Vidéaste devenu photographe de mariage, puis patron d'un studio haut de gamme, de boutiques photo en centre commercial et enfin coach : Julien Guedj raconte 16 ans d'entrepreneuriat dans la photo, guidés par une règle simple, saisir les opportunités qui vous ressemblent.
En résumé :
Le parcours de Julien Guedj, photographe entrepreneur dans l'Oise, en cinq leçons :
• Dire oui aux opportunités alignées : un mariage photographié pour dépanner en 2009 l'a fait passer de la vidéo à la photo
• Apprendre à vendre sans se sentir vendeur : après PhotoCoach, une séance à 117 euros débouche sur 842 euros de tirages
• Tester avant d'investir : un studio éphémère d'un mois avant Noël rapporte 16 000 euros pour 6 000 euros investis
• Low cost ne veut pas dire bas de gamme : ses boutiques photo en centre commercial reposent sur des séances standardisées, une équipe formée et de vraies ventes
• Écouter ses clients et ses équipes : ajouter les toiles et les posters demandés a relancé le chiffre d'affaires après le confinement
Certains photographes construisent une seule entreprise toute leur vie. Julien Guedj, lui, en a lancé cinq en seize ans : une activité de vidéaste, un studio photo haut de gamme, un studio éphémère, des boutiques photo en centre commercial et, au moment de l'enregistrement, une activité de coach. Point commun : à chaque fois, l'activité précédente fonctionnait. Il ne fuit pas un échec, il cherche le challenge suivant.
Au micro d'Eloa Landais, photographe et responsable des formations chez Fotostudio, il raconte comment il est passé de la vidéo à la photo, ce que PhotoCoach a changé dans sa façon de vendre, comment un studio éphémère de Noël est devenu un concept de boutiques, pourquoi il a recruté des vendeuses plutôt que des photographes, et ce que la crise sanitaire lui a coûté. Un épisode sur l'état d'esprit de l'entrepreneur photographe autant que sur ses modèles économiques.
Qui est Julien Guedj ?
Julien Guedj est un photographe entrepreneur installé près de Beauvais, dans l'Oise. Au moment de l'enregistrement, au printemps 2021, il a 43 ans, il est marié depuis 19 ans avec Delphine, rencontrée au lycée, et père de deux grands enfants. Sa femme est sa « partenaire de vie » et le premier soutien de chacune de ses décisions.
- 2005 à 2009 : vidéaste. Après des études de cinéma et un poste de projectionniste, il démissionne à 27 ans pour filmer des mariages et des événements d'entreprise.
- 2009 à 2019 : photographe. Mariages d'abord, puis grossesse, bébé et famille dans son studio, L'Atelier, ouvert en 2011 dans un ancien garage, avec aussi une clientèle professionnelle.
- 2017 : un studio éphémère de mini-séances dans un centre commercial, un mois avant Noël.
- Depuis 2018 : La Photo et Vous, son concept de boutiques photo en centre commercial, à Beauvais puis à Amiens, tenues par une équipe salariée.
- 2021 : coach pour photographes et entrepreneurs.
Aujourd'hui, son site julienguedj.com présente une activité de coaching business et d'hypnose pour les entrepreneurs : lever les blocages, clarifier et structurer son activité, retrouver de l'équilibre et de la motivation, avec un appel découverte offert et des séances individuelles.
1. Comment saisir les opportunités quand on est photographe ?
Toute la carrière de Julien tient dans le titre de l'épisode : accepter les opportunités. Mais pas n'importe lesquelles. Chaque étape a un lien avec la précédente. Il a étudié le cinéma, il a donc commencé par la vidéo ; la vidéo de mariage l'a mené à la photo de mariage ; ses mariés l'ont appelé pour leur grossesse, puis pour leurs enfants. Il ne s'est jamais réveillé un matin en se disant « et si je devenais chanteur ».
« C'est l'opportunité qui se présente : est-ce que tu la laisses passer, ou est-ce que tu sens qu'elle est alignée avec ce que tu veux faire ? »
Julien Guedj
Sortir de sa zone de confort, et ne jamais y revenir
Sa première grande décision date de 2004. Projectionniste, il se demande ce qu'il va faire de sa vie. C'est une amie qui lui souffle l'idée : « Tu filmes, tu fais des photos, pourquoi tu ne fais pas ça pour les gens ? » Il démissionne sans aucun contrat, avec deux enfants et un appartement à rembourser. Quand Delphine lui demande comment ils vont faire, il répond simplement : « On verra. » Seize ans plus tard, il avoue ne plus très bien savoir où se trouve sa zone de confort.
Ce n'est pas de l'ennui, c'est le goût du challenge
Eloa le fait remarquer : Julien arrête des projets qui fonctionnent. Il reconnaît avoir compris tardivement qu'il a besoin d'accomplir à chaque fois quelque chose de plus grand. Le risque, c'est de courir sans savoir après quoi. Sa parade : revenir régulièrement à sa mission et à sa vision, au « pourquoi je me lève le matin ».
À retenir : une opportunité vaut la peine d'être saisie quand elle prolonge ce que vous savez déjà faire et ce que vous voulez devenir. Le reste du temps, savoir dire non fait aussi partie du métier.
2. Comment passer de la vidéo à un studio photo ?
En février 2009, le photographe avec qui Julien travaille refuse un mariage. Julien appelle un autre vidéaste pour la vidéo et propose aux mariés de faire lui-même les photos. Ils lui font confiance. Ce devait être un dépannage ; des invités lui demandent ensuite d'être le photographe de leur propre mariage. Il refuse (« je suis vidéaste »), ils insistent.
Un portfolio construit en 15 minutes par mariage
Toute la saison 2009, il glisse un appareil photo dans son sac et demande à chaque couple quinze minutes de photos. Ces images forment son premier portfolio pour les salons de mariage d'octobre et novembre, où il signe ses premiers contrats photo pour 2010. Cette année-là, il a plus de mariages en photo qu'en vidéo et investit dans un Nikon D3S, qu'il a toujours. Si vous visez ce marché, une page dédiée aux photographes de mariage détaille comment organiser devis, contrats et galeries pour chaque couple.
« Vous avez un appareil photo, vous êtes photographe. »
Julien Guedj, citant ses premiers clients (et Les Bronzés)
L'Atelier : entrer dans son propre dessin
Ses mariés le rappellent pour une grossesse, puis pour leur famille. Il répond « bien sûr », raccroche et cherche sur Google ce qu'est une photo de grossesse en studio. Lassé de se déplacer chez les clients, il cherche un local pendant cinq ou six mois et tombe sur une annonce : un grand rectangle haut de plafond, exactement le studio qu'il dessinait à ses amis. Problème, le local ne se vend qu'avec la maison derrière. Le couple la visite, se regarde, et sait qu'il va y vivre. Il faut convaincre les banques (320 000 euros, alors qu'il gagne environ 1 200 euros par mois) ; ils signent trois jours avant la fin du prêt relais. Le studio ouvre en octobre 2011, dans un village de 1 300 habitants. On lui prédit qu'il va s'enfermer ; il est persuadé que les gens viendront si on leur dit qu'il est là.
À retenir : la diversification de Julien s'est faite par ses clients. Chaque nouvelle demande (grossesse, famille, studio) prolongeait une relation existante, ce qui rendait le risque raisonnable.
