Ambre Peyrotty a quitté les grands mariages pour se spécialiser dans l'élopement, ces mariages intimes à deux ou en tout petit comité, souvent au sommet d'une montagne. Elle explique qui sont ces couples, comment des Américains trouvent une photographe française sur Google, et pourquoi elle a créé le workshop The Roots.
En résumé :
Pour Ambre Peyrotty, photographe d'élopement, le mariage intime est un marché à part :
• Une clientèle surtout américaine : en France et en Belgique, l'élopement reste peu connu ; les couples viennent des États-Unis pour se marier en Europe
• Des couples souvent introvertis : être le centre de l'attention devant 100 invités les angoisse ; se marier à deux au bord d'un lac, beaucoup moins
• Un tarif global : déplacements, repérages, conseils de voyage et suggestions de prestataires sont inclus dans un prix unique, que le mariage ait lieu à Paris ou dans les Pyrénées
• Le référencement avant tout : un article de blog par semaine, Pinterest automatisé et des mots-clés qui partent de ce que cherchent les couples
• The Roots : un workshop francophone à taille humaine, créé en 2017, pour aider les photographes à trouver leur raison d'être et à fixer des tarifs viables
Un couple, un paysage, quelques proches au mieux : l'élopement est un mariage intime, à l'opposé de la réception à 125 invités dans un château. Très répandu aux États-Unis, il reste rare en France. Ambre Peyrotty, photographe depuis 2013, en a pourtant fait sa spécialité, au point de ne plus photographier aucun mariage dans sa propre région.
Au micro d'Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio, elle raconte comment son passé d'agente de voyage nourrit son offre, pourquoi tant de ses couples sont introvertis, comment elle attire une clientèle étrangère grâce au référencement, et ce qui l'a poussée à lancer The Roots, un workshop pour photographes. Un épisode utile à tout photographe de mariage qui rêve de se spécialiser ou de travailler avec des couples venus de l'étranger.
Qui est Ambre Peyrotty ?
Ambre Peyrotty est une photographe d'élopement française, installée depuis 2013. Au moment de l'enregistrement, début 2021, elle vit en Dordogne et photographie surtout des couples étrangers, en France et ailleurs en Europe. Son parcours explique en grande partie son offre :
- Deux BTS avant la photo : un en graphisme, un en tourisme. Le second l'a menée à un premier métier d'agente de voyage, et le voyage reste, dit-elle, une passion « beaucoup plus grande » que la photographie.
- Trois ans au Canada, qui l'ont rendue bilingue en anglais.
- Un bachelor en photographie obtenu à 27 ans, puis une installation en 2013 comme photographe de mariage « classique ».
- Un virage vers l'élopement, choisi pour son propre bien-être, et la création en 2017 de The Roots, un workshop francophone pour photographes.
Selon son site aujourd'hui, zephyr-et-luna.com, Ambre dirige Zephyr & Luna, une structure qui conçoit et photographie des élopements sur plusieurs jours, partout dans le monde (Écosse, Islande, Suisse, Nouvelle-Zélande, Japon, Patagonie…). Elle y dessine chaque itinéraire, photographie elle-même un petit nombre d'élopements par an et travaille avec des photographes associées. Son approche met l'accent sur des expériences sans pression, pensées pour les couples discrets, et sur le respect des lieux naturels.
1. Qu'est-ce qu'un élopement ?
Un élopement (de l'anglais elopement) est un mariage intime : le couple échange ses consentements seul ou avec quelques proches, souvent dans un lieu naturel spectaculaire, plutôt que d'organiser une grande réception. Ambre le résume simplement : ce sont « des petits mariages intimes ».
Un concept encore peu connu en France et en Belgique
Anthony lui demande si l'élopement représente une part notable des mariages en France ou en Belgique. Ambre n'a pas de chiffres, mais un constat : ce sont des pays très traditionnels sur le mariage. Même les couples qui renoncent à l'église choisissent le plus souvent une cérémonie laïque qui reprend les codes habituels. Résultat : la majorité de sa clientèle vient des États-Unis, où l'élopement est un marché établi. Même en Angleterre, il reste peu répandu.
Les destinations qui font rêver
Ce que certains Français imaginent pour eux-mêmes (« se marier sur une plage, sur une île »), les Américains l'imaginent en Europe. La France et l'Italie attirent pour leurs châteaux, leur vin et leur gastronomie. Les couples plus aventuriers regardent vers la Suisse, la Norvège ou l'Écosse, idéales pour un élopement d'aventure en montagne. La destination préférée d'Ambre ? L'Écosse, « de très loin », où elle a fait deux road trips d'un mois en solitaire : le brouillard qui caresse les sommets des Highlands crée, selon elle, des ambiances uniques.
« Je kiffe vraiment être au sommet d'une montagne avec un couple. C'est vraiment le summum pour moi. »
Ambre Peyrotty
Conséquence pour son métier : Ambre ne photographie presque aucun mariage dans sa région. Sa voiture devient « une deuxième maison ». Avec une petite fille de trois ans, longtemps allaitée, elle partait au début avec le papa, qui la gardait pendant les séances ; les déplacements de plusieurs jours deviennent plus simples à mesure que l'enfant grandit.
À retenir : l'élopement n'est pas un « petit mariage au rabais », c'est une expérience de voyage autour de l'échange des consentements. Pour le photographe, cela veut dire beaucoup de route et une clientèle souvent internationale.
2. Pourquoi l'élopement attire-t-il les couples introvertis ?
C'est l'observation la plus marquante de l'épisode. En échangeant avec ses couples au fil des années, Ambre s'est rendu compte qu'une grande partie de ceux qui choisissent l'élopement sont des personnes introverties. Elle rappelle qu'environ la moitié de la population l'est, et que la différence tient à la façon de « recharger ses batteries » : seul pour les introvertis, avec les autres pour les extravertis.
Pour ces couples, se marier devant 100 personnes, ou même 50, est une source d'angoisse. Ils ne veulent pas être le centre de l'attention toute une journée, ni choisir la couleur des serviettes et la décoration d'une salle. Ambre a vu beaucoup de couples souffrir de ce stress dans les mariages traditionnels : drames familiaux, tensions avec les proches, et un jour qui devient « un spectacle » où le couple n'est plus vraiment au centre.
« Si on dit : moi, je veux échanger mes consentements au sommet d'une montagne en Écosse, puis aller danser avec un orchestre dans une petite grange, on nous regarde comme si on était fous. Alors qu'en réalité, c'est le rêve absolu. »
Ambre Peyrotty
Un choix de bien-être pour la photographe aussi
Ambre ne s'est pas installée comme photographe d'élopement. Elle a d'abord photographié des mariages traditionnels, avec des clients qu'elle a adorés et qu'elle suit encore. Mais elle se sentait de plus en plus angoissée à l'idée des très grands événements. Se tourner vers l'élopement a été, dit-elle, un choix de self-care. Elle garde quelques mariages classiques par an, pour la variété.
Parler de psychologie dans son marketing
Anthony souligne la finesse de la démarche : plutôt que de parler uniquement de lieux et de prestations, Ambre écrit des articles sur l'introversion pour rassurer les couples sur leur choix. C'est le principe de base du marketing : bien connaître sa cible pour créer des contenus qui lui parlent vraiment. Elle précise qu'elle ne juge personne : les extravertis adorent les grands mariages, et c'est très bien. La situation délicate, c'est le couple où l'un est introverti et l'autre non ; il faut alors trouver un compromis, ou organiser deux événements.
À retenir : comprendre pourquoi vos clients vous choisissent (ici, le besoin d'intimité) est plus puissant que de lister vos lieux et vos formules. C'est ce qui permet d'écrire des contenus qui rassurent et qui convertissent.
3. Élopement : quel budget et comment se marier légalement ?
Anthony s'attendait à ce que le budget soit une motivation majeure : éviter de dépenser 15 000 à 30 000 euros dans une réception. Ambre le constate rarement. Les couples qui choisissent l'élopement investissent fortement dans leur voyage, qui devient l'expérience elle-même. Se marier sur une plage à l'île Maurice coûte cher aussi ; la différence est dans la façon de dépenser.
