aujourd'hui de savoir que je suis au bon endroit.
Commencer par un emploi classique pour mieux savourer
Anthony : Ça te permet de savourer encore plus. C'est marrant parce qu'on m'a posé récemment la question dans une interview : on me demandait si je conseillerais à un jeune qui sort de l'école d'entreprendre ou bien de commencer par un boulot classique. J'ai répondu de commencer par un boulot classique. Et quand on m'a demandé pourquoi, j'ai dit : justement pour profiter encore plus par après, quand il aura trouvé son vrai job de cœur.
Pour pouvoir en profiter vraiment en se disant : « Avant, j'ai galéré, j'étais dans un job qui ne me plaisait pas. » Moi, je suis encore bien plus heureux aujourd'hui d'avoir ce métier qui me plaît, et je me rends compte à quel point j'ai de la chance d'avoir un boulot que j'aime autant. Donc oui, je pense que c'est important, comme tu le dis.
Se lancer en 2017 face à la concurrence
OK. Et donc tu fais cette formation, tu lances ton activité. Là, ça se passe comment ? Parce que la plupart des photographes qui sont venus dans le podcast, quand je leur demande comment ils se sont lancés, m'ont tous dit : « Ah, mais tu sais, quand je me suis lancé, il n'y avait pas trop de photographes. Je me suis fait connaître assez facilement, et finalement c'était assez simple d'aller chercher mes premiers clients. »
Honnêtement, si tu écoutes les podcasts, quasiment tous ont cette réponse, mais ce sont des photographes qui ont, je ne sais pas, 35, 40, 50 ans. Toi, par contre, c'est complètement différent : tu t'es lancée en 2017, ce n'est pas si vieux que ça. On est dans un monde où il y a beaucoup plus de photographes, beaucoup plus de concurrence aujourd'hui. Est-ce que tu as galéré pour te lancer, pour aller chercher ces premiers clients ? Ou est-ce que tu as eu une baguette magique qui a fait que tu es rapidement devenue rentable ? Comment ça s'est passé, ce lancement, en termes plutôt business ?
Pauline : Pour moi, ça a été long. Je dirais que ça ne fait que deux ans. La première année, ça a été vraiment un peu chaotique, pour être honnête. Ça a été une année de lancement. Je me suis donné ma chance en me disant : « La première année, peut-être même la deuxième, ça va être compliqué. » Et effectivement, ça l'a été.
Ce n'était pas de tout repos. Il a fallu persévérer et trouver vraiment de la ressource pour avancer dans le temps. Je dirais qu'aujourd'hui, ce n'est plus du tout aussi facile de trouver de la clientèle, de se démarquer et de persévérer aussi. C'est difficile parce qu'on voit tellement de, je ne dirais pas de concurrents, parce que pour moi ce n'est pas de la concurrence, mais vraiment de confrères qui sont là et qui font de la qualité aussi. C'est difficile de se démarquer au milieu de ça, mais je pense que ça reste possible.
Il faut s'entourer, s'entourer des bonnes personnes. C'est très important de trouver sa place, parce que je pense que c'est pour ça que j'ai mis autant de temps, entre guillemets, pour démarrer et trouver ma clientèle. Je restais trop dans mon coin, et ça m'a freinée énormément parce que j'avais l'impression que je n'avais pas ma place. Il fallait surtout que je sois parfaite pour pouvoir avoir des clients. Ça, ça a été vraiment un gros, gros frein.
Je pense qu'aujourd'hui, il faut casser les barrières. Si on veut devenir photographe, il ne faut pas hésiter à toquer aux portes, et surtout à persévérer, à être créatif et à être soi-même. Je pense que la clé, c'est vraiment d'être soi-même, parce que c'est là qu'aujourd'hui il y a une fibre avec le client. Être soi-même et avoir un feeling avec le client, je pense que c'est le plus important. Et c'est aussi ce qu'il retient : il va parler de nous si on est dans cette fibre-là, dans ce feeling.
Rester positive pendant les années difficiles
Anthony : Et dans cette première année, ou ces deux années qui sont un peu difficiles, le fait que tes parents étaient peut-être un peu réticents et t'aient dit : « Non, mais photographe, ce n'est peut-être pas un vrai métier, tu es sûre que tu veux vraiment faire ça ? », tu te sens comment ? Tu te dis : « Mince, finalement, ils avaient peut-être raison, j'ai peut-être fait une bêtise en me lançant là-dedans » ?
