Sylvain Gardères et Damien Dohmen photographient les mariages à deux depuis 2013. Basés à Pau, ils racontent pourquoi un duo de photographes ne fait pas le même travail qu'un photographe seul : deux regards, moins de stress, une gestion partagée et des tarifs pensés en conséquence.
En résumé :
Pour Gardères & Dohmen, travailler en duo de photographes de mariage change tout :
• Deux regards sur la même journée : l'un suit le marié, l'autre la mariée, puis deux angles sur chaque moment clé
• Un reportage homogène : mêmes boîtiers, mêmes objectifs, même traitement, au point qu'ils ne savent plus qui a pris quelle photo
• Beaucoup moins de stress : si l'un se bloque le dos, l'autre est là ; les mails et la gestion sont partagés
• Un prix juste, pas un prix doublé : à partir de 2 500 euros, calculé sur le revenu dont ils ont besoin, pour 12 à 15 mariages par an
• Du reportage aussi en famille : photographier le quotidien plutôt que des poses, une démarche qu'ils défendent avec le collectif Joyeux Bazar
Les duos photo et vidéo sont nombreux sur les mariages. Les duos de deux photographes, beaucoup moins. Sylvain Gardères et Damien Dohmen en ont fait leur marque : on les connaît sous le nom de « Gardères & Dohmen », et ils se décrivent eux-mêmes comme un couple, pas dans la vie, mais au travail.
Au micro d'Eloa Landais, photographe et responsable des formations chez Fotostudio, ils expliquent comment ils se sont rencontrés, ce que le travail à deux apporte le jour du mariage et dans la gestion de l'entreprise, comment ils fixent leurs prix et se répartissent le chiffre d'affaires, et pourquoi ils veulent faire connaître le reportage de famille. Un épisode utile à tout photographe de mariage qui hésite à s'associer ou à prendre un second.
Qui sont Sylvain Gardères et Damien Dohmen ?
Sylvain Gardères et Damien Dohmen forment un duo de photographes de mariage et de famille basé à Pau, dans le Béarn. Au moment de l'enregistrement, début 2021, ils travaillent ensemble depuis huit ans et partagent leur activité à parts égales entre le mariage d'un côté, le corporate et la famille de l'autre.
- Sylvain a suivi une école de cinéma, spécialisée en image, puis s'est lancé comme photographe et vidéaste en 2004, d'abord pour des collectivités locales (mairies, offices de tourisme). Il photographie des mariages depuis 2008, seul jusqu'en 2013.
- Damien a été responsable RH pendant six ans. Il s'est mis à la photo en amateur pour « se sortir la tête du boulot », a dévoré les livres de technique et de composition, puis s'est reconverti après un burn-out.
- Leur rencontre : en 2013, Damien contacte tous les photographes de mariage de la région pour un stage. Sylvain, qui ne voulait pas de stagiaire chez lui en semaine, lui propose les samedis d'été en espérant le décourager. Damien accepte aussitôt. À la fin de la saison, ils s'associent.
Selon leur site aujourd'hui, garderes-dohmen.com, ils réalisent des reportages de mariage, des séances en famille et des photos pour les entreprises, les artisans et les collectivités, à Pau, en Vallée d'Ossau et partout en France et en Europe. Ils se présentent comme des reporters (des photos prises sur le vif, naturelles et spontanées), sont formateurs et conférenciers, et ambassadeurs de la marque Sigma depuis 2015.
1. Pourquoi photographier un mariage à deux ?
L'idée leur vient d'un stage suivi en 2013 auprès d'une photographe de mariage mexicaine. Sa première question aux participants : qui travaille à deux, ou en équipe ? Sylvain et Damien lèvent timidement la main. Elle leur explique qu'au Mexique, c'est la norme : elle-même couvre ses mariages avec sa sœur et son mari. En France, les duos de deux photographes restent rares, mais Gardères & Dohmen partent ensemble sur 95 % de leurs mariages. Les exceptions : les mariages d'amis ou les toutes petites cérémonies en mairie.
Deux angles, deux personnes disponibles
Le bénéfice le plus visible pour les mariés : quand les préparatifs ont lieu en même temps, l'un suit le marié, l'autre la mariée. Ensuite, chaque moment fort est couvert sous deux angles. Ils insistent aussi sur un avantage moins évident : ce sont deux personnes disponibles, qui peuvent aider les mariés autrement qu'en prenant des photos. Et deux créativités qui se répondent.
« Quand on fait les best-of, la plupart du temps, on ne sait pas qui a fait quoi. »
Damien Dohmen
Un reportage qui reste homogène
Deux photographes, est-ce deux styles qui se voient dans l'album ? Pas chez eux. Ils ont le même regard sur la façon de travailler, utilisent les mêmes boîtiers et les mêmes objectifs (de la même marque et de la même gamme) et appliquent le même traitement. Le reportage est unifié, au point qu'ils doivent parfois regarder les données EXIF pour savoir qui a déclenché. Leur site met d'ailleurs en avant des photos prises simultanément sous deux angles, pour montrer concrètement l'intérêt d'être deux. C'est ce qu'un couple attend en cherchant un photographe de mariage : une histoire complète, sans trou.
À retenir : un duo de photographes de mariage ne vend pas « deux fois plus de photos », mais une journée racontée sans angle mort, par deux personnes qui peuvent aussi rendre service aux mariés.
2. Travailler en duo réduit-il le stress du photographe de mariage ?
Oui, et c'est sans doute le point qui revient le plus dans l'épisode. Sylvain l'avoue : quand il travaillait seul, chaque samedi matin, il était soulagé si on lui annonçait qu'un mariage était annulé. Aujourd'hui, il part sur un mariage « super excité ».
« Quand je travaillais tout seul, chaque matin avant le mariage, si on me disait qu'il était annulé, j'étais content. Maintenant, je n'ai plus du tout ce stress. »
Sylvain Gardères
Eloa partage la même expérience : elle a photographié des mariages de 2006 à 2013, avant d'arrêter. Douze à quatorze heures sur le qui-vive, la peur de rater l'échange des alliances, des rêves où elle courait dans l'église sans jamais arriver à temps. Les rares fois où elle était accompagnée d'une stagiaire, elle se sentait beaucoup plus détendue. Damien, lui, sortait d'un burn-out à ses débuts : la foule l'angoissait, et la présence de Sylvain lui a permis de trouver sa place, un 70-200 à la main.
Un filet de sécurité pour les mariés
Une année, Damien se bloque le dos trois jours avant le dernier mariage de la saison. Sylvain y va seul, les mariés sont couverts. Un photographe solo ne peut pas compter sur ce genre de relais. Les mariés le comprennent bien : il y a peu de chances que les deux photographes se cassent une jambe le même jour.
Le stress de la gestion aussi est partagé
Le travail à deux ne soulage pas que le jour J. Les mails, les rendez-vous, les responsabilités : tout est réparti. Quand l'un oublie de répondre à un client, ce n'est pas le client qui relance, c'est l'associé. Pour que ça fonctionne, ils appliquent une règle simple, celle de n'importe quel couple : se parler et se dire les choses.
À retenir : le duo protège le photographe autant que les mariés. Moins de pression le jour J, une solution en cas d'imprévu, et une charge administrative divisée.
3. Quel prix pour un duo de photographes de mariage ?
C'est la question qu'on leur pose sans cesse : « Moi, je suis à 2 000 euros tout seul. Pourquoi vous n'êtes pas à 4 000 à deux ? » Leur réponse : parce que ce n'est pas le même travail. À deux, c'est plus reposant ; le post-traitement n'est pas divisé par deux, mais il y a moins d'images à traiter chacun puisque les deux reportages sont compilés ; la gestion est répartie.
Partir du revenu dont on a besoin
Pour fixer leurs tarifs, ils sont partis de ce que chacun voulait gagner sur l'année, puis ont fixé leurs prix en conséquence. Ils vivent dans le Béarn, où la vie est moins chère qu'à Biarritz, et n'ont pas besoin de « 5 000 euros par mois » pour vivre. Résultat, début 2021 : à partir de 2 500 euros pour une prestation des préparatifs jusqu'au cocktail, avec une simple galerie en ligne. Ce n'est pas le photographe le moins cher, loin de là, mais ce n'est pas non plus le double d'un photographe seul. Pour faire le même raisonnement sur vos propres chiffres, le calculateur de prix pour photographe part justement de vos charges et du revenu visé.
12 à 15 mariages par an, pas plus
Ils ont connu une saison à 19 ou 20 mariages. Trop. Leur objectif est désormais de 12 à 15 mariages par an : assez pour le chiffre d'affaires, sans perdre la qualité de la relation client. Le plus dur reste d'enchaîner : huit mariages d'affilée, même sur une saison de douze, c'est intenable. D'autant qu'ils se déplacent beaucoup, en France et en Europe, parfois du vendredi midi au dimanche midi.
À retenir : un duo ne double pas son tarif, il le calcule. Partez du revenu dont chacun a besoin, du nombre de mariages que vous voulez vraiment faire, et de votre marché local.
4. Comment s'organiser à deux : statut, chiffre d'affaires, matériel ?
Surprise : Gardères & Dohmen n'ont pas de société commune. Ils partagent le nom et les sites internet, mais chacun est auto-entrepreneur. Après avoir consulté des comptables, ils ont conclu qu'une structure commune leur coûterait plus cher et les obligerait à travailler davantage pour gagner la même chose. Ce choix leur convient dans leur région ; il dépend évidemment de la situation de chacun.
Un tableau pour équilibrer le chiffre d'affaires
Concrètement, l'un encaisse un mariage, l'autre le suivant. Ils tiennent un tableau et visent le même chiffre d'affaires en fin d'année. Quand un nouveau client corporate arrive, il est attribué à celui des deux qui est en retard. Une organisation qui suppose une facturation rigoureuse et un suivi clair de qui a encaissé quoi.
« Moi, je considère qu'on est un couple dans le sens où ça marche pareil qu'un couple. Si tu te parles et que tu te dis les choses, ça fonctionne. »
Damien Dohmen
Le matériel : homogène, pas forcément commun
Chacun a ses boîtiers (deux pour Damien, un plus un de secours pour Sylvain) et son ordinateur, l'un sur PC, l'autre sur Mac. Au début, l'un était chez Canon, l'autre chez Nikon : ils ont harmonisé, sans attachement particulier à une marque, simplement pour que le rendu soit homogène. Les objectifs, eux, leur sont prêtés par Sigma, dont ils sont ambassadeurs. Comment ? Ils ont remarqué qu'ils ne travaillaient qu'avec des objectifs Sigma, ont proposé un article de blog à la marque, puis ont été invités à donner une conférence au Salon de la Photo. Leur principe : « Le non, tu l'as déjà en poche », alors autant envoyer le mail.