« Psychologiquement, les gens qui choisissent l'élopement ont beaucoup moins de problèmes à dépenser de l'argent pour vivre une expérience dont ils vont se rappeler toute leur vie. »
Ambre Peyrotty
Plutôt que 5 000 ou 10 000 euros pour un traiteur, ils préfèrent un hôtel haut de gamme avec une vue sublime, et le souvenir d'être montés ensemble au sommet d'une montagne.
Mairie, cérémonie symbolique, puis la fête
Se marier légalement à l'étranger reste compliqué (c'est possible à Hawaï, par exemple, mais « c'est galère »). Pour des Français, la solution la plus courante est de passer à la mairie, puis de vivre une cérémonie symbolique en élopement, qui devient psychologiquement « la vraie » date du mariage. Six mois ou un an plus tard, le couple organise une fête avec ses proches et leur montre les photos imprimées. C'est souvent ainsi que les couples qui ne sont pas d'accord entre eux trouvent un terrain d'entente.
À retenir : l'élopement n'est pas d'abord une solution économique. C'est un arbitrage : moins d'invités et de réception, plus de voyage et d'expérience. La grande fête peut venir plus tard.
4. Comment un photographe d'élopement fixe-t-il ses tarifs ?
L'expérience d'agente de voyage d'Ambre est au cœur de sa prestation. Quand un couple veut se marier en France, elle ne se contente pas de demander où il souhaite faire son élopement. Elle propose un hôtel, un sommet à atteindre, le temps de marche nécessaire, l'heure de départ en fonction du coucher de soleil et de la montagne derrière laquelle il disparaît. « C'est énormément de recherches. »
Un prix unique, tout compris
Ce travail n'est pas gratuit, mais il n'est pas facturé à part. Ambre fonctionne avec un tarif global : un prix pour se marier en France, que ce soit à Paris ou au cœur des Pyrénées. Les frais de déplacement, l'aide à la création du séjour et les suggestions de prestataires (maquillage, fleurs, célébrant) sont inclus. Concrètement, son forfait compte des heures de conseil et d'organisation en plus de la prise de vue et de la retouche. Avec un forfait aussi complet, mieux vaut que tout ce qui est inclus (et ce qui ne l'est pas) soit écrit noir sur blanc dans vos contrats.
« Concrètement, ce n'est pas gratuit, mais ce n'est pas ajouté. C'est comme les frais de déplacement : je les inclus dans un tarif global. »
Ambre Peyrotty
Son statut a aussi évolué : partie en auto-entreprise en 2013, comme beaucoup, elle a changé de structure quand l'organisation de The Roots a engendré trop de frais à déduire.
À retenir : un tarif global rassure les clients étrangers, qui savent tout de suite combien ils vont payer. À vous d'y intégrer le temps d'organisation et les déplacements, plutôt que de les offrir sans le savoir.
5. Comment attirer des clients étrangers grâce au référencement ?
Comment des Américains trouvent-ils « une petite Française », comme le dit Anthony ? La réponse d'Ambre : un énorme travail de référencement Google, mené depuis des années. Au moment de l'épisode, elle se dit première ou deuxième sur « elopement in France » quand on cherche depuis les États-Unis.
Partir de ce que cherchent les couples
Ambre ne se positionne pas seulement sur des mots-clés de métier. Elle cible ce que les couples recherchent en amont : des régions précises associées à l'élopement, des informations pratiques, et des sujets comme l'introversion. Elle met volontairement peu en avant Paris, où la plupart des élopements en France ont lieu, pour valoriser le patrimoine naturel français, « ultra varié » et trop souvent ignoré des couples étrangers. Avant de se spécialiser, elle écrivait aussi des articles complets sur des lieux de réception, une méthode efficace en mariage traditionnel, mais très chronophage.
La régularité : un article par semaine
- Un article de blog par semaine minimum : « Google déteste quand on fait des pauses. »
- Deux sites distincts : Zephyr & Luna pour l'élopement, et Zephyr & Luna Kids, 100 % local et dédié à la famille.
- Une rédactrice américaine pour les articles en anglais, spécialiste de l'élopement, trouvée par recommandation dans un groupe Facebook de photographes. Bilingue ou pas, Ambre préfère un texte écrit par une personne de langue maternelle anglaise.
- Pinterest automatisé avec Tailwind, qui republie chaque article de blog à raison de trois ou quatre épingles par jour.
Cette stratégie suppose un site pensé pour le référencement, avec un blog facile à alimenter. Si vous partez de zéro, voyez comment créer un site internet de photographe qui serve aussi de base à vos contenus.
À retenir : pour une niche internationale, le blog est le principal canal d'acquisition. Régularité, sujets pensés depuis les questions des clients et contenus dans leur langue font la différence.
6. Pourquoi être bilingue est un atout décisif ?
En France, Ambre estime faire encore figure d'exception : quelques photographes proposent l'élopement, mais peu en ont fait leur spécialité. Aux États-Unis, à l'inverse, plusieurs milliers de photographes ne font que de l'élopement, et même de l'élopement d'aventure. Sa force tient à trois choses : son expérience en organisation de voyage, l'habitude de voyager seule, et un anglais vraiment courant.
Quand un couple investit des milliers d'euros dans un service, il faut comprendre chaque détail de ce qu'il demande. Beaucoup de couples étrangers qui se marient en France (à Paris, en Dordogne, en Provence, dans les Alpes) peinent à trouver un photographe qui parle bien anglais. Et « bien », insiste Ambre, ce n'est pas un anglais scolaire. Anthony ajoute que la logique vaut pour toutes les langues : un photographe qui parle couramment italien pourrait créer du contenu pour les Italiens qui veulent se marier en France. C'est aussi le choix qu'a fait Thibault Chappe, photographe de mariage à la clientèle internationale.
À retenir : si vous maîtrisez vraiment une deuxième langue, mettez-la en avant. C'est un critère de choix majeur pour les couples étrangers, qui échangent beaucoup avec leur photographe avant le jour J. Pour vous positionner face aux couples qui cherchent un photographe de mariage, c'est un avantage concret.
7. Newsletter et guide gratuit : utiles pour un photographe de mariage ?
Anthony évoque les freebies : un guide PDF gratuit (par exemple « Le guide de l'élopement en France ») téléchargeable en échange d'une adresse e-mail, pour se constituer une audience. Ambre est partagée.
- Pour l'élopement, elle y voit peu d'intérêt : les couples ne se marient en principe qu'une fois, et le bouche-à-oreille fonctionne mal sur une niche aussi petite.
- Pour la famille en local, en revanche, elle est en train de le mettre en place : une audience à qui envoyer des newsletters, pour être la première à qui l'on pense le jour où l'on veut des photos de famille.
Anthony nuance : même pour le mariage, une newsletter envoyée deux fois par an, avec quelques images des derniers mariages, fait rêver les anciens clients et vous garde dans leur tête. Un couple marié il y a six ans qui a oublié le nom de son photographe ne le recommandera plus ; un couple qui reçoit encore de ses nouvelles, si. Ambre le confirme pour le mariage traditionnel, où elle recevait beaucoup de recommandations.
À retenir : la newsletter n'a pas le même rôle selon votre activité. Pour la famille, elle génère des réservations ; pour le mariage, elle entretient le bouche-à-oreille.
8. The Roots : pourquoi créer un workshop pour photographes ?
Ambre portait l'idée depuis des années. Elle avait participé deux années de suite à Snap, un workshop au Pays de Galles qui n'existe plus : une centaine de photographes réunis dans un camping, des conférences sous un tipi. Une expérience géniale, même si cent personnes, c'était beaucoup pour une introvertie. Il manquait l'équivalent en français. Le projet mûrit à partir de 2016, et c'est coincée dans une auberge de jeunesse d'un petit village d'Irlande, son van en panne, qu'elle met le site en ligne. La première édition a lieu en 2017.