Ou bien non, tu te dis : « J'y crois, je vais aller au bout de mes rêves et je vais me donner à fond jusqu'à ce que ça fonctionne » ? Tu as quand même des coups de mou à ce moment-là, je suppose. Est-ce que tes parents ont quand même su te soutenir, ou ton mari, ou d'autres ? Comment ça s'est passé, cette phase un peu difficile ?
Pauline : Honnêtement, je pense que j'étais en plein dedans et je ne me rendais pas compte du négatif, et je pense que c'est aussi ça ma force. Au quotidien, je ne suis pas quelqu'un de négatif du tout. Donc je ne voyais pas spécialement que c'était difficile, que c'était long. C'est maintenant que je me rends compte de ça, parce que maintenant j'évolue très vite, justement parce que j'ai compris qu'il fallait pousser les portes.
Et ma famille, eux, avaient peur pour moi, c'est vraiment ça : c'est de la peur. Je pense qu'il ne faut pas leur en vouloir, c'est normal. Maintenant que je suis maman, je sais que ce qu'on veut pour nos enfants, c'est le meilleur. Donc il faut aussi être, je pense, compréhensif envers nos parents et envers nos proches qui s'inquiètent pour nous.
Mais franchement, une fois que je me suis lancée, ils l'ont accepté. Et au contraire, ils ont été là pour me pousser, pour me dire : « Allez, tu vas y arriver, ça va le faire. Il n'y a aucune raison que ça ne fonctionne pas, tu t'es formée. » C'est pour ça que je dis qu'il faut être bien entouré. Parce que si on a l'inverse, des gens qui nous disent : « Oh là là, tu vois, je te l'avais dit, ce n'est pas du tout un bon plan », là, on peut vite sombrer au fond du trou.
Mais l'objectif, c'est de rester positif et de s'entourer de gens comme ça pour pouvoir avancer et trouver les clés, surtout pour évoluer encore et encore.
Créer de l'image : les shootings d'inspiration
Anthony : C'est ça. Et justement, la difficulté, c'est que quand tu te lances, évidemment, personne ne te connaît, et donc il faut faire parler de toi ou en tout cas aller chercher tes clients. Quelles sont les quelques stratégies que tu as mises en place ? Qu'est-ce que tu conseillerais à un photographe qui se lance aujourd'hui et qui doit commencer à faire parler de lui, aller chercher des clients pour gagner sa vie ? C'est quoi les petits conseils que tu as envie de lui donner ?
Pauline : Pour moi, il faut travailler dur. Et quand je dis travailler dur, je pense qu'il faut vraiment créer de l'image, de toute façon c'est notre cœur de métier. Et il faut montrer nos images. Ce qui m'a permis d'évoluer et de vraiment avoir une bonne clientèle, c'est de faire des shootings d'inspiration, je les appelle comme ça.
Ce sont des shootings que je propose gratuitement au type de clients que j'aimerais avoir. J'essaye vraiment de le faire de la meilleure façon possible, avec l'objectif que je veux en tête, ce que je veux transmettre. Ça permet déjà de créer des images sur ce qu'on a envie de faire, et donc d'avoir ensuite des photos à montrer aux clients qu'on veut aller chercher.
Je pense que c'est hyper important de créer de l'image, créer du contenu, et surtout de ne pas hésiter à être présent aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Ne pas hésiter à se montrer aussi, parce que les gens adorent être un petit peu au cœur des choses. J'ai remarqué que les clients adorent suivre, par exemple, les stories sur Instagram ou ce genre de choses. Ils sont à fond, ils commentent et tout ça.
Je pense que l'interaction avec les gens est hyper importante aujourd'hui, et c'est aussi pour ça qu'il est important de ne pas rester dans son coin. Donc il faut créer du contenu. Pour moi, c'est vraiment le secret : créer du contenu et être dans l'interaction avec les gens, avec les clients. Et puis être soi-même, tout simplement, pousser les portes.