Un atout aussi en corporate
Leur activité corporate vient à 95 % du bouche-à-oreille, des mariages ou de leur ancien réseau. Ils ont notamment couvert de grands congrès médicaux internationaux, où être deux fait une vraie différence. Et quand l'un n'est pas disponible pour un client, l'autre peut y aller.
À retenir : s'associer ne veut pas forcément dire créer une société. Un nom commun, des règles claires et un suivi du chiffre d'affaires de chacun peuvent suffire.
5. Second shooter ou assistant : quelle différence ?
Chaque année, Sylvain et Damien font chacun au moins un mariage comme second shooter pour un autre photographe. En 2020, Sylvain en a fait trois ; tous leurs propres mariages avaient été reportés à 2021. Suivre quelqu'un d'autre reste très formateur.
Ils distinguent bien les deux rôles :
- Le second shooter vient souvent à sa propre initiative, pour voir comment travaille un autre photographe ou pour s'exercer. Il n'est pas forcément payé.
- L'assistant est sollicité par le photographe principal, même si on l'appelle parfois « second shooter ». En principe, il est rémunéré.
Et les photos ? C'est un accord entre photographes : soit le second remet directement sa sélection aux mariés, soit il la confie au photographe principal, qui l'intègre à sa galerie. Faute d'accord clair, les conflits arrivent vite (« tu m'as piqué mes clients »). Mieux vaut tout mettre au propre avant le mariage, par écrit, comme vous le feriez avec vos clients dans vos contrats.
À retenir : second shooter ou assistant, fixez à l'avance la rémunération, le nombre de photos attendues et à qui elles seront livrées.
6. Faut-il être marié pour photographier des mariages ?
Eloa pose la question après une conversation avec Benjamin Brette, photographe de mariage et de cocktails, qui se demandait si son divorce changerait sa relation avec les mariés. Sylvain, divorcé, ne ressent aucun décalage. Il emprunte une distinction à l'anglais : le marriage, c'est l'union ; le wedding, c'est le jour J. Lui photographie le wedding.
« Je ne fais pas des photos pour le mariage. Je fais des photos pour les gens. »
Damien Dohmen
Damien, en couple depuis 2011 sans être marié, a la même approche : mariage, anniversaire, ou même enterrement, il traite les personnes de la même façon. Ce qu'il cherche, ce sont les émotions et les interactions entre les gens. Il y retrouve d'ailleurs ce qu'il aimait dans les ressources humaines, la relation humaine, « sans les conflits et sans les prud'hommes ».
À retenir : ce qui compte n'est pas votre situation personnelle, mais votre capacité à capter les émotions et les liens entre les gens, quel que soit l'événement.
7. Qu'est-ce que le reportage de famille ?
Au moment de l'épisode, Gardères & Dohmen viennent de rejoindre le collectif Joyeux Bazar, qui réunit des photographes de reportage de famille. Le principe : le photographe vient chez la famille et devient spectateur du quotidien. Pas de lifestyle mis en scène, pas de poses.
Photographier ce dont on n'a jamais de photos
Sylvain raconte un reportage commencé à 5 heures du matin : la famille lui avait laissé la porte ouverte, il a attendu sur le canapé le dernier biberon de la nuit, puis a suivi le réveil de la maison jusqu'au départ des aînés à l'école. Son constat, en feuilletant ses propres albums : on n'a aucune photo du quotidien, d'un repas, d'un goûter, d'un retour d'école. Et ce sont pourtant ces images qui prennent le plus de valeur avec le temps.
« Ne pas être à son avantage, c'est gênant les deux premières années après le reportage. Mais après, ça prend une valeur énorme. »
Damien Dohmen
Le papier peint, la disposition du salon, la multiprise surchargée que tout le monde veut effacer : dans vingt ans, ces détails raconteront une époque. Eloa, qui a elle-même fait venir un photographe chez elle comme maman, le confirme : l'image de son enfant qui renverse la cruche, elle ne l'aurait jamais prise elle-même.
Amener les clients vers le reportage
Le reportage de famille reste peu connu : beaucoup de clients imaginent encore des enfants bien habillés et une dizaine de photos posées en studio. Pour faire la transition, ils proposent des séances courtes (une ou deux heures) sur un moment précis, comme le bain et le repas : on peut lancer un peu la séance au début, puis le moment prend le dessus et on ne dirige plus rien. Un reportage complet dure environ une demi-journée. Ils reconnaissent d'ailleurs être « très mauvais » pour diriger les gens, peut-être parce qu'ils n'aiment pas être dirigés eux-mêmes.
À retenir : le reportage de famille se vend en montrant des images du quotidien. Des séances courtes autour d'un rituel (bain, repas) sont une bonne porte d'entrée.
8. Faut-il vendre les albums et les tirages à ses mariés ?
Gardères & Dohmen n'incluent pas les albums dans leurs formules : ils les proposent en option. Ils livrent les fichiers haute définition et sont francs avec leurs clients : leurs albums sont haut de gamme, donc chers ; si le budget ne suit pas, les mariés peuvent les faire eux-mêmes. L'essentiel, pour eux, est que les photos finissent sur papier. Sur le mariage, environ la moitié des couples commandent leur album chez eux.
Ils expliquent tout de même la différence : un album professionnel, c'est une attention portée à la colorimétrie, à la mise en page et à la durabilité. Mais après avoir investi 3 000 à 4 000 euros dans une formule complète, tous les mariés n'ont pas 1 000 à 1 500 euros de plus pour un album. Et ils ont parfois de belles surprises : des anciens mariés chez qui ils retrouvent leurs photos encadrées partout.
« Pour nous, le plus important, c'est que l'histoire ait été capturée. Peu importe la façon dont elle est imprimée, l'important, c'est qu'elle soit là. »
Damien Dohmen
Rester en contact plutôt que relancer
Eloa suggère de relancer les mariés au premier anniversaire de mariage. Damien n'aime pas cette pratique : il n'aime pas recevoir de relances lui-même, alors il ne veut pas en envoyer. Ils préfèrent rester en contact avec leurs anciens clients, par exemple via un groupe réservé à leurs mariés, où ils partagent notamment les promotions de leur fabricant d'albums. Une newsletter peu fréquente et utile peut jouer le même rôle sans paraître agressive. Car les anciens mariés sont aussi les futurs clients famille : une fois la famille fondée, ils n'ont aucune raison d'aller voir ailleurs, à condition de savoir que le reportage de famille existe.
À retenir : proposez vos produits sans les imposer, et restez présent dans la vie de vos anciens mariés. Le prochain reportage viendra souvent d'eux.
Épisode enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les mariages de 2020 avaient presque tous été reportés ; Sylvain et Damien soulignaient alors l'importance des aides publiques et du travail de la fédération professionnelle (FFPMI) pour les photographes. Les ateliers et projets évoqués dans l'épisode concernent cette période.
Les erreurs à éviter quand on travaille en duo de photographes de mariage
D'après l'expérience de Gardères & Dohmen :
✗ Doubler simplement son tarif solo au lieu de le calculer à partir du revenu visé et du marché local.
✗ Travailler avec du matériel et des traitements hétérogènes, au risque de livrer deux reportages qui ne se ressemblent pas.
✗ Accepter trop de mariages : au-delà de 15 par an, ou en les enchaînant, la relation client en pâtit.
✗ Ne pas se dire les choses : comme dans un couple, un duo tient par la communication.
✗ Partir en second shooter sans accord clair sur la rémunération et la livraison des photos.
✗ Conditionner les fichiers HD à l'achat d'un album : mieux vaut que les photos soient tirées, même ailleurs.
✗ Perdre le contact avec ses anciens mariés, qui sont vos futurs clients famille.
FAQ : photographe de mariage en duo
Pourquoi choisir deux photographes pour son mariage ?
Deux photographes couvrent les préparatifs des deux mariés en même temps, puis offrent deux angles sur chaque moment fort. Ils sont aussi plus disponibles pour aider les mariés, et l'un peut assurer le reportage si l'autre a un imprévu. Pour Gardères & Dohmen, c'est surtout une journée racontée sans angle mort.
Combien coûte un duo de photographes de mariage ?
Il n'y a pas de tarif unique, mais un duo ne facture pas le double d'un photographe seul. Début 2021, Gardères & Dohmen démarraient à 2 500 euros pour une prestation des préparatifs au cocktail avec galerie en ligne, un prix calculé à partir du revenu dont chacun avait besoin et de leur marché dans le Béarn.
Comment deux photographes se partagent-ils l'argent d'un mariage ?
Chez Gardères & Dohmen, chacun est auto-entrepreneur : l'un encaisse un mariage, l'autre le suivant. Ils tiennent un tableau pour viser le même chiffre d'affaires en fin d'année, et attribuent les nouveaux clients à celui des deux qui est en retard. D'autres duos préfèrent une société commune : demandez conseil à un comptable.
Quelle est la différence entre un second shooter et un assistant photo ?
Le second shooter vient souvent à son initiative, pour apprendre ou s'exercer, et n'est pas toujours payé. L'assistant est demandé par le photographe principal et, en principe, rémunéré. Dans les deux cas, il faut décider à l'avance à qui reviennent les photos : aux mariés directement ou au photographe principal.
Combien de mariages un photographe peut-il faire par an ?
Cela dépend de chacun, mais Gardères & Dohmen visent 12 à 15 mariages par an à deux. Ils en ont fait 19 ou 20 une saison et ont trouvé que c'était trop : au-delà, la relation client en souffre, et enchaîner les mariages week-end après week-end devient épuisant.
Comment réduire le stress d'un photographe de mariage ?
Travailler à deux est l'une des solutions les plus efficaces : le second photographe sert de filet de sécurité le jour J et partage la charge de gestion. Sylvain Gardères, qui a travaillé seul de 2008 à 2013, explique qu'il redoutait chaque mariage seul, alors qu'aujourd'hui il part chaque samedi avec plaisir.
Qu'est-ce qu'un reportage photo de famille ?
C'est une séance où le photographe vient chez la famille et documente son quotidien sans la mettre en scène : repas, bain, réveil, retour d'école. Le résultat est un ensemble d'images naturelles qui prennent beaucoup de valeur avec les années. Un reportage complet dure souvent une demi-journée ; des formats courts autour d'un rituel existent aussi.