Une communauté à taille humaine
Le format : 25 participants maximum, quatre ou cinq jours ensemble, et des intervenants qui restent sur place toute la durée, aux repas comme aux soirées. Pour Ambre, ces moments informels sont « le nerf » du workshop : c'est là que les vrais échanges ont lieu. Après l'événement, les participants restent en contact dans des groupes privés, où l'on parle aussi bien d'ouverture de studio que de clients qui veulent reporter leur date. The Roots est un centre de formation agréé, qu'Ambre organise bénévolement.
« Il n'y a pas de concurrence en photographie. On a tous une raison d'être différente et une façon de faire différente. »
Ambre Peyrotty
Trouver ses racines, et des tarifs viables
Le nom n'a rien d'un hasard : The Roots veut aider chaque photographe à trouver ses racines, ce qui l'inspire vraiment (la nature et les forêts pour Ambre, la fête pour d'autres), pour savoir quel photographe il veut être. Et un deuxième objectif lui tient à cœur : aider ceux qui se lancent à fixer des tarifs corrects. Ambre a fait un burn-out en 2015 et reconnaît que ses premiers prix étaient « débiles ». Demander 1 000 euros pour un mariage est, pour elle, une aberration qui condamne beaucoup de photographes à arrêter faute de rentabilité. Pour éviter ce piège, partez de vos charges et du revenu dont vous avez besoin, par exemple avec le calculateur de prix pour photographe.
À retenir : se former entre photographes, c'est autant apprendre une technique que trouver sa singularité et oser des prix qui permettent de durer.
Épisode enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les éditions de The Roots, les intervenants et les projets évoqués concernent cette période. Ambre exerce aujourd'hui sous le nom Zephyr & Luna.
Les erreurs à éviter quand on se lance dans l'élopement
D'après l'expérience d'Ambre Peyrotty :
✗ Viser le marché français uniquement : l'élopement y reste confidentiel, la demande vient surtout de l'étranger.
✗ Offrir sans le compter le temps d'organisation : repérages, conseils et suggestions de prestataires doivent être intégrés au tarif global.
✗ Communiquer seulement sur les lieux au lieu de répondre aux vraies préoccupations des couples, comme la peur d'être le centre de l'attention.
✗ Publier par à-coups : le référencement exige de la régularité, au moins un article par semaine.
✗ Sous-estimer la barrière de la langue : un anglais approximatif ne suffit pas face à des clients qui investissent des milliers d'euros.
✗ Casser ses prix pour se lancer : un mariage à 1 000 euros n'est pas rentable et mène à l'épuisement.
✗ Juger les choix des couples : grand mariage ou élopement, chacun doit pouvoir trouver ce qui lui ressemble.
FAQ : élopement et mariage intime
Qu'est-ce qu'un élopement ?
Un élopement est un mariage intime : le couple échange ses consentements seul ou avec quelques proches, souvent dans un lieu naturel (montagne, lac, plage), au lieu d'organiser une grande réception. C'est un concept très répandu aux États-Unis et encore peu connu en France et en Belgique.
Peut-on se marier légalement lors d'un élopement ?
Pour des Français, se marier légalement à l'étranger est souvent compliqué. La solution la plus courante consiste à se marier à la mairie, puis à vivre une cérémonie symbolique lors de l'élopement. Beaucoup de couples organisent ensuite une fête avec leurs proches, six mois ou un an plus tard.
Combien coûte un élopement ?
Il n'y a pas de prix type. Un élopement évite le coût d'une grande réception, mais les couples investissent souvent beaucoup dans le voyage, l'hébergement et l'expérience. Selon Ambre Peyrotty, ce n'est pas d'abord un choix économique : c'est une autre façon de dépenser son budget de mariage.
Où faire un élopement en Europe ?
La France et l'Italie attirent pour leurs châteaux, leurs vignobles et leur gastronomie. Pour un élopement d'aventure, la Suisse, la Norvège et l'Écosse sont très demandées. La destination préférée d'Ambre Peyrotty est l'Écosse, en particulier les Highlands.
Pourquoi choisir un élopement plutôt qu'un mariage traditionnel ?
Beaucoup de couples qui choisissent l'élopement sont introvertis : être le centre de l'attention devant des dizaines d'invités les angoisse. L'élopement leur permet de vivre un moment intime, sans organisation lourde ni tensions familiales, et de transformer leur mariage en voyage inoubliable.
Comment devenir photographe d'élopement ?
Ambre Peyrotty conseille de miser sur le référencement (un article de blog par semaine, des contenus en anglais), de maîtriser vraiment l'anglais, et de proposer un accompagnement complet : repérage des lieux, conseils de voyage, suggestions de prestataires. Elle a d'abord été photographe de mariage traditionnel avant de se spécialiser.
Quel prix pour un photographe d'élopement ?
Ambre Peyrotty pratique un tarif global : un prix unique pour un pays, qui inclut les déplacements, l'aide à l'organisation du séjour et les suggestions de prestataires. Elle met en garde contre les prix trop bas : un mariage à 1 000 euros n'est pas rentable pour un photographe professionnel.
Découvrir le travail d'Ambre Peyrotty
Élopements sur plusieurs jours, conçus et photographiés dans les plus beaux paysages du monde, de l'Écosse à la Nouvelle-Zélande : retrouvez le travail d'Ambre et de son équipe sur son site, zephyr-et-luna.com.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Anthony Heukmes et Ambre Peyrotty, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré début 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; les éditions de workshop, projets et chiffres évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 7 100 mots)
Chapitres :
- Introduction : Ambre Peyrotty, photographe d'élopement
- L'élopement en France et en Belgique
- Des couples américains qui rêvent de l'Europe
- Une vie sur la route
- Le parcours d'Ambre : du tourisme à la photo
- Un tarif global qui inclut l'organisation
- Référencement, blog et Pinterest
- Les couples introvertis
- Du mariage traditionnel à l'élopement, un choix de self-care
- Le mariage comme spectacle, le tabou de l'élopement
- Élopement et budget
- Se marier légalement, puis faire la fête
- Être bilingue face à la concurrence
- Positionnement Google : la nature plutôt que Paris
- L'Écosse, destination préférée
- Un article de blog par semaine
- Freebies et newsletter
- Écrire sur des lieux de réception
- The Roots : la naissance du workshop
- Trouver ses racines, pas de concurrence
- Des tarifs corrects pour durer
- Organiser un workshop avec passion
- Conclusion
Introduction : Ambre Peyrotty, photographe d'élopement
Anthony : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'interview un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer et de progresser dans votre métier. Je suis Anthony Heukmes, fondateur de Fotostudio.io, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable sur leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si tu apprécies le podcast, pense à le partager et à t'abonner sur ta plateforme préférée.
Je reçois aujourd'hui Ambre Peyrotty. Elle nous parle d'élopement, ces petits mariages intimes dont elle a fait sa spécialité. Ambre nous raconte également son aventure avec The Roots, le workshop dont elle est la fondatrice. Bonjour Ambre.
Ambre : Salut Anthony, merci beaucoup de m'avoir dans ton podcast aujourd'hui. Je suis super contente.
Anthony : Merci à toi d'être là et de me consacrer un petit peu de temps. Alors, tu as écouté les épisodes précédents, donc tu sais comment ça fonctionne. Est-ce que tu veux bien commencer par te présenter ?
Ambre : Oui, je m'appelle Ambre, je suis photographe depuis 2013. Actuellement, j'habite en Dordogne et je suis spécialisée dans les élopements, ce qui est des petits mariages intimes, principalement en France mais plutôt à l'étranger en ce moment.
L'élopement en France et en Belgique
Anthony : L'élopement, c'est quelque chose de répandu chez nous, en France, en Belgique, etc. ? Tu as un peu des chiffres par rapport à ça en termes de mariages ? Est-ce que ça représente 10 % des mariages, tu as une idée ou pas du tout ?