Se former auprès de ceux qui ont réussi
Et évidemment, je dirais quand même se former, parce que ça reste pour moi une clé très, très importante. On ne me l'a pas assez dit, parce que je n'étais pas forcément entourée. Mais depuis que je me suis formée vraiment avec des professionnels, avec des gens que j'admire, depuis que j'ai passé ce cap d'investissement dans la formation, ça m'a changé la vie, parce qu'on apprend des choses. On apprend de l'expérience des gens qui ont réussi, et ça, c'est vraiment de l'or.
Comment se déroule un shooting d'inspiration
Anthony : C'est ça. Alors, tu parlais de shootings d'inspiration. En gros, c'est gratuit, mais c'est toi qui imposes un thème, qui sélectionnes peut-être les personnes. Ça veut dire que là, on n'est pas en séance classique : ce n'est pas au client de te dire « On aimerait bien ça, on aimerait bien faire ceci ». Là, tu imposes clairement, c'est toi qui prépares tout.
Le client vient, il fait les photos, il n'a entre guillemets rien à dire. Enfin, vous passez un bon moment parce que ça reste un partage, mais c'est vraiment toi qui prends les décisions de A à Z, et c'est toi qui sélectionnes les photos que tu retouches, etc. Ça se passe comme ça, une collaboration, enfin une inspiration, comme tu as dit, pardon ?
Pauline : Oui, c'est ça. Je crée vraiment tout un shooting autour de ce que moi j'ai envie, de ce que j'ai envie de montrer, de ce que j'ai envie de transmettre. La collaboration se fait effectivement avec une personne qui est d'accord avec ce concept, qui vient et qui profite pleinement de la chose, sans forcément donner, elle, ses envies ou ses désirs.
L'effet boule de neige et la vente de photos supplémentaires
Anthony : C'est ça. L'avantage, c'est que ça te fait des photos à publier, bien sûr, sur ton site, sur tes réseaux, etc. Ça te fait une expérience en plus. Et ces clients-là, les collaborations que tu as faites jusqu'à présent, est-ce que tu as l'impression que ça t'a aussi permis d'élargir un peu ton réseau ? Que des clients venus chez toi pour une collaboration gratuite comme ça t'ont peut-être amené d'autres clients derrière ?
Le réseau, c'est quelque chose dont on parle énormément dans le business classique, je veux dire dans les sociétés, dans le privé : il faut élargir son réseau et rencontrer des gens. Dans la photo, on n'en parle peut-être pas assez. Est-ce que tu as ce sentiment-là, que quand tu débutes, avoir fait quelques collaborations avec de nouvelles personnes t'en a fait rencontrer d'autres, et que ça t'a permis aussi d'élargir un peu ton bouche-à-oreille ?
Pauline : Oui, tout à fait, ça fait effet boule de neige, comme j'aime bien dire. Je trouve que si on fait du bon travail, forcément, les gens vont parler de nous autour d'eux. Ça a été le cas pour moi : j'ai offert beaucoup, beaucoup de shootings, et les gens qui étaient contents en parlaient autour d'eux. Donc forcément, ça me rapportait de la clientèle derrière.
C'est un investissement à prévoir, en termes de temps notamment, et pourquoi pas d'accessoires et tout ça. Mais honnêtement, ça peut vite être rentable. Aujourd'hui, il m'arrive encore de faire des shootings d'inspiration. Avant, j'offrais toute la galerie ; aujourd'hui, j'offre une ou deux photos. Et en plus de ça, j'arrive à vendre des photos supplémentaires à ces personnes qui viennent collaborer avec moi.
Donc pour moi, c'est un vrai gain en termes de finances et aussi en termes de visibilité. Il faut avoir en tête que ce n'est pas seulement du temps ou de l'investissement qu'on va donner, c'est vraiment plus que ça. La personne à qui vous offrez la séance peut vraiment revenir derrière, parler autour d'elle de son expérience avec vous. Donc c'est hyper important pour moi de la considérer comme une cliente, finalement.
Ce qu'elle partage en stories sur Instagram
Anthony : C'est ça. Et alors, tu parlais d'Instagram. Tu disais que tes clients aimaient bien suivre ton activité sur Instagram, être actifs, commenter, etc. Ça veut dire que tu partages quoi avec eux ? Uniquement des infos liées au boulot, ça peut être du backstage, des choses comme ça ? Ou bien tu partages vraiment ton quotidien, tu fais des petites vidéos de toi pour parler de choses variées ? Qu'est-ce que tu partages aujourd'hui en story sur ton Insta ?