Découvrir le travail de Gardères & Dohmen
Reportages de mariage, séances en famille et photos pour les professionnels, à Pau, en Vallée d'Ossau et partout en France et en Europe : retrouvez le travail de Sylvain Gardères et Damien Dohmen sur leur site, garderes-dohmen.com.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Eloa Landais, Sylvain Gardères et Damien Dohmen, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les ateliers, projets et chiffres évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 9 700 mots)
Chapitres :
- Introduction : Gardères & Dohmen, duo de photographes à Pau
- Le parcours de Damien : des RH à la photo
- Le stage de 2013 et l'association
- Le parcours de Sylvain : école de cinéma et collectivités
- Pourquoi travailler en duo de photographes
- Les débuts de Damien dans le mariage
- Faut-il être marié pour photographier des mariages ?
- Un duo, des sites et la question des prix
- Deux angles de vue, un seul reportage
- Shooter seul ou à deux : le stress du mariage
- Pourquoi un duo ne coûte pas le double
- Le corporate et les congrès médicaux
- Statut, chiffre d'affaires et matériel
- Ambassadeurs Sigma : la force des rencontres
- Pourquoi Eloa a arrêté le mariage
- Second shooter ou assistant
- 12 à 15 mariages par an
- Workshops et coaching
- Le collectif Joyeux Bazar et le reportage de famille
- Des séances courtes pour amener au reportage
- La valeur des photos du quotidien
- Diriger ou laisser vivre
- Albums, tirages et fichiers HD
- Relancer ou rester en contact avec ses mariés
- Des mariés aux clients famille
- 2021, corporate et aides pendant la crise
- Conclusion
Introduction : Gardères & Dohmen, duo de photographes à Pau
Eloa : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre de progresser dans votre métier. Je suis Eloa Landais, photographe et responsable des formations online et offline chez Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1 250 photographes francophones et européens. Elle leur fait gagner un temps précieux dans leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si vous aimez le podcast, n'hésitez pas à le partager, à vous abonner et surtout à liker.
Aujourd'hui, je reçois Sylvain Gardères et Damien Dohmen, qu'on appelle communément Gardères & Dohmen, photographes tous les deux, séparément et ensemble, parce qu'ils le disent eux-mêmes : ils sont un couple, alors pas dans la vie, mais au travail. Ils vont nous parler de leur formation, de leurs débuts, de leur rencontre aussi, du fait qu'ils travaillent à deux, et puis des différents domaines dans lesquels ils travaillent. Le mariage principalement, ils sont surtout connus pour ça, mais ils font aussi beaucoup de photos de famille et du corporate.
Bonjour Sylvain et Damien.
Sylvain : Bonjour.
Damien : Bonjour Eloa.
Eloa : Alors, on va faire un podcast à trois, c'est original. On va essayer de ne pas se couper la parole.
Damien : On devrait y arriver.
Eloa : Alors, pour les gens qui ne vous connaissent pas, on accueille aujourd'hui Sylvain Gardères et Damien Dohmen, qui travaillent ensemble.
Damien : C'est ça. Vas-y Sylvain, c'est toi le patron.
Sylvain : Oui, oui.
Eloa : Ah, il y a un chef.
Damien : Il y a un vieux, surtout.
Sylvain : Il y en a un qui est plus vieux que l'autre, oui. Et donc oui, on travaille ensemble depuis huit ans.
Le parcours de Damien : des RH à la photo
Eloa : Justement, je me demandais : vous travailliez chacun de votre côté avant ?
Damien : Alors non. Sylvain était photographe depuis de nombreuses années, même quelques siècles. Moi, j'étais RH avant, pendant six ans. J'ai fait un burn-out et je me suis reconverti en photographe.
Eloa : D'accord.
Damien : On s'est rencontrés en 2013, quand j'ai demandé un stage à Sylvain. Il m'a dit OK : c'est le seul stagiaire qu'il ait pris. Et à la fin de la saison, on a décidé de s'associer.
Eloa : Et donc, vous faites de la photo de mariage principalement ?
Damien : Je ne sais plus. Cette année, ce n'est pas principalement.
Eloa : D'accord. Cette année, 2020.
Damien : En 2020, on est plus sur du corporate et des séances famille que du mariage. Sinon, c'est 50-50 entre le corpo-famille et le mariage.
Le stage de 2013 et l'association
Eloa : D'accord. Et vous vous êtes rencontrés en faisant du… Enfin, toi, tu es allé vers lui pour le mariage au départ ?
Damien : Je suis allé vers lui pour le mariage au départ, parce qu'en fait, j'ai contacté tous les photographes professionnels de ma région qui en vivaient. Et ceux que tu vois sur la toile, ce ne sont pas forcément ceux qui font du corporate, ce sont plutôt ceux qui font du mariage. Je me suis dit que c'était là qu'il y avait de l'argent. Ce n'est pas le seul qui m'a reçu, mais c'est le seul qui m'a accepté en stage.
Sylvain : Ce n'est pas ça. C'est qu'en général… Alors moi, je travaille à la maison, j'étais ce qu'on appelle photographe en chambre. Et en général, je n'ai pas envie que des stagiaires viennent sonner à la porte de chez moi à 9 h du mat'. Donc je leur disais : « OK pour un stage, mais ce sera les samedis. » Les samedis d'été. Et c'est là que la motivation des stagiaires faiblit quand même.
Et à Damien, j'ai dit pareil, en espérant qu'il me dise : « Ah non, pas les samedis. » Et en fait, il m'a dit : « Ah oui, OK, pas de souci. Quand est-ce qu'on commence ? »
Le parcours de Sylvain : école de cinéma et collectivités
Eloa : Et toi, ton parcours, Sylvain ?
Sylvain : Moi, j'ai fait une école de cinéma. En terminant cette école, je me suis lancé dans la photo : j'avais un gros projet photo-vidéo avec une mairie du Pays basque. C'était en 2004. En 2004, je me suis lancé pour la première fois en tant que photographe vidéaste. Et quand j'ai terminé mon école, j'ai commencé la photo d'abord pour des collectivités locales : mairies, offices de tourisme, etc.
Eloa : Ah oui, donc tu as fait une école de vidéo.
Sylvain : J'ai fait une école de cinéma où j'étais spécialisé en image. Dans cette école, je faisais aussi bien de l'image de cinéma que de la photographie.
Eloa : D'accord. Ça t'apportait un gros plus pour le corporate, j'imagine, pour les images…
Sylvain : Oui. Pour tout.
Eloa : Pour tout, en effet. Donc toi, tu n'as pas eu d'autre vie avant ?
Sylvain : Non, non.
Eloa : Tu n'es pas si vieux que ça, finalement.
Sylvain : J'ai 40 ans, quand même.
Eloa : Et Damien, tu as quel âge ?
Damien : Je vais bientôt avoir 36 ans, en mars.
Sylvain : Ça compte.
Eloa : Bon, je ne dirai pas mon âge, mais je ne suis pas loin. Non, j'ai fêté mes 35 ans. Et moi, j'ai eu mon CAP en 2006 : j'ai fait un CAP photo, pour le coup.
Pourquoi travailler en duo de photographes
Et donc, on vous connaît à deux. Moi, ça m'intrigue, parce que c'est quand même assez rare, non, d'avoir deux photographes ? Vous avez dû vous poser la question.
Damien : En fait, ce qui s'est passé…
Sylvain : En France, je crois qu'on n'est pas très nombreux. Il y a beaucoup de duos photo-vidéo.
Eloa : Oui. Je ne suis pas sûre qu'il y ait beaucoup de duos photographe-photographe.
Damien : Mais on a fait un stage avec Citlalli Rico en 2013. Et la première question qu'elle a posée pendant le stage, ça a été : « Qui travaille à deux, ou en équipe ? » On s'est regardés, on a levé la main timidement parce qu'on débutait. Et elle a dit : « Nous, c'est comme ça qu'on fonctionne. » Au Mexique et ailleurs, c'est comme ça qu'ils fonctionnent : ils travaillent beaucoup à deux, même si ce n'est pas mari et femme.
Sylvain : Citlalli, elle travaillait avec sa sœur et son mari.
Eloa : Ah, c'est marrant, ça.
Sylvain : Ils étaient trois sur les mariages.
Eloa : Ouah, belle prod. Et vous, vous partez à deux à chaque fois sur un mariage ?
Damien : Oui, 95 % du temps. Les 5 % restants, c'est quand ce sont des amis, ou parfois des toutes petites demandes locales : juste la mairie, avec des gens qu'on connaît.
Sylvain : Mairie, cérémonie.
Damien : Quand on est tout seul, c'est quand on connaît les gens. Moi, j'ai fait le mariage de mes potes, par exemple : j'étais tout seul.
Eloa : Et donc Sylvain, toi, tu as commencé tout seul ?
Sylvain : Oui, c'est ça. J'ai commencé le mariage en 2008. De 2008 à 2013, j'étais tout seul. La saison 2013, j'avais Damien en stagiaire.
Eloa : En stagiaire ? Qui apportait le café, qui portait les sacs ?
Sylvain : Je crois que je n'ai pas été assez méchant avec lui.
Eloa : S'il est resté, c'est que tu n'as pas été assez méchant.
Sylvain : Je n'en ai pas assez profité. Si j'avais su…
Eloa : Et toi, Damien…
Damien : Il en profite maintenant.
Eloa : Ah, on va tout savoir ! Toi, Damien, tu as découvert le mariage la première fois avec Sylvain, du coup ?
Les débuts de Damien dans le mariage
Damien : Oui, j'ai découvert le mariage avec Sylvain. J'ai commencé la photo quand j'étais encore RH, pour me sortir la tête du boulot, et ça faisait deux ans que j'en faisais. J'ai fait de la photo amateur à fond pendant deux ans : j'ai récupéré un boîtier de mon père et j'ai bouffé de la technique, de la technique, de la technique. J'ai lu tous les bouquins techniques qui pouvaient exister, je m'entraînais…
Eloa : En argentique ?
Damien : Non, non, en numérique, directement. Et tous les bouquins de composition : j'ai lu énormément de bouquins de composition, énormément de bouquins d'autres photographes. Je faisais beaucoup de paysage, j'avais des filtres, plein de matos. J'avais beaucoup plus de matos quand j'étais amateur que quand je suis passé pro.
Eloa : C'est souvent le cas. Moi, j'adore ça au Salon de la Photo, tu sais, à Paris, Porte de Versailles. Enfin, d'habitude. Ils ont ce fameux gilet beige avec des petites poches.