Ambre : Alors franchement, par rapport au marché européen, j'en ai aucune idée. Je sais que c'est quelque chose qui est en train de se développer mais qui est encore très peu connu, parce que que ce soit en France ou en Belgique, c'est quand même des pays qui sont très traditionnels au niveau du mariage. Même si on a beaucoup de couples qui esquivent complètement l'église et qui choisissent de faire une cérémonie laïque, on reste quand même dans des schémas assez traditionnels au niveau du mariage.
Donc l'élopement, c'est très peu connu. La majorité de ma clientèle vient des États-Unis. Même en Angleterre, c'est encore peu connu. Donc par rapport aux chiffres français, je n'ai pas grand-chose à te donner, malheureusement.
Des couples américains qui rêvent de l'Europe
Anthony : Mais donc, si je comprends bien : ça arrive souvent, j'entends des amis qui me disent : « Moi, j'ai pas envie de faire un grand mariage qui va coûter très cher. Mais on adorerait par exemple aller se marier sur une île, sur la plage, tous les deux, avec éventuellement des témoins ou quelques proches. » C'est ça, sauf que toi, ici, la France fait rêver les Américains et les Britanniques, j'ai envie de dire. Donc ils viennent se marier. Ce que certains de chez nous disent, « moi je vais me marier sur une île », les Américains le disent : « moi je rêve d'aller me marier en France », par exemple.
Ambre : Oui, carrément. En Europe de manière générale, il y a la France et l'Italie qui font beaucoup rêver, au niveau des châteaux, du vin, enfin il y a plein de choses. La gastronomie attire énormément les Américains en Europe. Et puis après, il y a les aventuriers qui sont plus attirés par la Suisse, la Norvège, l'Écosse, qui sont des destinations sublimes et parfaites pour faire un élopement plutôt d'aventure, dans les montagnes.
Une vie sur la route
Anthony : Donc ça veut dire que toi, tu voyages beaucoup ? Chaque mariage peut finalement t'emmener n'importe où en France ou en Europe ? Ou bien tu fais quand même beaucoup de mariages dans ta région ?
Ambre : Je fais zéro mariage en Dordogne actuellement. J'en ai fait un quand j'habitais en Auvergne avant : j'étais allée en Dordogne pour un mariage d'Anglais, dans un château. Mais c'est le seul mariage que j'ai fait en Dordogne de toute ma vie. Et j'ai un mariage qui sera sûrement reporté en 2022, qui sera en Dordogne pour le coup. Mais sinon, ouais, c'est pas trop dans le coin.
Anthony : Donc ça veut dire que tu as un rythme de vie assez... Les bonnes années, quand les périodes sont un peu chaudes, tu voyages tout le temps et t'es pas beaucoup à la maison.
Ambre : Ouais, carrément. Je suis beaucoup sur la route, beaucoup dans ma voiture, qui devient un peu ma deuxième maison. Jusqu'à maintenant, j'ai une petite fille qui a trois ans aujourd'hui, qui s'appelle Rune. Ça a été un peu compliqué au départ parce qu'elle a été allaitée pendant très longtemps, et je devais avoir son papa avec moi tout le temps pour qu'il la garde pendant que j'étais en train de shooter, pour qu'on puisse se retrouver le soir. Mais maintenant, elle commence à être beaucoup plus indépendante, donc ça devient plus facile pour moi de partir plusieurs jours d'affilée sans que ça pose problème.
Le parcours d'Ambre : du tourisme à la photo
Anthony : OK. Alors, avant de creuser tout ça plus en profondeur, j'aime bien connaître les personnes et leur parcours. Je suppose que tu n'as pas commencé ça du jour au lendemain, c'est un parcours qui s'est fait probablement année après année. Comment est-ce que tu as débuté la photo et comment est-ce que tu es arrivée à te spécialiser dans ce secteur aujourd'hui ?
Ambre : Alors, pour commencer, j'ai obtenu un bachelor en photographie quand j'avais 27 ans. Avant ça, j'ai passé deux BTS, un en graphisme et un en tourisme. Le BTS tourisme, c'est celui qui m'a vraiment permis de mettre le pied à l'étrier au niveau du voyage, parce que j'adore voyager. C'est ma plus grande passion, elle est même beaucoup plus grande que celle de la photographie.
Donc j'ai commencé en tant qu'agent de voyage, et ça m'a permis de me créer une expérience dans la création de voyages. Ce que je propose encore actuellement à mes clients : quand ils me disent qu'ils veulent se marier en France, je ne dis pas juste « OK, dites-moi où vous voulez faire votre élopement ». Je leur dis : « OK, vous pouvez aller là, il y a tel hôtel, il est cool, et après on peut monter au sommet de telle montagne, ça nous prend tant de temps, il faut y aller à telle heure parce que le soleil se couche à telle heure, derrière telle montagne. » C'est vraiment énormément de recherches.
Et c'est ce BTS-là qui m'a permis de mettre ça en place. Après, j'ai vécu trois ans au Canada, ce qui m'a permis de devenir bilingue, et ça aussi, c'était super important. En fait, tout ce que j'ai fait m'a servi pour faire ce que je fais maintenant. Si on ne commence pas en tant que photographe, on a toujours des expériences qui peuvent nous servir par la suite, et là, c'est carrément un très bel exemple.
En 2013, j'ai lancé mon entreprise, d'abord en tant qu'auto-entrepreneur, un peu comme tout le monde, j'ai envie de dire. Et puis j'ai changé de statut, parce que maintenant je fais la formation The Roots, que j'organise depuis 2017, et qui m'engendrait énormément de frais. Je ne pouvais pas rester en auto-entreprise, parce qu'il fallait que je puisse déduire tous les frais liés à cette formation.
Un tarif global qui inclut l'organisation
Anthony : Je trouve ça génial de voir comme chacun a son parcours. Et là, justement, j'avais jamais entendu marier l'organisation de voyage et la photo. Dire que tu proposes un service sur mesure à tes clients parce que tu as cette expérience derrière, je trouve ça vraiment super chouette. Mais du coup, est-ce que c'est un service que tu valorises auprès de tes clients ? Dans ta prestation, tu factures un supplément pour les aider à l'organisation de leur séjour, ou bien c'est un service que tu fournis gratuitement à tous tes clients, parce que tu veux fournir le meilleur service possible ?
Ambre : Concrètement, c'est pas gratuit, mais c'est pas ajouté. C'est comme les frais de déplacement : je ne les ajoute pas, je les inclus dans un tarif global. Si vous voulez vous marier en France, c'est tel prix, que vous vous mariiez à Paris ou en plein cœur des Pyrénées, ça ne change pas, c'est le même tarif. Et pareil, à partir du moment où ils font appel à moi, le service d'aide à la création, et même les prestataires que je leur suggère s'ils ont besoin de maquillage, de fleurs, d'un célébrant, tout ça, c'est vraiment inclus dans la prestation, et il n'y a rien que je demande de plus.
Anthony : Donc ça veut dire que dans ton forfait, tu comptes des heures pour le conseil et l'organisation, plutôt que juste la partie classique d'un photographe qui fait de la prise de vue et de la retouche.
Ambre : Oui, c'est ça.
Référencement, blog et Pinterest
Anthony : Alors, ça se passe comment, concrètement, quand tu as un prospect qui arrive sur ton site ? Tu sais comment l'acquisition se fait chez toi ? C'est parce que tu as un blog ? Comment est-ce que des Américains te trouvent, toi, petite Française, j'ai envie de dire, et te choisissent comme photographe de mariage ?
Ambre : Alors, c'est un énorme travail de référencement sur Google que je fais depuis des années maintenant. J'ai aussi lancé Pinterest il n'y a pas longtemps, ça marche assez bien. Avec Tailwind, j'ai plein de posts : je relaie tous mes articles de blog sur Tailwind, qui les balance ensuite sur Pinterest, genre 3 ou 4 épingles par jour.
Mais il y a un très gros travail de fond au niveau du référencement de mon site. Pas que par rapport aux mots-clés : « elopement photographer in France », en anglais évidemment, ce n'est pas du tout un mot-clé sur lequel je vais me positionner. Je vais vraiment me positionner sur l'amont, sur ce que les gens recherchent.