Pauline : Sur Insta, j'évite quand même tout ce qui est perso. Ça, c'est un choix personnel. Mais par contre, je partage un peu de tout au niveau pro. Je vais prendre un petit peu mon téléphone et parler aux gens en leur disant : « Voilà, je suis en train de faire de la retouche. » Je leur parle, tout simplement.
Je leur raconte un petit peu mes journées, parfois je fais le tour du studio, je leur montre les nouveaux accessoires. Ce sont des petits détails comme ça. Parfois, juste un petit boomerang pour dire bonjour, ce genre de choses. Et en fait, ça rend le compte vivant, et ça, les gens aiment.
Instagram, premier canal d'acquisition
Anthony : Donc aujourd'hui, Insta est devenu ton principal canal d'acquisition, j'ai envie de dire ? C'est avec ça que tu vas chercher la majorité de tes nouveaux clients ?
Pauline : Oui, tout à fait, j'ai principalement des gens qui viennent uniquement d'Instagram.
Anthony : C'est complètement fou, de nouveau, de voir la différence, probablement au niveau génération.
Mais des photographes plus anciens te disent qu'ils n'utilisent jamais Instagram, qu'ils ne comprennent pas, qu'ils ont déjà essayé de publier trois photos et qu'ils n'ont jamais eu de clients via ça. Mais je pense simplement qu'il y a une mauvaise utilisation de l'outil. Comme tu l'as si bien dit, il faut faire vivre ce compte. Je crois que les stories, aujourd'hui, c'est devenu primordial.
Et là aussi, c'est marrant : tu disais par exemple que tu n'avais pas osé publier dans un groupe Facebook. Et là, tu vois, il y a plein de gens qui diront : « Moi, j'ose pas me mettre en vidéo sur Instagram et publier des stories où on voit ma tête, où je parle aux gens. » Et là aussi, une fois de plus, c'est oser s'exposer, se montrer et créer un peu d'intimité avec ses clients qui te suivent, qui vont apprendre à mieux te connaître.
Et de nouveau, ce que tu disais était tout à fait juste : créer son style et son image, et que les clients puissent aussi s'identifier. Ça leur donne envie de revenir te voir, ou de venir te voir pour une séance s'ils ne te connaissent pas encore. Donc c'est fou. Tu vois, il y en a plein qui vont me dire : « Insta, je ne m'en sers pas du tout, je n'ai jamais eu de client avec ça. » Et toi, comme d'autres, vous dites : « Insta, c'est ma source d'acquisition principale. » Donc c'est plutôt chouette.
Pauline : C'est assez dingue, mais c'est vrai. En fait, moi, je suis partie d'un principe assez simple : aujourd'hui, les futurs parents, ce sont des jeunes. Donc je me suis dit : ils sont jeunes, ils ont à peu près mon âge, finalement. Où est-ce qu'ils sont ? Ils sont sur Instagram.
Pour moi, ça m'a paru hyper logique d'aller sur Instagram et de développer ce compte-là, même si à la base, j'avoue que je n'y connaissais rien non plus. Mais je me suis un petit peu intéressée, un petit peu formée. Et maintenant, ça me paraît logique, et je me dis que sans Instagram, je ne serais rien. Je pense qu'il faut essayer d'avancer avec son temps. Avec des choses très simples : moi, je vais là où les clients se trouvent, et ça m'a semblé logique qu'ils soient sur Insta.
Pousser les portes : confrères, mairie, sages-femmes
Anthony : C'est ça. Alors, tu l'as dit plusieurs fois, il faut oser pousser des portes. Qu'est-ce que tu entends par là ? Ça veut dire parfois faire de la prospection plus active, aller toquer chez le boulanger du coin et laisser un flyer ? Quand tu dis toquer aux portes, ça veut dire quoi pour toi ? Est-ce que tu as un exemple concret d'une action que tu aurais faite, qui s'est avérée fructueuse et qui t'a permis à terme d'aller chercher de nouveaux clients ?