Damien : C'est ça. Ça existe toujours ?
Eloa : Ah oui, ça existe. Parce que nous, on fait un stand au Salon de la Photo chaque année, j'y vais pendant une semaine, et je les guette. Je les aime bien, ces petits messieurs.
Sylvain : Au salon, c'est ça. Au salon, nous, on fait des conférences pour Sigma, et ils ont un public d'amateurs. Les questions sont follement techniques.
Eloa : Oui, oui.
Damien : On ne sait pas répondre. Quand ils nous demandent : « Est-ce que vous pensez que cet objectif a plus de diffraction que l'objectif avec un S derrière dans l'appellation ? » Peut-être, je ne sais pas.
Eloa : C'est vrai que plus on est pro, moins on a de matos, finalement.
Sylvain : On cible.
Eloa : C'est ça. Et puis c'est lourd.
Damien : Oui, aussi. Donc j'ai commencé le mariage avec Sylvain, et ça a été assez dur pour moi, parce que je sortais d'un burn-out et j'avais encore pas mal de crises d'angoisse. La foule m'angoissait, donc je me cachais pas mal derrière Sylvain.
Eloa : Ah oui, oui.
Damien : J'avais un 70-200 et je me disais : « Non, je vais rester là, je suis bien. Je vais prendre une petite coupe de champagne et je vais te faire des portraits. »
Eloa : Ah oui. Et ça t'a permis de souffler et de te dire : « Allez, je change de vie » ?
Damien : Ça m'a surtout permis de me dire que je ne voulais pas retourner dans un bureau, et que c'était ça que j'avais envie de faire. Ce qui m'intéressait dans le mariage, c'était vraiment la relation avec les gens, les histoires qu'on pouvait raconter, toutes les émotions qu'on peut voir dans un mariage. Et surtout les aider : c'était important pour moi.
Faut-il être marié pour photographier des mariages ?
Eloa : Ça me fait penser à quelque chose, parce qu'on discutait il n'y a pas trois jours avec Benjamin Brette des photographes de mariage qui sont mariés ou pas. Et c'est drôle, parce que lui a divorcé. Il me disait : « J'étais en connexion avec mes mariés parce que je leur disais : je suis marié. » Et là, il ne trouvait plus ce répondant. Il disait : « Maintenant, je suis divorcé et je vais faire des photos de mariage. Est-ce que ça va poser problème ? »
Bien évidemment, ça ne pose pas de problème, mais il s'est posé la question. Et je me demandais si vous, vous étiez mariés. Enfin, pas ensemble : vous n'êtes pas un couple.
Sylvain : Alors moi, je suis divorcé. J'ai été marié et je suis divorcé. Je ne ressens pas ce décalage, parce que ce qui m'intéresse dans le mariage… En anglais, il y a deux mots : « wedding » et « marriage ». Le marriage, c'est l'union, et le wedding, c'est le jour J. Et moi, je suis plus wedding : si je fais de la photo de mariage, c'est de la photo de wedding, la photo du jour J. C'est ce moment-là qui m'intéresse. Ce n'est pas parce que je suis divorcé que je ne pourrais pas apprécier ce moment-là pour mes clients.
Eloa : Oui, oui, tu peux très bien… Mais tu pourrais aussi ne plus croire à cette union et te dire : « Le mariage, c'est un peu une vieille institution… »
Sylvain : Oui, alors, le mariage, c'est une vieille institution. Mais est-ce qu'il y a besoin d'y croire ou pas pour faire une grande fête avec ses amis ? Moi-même, quand je me suis marié, avec mon ex-femme, on était d'accord pour dire que si ça se trouve, ça ne durerait pas toute la vie, et que ce n'était pas grave. Donc quand je fais des photos de mariage, je ne fais pas des photos de gens qui vont forcément rester toute leur vie ensemble. Je ne suis pas naïf : depuis 2008 que je fais du mariage, je sais très certainement qu'il y en a qui se sont séparés depuis.
Eloa : Et Damien, toi, tu n'es pas marié non plus ?
Damien : Alors moi, je ne suis pas marié. On est ensemble depuis 2011, donc ça va bientôt faire dix ans, en août. On n'est pas mariés parce qu'on a dépensé nos sous autrement : on a voyagé, on a fait un enfant, on a acheté une maison. Ça ne nous est pas venu à l'esprit, même si en faisant plein de mariages, on voit plein de choses et on a plein d'idées si on se marie un jour. Mais pour l'instant, ce n'est pas venu sur le tapis, en tout cas.
Et on sait que ça ne dure qu'une journée, on sait ce que c'est du début à la fin. Sans compter que je ferai peut-être ma demande : elle est à côté, elle rigole. Et moi, ça ne me dérange pas, parce qu'en fait, je ne fais pas des photos pour le mariage, je fais des photos pour les gens. Que ce soit un mariage, un anniversaire ou même un enterrement s'il le faut, je vais traiter les personnes exactement pareil. Il faut que j'arrive à faire ressortir les émotions, ce qui se passe le jour J et les interactions entre les gens.
Sylvain : Et puis c'est un moment de leur vie : que ça dure ou pas, de toute façon, ils l'ont vécu.
Damien : Exactement. Je ne suis pas très religieux, et pourtant on a beaucoup de mariages à l'église, et ça ne me dérange pas d'en faire le reportage. C'est vraiment les connexions avec les gens que je vais rechercher. C'est plus important pour moi que la raison pour laquelle je suis là.
Eloa : Oui, finalement, c'est un mariage, mais comme tu dis, ça pourrait être une fête de famille pour un anniversaire.
Damien : C'est vraiment l'interaction avec les gens. Et en fait, je retrouve un peu ce côté RH que j'aimais : la relation humaine.
Eloa : Ah, c'est pas mal, ça. Sans le burn-out.
Damien : Et sans les conflits. Sans les prud'hommes, sans les conflits, sans tout ça.
Eloa : C'est quand même pas mal.
Sylvain : Oui, on fait quand même un métier où on voit des gens heureux.
Un duo, des sites et la question des prix
Eloa : Ça, c'est clair. Donc, vous n'êtes pas un couple, mais on vous voit quand même partout à deux. Je vous interviewe à deux, le site, c'est à deux, parce que j'ai cherché si vous aviez chacun un site. Je ne crois pas.
Sylvain : Alors moi, j'ai un site perso pour le corporate. Mais en fait, on travaille à deux sur le corporate, donc il y a des reportages à deux. Et on a Family Wow, mais je ne sais pas si on se présente à deux sur Family Wow.
Damien : Je ne crois pas qu'on se présente à deux. C'est un peu caché, mais on est deux dessus.
Eloa : Ah oui, vous ne le mettez pas en avant. Alors que sur le site de mariage (on mettra le lien en commentaire du podcast), vous êtes clairement affichés à deux. Vous en faites une force. Vous mettez même des photos : j'ai vu des photos prises en simultané, pour montrer l'intérêt d'être deux. Moi, je me posais la question aussi, en tant que photographe, du côté rentabilité, parce que vous divisez tout par deux.
Sylvain : Oui.
Damien : Après, la rentabilité, ça varie en fonction de chacun, parce que chacun veut vivre comme il veut. En fait, on a pris ce qu'on voulait toucher à l'année et on a fixé nos prix en fonction de ça, de ce dont on avait besoin. On est dans une région où ce n'est pas forcément très cher. Dans le Sud-Ouest, on n'est pas à Biarritz même : à Biarritz, les prix sont un peu différents. Mais dans les terres, dans le Béarn, on n'a pas besoin d'énormément pour vivre.
Donc on a fait aussi en fonction de ça. Et nous, on n'est pas des personnes qui ont besoin de 5 000 euros par mois pour vivre.
Eloa : Donc vous vous êtes dit : on garde des prix quand même un petit peu plus élevés que si on était seul ?
Damien : Oui. On démarre à 2 500 euros.
Eloa : Donc il faut que les gens… Je ne suis plus dans le monde du mariage depuis 2013, je vous ai laissé la place.
Damien : En gros, on démarre à 2 500 euros pour une prestation qui va des préparatifs jusqu'au cocktail, avec juste une galerie en ligne. Donc on ne fait pas partie des moins chers, loin de là.
Eloa : Il y aura toujours moins cher, de toute façon.
Sylvain : Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de photographes très chers, au final, en France.
Deux angles de vue, un seul reportage
Eloa : Donc les clients, les mariés, on va les appeler comme ça, se disent : « Bon, on paye un petit peu plus cher, mais ce n'est pas du simple au double. » Des photographes de qualité, bien évidemment. Et votre force, j'ai vu que c'était effectivement qu'il y en a un qui suit le marié et l'autre qui suit la mariée.
Damien : Oui, quand c'est en décalage, pour les préparatifs.
Eloa : Et après, vous vous retrouvez avec deux…
Damien : C'est ça, deux angles de vue.
Sylvain : Deux personnes disponibles également, tout simplement. Parce que parfois, on peut aussi apporter de l'aide aux mariés autrement qu'en faisant des photos.
Eloa : Et puis, c'est deux créativités.
Sylvain : Oui, clairement.
Eloa : Parce que vous avez quatre yeux différents.
Damien : Quatre yeux différents. Après, je ne sais pas si on s'est formatés, si je me suis formaté à Sylvain ou si on s'est formatés l'un à l'autre. C'est vrai qu'on a un regard assez différent, et en fonction des périodes de vie, on va s'attarder plus ou moins sur certaines choses. Mais en tout cas, on a la même façon de travailler. Du coup, quand on met les images en commun pour faire les best-of, la plupart du temps, on ne sait pas qui a fait quoi.
Eloa : Oui, je me demandais si ça se sentait. Par exemple, quand tu fais le livre, il ne faut pas que ce soit trop différent, parce que…
Sylvain : Non, ça ne se sent pas. En tout cas, on a le même traitement. C'est aussi pour ça qu'on a exactement les mêmes boîtiers et les mêmes objectifs. Enfin, de la même marque, en tout cas, et de la même gamme.
Pour avoir exactement les mêmes... Que le traitement passe pareil sur toutes les photos.
Eloa : Déjà, ça unifie le reportage.
Sylvain : Oui.
Eloa : Mais ensuite, si on vous connaît bien, on va voir qui a fait quoi ?
Damien : Même ceux qui nous connaissent bien...
Eloa : Ils ne savent pas ?
Damien : C'est comme les jumeaux, tu sais. Quand on les connaît bien, on sait qui est qui, mais... Même nous, on a du mal à s'en rappeler.