Les couples introvertis
Je suis aussi en train de développer toute une partie sur la psychologie, parce que je me suis rendu compte qu'énormément de personnes qui choisissaient l'élopement étaient des personnes introverties. Et le côté introverti, aux États-Unis, est quelque chose de beaucoup plus connu qu'en France. En France, quand on dit « Ah, t'es vachement introvertie », ça a tendance à être super négatif, alors qu'en fait, c'est une très grande force. Il faut savoir qu'il y a plus de 50 % de la population qui est introvertie.
La différence entre les introvertis et les extravertis, c'est que les introvertis rechargent leur batterie seuls, alors que les extravertis rechargent leur batterie avec des gens. C'est ça, la très grande différence. Et du coup, il y a énormément de personnes introverties pour qui se marier devant plus de 100 ou même plus de 50 personnes, c'est affreux. Ça les stresse énormément.
Donc je fais aussi beaucoup de recherches là-dessus pour pouvoir écrire des articles qui aillent dans ce sens, et qui rassurent les gens par rapport à leur choix de faire un élopement, parce qu'ils ne se sentent absolument pas d'être le centre d'attention pendant toute une journée. Ils ne se sentent pas de choisir des couleurs de serviettes, d'organiser toute la déco d'une salle. Ce n'est pas du tout des choses qui les bottent.
Du mariage traditionnel à l'élopement, un choix de self-care
Anthony : Tu t'es rendu compte de ça à force d'en parler avec tes clients ? Comme tu le dis, tu es en train de développer ce côté psychologie pour le moment. C'est quelque chose que tu as découvert à force de parler avec tes clients, tu t'es dit « tiens, mes clients sont des introvertis », et tu as voulu creuser ça ? Ou c'est arrivé comment, cette idée de travailler cette partie-là ?
Ambre : En fait, il faut savoir déjà que je ne me suis pas installée en 2013 en tant que photographe d'élopement. Je me suis installée en tant que photographe de mariage. Et j'ai acquis beaucoup de clientèle en faisant des mariages qui étaient toujours géniaux, mais qui n'étaient pas des élopements. J'ai adoré tous mes clients jusqu'à maintenant, ils sont tous absolument adorables. Il y en a plein que je suis encore parce qu'ils sont devenus parents et tout. C'est une trop belle expérience.
Après, le choix que j'ai fait de m'orienter vers les élopements, c'était un choix de self-care, comme on dit en anglais. C'est vraiment pour mon bien-être personnel, parce que je commençais vraiment à être angoissée à l'idée de me retrouver dans de gros événements. J'en fais encore quelques-uns par an parce que je trouve que c'est important, et j'aime bien avoir une variété dans ce que je fais. Mais moi, je kiffe vraiment être au sommet d'une montagne avec un couple. C'est vraiment le summum du kiff pour moi.
Donc, par rapport à ça... je ne me rappelle plus quelle était ta question de départ. Je suis partie en cacahuète, je suis désolée.
Anthony : Non, non, tu as très bien fait de parler de ça, parce que c'est important de comprendre pourquoi tu es arrivée là-dessus. J'allais d'ailleurs y arriver. Tu l'as dit, ce sentiment de malaise dans les gros mariages, et tu préférais finalement des mariages plus intimes. Et je suppose que derrière, en termes de photos, c'est complètement différent : les couples sont plus à l'aise et se livrent probablement plus facilement que dans un mariage où il y a plein de monde qui te regarde.
Mais à la base, ma question, c'était : comment tu es arrivée sur ce côté psychologique, introverti, etc. ? En marketing, on dit toujours qu'il faut bien connaître sa cible et ses clients pour arriver à créer un produit et des contenus qui vont vraiment leur parler et les attirer vers toi. Et c'est ce que tu fais parfaitement ici, parce que ta réflexion va déjà assez loin.
Tu aurais pu te dire : « Je vais faire ma promo en tant que photographe de mariage spécialisée là-dedans, je vais parler des lieux », de choses assez classiques. Et toi, tu es allée plus loin, jusqu'à parler de psychologie. Ça paraît tout simple quand tu le dis comme ça, mais il y a de grandes chances qu'un couple qui veut se marier seul soit plus introverti. Et toi, tu as eu l'intelligence de créer du contenu là-dessus. Et ma question, c'était plutôt : est-ce que c'est venu naturellement, ou est-ce que c'est à force de rencontrer ces couples que tu t'es rendu compte de ça et ça t'est arrivé en tête et t'as voulu développer cette partie-là ?
Le mariage comme spectacle, le tabou de l'élopement
Ambre : C'est à force de les rencontrer. Comme je te disais, quand j'ai commencé en 2013, il y avait quand même beaucoup de mes couples qui stressaient à mort de faire des mariages, et de se marier de manière générale. C'était super heureux parce qu'ils s'aimaient, que c'était magnifique et tout ça. Mais il y en avait plein qui avaient du mal à vivre toute cette période de stress, genre les drames familiaux, les tantes, les oncles qui font chier.
Vraiment, des fois on se retrouve dans des trucs pendant les mariages, les gens sont tarés. Franchement, il y a des situations où on se dit : non mais il faut déstresser. Là, ce n'est plus du tout le couple qui devient le centre de l'attention, c'est l'événement. Ça devient vraiment un spectacle, et beaucoup de mes couples me disaient : « Ah non mais c'est super stressant, l'idée d'organiser tout ça. »
Donc c'est à force de parler avec eux, et puis moi j'ai affiné mon message au fil des années, parce que forcément, quand on regardait mon site de 2013, c'était tout et n'importe quoi. Je me lançais, j'étais là : « Ouais, si vous voulez faire n'importe quelle photo, je suis là, il n'y a pas de souci. » Maintenant c'est genre : s'il y a plus de 20 personnes, c'est mort.
En gros, c'est vraiment au fil des ans que je me suis rendu compte de ça, et surtout qu'il y avait une espèce de tabou par rapport à ça. Quand on est français et qu'on veut se marier, si on dit : « Moi je veux échanger mes consentements au sommet d'une montagne en Écosse et puis après aller danser avec un orchestre dans une petite grange », on nous regarde carrément comme si on était fous. Alors qu'en réalité, c'est le rêve absolu pour moi. Genre sérieux, si je devais me marier un jour, ça serait comme ça.
D'ailleurs, le premier shooting d'inspiration que j'ai fait à The Roots, c'était le mariage de mes rêves : la table en extérieur sous un arbre et tout. Il y a plein de gens qui ont dû le voir passer, mais c'était vraiment ce que j'imaginais si un jour je devais me marier. Pas du tout en mode : je vais me marier dans un château avec 125 personnes et on va faire un service à l'assiette. C'est pas du tout mon genre.
Mais il n'y a aucun jugement par rapport à ça, je dis juste que certaines personnes se retrouveraient beaucoup plus dans un élopement que d'autres. Encore une fois, c'est à peu près 50-50 dans la population, introvertis et extravertis. Les extravertis sont à fond dans les gros mariages, c'est le kiff total pour eux. Les introvertis peuvent ne pas se retrouver là-dedans, c'est tout ce que je dis.
Le problème, c'est plutôt quand il y a un de chaque dans le couple : l'homme est introverti et la femme l'inverse, ou inversement. C'est là que ça pose problème. Il faut arriver à se mettre d'accord : ou bien on fait un mariage entre les deux, ou bien on fait deux événements différents. Mais là, c'est plus chaud.
Élopement et budget
Anthony : Et est-ce que l'argument budget revient aussi souvent ? Est-ce que parfois, faire un mariage comme ça, ce n'est pas seulement une envie, mais aussi se dire : « Je n'ai pas envie de mettre 15, 20 ou 30 000 euros dans un mariage, parce qu'on est un jeune couple, on n'a pas ce budget-là et on n'a pas envie de dépenser de l'argent là-dedans » ? Mais vu que ce sont beaucoup des gens qui voyagent, il y a quand même le budget voyage, et parfois faire venir des proches, ça peut aussi augmenter le budget. C'est un argument que tu retrouves, ce côté budget, ou pas ?