Pauline : Oui, alors pousser les portes, pour moi, c'est très vaste. Je dirais que dans un premier temps, c'est juste s'entourer de collègues, parce que c'est pas facile quand on démarre, et quand justement on ne se sent pas forcément légitime, comme je disais. C'est pas facile d'aller dire : « Bonjour, ça y est, je suis votre nouveau concurrent. » C'est un peu ça, mais je pense que c'est important d'aller se présenter chez ses confrères et de dire : « J'arrive, je suis là. »
Et on peut trouver un peu de tout. Il y aura forcément des gens qui seront un petit peu plus réservés, et d'autres qui seront très bienveillants. On peut tomber un peu sur tout, mais en tout cas, ça permet déjà d'arriver dans un secteur, de se présenter. Je pense que c'est très important.
Et puis après, pousser les portes, ça peut être envoyer un petit mail à la mairie, envoyer, je sais pas, un petit mot par exemple à une sage-femme si on est dans le secteur du nouveau-né ou de la grossesse, aller chez le gynéco. Enfin, tous ces corps de métier qui entourent finalement le nôtre. Je pense que c'est important, comme je disais, de cibler et d'aller là où se trouve le client. On est toujours là-dedans.
Et c'est ce que j'ai fait. Je suis allée un petit peu démarcher : « Bonjour, je suis Pauline et je suis photographe. Voilà mon travail. Je ne sais pas si vous êtes intéressés, mais en tout cas, j'existe. » Je pense qu'il faut montrer qu'on existe, tout simplement.
Et après, je pense que c'est aussi une façon d'être. Il faut être à l'aise avec ça. Mais ce n'est pas facile de le faire, ce n'est pas facile de pousser les portes, parce qu'encore une fois, on se dit : « Mais qui suis-je pour le faire ? » Et finalement, on se rend compte que ce n'est pas si difficile que ça. Le plus dur, c'est la première porte qu'il faut ouvrir. Après, ça va tout seul.
Oser : l'exemple du podcast
Anthony : Alors, pour donner un exemple concret, j'étais le premier à ne pas oser lancer ce podcast. Je me disais : « Je suis qui pour lancer un podcast sur la photo ? Je ne suis pas photographe, je suis développeur, j'ai un accent belge. Je ne suis pas du tout légitime pour faire un podcast. » Et au final, je fais des épisodes, épisode après épisode. Je prends du plaisir à les faire, les gens me disent qu'ils apprennent des choses en les écoutant. Si je n'avais pas osé le faire, il n'y aurait rien. Aujourd'hui, c'est là, ça fonctionne, et c'est plutôt sympa.
Pauline : C'est clair. Oser, oser, oser.
Partenariats avec une maquilleuse, une coiffeuse et une sage-femme
Anthony : C'est clair. Alors, tu m'as dit aussi... enfin, j'ai vu sur ton site, je ne sais plus où, que tu fais un petit peu des partenariats, non ? C'est des collaborations que tu fais avec d'autres professionnels dans d'autres secteurs, pour vous échanger de la visibilité ? Comment est-ce que ça fonctionne ?
Pauline : Oui, tout à fait. C'est quelque chose que j'ai mis en place assez récemment, finalement. Je travaille en partenariat avec une maquilleuse et avec une coiffeuse, notamment. Pour moi, ça m'a semblé logique dans la continuité de mon travail : comme je veux vraiment transmettre quelque chose de fort, de très travaillé, de vraiment élaboré, ça m'a semblé logique d'intégrer le maquillage et la coiffure dans mes prestations.
Je me suis dit : « OK, il faut que je trouve des personnes avec qui le feeling passe, qui pourront m'apporter un petit peu de visibilité, et en échange, je leur en apporterai aussi. » C'est top, parce que ce sont des personnes qui travaillent, dans mon cas, avec des femmes. Donc elles parlent de moi au quotidien, lors de leurs propres rendez-vous, et ça fait, encore une fois, boule de neige.
Et pareil, elles sont là pendant les prestations, et ça leur permet de se faire connaître aussi. Il y a des fois où des futures mamans gardent les prestataires comme coiffeuse ou comme maquilleuse pour l'avenir. C'est vraiment un échange super sympa.
Et puis j'ai aussi un partenariat avec une sage-femme, qui fonctionne très bien. Elle parle de moi à ses futures mamans, et on s'échange comme ça des bons procédés : moi, quand on cherche une sage-femme, je parle d'elle. J'ai la même chose avec un ostéo. Parfois, ça n'apporte pas grand-chose, mais si ça apporte une personne ou deux dans le mois, c'est super. Et surtout, année après année, ces personnes vont en amener d'autres. Comme je disais, c'est l'effet boule de neige.