Eloa : Des fois, vous ne reconnaissez pas vos propres photos ? C'est drôle.
Damien : Quand on a fait la sélection, par exemple, pour les best-of ou pour le workshop qu'on avait, des fois, on ne savait plus qui avait fait quoi. Après, tu regardes dans les EXIF et tu sais à peu près, en fonction des objectifs. Mais sinon, non, ce n'est pas évident.
Shooter seul ou à deux : le stress du mariage
Eloa : Vous vous verriez re-shooter tout seuls ? Vous le faites, mais pas pour des gros mariages.
Damien : C'est bien, je te laisse répondre. C'est toi qui as shooté le plus en solo ces derniers temps.
Sylvain : Oui, j'en ai fait un en particulier quand Damien a eu son fils. Évidemment, il a eu son fils en plein milieu de l'été. Ce n'est pas une super idée pour un photographe de mariage.
Damien : Ce n'était pas drôle sinon.
Sylvain : Moi, j'avais déjà fait beaucoup de mariages tout seul avant. Donc en refaire tout seul, j'en suis capable. Mais il y a beaucoup moins de plaisir à travailler tout seul qu'à travailler à deux. Et à travailler à deux avec Damien en particulier.
Eloa : Non, mais j'imagine... Moi, je me souviens des mariages, parce que j'en ai fait de 2006 à 2013. Et j'ai arrêté parce que je trouvais ça extrêmement lourd. Je trouve que c'est une responsabilité. Les gens ne se rendent pas compte que pendant parfois 12, 13, 14 heures, tu es debout, sur le qui-vive à chaque instant.
Les mariés se reposent énormément sur toi. Enfin, moi, j'ai beaucoup d'empathie. Je pense que j'en avais trop et que ça me bouffait un peu d'énergie. Mais souvent, comme tu dis, on aide les mariés, on fait plein de choses. Et à deux, je pense que c'est comme tout : c'est plus facile, c'est plus léger.
Damien : Ah oui, bien sûr. Même psychologiquement, c'est moins fatigant. Après, ça, Sylvain pourra en parler, parce qu'il a passé quelques années tout seul.
Sylvain : Oui, clairement. Moi, quand je travaillais tout seul, chaque matin avant le mariage, si on m'avait dit qu'il était annulé, j'aurais été content. Parce que c'était une pression, un stress que je n'ai plus du tout maintenant. Je suis super excité le samedi matin de partir sur un mariage. Il y a beaucoup moins ce stress-là.
Mais travailler à deux, ce n'est pas seulement le jour du mariage que ça nous enlève du stress. C'est aussi dans toute la gestion de l'entreprise que c'est beaucoup plus facile. Toutes les responsabilités, on les prend à deux. Il y a les mails, les rendez-vous, tout le stress que tu peux avoir.
Damien : C'est con, mais une année, je me suis bloqué le dos sur le dernier mariage de la saison, en décembre. Je me suis bloqué le dos trois jours avant d'aller au mariage. Sylvain a pu y aller tout seul. Ça, ce sont des choses sur lesquelles tu ne peux pas compter si tu es tout seul. Ce sont des stress en plus.
Pourquoi un duo ne coûte pas le double
Eloa : C'est vrai que les mariés, quand ils vous choisissent, ils doivent se dire : « Bon, il y a quand même peu de chances que les deux se cassent une jambe. »
Damien : C'est ça, il y a ça. Et c'est aussi pour ça que, quand on a fixé les prix, tout le monde nous a dit : « Ouais, mais pourquoi ? Moi, je suis à 2 000 tout seul. Pourquoi vous n'êtes pas à 4 000 à deux ? » Parce que ce n'est pas le même taf. À deux, ce n'est vraiment pas le même taf que tout seul. C'est beaucoup plus reposant, c'est beaucoup moins fatigant.
Le post-traitement n'est pas divisé par deux, mais en tout cas, tu as moins d'images puisqu'on compile nos images à tous les deux. Donc tu en as moins à faire à la fin. Toute la gestion en amont est plus facile parce qu'elle est répartie. Quand tu oublies de répondre à un mail, ce ne sont pas les clients qui te relancent, c'est ton associé qui te dit : « Ok, tu as oublié de répondre à ce mail-là, vas-y, réponds. » La gestion est beaucoup plus simple.
Eloa : Et puis vous vous entendez très bien, j'ai l'impression, donc c'est fluide.
Damien : Après, tu disais qu'on n'était pas un couple. Moi, je considère qu'on est un couple, dans le sens où ça marche pareil qu'un couple. Les relations, qu'elles soient amicales, professionnelles, familiales ou de couple comme on l'entend, si tu te parles et que tu te dis les choses, ça fonctionne.
Eloa : Oui, vous êtes un couple dans le travail.
Sylvain : On ne l'a jamais fêté, Damien.
Damien : Non, on ne l'a jamais fêté, c'est vrai.
Eloa : Une petite photo en amoureux, quand même. Vous habitez loin l'un de l'autre, d'ailleurs ?
Damien : On habite à 40 km l'un de l'autre.
Eloa : Ça va.
Damien : Oui, ça va.
Eloa : Il va falloir faire une petite fête avant 18 heures, mais une petite photo en amoureux. Et alors, à part le mariage, que faites-vous ? C'est votre vrai métier ?
Le corporate et les congrès médicaux
Damien : En gros, 95 % de notre corporate, c'est du bouche-à-oreille qui vient des mariages ou de notre ancien réseau. Donc on n'a pas besoin de faire trop de pub pour ça. Les gros contrats, c'est Sylvain qui les a apportés. Je le laisse en parler. Allez, vas-y.
Sylvain : Oui, on a pas mal travaillé pour des congrès médicaux internationaux.
Eloa : D'accord.
Sylvain : Donc trois mots qui ne sont pas du tout compatibles avec la situation sanitaire actuelle.
Eloa : Actuelle, oui.
Sylvain : Mais travailler à deux nous permet de suivre ces gros congrès à deux, ce qui est quand même beaucoup mieux. Et l'autre avantage dans le corporate, c'est que si Damien a un client qui est plutôt son client et qu'il n'est pas dispo sur quelque chose, moi, je peux y aller. Et ça, c'est une grosse facilité.
Statut, chiffre d'affaires et matériel
Eloa : Parce que vous avez fait... Enfin, je rentre dans l'intimité du couple. Vous avez créé une société pour vous deux, et chacun a aussi une autre société personnellement ? Ou vous avez tout mis en commun ? Vous avez fait comment ?
Damien : On n'a rien en commun.
Eloa : Vous n'avez rien en commun ?
Damien : On n'a rien en commun. On a le nom et les sites internet en commun. Donc chacun peut faire son petit management perso.
Eloa : Oui.
Damien : On est tous les deux auto-entrepreneurs aujourd'hui. Ça fait cinq ans qu'on est tous les deux au plafond avec Gardères & Dohmen. Sylvain a perdu un peu de chiffre au départ, parce que quand on a lancé Gardères & Dohmen, il était au plafond, il est descendu un petit peu, et ça a dû remonter. On est tous les deux au plafond.
Et en fait, on s'est renseignés auprès des comptables. Ils nous ont dit que pour l'instant, tout mettre en commun allait nous coûter plus cher, et qu'il faudrait travailler beaucoup plus pour toucher la même chose. Donc on a préféré rester auto-entrepreneurs, parce que ça nous allait dans notre région.
Eloa : Et comment vous faites ? Il y en a un qui encaisse un mariage et l'autre un autre ?
Damien : Exactement. On divise tout. En fait, on tient un tableau et on essaie d'avoir le même chiffre d'affaires en fin d'année. Donc même pour les clients corporate, quand c'est un nouveau client et qu'on voit que l'un de nous a moins de chiffre d'affaires que l'autre, on bascule sur l'un ou sur l'autre.
Eloa : Ah ouais ! Vous êtes... C'est une vraie gestion de couple.
Damien : Oui.
Eloa : Et pour l'achat du matos, pareil, vous faites un peu...
Damien : L'achat du matos, en gros, on a deux boîtiers chacun. Moi, je travaille avec deux boîtiers, mais Sylvain travaille avec un boîtier, et il a un boîtier de secours. Les objectifs, on a la chance d'être ambassadeurs Sigma, donc c'est Sigma qui nous les prête.
Eloa : Ah, c'est bien, ça !
Damien : Et les ordis, c'est chacun son ordi. On travaille sur des environnements différents : Sylvain est sur PC, moi, je suis sur Mac. Donc là, il n'y a pas de répartition.
Eloa : Il ne manquerait plus qu'il y en ait un chez Canon et l'autre chez Nikon.
Damien : C'était comme ça au début.
Eloa : Comme quoi, tu vois, les couples, souvent, vont ensuite dans la même direction et ils normalisent tout. Vous êtes passés chez Sigma ensemble, du coup ?
Damien : Ouais, on est passés chez Sigma ensemble, et Sylvain a suivi chez Canon parce que c'était lui qui devait changer de boîtier le premier.
Sylvain : Non, mon boîtier était plus récent, donc c'est lui qui a changé de boîtier et qui est passé chez Canon.
Damien : Après, Sylvain me contredira peut-être, mais on n'est pas attachés à une marque. Tant que c'était homogène... On n'était pas trop geeks sur les marques et ce genre de trucs.
Ambassadeurs Sigma : la force des rencontres
Eloa : Et Sigma, ils ne font que des objectifs ?
Sylvain : Pour l'instant, ouais.
Eloa : Ah ah !
Sylvain : Non, non, ce n'est pas un teaser : ils font des boîtiers. Ils ont d'ailleurs sorti un plein format l'année dernière ou il y a deux ans. Mais ce ne sont pas des boîtiers faits pour travailler sur du mariage, pas pour du volume et de la réactivité.
Eloa : Ouais. Donc ils vous prêtent les boîtiers ?
Damien : Les objectifs.
Eloa : Les objectifs. Ah, ce n'est pas mal, ça. Et vous les avez rencontrés comment ?
Sylvain : En fait, on s'est rendu compte qu'on faisait nos mariages uniquement avec des objectifs Sigma. Donc on a tout simplement proposé à Sigma de leur faire un article de blog, et c'est ce qu'on a fait. Ils ont apprécié, ils nous ont invités au Salon de la Photo pour faire une conférence. On s'est bien entendus avec l'équipe, c'est une super équipe. Et puis, au fur et à mesure, comme ça.
Eloa : Ouais, des rencontres.
Sylvain : Ouais.
Eloa : La vie est faite de rencontres.
Sylvain : Exactement.