Ambre : Pas trop. De manière générale, le côté budget, ce n'est pas trop quelque chose que je retrouve, ni dont on parle. Je sais qu'il existe, parce que généralement les couples qui choisissent l'élopement investissent à mort dans leur voyage, et ça devient vraiment l'expérience, puisqu'ils combinent à la fois le voyage et l'échange des consentements dans un endroit magnifique. Mais ce n'est pas l'argument premier, j'ai envie de dire, parce que comme tu disais, mettons un couple qui décide de se marier sur une plage à l'île Maurice, ça va leur coûter une blinde tout pareil.
Mais c'est l'expérience qui est différente, et je pense que psychologiquement, les gens qui choisissent l'élopement ont beaucoup moins de problèmes à dépenser de l'argent pour avoir une expérience de ouf dont ils vont se rappeler toute leur vie. Ils vont se dire : « On est montés au sommet d'une montagne », ou : « On était au bord d'un lac, c'était magnifique. » Plutôt que d'investir en se disant : « On a payé 5 000 ou 10 000 euros pour un traiteur », alors que tout cet argent aurait pu être mis dans un hôtel haut de gamme trop bien, avec une vue sublime. Donc c'est le choix de comment on dépense son argent qui est différent.
Anthony : C'est ça. Et il faut encore faire comprendre aux proches qu'ils ne seront pas pris dans notre mariage, mais c'est une discussion à avoir en interne avec la famille, et il faut espérer que les gens soient suffisamment compréhensifs.
Se marier légalement, puis faire la fête
Ambre : Bah après, ça peut rester quelque chose de secret. De toute façon, se marier légalement à l'étranger, ça reste quand même compliqué. C'est faisable, par exemple on peut se marier légalement à Hawaï, c'est galère mais c'est faisable. Après, on peut aussi choisir de se marier légalement à la mairie (de toute façon on est obligés, en tant que Français), puis de faire un élopement, et de faire une fête je ne sais pas, six mois ou un an après.
Justement, faire imprimer des photos, les passer aux proches et dire : « Voilà, nous on a fait une cérémonie plutôt symbolique, qui est pour nous psychologiquement la date de notre mariage et qui restera la date de notre mariage. Mais on avait quand même envie de faire une grosse fête avec vous, parce que vous êtes importants pour nous et qu'on a envie de célébrer ça avec vous. » Et souvent, c'est comme ça que, comme tu disais, les couples qui ne sont pas forcément d'accord arrivent à trouver un compromis, en mode : on fait le truc symbolique à l'étranger, mais après on fait quand même une fiesta.
Moi je conseille toujours de faire la fiesta pas directement après, parce qu'il faut quand même prendre le temps de l'organiser, mais plusieurs mois après, voire un an après, c'est pas mal.
Être bilingue face à la concurrence
Anthony : Par rapport à la concurrence, il y a beaucoup de photographes comme toi qui se sont spécialisés sur ce créneau spécifique, ou est-ce que c'est encore aujourd'hui une exception en France ?
Ambre : Comme il n'y a pas de marché en France, je pense que j'en reste une exception. Il y a quelques photographes français qui le font, c'est clair, mais je ne dirais pas que c'est une généralité du tout. Moi j'ai quand même cette force d'avoir l'expérience que j'ai en organisation de voyage, cette véritable passion pour le voyage, le fait d'avoir voyagé solo très souvent et d'être vraiment habituée à ça. Et puis le fait d'être bilingue, qui n'est carrément pas négligeable, surtout sur le marché français.
Il y a beaucoup de gens qui baragouinent en anglais, mais être capable de vraiment comprendre, c'est très important. Avec des couples qui investissent des milliers et des milliers d'euros sur un service, c'est super important de capter ce qu'ils nous disent dans les moindres détails. C'est pour ça qu'être bilingue, c'est quand même une très grande force.
Après, comme je disais, aux États-Unis c'est un marché qui existe et qui est bien là. Je sais qu'il y a plusieurs milliers de photographes d'élopement qui sont spécialisés uniquement dans l'élopement, et dans l'élopement d'aventure, qui est en plus une branche vraiment spécifique. Mais en Europe, c'est quelque chose qui reste encore assez rare.
Anthony : C'est clair que la barrière de la langue, on le sait tous, les Français ne sont pas les meilleurs bilingues. Mais un photographe qui parle depuis qu'il est tout petit français et italien, par exemple, pourrait faire son site en italien, avec du contenu pour tous les Italiens qui voudraient venir se marier en France. Potentiellement, on est d'accord, ça pourrait fonctionner.
Ambre : Clairement. Je pense qu'à partir du moment où on gère très bien deux langues, il faut vraiment le mettre en avant, parce que c'est une vraie force, surtout en France, où il y a plein d'étrangers qui se marient, que ce soit à Paris, en Dordogne, en Provence, dans les Alpes. Je sais qu'il y a beaucoup de couples qui galèrent à trouver un photographe qui parle bien l'anglais. Et quand je dis bien l'anglais, c'est vraiment bien l'anglais, ce n'est pas juste « Hi, my name is Brian and I am in the kitchen ».
Positionnement Google : la nature plutôt que Paris
Anthony : C'est clair. Tu crées une vraie relation avec ce couple, il y a beaucoup de discussions, donc si tu ne parles pas correctement, on est d'accord, ça va être problématique. OK, super. Alors juste pour être sûr que j'ai bien compris : en termes de mariages, ça reste majoritairement la France ? Tu voyages beaucoup, mais en France, ou bien t'as vraiment beaucoup de mariages dans d'autres pays d'Europe ?
Ambre : Beaucoup en Europe. La France, honnêtement, je ne suis pas très bien positionnée dessus sur Google. Ce n'est pas franchement une destination sur laquelle j'essaie de me positionner, simplement parce que les gens qui font un élopement en France, ils élopent à Paris, et moi je n'ai pas envie de shooter à Paris. Enfin, je crois que je suis premier ou deuxième résultat quand on tape « elopement in France » dans Google depuis les États-Unis.
Mais quand on tombe sur mon site, je ne mets pas du tout Paris en avant. J'en parle un petit peu, parce qu'il faut quand même le faire, mais je mets plutôt en avant les destinations qui me paraissent beaucoup plus parlantes en termes de nature. En France, on a quand même un patrimoine naturel extraordinaire, et je trouve ça très dommage que tous les couples qui choisissent la France ne voient pas la beauté des paysages français, qui sont en plus ultra variés. Donc c'est plutôt ça que je mets en avant dans mes articles, vraiment le côté naturel de la France.
L'Écosse, destination préférée
Anthony : Donc toi, tu vas vraiment cibler ton référencement sur « élopement » plus des régions, tu vas essayer de te placer sur des mots-clés quand les gens vont taper « élopement » et une région précise. Et justement, en Europe, c'est quoi tes destinations préférées pour un mariage ? Quand quelqu'un te contacte pour un mariage là-bas, tu sautes au plafond, tu dis : « Yes, génial, je vais y retourner », c'est vraiment ton kiff ?
Ambre : C'est clairement l'Écosse, de très très loin. De manière générale, j'ai une relation avec le Royaume-Uni que je n'arrive pas à expliquer : j'ai l'impression que c'est chez moi, même si je n'y habite pas. Si je devais choisir un pays pour déménager demain, ce serait là-bas. J'adore la culture, les gens, la mentalité, le côté vraiment ordonné et ultra respectueux qu'il y a là-bas.
Donc l'Écosse, j'y ai déjà fait deux road trips d'un mois toute seule. Je suis vraiment allée me paumer avec ma voiture sur les plus petites routes qu'on puisse trouver, et c'était à chaque fois des voyages initiatiques pour moi. J'y retourne avec grand plaisir à chaque fois.
Anthony : L'Écosse, quand le climat le permet ! Moi je suis allé une fois à Édimbourg, et c'était l'espèce de purée de pois, comme quand tu sors de ta douche, tu vois : il y a du brouillard dans toute la ville et tu ne vois pas à deux mètres. C'était comme ça pendant trois jours, ça casse un petit peu. Mais bon, j'étais là pour le boulot de toute façon, ce n'était pas très grave.