Il n'y a pas de petits clients
Anthony : Donc tu ne sais jamais finalement qui va te rapporter quoi. Et donc ça veut dire que toi, en termes...
Pauline : Je pense qu'il ne faut pas se dire qu'il y a des petits clients. Je pense que ce n'est pas forcément vrai. Souvent, moi, je me disais : « Ça, c'est un petit contrat, on va faire ça vite fait. » On peut vite se dire ça : « Ça, c'est un petit client, il n'a pas trop de budget, je ne vais pas trop me casser sur ce client-là. » Mais en fait, ce petit client va peut-être pouvoir apporter tellement de choses par la suite, et parfois c'est vraiment inestimable.
Une séance le 1er janvier avec un footballeur professionnel
J'ai l'exemple de 2018 : j'ai été contactée par un monsieur qui s'appelle Hamza Mendyl. C'est un footballeur professionnel, de ma ville, de Dijon. Il m'a contactée par téléphone en me disant : « Bonjour, je voudrais une séance photo. » On était le 31 décembre. Sur le coup, je me suis dit : « Oula, qu'est-ce que c'est ? » C'était bizarre, il voulait la séance photo pour le lendemain, pour le 1er. Ça m'a paru très étrange, et je lui ai dit : « Je suis désolée, je ne travaille pas le 1er. »
Et il s'est avéré que cette personne m'a recontactée sur Instagram : « Bonjour, est-ce que vous êtes sûre que vous ne travaillez pas demain ? » Je lui ai répondu, et en voyant son profil sur Instagram, j'ai vu qui c'était. J'ai vu que son compte était certifié, et je me suis dit : « Waouh, c'est quand même Hamza Mendyl. » Enfin, pour être honnête, à la base, je ne le connaissais pas. C'est mon mari qui m'a dit : « Waouh, tu ne peux pas passer à côté de ça. »
Donc j'ai dit : « Bon, OK, je suis OK pour travailler le 1er. » Par contre, évidemment, j'ai pris un petit supplément. Mais en tout cas, j'ai travaillé le 1er et j'ai fait une super séance avec cette personnalité publique, et j'en garde un super souvenir. Et ça part d'une conversation téléphonique qui n'allait pas aboutir.
Je pense que c'est à ça qu'il faut faire attention : on ne sait jamais sur qui on tombe, on ne sait jamais qui est derrière quelque chose. Donc il faut faire très attention à ça, et à la façon dont on gère les choses. Il y a toujours, je pense, des pépites là où on ne s'y attend pas.
Personnellement, ça a été une grande leçon, de me dire : « La prochaine fois, quand tu réponds au téléphone, tu fais très attention. » J'aurais pu tout de suite dire : « C'est possible, par contre il y a un petit supplément. » Ce sont des petites choses qu'on apprend sur le tas, je pense. Mais ça nous apporte tellement, au final, que pour moi, ça a été vraiment super. C'était déjà une expérience de fou de pouvoir avoir quelqu'un de connu comme ça au studio. Et puis après, ça m'a évidemment apporté du monde, parce que ce sont des personnes qui en ont parlé autour d'elles.
Anthony : C'est incroyable ce que ces célébrités peuvent nous faire faire. Tu imagines, il t'a fait travailler un 1er janvier.
Pauline : C'est ça. Et puis en plus, la conversation Instagram a duré jusqu'à 1 h du matin, il me semble, parce que c'était totalement imprévu. J'ai répondu très tard le soir et ça s'est fait à la dernière seconde. C'est vrai que j'ai un peu cédé aux caprices. Voilà, c'est ça.
Construire sa marque prend du temps
Anthony : Je ne suis pas sûr que tu l'aurais fait pour n'importe quel client, mais effectivement, ça t'a apporté derrière. C'est bien, super. Donc tu as la preuve que, quand un photographe démarre, ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Il ne va pas se dire du jour au lendemain : « J'aimerais une super clientèle et gagner pleinement ma vie de la photo tout de suite. » Il faut construire sa marque, son activité, chercher ses clients. Mais c'est faisable. Voilà la preuve que tout le monde peut y arriver.