3. Comment vendre ses photos sans se sentir vendeur ?
En 2014, Julien fait un constat que beaucoup de photographes connaissent : il travaille énormément pour ce qu'il gagne. Ses mariages sont vendus un peu moins de 1 000 euros, il fait des semaines de 80 heures et ne réalise pas qu'une grande partie de son chiffre d'affaires part en charges. Il tape « coach photo » sur Internet et tombe sur PhotoCoach, la formation du Québécois André Amyot, devenu son mentor. Faute de prise en charge suffisante, il emprunte 1 500 euros à ses parents en leur promettant de les rembourser avant l'été. Pour poser vos propres chiffres, le calculateur de prix pour photographe part de vos charges et de votre objectif de revenu.
842 euros pour une séance à 117 euros
Il voyait passer des photographes qui vendaient 800 ou 1 000 euros de supports après une séance studio et pensait que c'était « du mytho ». Dix jours après sa formation, il teste avec d'anciens mariés : séance à 117 euros avec deux tirages inclus, puis un rendez-vous de présentation des photos, sur son ordinateur posé sur un meuble. Ils achètent pour 842 euros. En rentrant avec le chèque, sa femme croit qu'il a signé un mariage. Ce rendez-vous, c'est le principe d'une séance de visionnage : montrer les images au client et l'aider à choisir ses tirages, plutôt que d'envoyer des fichiers.
« À partir du moment où on respecte les clients de A à Z, ce n'est pas de la vente qu'on fait. »
Julien Guedj
Un état d'esprit plus qu'une technique
Julien se répétait « je suis photographe, je ne suis pas vendeur », avec l'image du vendeur de voitures ou de tapis. Il a compris que la vente est un processus d'accompagnement. Eloa, passée par la même formation en 2012 (offerte par ses parents comme cadeau de Noël en avance, après avoir découvert que son entreprise ne dégageait aucun bénéfice), le résume : 20 % de marketing et 80 % de développement personnel. Samuel Malarik, rencontré lui aussi grâce à PhotoCoach, détaille ce modèle de vente dans son épisode sur la rentabilité du photographe.
À retenir : vendre des tirages n'est pas trahir son métier d'artiste. C'est accompagner le client jusqu'à un objet qu'il gardera, et c'est ce qui permet au photographe de vivre de son travail.
4. Un studio photo éphémère, ça rapporte ?
Fin 2017, le studio tourne : 130 à 140 séances par an, une vingtaine de mariages, une activité professionnelle en hausse. Julien sait déjà comment se passera Noël. Autour d'un dîner, Delphine lui suggère un projet éphémère, juste pour Noël, mais ailleurs qu'au studio. L'idée n'est pas de faire des photos avec le Père Noël, mais de faire découvrir la photo à des gens qui n'auraient jamais poussé la porte de L'Atelier, par peur des prix ou d'un « vrai studio ».
Le test : un mois, des mini-séances, un local en centre commercial
Conseillé par Samuel Malarik, qui connaît bien le marché des mini-séances, il loue un local dans un centre commercial de Beauvais, à dix minutes de chez lui. Ouvert le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche pendant un mois, seul, il enchaîne 8 à 10 séances par jour. Résultat : 16 000 euros de chiffre d'affaires pour environ 6 000 euros investis. Pour gérer autant de créneaux sans y passer vos soirées, la réservation en ligne permet aux clients de choisir et de payer leur créneau eux-mêmes, et Fotostudio propose aussi un module dédié aux mini-séances de Noël.
La crise d'hypertension qui a tout accéléré
Le lendemain de la remise des clés, Julien se retrouve quatre jours à l'hôpital pour une grave crise d'hypertension. Des amis repeignent le local à sa place. Il tient le mois en vivant « comme un ermite », puis s'arrête en janvier, annule ses séances et part en road trip aux États-Unis pour ses 40 ans. C'est là qu'il annonce à Delphine sa décision : il va monter des boutiques photo sur le modèle du studio éphémère. Il ne veut pas vivre avec des regrets.
À retenir : un format éphémère permet de tester une nouvelle clientèle et un nouveau prix sans s'engager sur un bail. Les chiffres réels d'un mois valent mieux que des mois d'hypothèses.
5. Comment fonctionne une boutique photo en centre commercial ?
En 2018, Julien arrête les mariages et lance La Photo et Vous, une marque à part entière, avec ses couleurs, et non plus son nom sur la façade. Samuel Malarik lui parle de Picture People, une chaîne allemande de studios fondée sur les mini-séances ; tout l'enjeu est de l'adapter au marché français. La première boutique ouvre à Beauvais en novembre 2018, dans le local même du studio éphémère (« il me porte bonheur »), une semaine après le début des Gilets jaunes. La deuxième ouvre à Amiens en septembre 2019.
Recruter des vendeuses plutôt que des photographes
C'est le choix le plus surprenant. Chaque boutique est tenue par deux personnes venues du commerce, pas de la photo. Un photographe sait faire des images, mais pas forcément celles que Julien veut livrer, et pas forcément vendre. Le concept repose sur des séances standardisées (tel fond, telle pose), plus rapides à enseigner que l'aisance commerciale. Les équipes sont commissionnées sur les ventes qui suivent les séances. À une recrue qui doutait (« je ne suis pas photographe, je vendais des vêtements »), il a répondu : pour le client qui entre dans la boutique, tu es photographe.
« On confond le low cost et le bas de gamme, ce qui n'a rien à voir. »
Julien Guedj
Low cost, pas bas de gamme
Pour Julien, le low cost consiste à réduire les coûts pour optimiser, pas à baisser la qualité. Expérience client, technique photo, images dignes d'être accrochées : les exigences restent les mêmes qu'au studio. Il montre volontiers sur son téléphone des photos faites par ses équipes, et on lui répond souvent « c'est toi qui les as faites ». Il considère ce chemin aussi rentable que le studio haut de gamme, simplement différent.
À retenir : un modèle de boutique photo repose sur un concept reproductible (décor, poses, produits, accueil), une équipe formée et motivée par les ventes, et un emplacement où passe la bonne clientèle.
6. Que retenir d'un échec d'entrepreneur ?
La crise sanitaire frappe en mars 2020. Une troisième boutique est presque prête, les travaux n'attendent plus que le feu vert : la banque se retire, Julien doit rappeler le bailleur. À la réouverture en mai, Beauvais repart, Amiens jamais. La boutique était mal implantée, face à une clientèle qui ne correspondait pas. Il faut la fermer et passer par une liquidation, son « premier vrai gros mur » après 14 ans d'activité. Il en parle sans détour : c'est dur, il faut le digérer, mais il n'a aucun regret, parce qu'il a tout tenté.
Écouter les clients pour repartir
Pendant le deuxième confinement, Julien et ses deux salariées font le bilan de deux ans d'ouverture : qu'est-ce que les clients demandent et qu'on ne leur propose pas ? Convaincus par le laminage, ils refusaient les toiles. Or on leur en demandait une dizaine par semaine, souvent pour des raisons de budget. Les toiles et les posters entrent au catalogue (les tapis de souris, demandés une fois par trimestre, restent refusés). À la reprise de décembre, le chiffre d'affaires décolle.
À retenir : distinguez une demande anecdotique d'une vraie tendance. Ce sont souvent les personnes au contact des clients qui la repèrent les premières : écoutez-les.
7. Pourquoi devenir coach après la photo ?
Troisième confinement, mars 2021 : la boutique fermée ne lui demande qu'une heure par jour. Une idée lui trotte en tête depuis 2015 : transmettre son expérience. Pendant la crise, des commerçants de son entourage (coiffeurs, prestataires) lui demandaient déjà comment il tenait le coup, et ses conseils les remotivaient. Mais il se sentait illégitime auprès des photographes : il ne gagne pas de concours.