Damien : Bon, après, on part un peu du principe, tous les deux, que le non, tu l'as déjà en poche. Donc ça ne te coûte rien d'envoyer un mail ou d'envoyer quelque chose. Avec Sigma, on a fonctionné comme ça, et on a fonctionné comme ça à peu près avec tout le monde.
Par exemple, quand on a voulu faire des workshops, les premiers qu'on a voulu faire, c'était avec Christophe Flerz. On l'a contacté et on lui a dit : « On est dix photographes dans la région, est-ce que tu ne peux pas venir nous faire un workshop ? » Il nous a dit oui.
Pourquoi Eloa a arrêté le mariage
Eloa : Je rebondis, parce que moi, j'ai arrêté en 2013 après le workshop de Christophe Flerz. J'ai fait son workshop, où est-ce que je l'ai fait ? À Limoges, il me semble. Alors, pas en 2013, ça devait être en 2011, je ne suis pas très douée avec les dates.
Il fait un tour de table au début. J'étais assise à côté de Benjamin Brette, c'était très drôle, on s'est connus comme ça. Et j'ai vu des gens, il n'y avait que des hommes, des mecs passionnés par le mariage. Donc on fait le workshop, je ne sais plus, c'était trois jours.
Sylvain : C'était Lyon, non ? C'est deux jours et demi, je crois.
Eloa : Un truc comme ça, ouais. On fait tout ça, et à la fin, il refait un tour de table. Et là, je lui dis : « En fait, moi, j'arrête. » Et il était hyper content !
Damien : Oui, oui.
Eloa : Il m'a dit : « Oh là là, mais franchement, si j'ai pu te permettre de te rendre compte d'un truc, et qu'en fait ta joie n'est pas là-dedans, fais autre chose. »
Damien : C'est ce qu'il a fait, lui, d'ailleurs. Il est parti faire autre chose.
Eloa : Et moi, j'ai arrêté le mariage comme ça, parce que je me suis rendu compte que, comme tu disais, Sylvain, je priais pour que les mariages soient annulés. Je me disais : « Oh, j'espère que... » Non, je n'espérais quand même pas que les mariés annulent leur mariage, mais j'avais un stress pas possible. C'est là que je me suis dit : « Je dois être très angoissée. »
Je me disais : « Si je me casse une jambe, si j'ai la grippe, si je ne suis pas là au bon moment. » Et je faisais des rêves aussi, des rêves où j'étais au fond de l'église, et au moment de l'échange des alliances, je courais, je courais, je courais, et je n'arrivais jamais à temps. Et il y a beaucoup de photographes qui, quand tu en parles honnêtement, ont un vrai stress. J'ai plein de copines qui font des rêves chelous avant les mariages.
À deux, j'en ai fait un ou deux, parce qu'à l'époque, ça ne se faisait pas trop d'avoir un second. Le second shooter n'était pas du tout connu. Mais j'ai eu une stagiaire aussi, et j'étais beaucoup plus détendue. Je me disais : « C'est génial, elle peut faire des trucs un peu plus fous, alors que moi, j'assure les alliances, les signatures, les trucs. »
Mais bon, j'ai quand même mis un an et demi à arrêter, parce que financièrement, il faut pouvoir remplacer ce revenu par autre chose. Et ensuite, j'ai arrêté. Et c'est là qu'on m'en a demandé le plus : le jour où j'ai dit que j'arrêtais, tout le monde voulait des mariages.
C'est toujours comme ça. Mais j'ai tenu bon, parce que je pense que j'ai vraiment fait un burn-out du mariage. J'en ai fait deux qui m'ont minée, et j'ai dit : « Bon, j'arrête. » Mais je suis émerveillée de voir ces photographes qui ont hâte d'avoir des mariages. Ils sont là en avril à dire : « Ah, c'est bientôt, c'est bientôt. »
Sylvain : Nous, ce n'est pas hâte d'avoir des mariages. C'est vraiment hâte de faire des rencontres et de voir des gens.
Eloa : Encore plus maintenant.
Damien : Cette phrase a encore plus de sens cette année. C'est vraiment avoir des relations humaines dans un cadre festif.
Second shooter ou assistant
Eloa : Ça, c'est clair. C'est agréable. Vous en avez fait, en 2020, ou pas ?
Damien : Moi, non. Sylvain, oui, en second.
Sylvain : Moi, j'en ai fait trois en second shooter. Et sinon, tout a été reporté en 2021.
Eloa : Ah, donc tu fais du second shooting, j'allais dire. Je ne sais pas comment on dit.
Sylvain : Oui. En fait, c'est quelque chose qu'on fait à peu près tous les ans : chacun de son côté, au moins un second shooting avec un autre photographe. C'est quand même assez intéressant de suivre quelqu'un d'autre.
Eloa : Et alors, moi qui ne connais pas ce système, parce qu'à l'époque (j'ai l'impression d'avoir 1 000 ans), ça ne se faisait pas du tout... Je pense que c'est arrivé des États-Unis, un peu comme tout, c'était très américain. On est rémunéré ? On n'est pas rémunéré ? Comment ça se passe ?
Sylvain : Quand tu es second shooter ? Alors, ça dépend. Second shooter, ce n'est pas pareil qu'assistant. Second shooter, souvent, c'est à l'initiative du second shooter, qui demande à venir voir comment ça fonctionne sur un mariage, ou à faire un mariage en tant que second shooter. Ça te permet aussi de faire plein de choses différentes. Donc là, tu n'es pas forcément payé.
Après, quand c'est le photographe principal qui demande un assistant, ils appellent ça second shooter, mais en gros, tu es assistant. Et là, par contre, tu es payé, en principe.
Eloa : Et quand tu es second, tu donnes quand même tes photos aux mariés ?
Sylvain : Ça, c'est un deal avec le principal. Soit tu donnes directement ta sélection, qui est moindre, parce que tu es en principe là pour faire moins de photos et pour t'exercer aussi un petit peu. Donc soit tu donnes directement tes photos aux mariés, soit tu les donnes au premier shooter, qui va les intégrer à la galerie.
Eloa : Oui, c'est vraiment un accord entre photographes.
Sylvain : Oui. C'est pour ça qu'il y a souvent des problèmes, avec des « Ouais, mais tu m'as piqué mes trucs », parce qu'en fait, le second shooter est passé en direct. Donc il faut bien se mettre au carré avec son second ou avec son assistant.
12 à 15 mariages par an
Eloa : Ok, je comprends. Donc là, report de tous vos mariages. Vous en faites combien par an, en moyenne ?
Damien : Ensemble ? Entre 12 et 15 ?
Sylvain : C'est notre objectif, oui. On a fait une année où on en a fait 19 ou 20, je crois, à deux.
Eloa : Oui. C'est cool, hein.
Damien : On a dit : « Bon, non, en fait. »
Eloa : Ouais. 15, c'est bien.
Damien : Ouais, 15, c'est bien. Entre 12 et 15, ça nous permet d'être bien en chiffre d'affaires et d'être bien dans la relation client.
Sylvain : On ne perd pas en relation client.
Eloa : Ouais, sinon tu finis par te dégoûter un peu...
Damien : Au-delà, c'est trop compliqué à suivre.
Sylvain : Le plus dur, ça reste de les enchaîner, les mariages.
Eloa : Oui, aussi.
Sylvain : Parce que si on n'en fait que 12, mais qu'il y en a 8 d'affilée, c'est impossible aussi. Sachant qu'on ne fait pas beaucoup de mariages dans notre région, en fait.
Eloa : Ah oui ? Donc ça veut dire que tu bouges tous les week-ends ?
Damien : Ouais. Le prix fait qu'on bouge tous les week-ends, parce qu'on est chers dans la région. Et en France, on est souvent en concurrence avec d'autres photographes, et on reste quand même assez chers. Mais on bouge pas mal, ouais. En France et en Europe.
Eloa : Ça peut prendre du temps, si tu pars du vendredi midi au dimanche midi, le temps de rentrer et tout. Si vous faites la soirée, ça peut être long. Du coup, vous avez d'autres activités que le mariage. Vous faites de la formation, enfin, vous formez des photographes, c'est ça ?
Workshops et coaching
Damien : Ouais. Depuis l'année dernière, on fait un workshop qui a bien marché. Pendant le confinement, on a fait deux workshops en visio, tous les deux. Et Sylvain a lancé un nouveau workshop sur le flash, mais celui-là, il le fait tout seul. Moi, je ne suis pas du tout technique, et lui, il est technique.
Sylvain : C'est ça.
Eloa : Et votre workshop en présentiel, on va l'appeler comme ça, vous ne l'avez fait qu'une seule fois, en 2019, c'est ça ?
Damien : Ouais, on n'en a fait qu'un seul. On se limite à un seul par an, parce que ça prend du temps et beaucoup d'énergie.
Eloa : C'est deux jours ?
Damien : C'est deux jours et demi.
Eloa : Ah oui.
Damien : C'est deux jours et demi à Biarritz, et on voit un peu tout.
On a essayé de faire le workshop qu'on aurait aimé avoir.
Eloa : Ah, c'est un bon objectif.
Damien : On a fait énormément de workshops, tous les deux. Et on a essayé de prendre ce qui nous a plu dans tous ces workshops pour faire un workshop qui nous ressemble, mais aussi qu'on aurait aimé avoir à nos débuts. Et après, on fait aussi du coaching individuel chez les photographes.
Eloa : Et vous coachez à deux ? Non ?
Damien : Ça dépend des demandes. Là, c'est vraiment du cas par cas.
Eloa : Bon, écoutez, on vous souhaite de faire des workshops en présentiel en 2021. Donc en novembre, c'est ça ? Vous en avez un ?
Damien : Oui, exactement. Il reste quelques places. C'est Marie-Astrid qui gère ça, mais il reste quelques places.
Eloa : Et Sylvain, toi, tu fais un workshop online ?
Sylvain : Oui, un workshop sur le flash, en 4 heures, en visio. Le premier, en janvier, s'est bien passé. Le deuxième, en mars, est plein. Et j'en proposerai certainement un troisième.
Eloa : Vous mettez tout ça sur votre site, de toute façon ?
Sylvain : Oui, tout à fait.
Damien : Non.
Sylvain : Si, c'est sur le site !
Damien : Non, oui, oui. C'est sur le site, oui. Mais c'est vrai qu'on n'est pas très forts en communication. Donc le mieux, pour savoir ce qui se passe, c'est de nous envoyer un message.
Eloa : Ah oui, carrément. Vous ne le mettez même pas sur le site internet ?