Ça explique aussi probablement que c'est un métier que beaucoup de monde veut faire, que beaucoup de monde essaye de faire, et que beaucoup de personnes arrêtent parce que très vite, elles se rendent compte que c'est beaucoup plus compliqué que ce qu'elles imaginaient. Mais comme d'autres métiers aussi, je pense.
OK, donc si quelqu'un commence : parler avec d'autres photographes, être sur Insta aussi... Ça, ça tient la route.
Pauline : Je pense qu'on est la génération qui arrive, qui est là et qui fait des bébés, en tout cas. Ce sont des gens qui sont sur Insta, aussi. Donc il faut y être.
Traverser la crise sanitaire
Anthony : Il n'y a pas de doute. Tu sors d'une année, malheureusement... Enfin, tu as eu depuis 2017 deux années un peu compliquées pour te construire, puis ça commence à bien marcher pour toi, et par contre, le Covid arrive. Gros coup d'arrêt, ou malgré tout, cette année, tu arrives à t'en sortir ?
Pauline : Non, ça va, ça va. Je pense qu'encore une fois, ma positivité m'accompagne et me permet de garder ma clientèle. Donc ça va, je croise les doigts pour que ça continue. Mais en tout cas, pour l'instant, je reste sur les rails, et j'espère que ça continuera.
C'est vrai que c'est une période qui commence à être longue. Je pense qu'on en souffre tous d'une manière ou d'une autre. Après, moi, je ne me suis pas vraiment sentie laissée à l'écart, que ce soit par l'État ou par mes collègues, encore une fois. Je ne me suis pas sentie seule dans tout ça, et je pense qu'on est tous dans le même bateau.
Donc il faut rester positif. Il faut, encore une fois, pousser sa créativité, je pense, redoubler d'efforts pour recréer toujours et encore, et remontrer qu'on est là, qu'on existe et qu'on est toujours là, finalement. Je pense que c'est le secret. Et puis après, on s'en sort. Mais c'est vrai que c'est long.
Le challenge 2021 : dire oui
Anthony : C'est clair, c'est clair. Alors, pour terminer, c'est quoi ton challenge pour 2021, si tu en as un, ou ton objectif ? Vu que tu es entrepreneuse dans l'âme, sur quoi as-tu envie d'évoluer encore prochainement ?
Pauline : Alors, je me suis posé la question, et je me suis dit qu'en 2021, j'aimerais bien dire oui au maximum de choses possibles. C'est un gros challenge, mais j'aimerais bien justement ne pas me mettre de barrières et savoir accepter ce qu'on me propose. Évidemment, on fait le tri pour rester dans sa ligne directrice. Mais en tout cas, j'ai envie de donner plus, de dire oui, de laisser sa chance aux choses.
J'ai envie de donner toujours et encore de ma personne, parce que je pense que quand on donne, on reçoit. C'est vraiment l'idée que j'ai pour 2021. Évidemment, j'ai envie de donner plus encore et encore à Dodge & Burn. Et ce sera déjà super si j'arrive à réaliser ce projet un peu fou d'accepter ce qui vient à moi. Mais j'y crois, et je pense que ça va être possible malgré les conditions et malgré tout ce qu'on vit en ce moment.
Anthony : C'est marrant, parce que normalement, on entend plutôt l'inverse. On entend : « Je dois apprendre à dire non, je dis trop oui, parce que je passe trop de temps à faire des choses qui sont hors de la ligne que je me suis fixée. » Et toi, c'est l'inverse : tu as envie d'apprendre à dire oui pour laisser la chance se créer et voir où ça peut te mener. OK, bonne décision, mais fais quand même attention de ne pas dire oui à tout et n'importe quoi, et que ça ne te mène nulle part non plus.
Pauline : Bien sûr. Je pense qu'il ne faut pas se perdre, effectivement.
Remerciements et conclusion
Anthony : Mais écoute, un grand merci pour ton temps et pour cet épisode, et je te souhaite bien sûr le meilleur pour cette nouvelle année.
Pauline : Merci beaucoup, Anthony. À bientôt.
Anthony : Salut, à bientôt.
Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook de Fotostudio, sur groupe.fotostudio.io. Merci, et à la semaine prochaine.
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