Un test à cinq places, huit inscrits
Son propre coach lui conseille de se confronter à de vrais clients. En moins de 24 heures, il propose à cinq photographes un accompagnement gratuit en avril (trois sessions d'une heure et un bilan) en échange d'un retour honnête et d'un témoignage. Il espérait deux inscrits, il en a huit. Leur raison : ils connaissent son parcours, ses hauts et ses bas, et voient qu'il est toujours là. Julien découvre que la communauté des photographes peut reconnaître un parcours d'entrepreneur plutôt que des photos primées.
« Gagner de l'argent avec ça, c'est une conséquence, ce n'est pas un but. »
Julien Guedj
Les concours ne sont pas la seule reconnaissance
Julien a participé à des concours de photo de mariage et met en garde : à force de regarder les images qui gagnent, on finit par photographier pour le jury et non pour ses clients. Les concours aident à se situer, à condition de savoir pourquoi on y va. Eloa, qui n'en fait pas, résume : son premier prix, ce sont ses clients, quand ses photos sont au mur et qu'ils reviennent avec leurs amis.
Son projet de coaching se veut hybride, individuel et en groupe, vendu comme un programme et non à la séance : « je vais vendre une transformation ». Le syndrome de l'imposteur ? « Je l'ai rangé dans un placard. »
À retenir : pour tester une nouvelle activité, proposez-la gratuitement à quelques personnes en échange de retours et de témoignages. Vous saurez vite si la demande existe, et vous gagnerez en légitimité.
Épisode enregistré au printemps 2021, pendant le troisième confinement. Les boutiques, projets et offres de coaching évoqués concernent cette période ; l'activité actuelle de Julien Guedj est présentée sur son site.
Les erreurs à éviter quand on est photographe entrepreneur
D'après l'expérience de Julien Guedj :
✗ Dire oui à tout par peur de manquer : trop de prestations, et l'épuisement arrive vite.
✗ Vendre sous ses coûts sans savoir quelle part du chiffre d'affaires part en charges.
✗ Croire que vendre est indigne d'un photographe : bien accompagner le client, c'est aussi lui proposer des tirages.
✗ Confondre low cost et bas de gamme : réduire ses coûts ne doit jamais réduire la qualité ni l'expérience.
✗ Ouvrir sans valider l'emplacement : un bon concept au mauvais endroit ne trouve pas sa clientèle.
✗ Ignorer ce que demandent les clients par conviction personnelle.
✗ Tirer sur la corde sans écouter les signaux de son corps.
FAQ : photographe entrepreneur
Comment devenir photographe entrepreneur ?
En traitant la photo comme une entreprise et pas seulement comme une passion : connaître ses charges, fixer des prix qui font vivre, apprendre à vendre et se former. Julien Guedj a démarré sans aucun contrat en 2005, puis a fait évoluer son activité au fil des demandes de ses clients, du mariage au studio, puis aux boutiques photo.
Comment passer de vidéaste à photographe ?
Souvent par le mariage. Julien Guedj, vidéaste de mariage, a photographié un mariage pour dépanner en 2009, puis a demandé quinze minutes de photos à chacun de ses couples de la saison pour construire un portfolio. Il a signé ses premiers contrats photo aux salons de mariage et a basculé complètement en 2010.
Comment vendre des tirages après une séance photo ?
En organisant un rendez-vous de présentation des images, où le photographe montre les photos et aide le client à choisir ses tirages et ses produits. Après sa formation PhotoCoach, Julien Guedj a vendu 842 euros de tirages à des clients venus pour une séance à 117 euros, simplement avec ce rendez-vous.
Qu'est-ce qu'un studio photo éphémère ?
Un studio installé pour une courte durée dans un lieu de passage, comme un centre commercial avant Noël, qui propose des mini-séances à prix accessible. En 2017, le studio éphémère de Julien Guedj, ouvert quatre jours par semaine pendant un mois, a généré 16 000 euros de chiffre d'affaires pour environ 6 000 euros investis.
Comment ouvrir une boutique photo en centre commercial ?
Avec un concept reproductible (décor, poses, produits, accueil), un emplacement qui attire la bonne clientèle et une équipe formée. Julien Guedj a recruté des profils venus du commerce, formés à des séances standardisées et commissionnés sur les ventes. Sa boutique de Beauvais fonctionne ; celle d'Amiens, mal implantée, a fermé.
Le low cost en photographie, est-ce du bas de gamme ?
Non, selon Julien Guedj. Le low cost consiste à réduire les coûts pour optimiser, par exemple avec des séances standardisées, sans baisser la qualité des images ni l'expérience client. Ses boutiques suivent les mêmes exigences techniques que son ancien studio haut de gamme et sont, selon lui, aussi rentables.
Faut-il gagner des concours pour être un bon photographe ?
Non. Les concours aident à se situer et à progresser si l'on sait pourquoi on y participe, mais ils peuvent pousser à photographier pour le jury plutôt que pour ses clients. Pour Julien Guedj et Eloa Landais, la vraie reconnaissance vient des clients qui accrochent leurs photos, reviennent et recommandent.
Découvrir le travail de Julien Guedj
Coaching business et hypnose pour les entrepreneurs qui veulent clarifier leur activité, lever leurs blocages et avancer sans s'épuiser : retrouvez l'accompagnement de Julien Guedj sur son site, julienguedj.com.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Eloa Landais et Julien Guedj, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré au printemps 2021, pendant le troisième confinement. Les conseils partagés restent d'actualité ; les projets, boutiques et chiffres évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 13 700 mots)
Chapitres :
- Introduction : Julien Guedj, un parcours fait d'opportunités
- Qui est Julien Guedj ?
- Le goût du challenge et la zone de confort
- 2005 : démissionner pour se lancer dans la vidéo
- 2009 : le mariage qui fait basculer vers la photo
- Grossesse, famille : devenir le photographe de famille
- L'Atelier : le studio qu'il avait dessiné
- Le parallèle avec le parcours d'Eloa
- 2014 : travailler trop pour ce qu'on gagne
- PhotoCoach, comme une rentrée des classes
- La première vente : 842 euros
- Vendre sans se sentir vendeur
- 2017 : le studio éphémère de Noël
- La crise d'hypertension
- 2018 : La Photo et Vous, des boutiques en centre commercial
- Recruter des vendeuses plutôt que des photographes
- Crise sanitaire : une boutique abandonnée, une autre liquidée
- Écouter les clients : toiles et posters
- Le nouveau challenge : le coaching
- Un test à cinq places, huit inscrits
- Low cost ne veut pas dire bas de gamme
- Les concours photo et la reconnaissance
- Vendre une transformation, pas une séance
- Le syndrome de l'imposteur rangé dans un placard
- Conclusion
Introduction : Julien Guedj, un parcours fait d'opportunités
Eloa : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre de progresser dans votre métier. Je suis Eloa Landais, photographe et responsable des formations online et offline chez Fotostudio.io. C'est une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1250 photographes francophones et européens. Elle leur fait gagner un temps précieux dans leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings.
Si vous aimez le podcast, n'hésitez pas à le partager, à vous abonner et surtout à liker. Je reçois aujourd'hui Julien Guedj, qui va nous parler de son parcours atypique. Il a ouvert un studio où il a fait de la vente de luxe aux particuliers. Ensuite, il a ouvert des boutiques dans des centres commerciaux, avec une sorte de vente un petit peu low cost. Il va nous parler de ces deux approches de la photographie.
Bonjour Julien Guedj !
Julien : Bonjour. Alors, merci pour l'invitation. Quelle voix sensuelle de radio !