Damien : Si, on le met sur le site internet. Mais comme on ne communique pas forcément dessus sur les réseaux, est-ce que les gens vont beaucoup sur notre site ? Les professionnels, je veux dire. Est-ce que les photographes vont sur les sites internet d'autres photographes ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est marqué sur notre site.
Le collectif Joyeux Bazar et le reportage de famille
Eloa : Ils vous suivent plutôt sur Facebook ou sur Instagram, et ils voient vos publications. Et justement, c'est comme ça que j'ai découvert que vous aviez été intégrés au collectif Joyeux Bazar. Vous allez nous expliquer un peu ça. Qu'est-ce que c'est, déjà ? Un collectif, c'est plusieurs photographes ensemble.
Sylvain : Exactement. C'est plusieurs photographes qui font du reportage de famille, vraiment des experts du reportage, qui travaillent sur des thèmes communs et qui mettent en avant leur façon de faire.
Eloa : On aura d'ailleurs un podcast sur ce fameux collectif Joyeux Bazar. Mais le reportage famille, c'est un photographe qui vient dans une famille. Jusque-là, tout va bien.
Sylvain : Voilà. Qui ne fait pas du lifestyle, qui est, comment dire, spectateur du quotidien.
Eloa : Ouais. Et vous, vous vous déplacez à deux pour faire ça ?
Damien : Alors, ça dépend des familles, ça dépend des demandes. C'est toujours pareil : l'avantage d'être à deux, c'est qu'on peut s'adapter. Par exemple, Sylvain, je te laisse raconter pour le lever.
Sylvain : Ouais. J'avais fait un reportage pour une famille qui m'avait laissé la porte ouverte. Je suis arrivé chez eux à 5 heures du matin, pour le dernier biberon de la nuit. Je me suis installé sur le canapé en attendant que le bébé se réveille.
Le bébé s'est réveillé, le papa s'est levé pour donner le biberon, puis il est parti au travail. Ensuite, le reste de la famille s'est réveillé. Et j'ai fait le reportage comme ça jusqu'à ce que les aînés partent à l'école.
Eloa : C'est original, pour un client, de choisir ce moment-là de la journée, et de ne pas te faire venir un samedi matin ou un dimanche après-midi.
Sylvain : Oui, tout à fait. En fait, c'est une constatation que j'ai faite dans mes albums : on n'a pas de souvenirs des choses du quotidien. Et ces choses-là sont précieuses. Elles nous laissent quelques bribes de souvenirs, mais on n'a pas de photos de ça : d'un repas à table, d'un goûter classique, d'un retour d'école.
Eloa : Et c'est ce que vous proposez avec ce reportage.
Sylvain : Oui, tout à fait.
Eloa : On peut aller voir les photos ? Vous avez déjà des photos à vous sur le site de Joyeux Bazar ? Parce que c'est tout frais, ça.
Sylvain : Oui, quelques-unes. Je crois que Damien est en retard, il n'a pas fait son portfolio, mais...
Eloa : Et vous en faites déjà beaucoup avec des clients ?
Sylvain : On essaie d'en proposer. Ce n'est pas encore dans l'air du temps, et c'est un peu aussi l'objectif du collectif Joyeux Bazar : parler de ce type de reportage famille, de documentaire familial, pour que ça se développe davantage.
Eloa : Oui, parce que c'est vrai que ce n'est pas connu. Les gens ont toujours envie d'avoir les enfants bien habillés, bien préparés, de venir dans un studio et de faire 10 ou 15 photos, mais on ne connaît pas encore trop le reportage. On le connaît très bien pour le mariage, ça, c'est acté, mais pour la famille, c'est encore peu connu. Et puis, c'est un certain budget. Je ne dis pas que le studio est moins cher, mais...
Des séances courtes pour amener au reportage
Damien : Oui, parce que ce sont des séances longues. Après, on arrive aussi à le faire sur des séances un peu plus courtes, et c'est pour ça qu'on essaie de le proposer comme ça. On dit : « OK, c'est une séance d'une heure ou de deux heures, mais on va venir sur le moment du bain, par exemple. » Donc on fait bain et repas, et le bain, tu ne peux pas trop le driver de toute façon, parce que c'est le bain qui se passe.
Et ça, c'est cool. Ça nous permet d'avoir un mix des deux, pour amener ensuite les clients vers des séances de reportage, leur montrer que le reportage, c'est cool. Quand tu fais bain et repas, tu as un peu des deux : au début, tu commences à driver, mais dès que ça part dans le bain, hop, c'est fini, tu ne drives plus rien du tout.
Et les clients commencent à intégrer ça, à se dire : « Ah ouais, en fait, les images qu'on préfère, ce ne sont pas celles qui sont drivées, ce sont celles qui sont plus naturelles. »
Eloa : Et un reportage, c'est combien ? Quatre heures ? Une demi-journée ?
Damien : Ouais, une demi-journée.
Eloa : Ouais, c'est du boulot, hein ?
Damien : C'est du boulot, ouais. Enfin, par rapport à un mariage, c'est cool. Et c'est pareil, tu partages un moment. Au final, les quatre heures passent tellement vite : tu partages un moment avec une famille, et c'est ça qui est intéressant.
Eloa : Et puis, quand on dit « photos du quotidien », c'est vraiment ça, tu as des gestes. Moi, je l'ai fait non pas en tant que photographe, mais en tant que maman : j'ai fait venir un photographe pour un reportage famille, et j'ai découvert les photos il y a trois, quatre jours.
Et c'est vrai que même si tu l'as vécu, c'est ce que tu disais : ton enfant qui verse la cruche dans le verre et qui en met partout, tu n'as jamais de photo de ça, parce que toi, tu es juste catastrophée à côté, en tant que parent, en te disant qu'il va en mettre partout. Et comme disait Sylvain, on n'a aucun souvenir de ça.
La valeur des photos du quotidien
Sylvain : Oui, c'est ça. Et quand on feuillette les albums photos de famille, on se rend compte que ce sont les photos vraiment naturelles, vraiment dans le quotidien, qui prennent le plus d'importance. Celles où l'on va voir en arrière-plan tel jeu auquel on jouait, ou la voiture de l'époque.
Ce sont des choses qu'on ne pense pas à prendre en photo aujourd'hui, mais qui font pourtant partie de notre quotidien, de nos gestes de tous les jours. Et dans 20 ans, quand on va les revoir, on va se dire : « Ah oui, c'est vrai que j'avais ça, il y avait tel tableau au mur. »
Eloa : Le papier peint.
Sylvain : Oui, le papier peint, exactement, les meubles, la disposition foireuse du salon. « Ah punaise, c'est vrai qu'à l'époque, c'était comme ça. »
Damien : La multiprise avec toutes les prises branchées dessus, que tout le monde veut enlever de la photo : « Non, non, je l'enlève. » Mais non, garde-la, tu auras une histoire à raconter quand tu la verras sur la photo.
Eloa : Oui, c'est vrai qu'on n'est pas toujours à son avantage dans le reportage famille.
Sylvain : Ne pas être à son avantage, c'est gênant les deux premières années après le reportage. Mais après, ça prend une valeur énorme. Je ne sais pas d'où vient le nom du collectif Joyeux Bazar, mais moi, je le ressens comme ça : le bazar, quand on arrive dans une maison, c'est l'histoire d'une famille, c'est l'histoire de la maison.
Eloa : Oui, Joyeux Bazar. Parce que ça peut vite être le bazar si tu laisses les gens faire comme ils font d'habitude.
Sylvain : Aussi.
Diriger ou laisser vivre
Eloa : Ce n'est pas drivé. Vous drivez quand même un petit peu, ou pas ? Vous guidez ?
Damien : On est très mauvais, c'est pour ça qu'on s'est mis au reportage aussi. Non, mais clairement, on est très mauvais pour driver les personnes, peut-être parce qu'on n'aime pas être drivés nous-mêmes.
Eloa : Vous refusez le...
Damien : Je ne sais pas si c'est une question de refuser, c'est surtout une question de laisser vivre les choses. Et c'est souvent pour ça qu'on le propose en famille : les enfants, tu peux difficilement les driver. Tu vas les driver trois minutes, et après, ça va exploser de toute façon.
Eloa : Tu peux donner un élan.
Damien : Ouais, tu peux donner un élan.
Eloa : S'ils n'avaient pas prévu de prendre le bain, tu peux dire : « Allez, tiens, je vous propose un truc. » Mais je crois que ce n'est pas du tout le principe du reportage famille. Les filles du collectif nous en diront plus...
Sylvain : Non, non, ce n'est pas le principe. Après, pour l'amener et le faire connaître, tu es obligé de lancer un peu le truc pour avoir des images. C'est pour ça qu'on voit aussi beaucoup de reportages perso. Là, c'est ma semaine réseaux sociaux sur Joyeux Bazar, et je publie beaucoup de photographies perso, parce que c'est plus facile pour moi de faire du reportage chez moi : mon entourage a l'habitude de voir un appareil photo et n'y fait plus attention.
Mais ça vient de plus en plus. On a de plus en plus de demandes pour ce genre de photos, grâce aussi à Joyeux Bazar, qui a très bien expliqué aux photographes ce que c'était et qui essaie de le présenter au public.
Albums, tirages et fichiers HD
Eloa : C'est vrai que c'est un beau souvenir à garder. Et qui dit souvenir, pour moi, dit papier, dit livre. Le corporate s'imprime peu, ou d'autres façons, mais est-ce que vous, en tant que photographes de mariage, vous imprimez beaucoup de livres pour les reportages, les mariages, les familles ? Vous proposez ça ou pas ?
Sylvain : Alors nous, on ne met pas les albums ou les tirages d'emblée dans les formules. On les propose en option. On incite quand même les gens à imprimer les photos. Par contre, comme on fournit les fichiers haute définition aux clients, ils peuvent le faire eux-mêmes et faire leurs albums eux-mêmes.
On y va franco avec eux, on est assez honnêtes. On leur dit : « Voilà, nous, on propose tel type d'album. Ils sont plutôt chers, c'est du haut de gamme. Mais si vous n'avez pas les moyens, faites-le vous-mêmes. L'important, c'est qu'à un moment donné, ce soit sur papier. »
Eloa : Que ce soit tiré, oui. Et vous avez quelle proportion ? Les gens font 50 % de leurs albums avec vous et 50 % ailleurs ?
Sylvain : Sur le mariage, ça doit être 50-50, je pense.
Damien : 50-50, oui. Après, des fois, tu ne sais pas ce qu'ils font en perso.