Ambre : Franchement, quand t'es dans les Highlands et qu'il fait ce temps-là, c'est trop bien, parce que c'est magnifique. C'est justement quand t'as le brouillard qui vient caresser le haut des montagnes, ça te fait des ambiances de fou, tu te sens ailleurs. Il suffit que t'aies la bonne musique au bon moment, et moi j'ai eu des moments vraiment spirituels. C'est un endroit magique, l'Écosse.
Un article de blog par semaine
Anthony : Super. Alors, tu passes combien de temps... Tu essaies de créer du contenu régulièrement, genre tu publies sur ton blog chaque semaine, ou bien tu vas avoir des périodes où tu vas publier des articles pendant un mois, et puis plus rien pendant trois mois ? C'est quoi ta stratégie en termes de création de contenu, et combien de temps tu y passes environ par semaine ou par mois ?
Ambre : Google déteste quand on fait des pauses. C'est assez chiant, parce que quand on essaie de prendre soin de soi, c'est très compliqué : il faut vraiment avoir une certaine constance quand on poste des choses. Du coup, je fais un article par semaine, en sachant que j'ai deux sites internet, donc c'est quand même beaucoup de travail. J'ai le site Zephyr & Luna, et j'ai le site Zephyr & Luna Kids, qui est entièrement dédié à la famille et qui est 100 % local, donc ça n'a vraiment rien à voir avec l'élopement.
Mais ça prend du temps, et ce n'est pas moi qui écris mon contenu : je paye quelqu'un pour le faire. Déjà parce que j'ai beau être bilingue, je fais quand même des fautes d'anglais, c'est normal. Donc je préfère que ce soit quelqu'un qui soit américain à la base qui écrive mes articles. C'est quelqu'un qui connaît très bien le domaine de l'élopement et qui fait un travail formidable. Et pour Zephyr & Luna Kids, c'est moi qui fais mes propres articles. Mais c'est une fois par semaine minimum.
Anthony : OK. Et cette personne qui écrit à ta place en anglais, c'était un contact, ou ça s'est fait via une plateforme ? Tu l'as trouvée comment ?
Ambre : C'était un contact que j'ai trouvé dans un groupe Facebook, qui m'avait été recommandé par quelqu'un d'autre. Ça s'est fait un peu comme ça.
Freebies et newsletter
Anthony : J'en ai parlé récemment dans un épisode, qui n'est pas encore sorti, où je parle un petit peu de ce qu'on appelle des freebies. C'est-à-dire que quand on arrive sur ton site, par exemple, tu dis : « J'ai préparé un super guide de l'élopement en France, ou dans telle région, et si vous voulez le télécharger, vous me donnez votre e-mail et je vous envoie mon petit PDF. » Un PDF que tu as mis deux jours à faire, mais qui est super complet, avec plein d'infos. L'avantage, c'est qu'ils donnent leur e-mail, donc tu peux ensuite les contacter via une newsletter ou autre, et ça te crée petit à petit une audience. C'est quelque chose que tu as déjà essayé, ou jamais ?
Ambre : Je suis en train de le faire pour Zephyr & Luna Kids, parce qu'en fait, développer une audience avec des gens qui se marient, je trouve que ça n'a pas trop d'intérêt. Après, je peux complètement me tromper, je suis sûre qu'il y a des gens qui ne seront pas du tout d'accord et qui vont sauter sur leur chaise en entendant ça. Mais moi, personnellement, je ne vois pas l'intérêt, à part faire une séquence, genre des mails qui s'envoient un jour, deux jours, trois jours, quatre jours après pour dire « ouais, salut », et vraiment choper les gens à ce moment-là. Je vois plus l'intérêt, comme je disais, pour mon travail local en famille : là c'est bien, parce que je crée, comme tu dis, une audience à laquelle je peux ensuite envoyer des newsletters. Je reviens dans leur tête, et quand ils pensent à faire une photo de famille, ils pensent à moi. Ça peut vraiment être bien.
Anthony : C'est ça, tu dis que pour les mariages, tu as peut-être moins d'intérêt. Oui et non, dans le sens où je pense que ces personnes-là ont quand même un intérêt commun : le plaisir du voyage, les belles photos et découvrir de nouveaux endroits. Et si tu pouvais juste leur envoyer deux fois par an une newsletter où tu dis « voilà, j'ai fait tel et tel mariage, voici quelques photos », ça les fait rêver aussi, ça leur fait découvrir de nouveaux endroits.
Et ça permet quand même de toujours rester un minimum en contact avec tes anciens clients. Ils ne reviendront bien sûr pas chez toi, parce qu'ils ne vont probablement pas se remarier, mais ils vont parler de toi. Ça permet peut-être de faciliter le bouche-à-oreille : tu restes en permanence dans leur tête. Ce n'est pas « oui, j'ai fait un mariage il y a six ans, mais je l'ai oublié, donc quand je parle avec des amis, je ne le mentionne même plus ». Si tu gardes un minimum de contact, je pense qu'ils vont plus facilement te recommander par la suite. Mais ce n'est que mon avis.
Ambre : Tu as complètement raison par rapport au mariage tradi. J'ai beaucoup travaillé comme ça quand je faisais vraiment du mariage français, il y avait pas mal de bouche-à-oreille, et je suis complètement d'accord avec toi de ce côté-là. Par rapport à ma spécialité, l'élopement, c'est quand même très, très peu de gens qui décident de franchir le pas de faire ce type de mariage, donc le bouche-à-oreille marche peu, voire pas du tout. Mais pour tout ce qui est mariage, famille, vraiment les choses où on reste en contact avec les gens qu'on photographie, là, ouais, carrément.
Écrire sur des lieux de réception
Anthony : Et en complément de ton SEO et d'Instagram, se positionner sur des lieux, etc., c'est quelque chose qui fonctionne pour toi, ou tu n'as pas beaucoup poussé ça ?
Ambre : Sur des lieux, vu que je suis tout le temps en extérieur... J'ai beaucoup fait ça quand je faisais du mariage classique : j'écrivais carrément des articles complets sur des lieux de réception, soit où j'étais déjà allée, soit où j'avais envie d'aller. Ça m'a pris un temps considérable d'ailleurs, pour tout supprimer par la suite. Mais pour les élopements, non. C'est plus, comme tu dis, des régions de France qui m'intéressent, où j'ai envie de shooter.
The Roots : la naissance du workshop
Anthony : OK, super. Écoute, je pense qu'on va clore ce chapitre-là, sauf si tu as encore quelque chose à ajouter, pour passer peut-être sur The Roots. Vas-y, raconte-nous un petit peu cette aventure The Roots : comment ça a commencé, qu'est-ce que c'est exactement et comment ça évolue. Raconte-nous tout.
Ambre : Alors, l'aventure The Roots, c'est quelque chose que j'avais dans un coin de ma tête pendant des années, que j'ai commencé à développer en 2016, et qui a vu sa première édition en 2017. Je rêvais d'un workshop en France qui soit comme une communauté à échelle humaine, donc avec un groupe relativement petit, puisque c'est 25 personnes maximum. Ce n'est pas tout petit, mais ça reste à échelle humaine.
Avec vraiment ce côté ultra bienveillant, cette volonté d'apprendre d'autres photographes, ce côté « on se regroupe tous ensemble pendant quatre ou cinq jours » et ça devient une expérience. Et quand j'ai lancé The Roots, il faut savoir que ça n'existait pas en France. Les choses comme The Roots existent maintenant, mais avant, non : The Roots a vraiment été le premier. C'est aussi ce qui a fait la force de ce workshop, qui existe encore aujourd'hui, avec une édition qui se profile en septembre 2021.
C'était clairement inspiré de Snap, qui n'existe plus d'ailleurs, un workshop qui se faisait au Pays de Galles, auquel j'ai participé deux ans d'affilée et qui a été pour moi une expérience géniale. J'ai eu du mal, parce que justement je suis introvertie et que c'était 100 personnes, ça me paraissait beaucoup. Mais on était 100 personnes dans un immense camping, on faisait des conférences sous un tipi, c'était juste génial.