Eloa : Dit-il ! On essaye, ça se travaille. Eh bien écoute, on n'a que des filles depuis un certain temps. On a eu beaucoup, beaucoup de filles. Pas que, parce qu'on a eu Gardères et Dohmen quand même. À chaque fois, je dis qu'on n'a que des filles, et ils m'envoient des petits messages en disant : « Merci, tu ne penses plus à nous. »
Julien : J'ai vu Samuel Malarik.
Eloa : Oui, il est passé. Mais ce n'est pas moi qui l'ai enregistré.
Julien : C'est vrai que je l'ai écouté. J'ai écouté quand même les podcasts. Et c'est vrai que c'est quand même en majorité des photographes femmes. C'est très féminin comme podcast.
Eloa : Mais il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup. Donc on essaie de rameuter pas mal d'hommes, dont Julien Guedj aujourd'hui. Présente-toi un petit peu, Julien. Qui es-tu ? D'où viens-tu ?
Qui est Julien Guedj ?
Julien : Alors moi, je suis Julien Guedj. J'ai bientôt 44 ans. Après, ça dépend quand vous écoutez le podcast.
Mais on va dire que je suis entre 43 et 44. Je suis marié depuis 19 ans. Ça fait 26 ans que je suis avec la même personne : on s'est rencontrés au lycée. C'est un travail quotidien, aussi bien d'un côté que de l'autre. Et du coup, c'est une vraie partenaire.
Eloa : Oui, tu l'as remariée par surprise.
Julien : Ça, c'était pour nos 20 ans ensemble. Donc c'était en 2016.
Eloa : Avec plein de photographes.
Julien : Oui, c'est ça. C'était au moment de la WPPI. Donc c'est une vraie partenaire de vie.
Je ne sais pas si on en reparlera tout à l'heure, mais c'est vrai que c'est un vrai pilier dans la vie personnelle et dans la vie professionnelle. Elle est là, on a grandi ensemble. J'ai deux enfants qui sont grands maintenant, qui ont 20 ans et 17 ans. Waouh. C'est quand on commence à prendre conscience de l'âge qu'on se dit : waouh, le temps avance. On en a quand même profité. Ils arrivent à s'épanouir. Donc c'est là aussi où on se dit qu'on a bien travaillé, entre guillemets.
C'est aussi ça, de les voir épanouis. Nous, ça nous rend heureux, en fait. On se dit : OK, on les a mis sur le chemin, sur leur chemin, et on est là pour les aider. Moi, je suis photographe, en tout cas à mon compte, depuis 2005. Donc ça commence à faire aussi : c'est la 16e année. Je suis passé par plein d'étapes. J'ai commencé par la vidéo, puis la photo, un studio photo avec des collaborateurs, puis une boutique. Et là, je lance encore une autre activité. En fait, j'aime bien les challenges, moi.
Pour me résumer, tout ça, c'est des choix. Ce n'est pas : j'ai arrêté une activité parce qu'elle ne marchait pas.
Eloa : C'est souvent… À chaque fois, ce n'est pas ça, hein ?
Julien : Non, c'est une activité qui fonctionne, et tout va bien. Mais j'ai besoin de…
Eloa : Et je plaque tout !
Julien : Oui, de tout remettre, pas en cause, mais un nouveau challenge, toujours plus grand.
Le goût du challenge et la zone de confort
Eloa : Est-ce qu'on peut dire que tu t'ennuies une fois que tout est lancé et que tout roule ?
Julien : Alors, je ne sais pas si je m'ennuie.
Eloa : Est-ce que tu peux t'allonger et me donner 50 euros à la fin de ce podcast, s'il te plaît ?
Julien : Oui, c'est ça. M'ennuyer, je n'en sais rien. Mais en tout cas, j'ai compris il n'y a pas longtemps, au bout de quasiment 15 ans, que j'avais toujours besoin d'accomplir quelque chose de plus grand à chaque fois. C'est ça, en fait, qui me motivait. Ce n'est pas une question d'ennui, c'est vraiment l'idée de se challenger. Quand j'ai fait de la vidéo, je me suis challengé parce que j'ai commencé en partant de zéro.
Personne ne me connaissait, donc c'était un vrai challenge de se faire connaître. Puis après, il y a la photo qui est arrivée. Moi, j'ai fait des études de cinéma, donc j'étais dans l'image. C'est une suite logique. Ce n'est pas : je me suis réveillé le matin en disant « Eh, et si je faisais de la vidéo ? », puis « Oh, j'en ai marre, et si je faisais de la photo ? » Donc j'ai toujours…
Eloa : Oui, on va en parler, mais c'est toujours cohérent. Tu ne te réveilles pas en disant : « Tiens, je vais faire chanteur. » Il y a un lien à chaque fois, un cheminement dans tes projets. Mais ce qui est marrant, c'est que tu arrêtes des projets qui fonctionnent.
Julien : Oui, c'est ça. Ça, on me le dit à chaque fois. Alors, je pense que si je m'allonge, ça va me coûter plus que 50 euros. Donc je ne cherche pas à analyser ça. C'est juste, je pense, le goût du challenge, en fait. Et de se dire : est-ce que tu es capable d'aller au-delà ? Alors, la zone de confort, parce que ça, c'est quelque chose qui est assez commun à beaucoup d'entrepreneurs et de photographes : en vrai, je ne sais pas où elle est. Je suis parti il y a longtemps de ma zone de confort.
Eloa : Tu l'as quittée il y a très longtemps.
Julien : Donc c'est peut-être l'envie de se dépasser. Est-ce que je suis capable de réaliser ça ? C'est plus un accomplissement.
Eloa : Mais tu le vis bien ? Je veux dire, tu n'as pas l'impression de courir après quelque chose ?
Julien : Des fois, je me réveille un peu fatigué, justement. Je me dis : je cours après quoi ? C'est là où il faut prendre un peu de recul, avoir la tête froide et se dire : OK, c'est là où on revient à la mission, la vision, tout ce qui fait le pourquoi je me lève le matin.
2005 : démissionner pour se lancer dans la vidéo
Eloa : Et est-ce que ta chérie te suit ? Parce que c'est important aussi, ça, tu vois.
Julien : J'en parlais tout à l'heure, c'est toutes les décisions que j'ai prises. Évidemment, ça surprend plein de gens. La première grosse décision, ça a été de démissionner de mon emploi de projectionniste, puisque j'étais déjà dans l'image avant d'être à mon compte en 2005. C'était à 27 ans : qu'est-ce que je fais de ma vie ? Moi, je ne peux pas rester salarié, j'ai besoin d'être autonome, j'ai besoin d'autre chose.
Les enfants étaient là, on était mariés, on avait déjà avancé dans notre vie perso. Et la première décision, ça a été de démissionner de ce boulot-là pour me lancer dans l'activité vidéo avec zéro contrat, sans que personne ne me connaisse. Donc premier challenge. Je me rappelle, quand j'ai dit « je vais démissionner », elle m'a dit : « Mais comment on va faire ? » Et à cette phrase-là, j'ai dit : « On verra. » Ça a toujours été : on verra.
Parce que, quelque part, je me fais un peu confiance aussi. Alors, ça paraît prétentieux de dire ça, mais…
Eloa : Non, c'est bien.
Julien : Se faire confiance en se disant : « Je sens que je peux faire quelque chose, que j'en ai les capacités, je ne sais pas comment. » Parce qu'en 2005, quand je me suis lancé, l'idée de lancer une entreprise, moi qui étais…
Eloa : Tu crois en tes compétences, en fait ?
Julien : Ouais, je ne sais pas. J'ai une ressource en moi qui fait que je vais y arriver. Parce que l'idée de lancer une entreprise, c'est une amie qui me l'a donnée, un jour où j'étais un peu déprimé et où je lui disais : « Je ne sais pas quoi faire de ma vie.