Eloa : Ah ben non.
Damien : Des fois, ils te commandent deux albums, tu vas les déposer chez eux, et en fait, ils en ont déjà fait deux sur internet, ils en ont fait pour la famille, ils ont fait des tirages. La dernière fois, on a fait une séance famille d'anciens mariés, et chez eux, il y avait plein de cadres avec plein de nos photos. C'était cool, mais on n'était pas du tout au courant.
Eloa : Oui, ça m'est arrivé aussi. J'ai fait les mariages de deux frères, l'un après l'autre, à trois ans d'écart. Et quand je suis arrivée chez les parents pour l'habillage du marié ou de la mariée, je ne sais plus, j'ai vu des photos que j'avais prises auparavant, encadrées.
Damien : Ça fait plaisir, en tout cas, parce que tu te dis que ces photos sont importantes pour eux, puisqu'ils prennent le temps de les encadrer. Alors même si toi, quand tu arrives, tu ne vas voir que les défauts : « Oh putain, ils l'ont tirée en 30x45, c'est pixelisé, le papier est dégueu... » Mais est-ce que c'est vraiment important ?
Eloa : Si tu ne veux pas que ce soit ça, il faut proposer toi-même les tirages et pousser à...
Damien : Non, mais la photo raconte quand même l'histoire.
Eloa : Ah ben oui. Au final, à chaque fois, on se dit qu'il faut proposer pour être maître du truc.
Sylvain : Ouais. Pour nous, le plus important, c'est que l'histoire ait été capturée. Peu importe l'appareil avec lequel elle est capturée, même si c'est un smartphone, et peu importe la façon dont elle est imprimée : l'important, c'est qu'elle soit là.
Eloa : D'accord. Vous n'êtes pas ambassadeurs d'un imprimeur, vous ne poussez pas forcément les livres à 600 ou 1 600 euros.
Damien : Par contre, on leur explique. C'est important pour nous d'expliquer qu'on fait de la qualité, et que s'ils veulent vraiment un produit qui perdure, il faut passer par nous pour avoir quelque chose de professionnel. On va faire attention à la colorimétrie, à la mise en page, aux produits.
Après, on comprend aussi que s'ils ont mis 3 000 ou 4 000 euros dans notre budget mariage avec une formule complète, ils n'aient peut-être pas 1 000 ou 1 500 euros à mettre ensuite dans des albums et des tirages.
Eloa : Oui.
Damien : On ne peut pas leur imposer ça. Ils ont déjà fait un effort pour nous prendre. On ne va pas en plus leur imposer de commander chez nous en leur disant : « Ben non, on ne vous fournira les HD que si vous commandez chez nous. » On préfère qu'ils aient les HD et qu'ils fassent leurs tirages sur Cheerz, sur Photoweb ou sur n'importe quel site, mais qu'au moins ils aient des tirages, de jolis souvenirs en HD.
Eloa : Bon, écoutez...
Damien : Mais pour nous, c'est important d'avoir de jolis tirages. Et on leur dit : « Quand vous voulez un joli tirage, dites-le-nous et on s'en occupera. »
Relancer ou rester en contact avec ses mariés
Eloa : Il faudrait peut-être les relancer un an après, tu sais, pour le premier anniversaire, en leur disant qu'ils n'ont pas fait d'album.
Damien : On le faisait. Et après, on a perdu l'habitude.
Eloa : Vous avez trop de clients.
Damien : Non, non, même pas. On n'est pas trop marketing à l'ancienne. Moi, ça me dérange : je n'aime pas recevoir des pubs ni des relances de ce genre, et du coup, ça m'embête de le faire.
Eloa : Tu te mets à la place des clients.
Damien : Oui. Un peu comme pour le workshop et les prestations qu'on a mises en place, on essaie de faire des choses qu'on aimerait avoir.
Eloa : Oui, d'accord.
Damien : Et la relance client, ce n'est pas quelque chose que je prône. C'est quelque chose qu'on a appris dans mon école de commerce. On sait que ça marche, les techniques marketing fonctionnent. Mais ce n'est pas ce qu'on a envie de faire avec Gardères & Dohmen, en tout cas aujourd'hui.
Eloa : Tu n'es pas obligé de faire quelque chose d'agressif. Il y a des gens à qui ça rend service, qui, au premier anniversaire, se disent : « Ah mais oui, c'est vrai, l'album, on ne l'a toujours pas fait. On a les photos dans l'ordi. Là, on a un peu absorbé les dépenses du mariage, on pourrait peut-être faire notre album. »
Sylvain : On le fait différemment : on reste beaucoup en contact avec nos anciens clients, mariés, corporate ou autres. Par exemple, pour les mariés, on a un groupe Facebook avec tous nos mariés. Et quand on reçoit une promo de notre éditeur d'albums, il nous arrive de dire : « Là, il y a une promo. Si vous n'avez jamais pris d'album, vous allez avoir 30 % sur l'album. »
Eloa : Ah, vous avez fait un groupe Facebook, et les mariés qui le veulent peuvent vous rejoindre sur ce groupe ?
Sylvain : Ouais.
Eloa : Et vous l'animez ? Parce qu'on a dit que vous n'étiez pas très doués en... Vous l'animez ? Aïe !
Damien : C'est ça. On publie des trucs à l'intérieur, des fois, quand il y a des promos, des choses comme ça. On faisait des concours et tout, on a un peu laissé tomber. Bon, après, là, c'est une période où, de toute façon...
Eloa : Covid.
Damien : Donc on a laissé tomber, mais on avait de bonnes résolutions en début d'année 2020.
Des mariés aux clients famille
Eloa : Et puis, ça peut aussi devenir des clients famille.
Sylvain : C'est surtout ça. Pour beaucoup d'anciens mariés, l'étape d'après, c'est souvent de fonder une famille. Et ils se disent : « Si ça s'est bien passé avec vous, il n'y a pas de raison d'aller voir ailleurs pour faire un reportage famille. »
Eloa : Tout à fait. C'est tout bénef.
Damien : C'est ça. Après, il faut qu'ils restent dans... Je trouve que le reportage de mariage, ça y est, c'est ancré. Pour le reportage de famille, on a des anciens mariés qui sont passés par d'autres photographes, parce qu'ils ne savent pas forcément que ça se fait, ni ce que ça va donner. Dans leur tête, la photo de famille, c'est autre chose. Ils vont voir un autre photographe, et ils nous disent : « Ah, en fait, on n'avait pas pensé qu'on pouvait faire un reportage avec vous. »
Eloa : Ils pensent au studio, au portrait un peu posé de l'enfant pour sa communion.
Sylvain : C'est pour ça qu'il faut démocratiser le reportage de famille. Et ça vient petit à petit.
Eloa : Oui, ça, c'est cool. Alors, qu'est-ce qu'on vous souhaite pour clore ce podcast ? Qu'est-ce qu'on vous souhaite pour 2021 ? Enfin, je sais ce qu'on vous souhaite pour 2021.
2021, corporate et aides pendant la crise
Sylvain : Exactement. Ce qu'on souhaite à tous.
Damien : Ouais, de revoir des gens.
Eloa : Ouais, ça vous manque. C'est vrai que vous êtes dans un métier où vous voyez énormément de monde. Donc là, vous vous sentez un peu abandonnés ?
Damien : Un peu, ouais.
Eloa : Vous ne les voyez pas, mais ils pleurent, là. Damien et Sylvain sont en larmes.
Sylvain : Non, mais c'est vraiment ça : retrouver ce contact avec les clients, retrouver cette joie de vivre, et les câlins qu'il y a dans les mariages.
Damien : Ouais, des embrassades pour 2021, ça serait pas mal.
Eloa : Et là, vous avez du corporate ? Vous en avez beaucoup ?
Damien : On a pas mal de corporate, ouais. Moi, perso, je bosse pas mal en archi et en immobilier, et ça, malgré le Covid, ça marche bien quand même.
Eloa : Ouais, ça continue.
Damien : Et Sylvain bosse pas mal aussi avec la région... Enfin, ce n'est pas la région, c'est quoi ?
Sylvain : Avec les collectivités locales, ouais.
Eloa : Donc ça vous a permis de sauver un peu les meubles et de ne pas manger trop de pâtes ?
Damien : Ouais. Après, on est quand même bien aidés. Là, on va parler un peu à l'ancienne, mais la FFPMI a bien fait son taf. Et comme on a fait une bonne année l'année dernière, on a pas mal d'aides. C'est là qu'on voit l'intérêt de ne pas faire de blagues et de déclarer quand même le maximum, pour avoir des aides dans des cas comme ça.
Parce que là, l'État français et la FFPMI ont fait un sacré boulot. Alors après, on peut toujours dire ce qu'on veut, être content ou pas content, mais à notre niveau, sans local, sans salarié, franchement, on s'en sort bien.
Eloa : Ouais, on a eu des aides, en tout cas certains, pas tous, parce qu'il y a toujours des gens qui passent à côté. On a été beaucoup aidés, les aides ont été assez importantes, grâce vraiment à la FFPMI qui s'est démenée, et à d'autres associations aussi. Moi, je fais partie de la FFPMI aussi, vous, vous y êtes aussi. On a pu toucher quasiment les revenus de l'année précédente.
Damien : Pour certains mois.
Eloa : Pour certains mois catastrophiques, oui. Donc c'est inespéré. Je pense que ça a permis à beaucoup de ne pas mettre la clé sous la porte.
Sylvain : Oui, tout à fait. Et puis, ça permet aussi de continuer à investir et d'avoir un avenir dans ce métier-là.
Damien : Ah ben oui, sinon, on change de voie.
Conclusion
Eloa : Bon, écoutez, on espère que 2021 sera meilleure.
Damien : Ouais.
Eloa : On vous souhaite plein de câlins, j'ai bien compris. Je vous souhaite plein de câlins, plein d'embrassades, plein de bisous, plus de masques. Et puis plein de reportages.
Sylvain : Exactement.
Eloa : Je vous dis au revoir, bonne saison, j'espère. Et à bientôt sur Fotostudio.
Damien : Merci beaucoup.
Sylvain : À bientôt, au revoir.
Eloa : Au revoir. Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner sur la plateforme de podcast que vous préférez. Et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook Fotostudio, groupe.fotostudio.io.
Moins d'administratif, plus de temps pour vos clients
Réservations, contrats, factures, galeries : plus de 3 000 photographes francophones utilisent Fotostudio pour gérer leur activité au quotidien.
Essayer gratuitementAucune carte bancaire requise • 2 mois d'essai gratuit