Il y avait aussi [inaudible], un super workshop que je suivais, et je me disais : « C'est quand même vraiment trop con qu'il n'existe pas un workshop en français », parce qu'il y a quand même la question de la langue, « un workshop où on apprenne autant de choses et où on retrouve vraiment ce côté communautaire ».
Et donc j'ai lancé The Roots alors que mon van était en panne sur une petite route d'Irlande et que j'étais coincée dans une... comment on dit en français ? Une auberge de jeunesse, voilà, merci. Dans un tout petit village en Irlande, je me suis dit : « Franchement, je vais lancer le site web. » J'ai créé le site web de The Roots ; j'avais déjà contacté des intervenants avant, mais le site s'est fait à ce moment-là, et l'édition 2017 est née.
Trouver ses racines, pas de concurrence
C'était une édition ultra roots, pour le coup, elle portait bien son nom. Mais il faut savoir que The Roots tient vraiment son nom des racines. Le principe de base de The Roots, c'est d'aider les photographes à trouver leurs racines, parce que je pars du principe qu'il n'y a pas de concurrence en photographie : on a tous une raison d'être différente et une façon de faire différente.
The Roots, c'est vraiment ce que je voulais que ce soit : aider les photographes à savoir ce qu'ils veulent vraiment être en tant que photographes. Pas juste « je suis photographe de mariage », mais plutôt « je me spécialise dans telle ou telle chose, ce qui me fait kiffer, c'est telle ou telle chose ». Cette année, on a Alison Bounce qui vient, on a Patrick Lombard, on a Yannick Lespérance qui revient du Canada, normalement, j'espère. Moi aussi je fais une intervention, il y a David Mazot qui sera là, il y a Laetitia Parouane des Histoires d'A, il y a Yann et Kat Faucher, qui sont des références de la photographie de mariage en France aujourd'hui, qui n'arrêtent pas de gagner des prix de ouf et qui font des photographies de dingue.
Et donc chacun a une raison d'être différente et chacun tire ses racines de quelque chose de différent. Moi, je suis énormément inspirée par la nature et par les forêts, et je sais qu'il y a plein de gens qui ne le sont pas du tout, qui sont inspirés par la fiesta, par plein d'autres choses. Il y a plein de choses qui inspirent.
Le but de The Roots, c'était vraiment de mettre l'accent là-dessus, en disant : il n'y a pas de concurrence, il n'y a qu'une communauté. C'est en se soutenant les uns les autres et en s'aidant à aller vers le haut qu'on va faire remonter la profession de photographe, qu'on va aider les photographes qui se lancent à avoir des tarifs corrects.
Des tarifs corrects pour durer
Parce que ça, c'est assez aberrant. Même moi, quand je me suis lancée, mes tarifs étaient débiles, ça devrait être interdit par la loi. Franchement, il devrait y avoir des choses mises en place, parce que concrètement, en 2015, j'ai fait un burn-out et je ne le souhaite à personne. C'est vraiment débile de se rendre compte qu'il y a plein de photographes qui ne vont pas tenir des années parce qu'ils ne sont pas du tout rentables, qu'ils ne s'en rendent pas compte, et qu'ils croient qu'en demandant 1000 balles pour un mariage, c'est suffisant, alors que c'est une aberration totale.
Donc le but de The Roots, c'est de dire : « Venez, que vous soyez photographe depuis huit ans comme moi, ou même plus comme certains, ou que vous commenciez juste, vous allez apprendre quelque chose. » Parce qu'à The Roots, il y a beaucoup de temps off où tout le monde se retrouve pour discuter. Il y a des soirées : les gens qui sont venus à The Roots vous en parleront, les soirées de The Roots, c'est vraiment le nerf, la chose la plus importante, parce que c'est là qu'il y a de vrais échanges entre les photographes.
Et il faut savoir que tous les intervenants qui viennent à The Roots restent pendant les quatre jours : les soirs, les repas, ils font leur intervention, ils écoutent celles des autres, ils sont tous là, et ils sont tous là avec bienveillance. C'est vraiment ce qui fait la force de The Roots, c'est ce que je voulais développer quand je l'ai créé.
Organiser un workshop avec passion
Anthony : Top. Écoute, ça donne envie en tout cas, c'est une expérience qui donne clairement envie. Et passer de photographe à organisatrice de workshop de formation, c'est quand même un challenge : c'est une organisation différente, ce sont des choses différentes à gérer. Tu as pris plaisir à le faire, je suppose, si tu le fais toujours, ou bien ça a été stress et galère ? Comment as-tu vécu cette nouvelle expérience ?
Ambre : Non, ça n'a pas été du stress, ça a toujours été de la passion, parce que c'était vraiment un projet que je portais avec amour et que je porte toujours avec amour. J'ai vraiment plaisir à voir la communauté qui se développe. Il n'y a pas eu de The Roots en 2020 : je l'ai échappé belle, on va dire, je ne l'ai pas organisé en 2020 et c'est très bien comme ça. Et toute la communauté The Roots 2019 a un groupe WhatsApp, que je suis, mais dans lequel je ne participe pas.
Tout le monde vous le dira : à The Roots, je suis l'organisatrice, je suis la voix de The Roots sur les réseaux sociaux, mais les gens connaissent très peu le son de ma voix. Encore une fois, je suis introvertie à 98 %, donc c'est très difficile pour moi d'interagir avec les gens et de maintenir des relations fortes avec eux.
Donc pour moi, The Roots, c'est vraiment le projet qui me permet de donner une plateforme à tous ces photographes qui se sentent peut-être un peu seuls et loin de cette communauté, de leur donner l'occasion de se rapprocher, de s'entraider et de poser des questions. Il se passe énormément de choses dans les groupes privés de The Roots, c'est génial. C'est à la fois « on vient d'ouvrir notre studio », « je viens d'avoir un bébé », ou « j'ai ce client qui veut reporter, je suis déjà prise à ses dates, qu'est-ce que je fais ? ». Des questions ultra pratiques et des questions ultra humaines, et c'est vraiment génial de voir ça.
Et il faut savoir que The Roots, je l'organise bénévolement. C'est un centre de formation agréé, donc c'est beaucoup de temps que j'y consacre, mais c'est vraiment quelque chose que j'adore faire. C'est un événement qui devient, je pense, un peu incontournable maintenant en France pour beaucoup de photographes, surtout les anciens participants, qui en parleront beaucoup mieux que moi, parce que c'est difficile d'être objectif sur un événement qu'on organise quand on a la tête dans le guidon comme ça. Mais c'est vraiment le côté bienveillant de The Roots qui ressort, et qui me remplit de joie.
Conclusion
Anthony : Écoute, on le sent en tout cas, tu as l'air d'en parler avec beaucoup de joie, donc c'est top. Super bel événement : j'en ai effectivement entendu parler plusieurs fois, je connais pas mal de photographes qui l'ont fait, donc ça a l'air super sympa. Voilà deux sujets intéressants, ton événement et ton activité principale. Je pense qu'on a fait le tour de pas mal de choses, encore une fois un très bon épisode. Merci beaucoup d'être venue, et je te dis à très bientôt.
Ambre : Je te remercie encore énormément pour le temps que tu m'as offert, parce que cette opportunité, comme je te disais, c'est la première fois, donc c'est vraiment génial. Merci beaucoup. Et si jamais il y a des gens qui veulent en savoir plus sur le workshop, sur Insta, c'est the.roots.workshop, tout simplement. Et si on tape the.roots.workshop sur Google, on doit tomber dessus très facilement.
Anthony : Je mettrai de toute façon les liens dans les notes de l'épisode sur le site de Fotostudio, il n'y aura qu'à cliquer et vous arriverez directement sur la bonne page. Super. Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner, et surtout, n'hésitez pas à donner votre avis sur le groupe Facebook Fotostudio, sur groupe.fotostudio.io. Merci, et à la semaine prochaine !
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