J'ai 27 ans, je vais faire ça toute ma vie, je n'ai pas envie. » Elle m'a dit : « Tu filmes, tu fais des photos, pourquoi tu ne fais pas ça pour les gens ? » Et ma réflexion a été de dire : « Ouais, mais attends, il faut monter une entreprise, tu ne vois pas… » Le chemin était hyper… C'était le monde inconnu, l'entrepreneuriat, pour moi. Moi, j'avais l'image de Bernard Tapie. À l'époque, c'était Bernard Tapie le modèle, en disant : « Waouh, le gars, comment il a réussi et tout, mais moi, je ne suis pas né pour ça. » Et puis, après une nuit blanche, je me suis dit : « Bon, il y a moyen, il y a des choses à faire. »
Mais il n'y avait pas autant d'infos que maintenant. Maintenant, dans l'entrepreneuriat, en vrai, il y a beaucoup, beaucoup de ressources. Et beaucoup d'entrepreneurs comme moi, qui ont plus de 10 ans aussi, partagent leur expérience.
Eloa : Du coup, tu as 27 ans, c'était en quelle année, quand tu as fait ça ?
Julien : 2004.
Eloa : Ouais, tu vois, en 2004, on n'avait pas spécialement Internet avec toutes les plateformes et toutes les infos.
Julien : Exactement. Toutes les infos qu'on a maintenant en un clic.
Et ça, c'est vrai qu'en 15 ans, ça a quand même changé. Je me dis que quelqu'un qui se lance maintenant est quand même vachement plus informé des « risques » et du chemin à prendre.
Eloa : Oui.
Julien : Moi, j'ai appris sur le terrain. C'est pour ça, l'histoire de sortir de sa zone de confort. J'ai appris sur le terrain, ça a mis un peu plus de temps, mais ça va, je me porte bien.
2009 : le mariage qui fait basculer vers la photo
Eloa : Donc, tu as monté ton studio, l'atelier, en quelle année alors ?
Julien : Le studio photo ? J'ai fait la vidéo de 2005 à 2009.
Et à chaque fois, moi, c'est des opportunités qui se sont présentées. Et c'est : qu'est-ce que je fais de l'opportunité qui se présente ? En février 2009, je fais un mariage. J'étais vidéaste, je faisais des vidéos de mariage, je travaillais pour les professionnels. Je ne faisais que de la vidéo. La photo, c'était éventuellement pour la famille, comme ça, en off, mais je n'étais pas payé pour ça. Et le photographe avec qui je travaillais à l'époque me dit : « Je ne fais pas le mariage, je n'ai pas envie de le faire. » C'est là où le réseau joue.
J'appelle un vidéaste avec qui j'allais travailler. Je lui dis : « Tu feras la vidéo et moi, je ferai les photos. » J'avais déjà fait de la photo, en me disant « on y va ». J'appelle les mariés, ils me disent : « On te fait confiance. » À partir de là, on y va. Moi, c'était vraiment : « Je fais ce mariage-là et je reprends ma vie de vidéaste. »
Eloa : Oui, c'était vraiment pour dépanner.
Julien : C'était : « Je fais le mariage sérieusement. » Sauf qu'il y a eu des appels, notamment d'amis à eux qui me disent : « On se marie en septembre 2010.
On veut que tu sois notre photographe de mariage. » Moi, j'ai dit : « Non, je suis vidéaste, je ne suis pas photographe. » Ils me disent : « Si, tu as fait des photos. » C'est un peu la crêpe au sucre dans Les Bronzés : vous avez des crêpes, vous avez du sucre, faites une crêpe au sucre. Vous avez un appareil photo, vous êtes photographe. Et là, j'ai fait : « Non, non, moi, je suis vidéaste. » Ils font : « Non, non, mais nous, on veut que tu sois notre photographe. » OK. Et puis d'autres me l'ont demandé, et de fil en aiguille, à un moment donné…
Eloa : C'est génial, quand ça se passe comme ça.
Julien : Donc, tout 2009,
c'est là où les opportunités arrivent. Je sens le truc, il y a quelque chose à faire. Je me dis : peut-être que je vais changer. Ça faisait 4 ans et demi que je faisais de la vidéo, et les vidéos de mariage, ça prend vachement de temps : il y a du montage derrière. Je montais un peu à bout de souffle, parce que j'avais pris beaucoup de prestas. Je ne savais pas dire non, parce que c'était la joie d'être à son compte et de se dire « les gens m'appellent ». Donc je disais oui à tout. C'est une erreur, mais je l'ai appris après. Et du coup, en 2009, à tous mes mariages, j'avais un appareil photo dans mon sac,
et je demandais aux mariés de ma saison de faire 15 minutes de photo. C'est comme ça que j'ai construit mon premier portfolio pour les salons d'octobre-novembre, et que j'ai signé mes premiers contrats en photo pour 2010. Et puis en 2010, je me dis : « Bon, à un moment, on va y aller sérieusement, parce que j'ai plus de mariages en photo qu'en vidéo. » Après, c'est peut-être moi qui n'avais plus envie de faire de vidéo.
Eloa : La bascule s'est faite.
Julien : Oui, c'est ça. J'ai investi dans du matériel. Un Nikon D3S, que j'ai gardé d'ailleurs, qui est toujours là.
C'est mon appareil. J'ai commencé comme ça, avec mon Nikon D3S. C'était le premier gros boîtier.
Eloa : Oui, c'est un vrai investissement.
Julien : Mais du coup, les images, je pouvais vraiment en faire ce que je voulais. Techniquement, on était au top.
Grossesse, famille : devenir le photographe de famille
Eloa : Et comment tu es passé ensuite au studio ? Parce que le mariage, c'est un peu d'investissement, pas financier, mais matériel.
Julien : Là, on passe sur des projets. Là, je bascule dans ma tête : photographe. C'est-à-dire que j'assume complètement que je suis photographe.
Je fais encore un peu de vidéo. Et c'est les mariés qui m'appellent en disant : « Julien, est-ce que tu fais des photos de grossesse ? » Parce qu'elle est enceinte. Là, on devient le photographe de famille.
Eloa : Ah, génial !
Julien : Et je ne me démonte pas. Je ne dis pas : « Ouais, non, ce n'est pas ma spécialité. » Je me dis : je crée un lien avec les gens. C'est des gens que j'avais croisés sur un mariage, qui m'appellent pour que je sois leur photographe. Elle est enceinte, ils m'appellent naturellement parce qu'ils étaient contents. Ma réponse, ça a été : « Bien sûr, tout à fait.
Je fais ça tous les jours. » Et puis en fait, en vrai, tu raccroches, tu vas sur notre ami Google et tu tapes « photo de grossesse », en disant : « OK, d'accord, je comprends ce que c'est. Je ne sais pas comment ça se fait, mais c'est du studio, ce n'est pas en lumière naturelle. OK, donc là, c'est une autre technique. » Donc nouveau challenge. Et puis, de demande en demande, de bouche à oreille : est-ce que tu fais des photos de famille ? J'étais beaucoup en déplacement chez les gens, et à un moment, je me dis : j'en ai marre, j'ai envie d'avoir un endroit à moi
pour les accueillir. C'est là où je me suis mis en recherche d'un local, et je suis tombé sur le local que j'ai toujours, là où j'habite aussi, puisque, par chance, tout s'est aligné. C'était en 2011.
L'Atelier : le studio qu'il avait dessiné
Eloa : L'atelier, enfin, le studio, ce n'est pas une partie de ta maison ?
Julien : C'est une partie qui est à part de la maison, qui est vraiment séparée. Il y a les bureaux au-dessus. J'ai de la chance d'avoir un espace qui fait en tout
160 mètres carrés.
Eloa : Que tu as acheté ou fait construire ?
Julien : Non, en fait, c'est une ancienne maison. C'est une maison qui a été rénovée, et devant, c'était une ancienne école de danse. Je l'ai appelé l'atelier parce qu'avant d'être une maison, c'était un garage. Et là où il y a maintenant le studio, c'était l'atelier de mécanique. Quand on m'a raconté l'histoire en me disant « ici, c'était l'atelier de mécanique, il y avait des voitures qui étaient réparées »…
Eloa : Génial.
Julien : J'ai dit : l'atelier, bon, ça existe déjà, ce n'est pas très original, mais en même temps, vu l'historique du bâtiment, ça colle.
Eloa : C'était son histoire.
Julien : Ouais, et puis l'atelier, c'était une bonne reprise.
Eloa : Et donc, c'est à quelques mètres de chez toi ? C'était à vendre au moment où tu as cherché ?
Julien : En vrai, on était dans un appartement à l'époque, on était propriétaires d'un appartement,
et ça colle aussi avec le fait que j'ai démissionné. En 2006, je démissionne, et on est propriétaires d'un appart avec deux enfants, et il n'y a qu'un seul revenu. Et à l'époque, Delphine, ma femme, ne gagnait pas la même chose : on était au SMIC plus, c'était 1300 euros par mois. Et moi, je suis allé faire des ménages, comme on dit : j'allais filmer sur Paris, c'était vraiment histoire de manger. Mais du coup,
on cherchait, à un moment… Moi, je cherchais un endroit où il y avait les deux, et ça n'existait pas. On cherchait une maison et un studio, et ça n'existait pas. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas. Donc je me suis dit : c'est compliqué. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va garder l'appartement parce qu'on y est bien, et je vais chercher un local.
Eloa : Et tu as trouvé l'atelier.
Julien : C'est-à-dire qu'au bout de peut-être 4, 5, 6 mois de recherche, un peu en mode désespéré, sur Le Bon Coin, je vois une photo avec un studio vachement grand,
haut de plafond, un grand rectangle vide. Je me dis : on va aller le visiter. Et quand on y va, je rentre dans le truc et je me dis : ce n'est pas possible, je suis dans mon dessin. Moi qui ne sais pas dessiner, des amis me demandaient ce que je voulais et je dessinais le studio, en disant : je veux un grand rectangle, comme ça, de la place, il y a du recul, je peux faire ça, je vais mettre mon fond ici. Et en fait, je rentre dans mon dessin.
Eloa : Génial.
Julien : Je me dis : ah, c'est ça. Et en fait, les propriétaires ont dit :
« Attention, c'est un lot global. On a la maison qui est derrière à vendre, et tant qu'on n'a pas vendu la maison, on ne peut pas vendre ce qu'il y a devant. » Parce que je m'étais dit : j'achète le studio, on fait une ouverture en façade, et voilà. Et je me suis dit : non, mais moi, la maison, ce n'est pas dans nos projets. On n'a pas prévu d'acheter la maison.
Eloa : Et puis, ça fait double.
Julien : Oui, c'est surtout la banque. On n'est pas sur les mêmes montants.
Eloa : Bah ouais.
Julien : Mais du coup, je me dis : bon, ça ne coûte rien. On n'a aucun risque à la visiter. Si ça ne nous plaît pas,
on attend qu'elle soit vendue. Le lendemain, on visite la maison. On rentre dans le couloir, on rentre dans la pièce, qui est une grande pièce ouverte, cuisine américaine avec une véranda. Et en fait, on se regarde avec Delphine et on n'a même pas besoin de parler : on sait qu'on va habiter ici. Je ne sais pas pourquoi, mais on le sait. Parce que les critères qu'on voulait, le jardin, tout correspond, le studio devant, tout colle. C'est-à-dire que le dessin qu'on a fait, on est dans notre dessin.
Eloa : C'est génial.
Julien : Bon, alors la banque, ça ne va pas être la même chose.
Eloa : Ah oui, maintenant, il faut pouvoir convaincre les créanciers.
Julien : Ouais, mais comme je suis du genre à ne jamais lâcher l'affaire, on s'est un peu battus pour ça, pour dire aux banquiers : c'est cette maison-là qu'on veut, ce n'est pas une autre, donc il faut nous financer. Et c'est comme ça que l'aventure du studio a commencé, en 2011.
Eloa : Et vous avez déménagé aussi dans la…
Julien : En même temps, septembre 2011. J'ai ouvert le studio en octobre 2011.
C'est un village où il y a 1300 habitants. Tout le monde m'a dit : « Ouais, mais tu vas t'enfermer dans un village. » J'ai dit : « Les gens, si on leur dit qu'on est là, ils vont venir. » Ça, c'était moi, naïvement. Je ne connaissais pas le principe de marketing et de vente photo, tout ça, je l'ai appris par la suite.
Le parallèle avec le parcours d'Eloa
Eloa : C'est marrant, parce que moi, je me retrouve complètement dans ce que tu dis. Et mon premier petit local s'appelait l'atelier aussi.
Julien : C'est marrant. Pourquoi ?
On n'était pas très originaux, d'accord.
Eloa : Mais moi, c'est aussi parce que je suis d'une famille d'artisans, et que pour moi, c'était hyper important. L'atelier, c'était vraiment là où on créait, la création. Mon arrière-grand-père, c'était les sabots. Mon grand-père, c'était les voitures. Mon papa aurait voulu devenir ébéniste, mais du coup, il faisait des sculptures. Il avait aussi son atelier. Et c'est exactement ce que tu dis. Moi, j'ai fait les photos
d'une copine enceinte, et puis après, elle m'a dit : « Le bébé est né ? » « Oui, bien sûr. » Je n'avais jamais tenu un bébé dans mes bras de ma vie. Et j'ai fait ça. J'ai regardé un peu sur Internet, j'ai fait les photos, et comme tu dis, il y en a eu d'autres, d'autres, d'autres. Et puis après, il faut un local. J'ai pris un tout petit local, mais j'allais à domicile, et c'était crevant. Je suis passée devant une boutique qui était à louer. Elle m'est passée sous le nez. Le mec m'a rappelée, il m'a dit : « Écoutez, je voulais signer, mais le futur locataire,
ça fait deux fois qu'il ne vient pas au rendez-vous. Donc si vous venez cet après-midi, elle est pour vous. » J'ai dit : « D'accord. » Et c'est parti comme ça. Donc je comprends, sans rien connaître au marketing.
Julien : L'histoire des opportunités. Ah, c'est fabuleux. Elle passe devant, et c'est toi : est-ce que tu es aligné avec ce que tu sens au fond de toi ? Moi, quand j'ai dit…
Eloa : Il faut que tu le prouves aux gens aussi.
Julien : Oui, c'est ça. Après, avant de le prouver aux gens, il faut déjà se le prouver à soi-même. Franchement. C'est-à-dire que là, à chaque fois…
Eloa : Oui, mais toi, tu es aligné. Toi, tu crois. Tu sais que ça va marcher.
Julien : Moi, je suis comme ça. Tu sais, quand tu dis : « Alors là, on va déménager, on va investir. » À l'époque, c'était 320 000 euros. Donc on s'est endettés sur…
Eloa : 30 ans.
Julien : Oui, voilà. On a vidé tous les comptes possibles, tout ce qu'on avait mis de côté. Parce qu'à l'époque, j'étais à mon compte, mais je gagnais peut-être 1200 euros par mois. J'étais au SMIC.
Eloa : Et vous étiez propriétaires de l'appartement ?
Julien : Oui, on était propriétaires. Donc il y avait cette vente-là, qui a mis du temps. Bref, après, c'est les détails de : est-ce que tu crois à ton projet ou pas ? Le truc qui te tient. On a signé genre trois jours avant la fin du prêt relais. Donc c'est pareil, il faut tenir dans la tête. Tu te dis : « Non, mais j'y crois, j'y crois, j'y crois, j'y crois. »
2014 : travailler trop pour ce qu'on gagne
Eloa : Et alors après, on fait un petit bond. Le studio fonctionne avec, comme on le connaît, des photos de famille, des photos de bébé. Tu continues les mariages ?
Julien : Oui, je continue les mariages. Il y a surtout une bascule qui se fait en 2014. Parce que moi, je gérais le studio comme je pensais, en disant : « Ouais, je fais comme ça, comme ça. » Et les infos, en fait, il faut vraiment aller les chercher. Je me disais : « Je trouve que je travaille beaucoup par rapport à l'argent que je gagne. » Et donc, 2014, c'est PhotoCoach.
Eloa : Écoute, encore une fois, on va faire le parallèle. Moi, je me suis dit exactement la même chose : je travaille trop, je ne gagne rien.
Et PhotoCoach, en octobre 2012.
Julien : Toi, tu l'as fait avant moi. J'ai tapé sur Internet « coach photo », « photo coach », « PhotoCoach » avec des espaces, et je suis tombé dessus.
Eloa : Tu n'avais pas du tout de lien avec toute la clique qu'on connaît, des formateurs ?
Julien : J'avais mon réseau de gens que je connaissais ici.
Eloa : JNBP et tout, tu ne connaissais personne ?
Julien : Pas du tout.
Eloa : Donc tu es vraiment tombé sur PhotoCoach
comme ça, par hasard.
Julien : Et puis, je tombe sur le Québécois, André.
Eloa : Je lui fais un bisou.
Julien : André Amyot. Moi aussi, je lui fais un gros bisou. C'est mon mentor depuis.
Eloa : C'est un vrai lien. C'est une rencontre qui a tout changé. C'est exceptionnel.
Julien : Je confirme. Je suis ravi qu'il ait croisé mon chemin et qu'on continue à se côtoyer. Mais du coup, c'est ça : j'ai vraiment cherché. En fait, 2014, c'est vraiment la bascule.
Je fais PhotoCoach en mars 2014. Le premier jour, je me rappelle, c'était un dimanche. C'est dimanche, lundi, mardi. On était 25. J'ai préparé mon sac comme un enfant qui rentre à l'école. Là, je me dis : il y a un truc, je pense que quelque chose va changer. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est pareil, tu le sens ou pas. Donc moi, j'étais comme un gamin à la rentrée des classes, en me disant : je vais me faire des nouveaux copains, est-ce que le maître va être sympa ?
PhotoCoach, comme une rentrée des classes
Eloa : Je suis en train de réfléchir à comment ça s'est passé pour moi. Moi, je l'ai fait en septembre 2012. Et pour tout te dire, parce que je trouve que le parallèle est fou, je vais un peu parler de moi quand même : pour les gens qui nous écoutent, Julien et moi, on a vraiment le même parcours, des opportunités, pour montrer qu'il faut y aller. On a la niaque. Et je te dis…
Julien : C'est l'opportunité qui se présente : est-ce que tu la laisses passer, ou alors tu sens qu'elle est alignée avec ce que tu veux faire, ce que tu ressens, en disant :
j'y vais, mais en vrai, je ne sais pas où ça va me mener.
Eloa : Moi, c'était un peu comme tu dis, c'était la rentrée des classes et tu sentais que quelque chose allait se passer. Moi, c'était un peu la dernière chance, parce que mon père, en septembre, m'aidait à faire la compta de mon entreprise, qui avait débuté en 2008, donc qui avait cinq ans. Je me versais 500 euros tous les mois, et il me dit : ce que tu te payes tous les mois, ce n'est pas du bénéfice, c'est l'argent que tu as mis au départ. Tu sais, j'avais investi 5 000 euros de capital, et il me dit : « C'est ça que tu récupères. » Et là, je m'effondre et je me dis : ça veut dire que mon entreprise ne génère pas de bénéfice du tout. Je bossais jour et nuit, et je lui dis : « Écoute, il faut trouver autre chose, parce que sinon je plaque tout et je vais bosser chez McDo : même à mi-temps, je gagnerais plus. » Et ce truc-là m'a toujours tenue. Je me suis dit : bon, il y a cette formation. J'étais un peu dans la FMI.
C'était la FMI qui proposait des formations. J'avais rencontré Jacques Mathéos, par hasard, qui m'avait fait connaître la FMI, et là je me dis : bon, PhotoCoach, il restait 500 euros à charge. Pour moi, c'était énorme. Et mes parents me disent : « Écoute, on est en septembre, Noël, c'est bientôt. » C'est hyper émouvant pour moi. Mes parents me disent : « Ce sera ton cadeau de Noël en avance. »
Vraiment, je pleure, il faut que j'arrête. Ce sera ton cadeau de Noël en avance. Et comme toi, ça a tout révolutionné, parce que je me suis dit : en fait, il faut être entrepreneur. On est des créatifs, mais si on veut survivre (comme toi tu disais : « Je travaille trop pour ce que je gagne »), il faut qu'on devienne des entrepreneurs, qu'on vende ce qu'on a à vendre et qu'on ne le brade pas. Et moi, en trois jours (c'est trois jours ou cinq jours ? Trois jours), en trois jours, ça a tout changé.
Et vraiment, comme tu dis, ça aurait pu être une autre formation, je pense. Pour les gens qui nous écoutent, il n'y a pas que ça, mais qu'il y ait un déclic pour vous dire : « OK, maintenant j'y vais, je ne subis plus cette passion, j'en fais vraiment mon métier, mon travail. »
Julien : Mais c'est surtout l'histoire : moi, à l'époque, j'étais encore sous le code de la vidéo. Je n'avais pas encore vraiment fait la bascule, parce que c'était de l'administratif et ça ne me passionnait pas plus que ça.
J'étais sous le code vidéaste, donc je n'étais pas considéré comme artisan. Bref, c'est un détail, mais la prise en charge était quand même vachement…
Eloa : Tu ne l'as pas eue ?
Julien : Si, si, mais il fallait faire un dossier, j'avais droit qu'à 1 000 euros par an, il fallait bien choisir la formation. Je devais la faire en novembre 2013. Je devais rencontrer André au Salon de la Photo 2013. Je crois que ce n'était pas le moment, parce que quand je suis parti en voiture, je suis rentré dans un plot par inattention et j'ai pété un pneu. Donc je ne suis jamais allé au Salon de la Photo en 2013.
Je me suis dit : je ne vais jamais la faire, la formation. Puis je me suis dit : si, si, la prochaine session, c'est quand ? Mars. J'ai dit : OK. Et là, prise en charge compliquée, pas vraiment de sous sur les comptes. Donc j'ai appelé mes parents en disant : « Est-ce que vous pouvez m'avancer 1 500 euros ? J'ai besoin de payer la formation. »
Eloa : C'est drôle, tu as fait la même chose.
Julien : Et j'ai dit à mes parents : « Je vous promets, je sens que cette formation-là va changer les choses. Je vous rembourse avant l'été. »
Après, je me suis battu pour avoir les 1 000 euros de prise en charge, donc il n'y a eu que 500 euros, que j'ai remboursés assez vite. Mais la formation PhotoCoach, c'est vraiment un truc. André me l'a dit plusieurs fois : « Je ne t'ai rien appris. J'ai juste révélé ce que tu avais en toi. » Et c'est exactement ça. Avec PhotoCoach, j'ai pris conscience qu'on pouvait être photographe, artiste entre guillemets, créer des images, mais en même temps bien se vendre, se respecter un petit peu…
… et respecter ses clients surtout. Quand j'ai voulu m'inscrire, je voyais des photographes qui faisaient des ventes. Moi, je faisais des mariages, je me vendais un peu en dessous de 1 000 euros avant PhotoCoach, parce que je n'avais pas conscience qu'en fait il y a la moitié qui part.
Eloa : Et du travail, c'est ça. Tu n'avais pas calculé tout ce qu'il y a derrière.
Julien : Pas cette conscience-là. Pour moi, faire 80 heures, c'était normal. J'étais jeune.
La première vente : 842 euros
Julien : Maintenant, les choses changent un petit peu, j'ai pris un peu d'âge, donc on réfléchit différemment. Mais je voyais des photographes qui, sur des séances studio, vendaient 800, 1 000 euros de supports. Je leur disais : « Mais arrêtez, c'est du mytho. Ce n'est pas vrai, on ne peut pas faire ça. » C'est les croyances qu'on se met. Je fais PhotoCoach. Évidemment, il y a tout le contenu et le « brassage de cage », comme dit André. C'est-à-dire que là, on se fait…
Enfin, bref. Mon cerveau a implosé tellement c'était : waouh, ma vie ne va plus être la même, à condition que je mette l'énergie aussi, parce que c'est ça. J'ai appliqué les choses après. Dix jours après être rentré de PhotoCoach, je fais une séance avec des anciens mariés, et je me dis : tiens, je vais essayer des choses qui ont été discutées pendant PhotoCoach, pour vendre justement. Je les fais revenir. Pas du tout sur grand écran : je les fais revenir sur mon ordi…
… en mode à l'arrache, ordi posé sur un meuble. Je me dis : tiens, je vais les faire revenir, on va tester, voir si ça marche. En dehors de la séance, qui était à 117 euros (j'avais augmenté mes prix, je ne leur donnais que deux tirages, j'avais changé, ce n'était pas annoncé sur le site, enfin bref), ils ont acheté pour 842 euros. Je me rappelle encore du montant, parce que je suis rentré chez moi avec le chèque, et elle m'a dit : « Ah, c'est cool…
… tu as signé un mariage. » Je fais : « Non, c'est une séance. » Elle me dit : « Comment ça, c'est une séance ? » Je dis : « Écoute, voilà. » Donc ce n'est pas du mytho, c'est possible. Il faut juste être dans le bon état d'esprit et avoir la bonne démarche.
Eloa : Après, évidemment, il faut être aligné avec soi-même, avec ce qu'on a envie de faire, et trouver les clients qui sont alignés avec soi. Et c'est ce que disait André : il a révélé. Finalement, je ne dirais quand même pas qu'il ne nous a rien appris. Il est très humble…
… donc il dit qu'on avait ça en nous, mais il nous a donné des clés. 20 %, c'est du marketing, mais moi, j'ai trouvé que les 80 %, c'était du développement personnel à 2 000 %. Il te dit : « Mais tu sais le faire, tu peux le faire. »
Julien : C'est ça. Si tu crois en toi, fonce.
Eloa : Et pour moi aussi, ça a été une révélation.
Julien : Oui, c'est ça. Mais pour moi, c'est un chemin. PhotoCoach, je l'ai fait en 2014. Tu vois, là, on est en 2021.
Il y a encore des choses de PhotoCoach qui sont là, dans toutes les démarches business que j'ai eues depuis 2014. Il y a la prise de conscience : « Ouais, c'est cool, l'artistique d'un côté, mais est-ce que ce que je fais, c'est rentable ? Est-ce que je vais gagner ma vie dessus ? Est-ce que je vais respecter mes clients ? Est-ce que moi, je vais être aligné ? » Cette démarche-là, c'est dans la photo, mais ça marche dans tous les domaines.
Eloa : Ah, mais ça pourrait être coiffeur coach, immobilier coach.
Vendre sans se sentir vendeur
Julien : C'est pour ça que je dis qu'il y a un avant et un après. Une fois que c'est ancré, ce n'est pas devenu une habitude, c'est un état d'esprit en fait. Ça fait un peu sec quand je dis ça, mais ce n'est pas du tout ça : c'est que moi, ça m'a parlé.
Eloa : C'est en toi, quoi.
Julien : Oui, ça m'a parlé. Et quand il dit « j'ai révélé des choses », c'est qu'à un moment, je me mettais des barrières en me disant : « Mais moi, je suis photographe, ça ne se fait pas de vendre. Je ne suis pas vendeur, moi. » Ça faisait vendeur de voitures ou vendeur de tapis, alors que pas du tout.
J'ai pris conscience que c'était un process. À partir du moment où on respecte les clients de A à Z, ce n'est pas de la vente qu'on fait.
Eloa : Ah non, je suis tout à fait d'accord avec toi. Ce n'est pas vraiment de la vente. Les gens sont ravis. C'est une autre approche : même si sur le papier, évidemment, on leur vend des supports, l'approche client n'est pas du tout comme ça. C'est un vrai accompagnement. Ils sont là pour être conseillés, pour vivre une expérience. Et tu as fait ça pendant combien de temps…
… alors, ensuite ?
Julien : Mon studio, je l'ai monté très haut, grâce à PhotoCoach, jusqu'en 2019. En 2019, j'ai fermé le studio, parce qu'entre-temps, il y a eu d'autres challenges que je me suis lancés. C'est mon problème. Fin 2017, je me dis : bon, il y a Noël qui arrive. Je sais comment ça va se passer, je sais comment faire avec les clients pour que ça marche, je sais comment les accompagner.
Je sais quoi leur proposer pour que mon année soit belle, en tout cas sur la lancée. Et je me dis : est-ce que je ne trouverais pas autre chose pour me sortir un peu de mon quotidien ? Je faisais 130, 140 séances par an, plus une vingtaine de mariages, plus la partie pro, et il y avait d'autres choses à côté. La partie pro avait pris de l'ampleur aussi.
2017 : le studio éphémère de Noël
Julien : Donc en 2017, je me dis : est-ce que pour Noël, je ne tenterais pas un truc pour sortir de mon studio ? Et je ne sais pas comment. Discussion un soir autour d'une assiette, et Delphine me dit : « Tu n'as qu'à faire un truc éphémère pour Noël. Tu fais ça juste pour Noël, mais pas ici. »
Eloa : Déguise-toi en Père Noël !
Julien : On pense aux photos de Père Noël, et on se dit : les photos de Père Noël, ce n'est pas mon truc, je l'ai déjà fait. Non, l'idée, ça a été de faire découvrir la photo à des gens…
… qui ne viendraient pas dans mon studio. Et c'est là que PhotoCoach m'a permis de rencontrer… il y a eu Marie-Astrid en 2014 aussi, on se croise toujours, on est toujours en contact avec Marie-Astrid, et puis j'ai rencontré aussi Samuel. Et Samuel, avec sa connaissance du marché de la photo, justement sur les mini-séances, je lui ai demandé conseil pour le studio éphémère.
Eloa : Que je replace un peu : André Amyot avait créé PhotoCoach au Québec…
… et quand il est arrivé en France (puisqu'il le faisait dans les pays francophones), il a rencontré Samuel Malarik et Marie-Astrid Dagas. C'est ça ? Et donc toi, tu as rencontré Samuel à ce moment-là.
Julien : Oui. En fait, ils étaient tous les trois en 2014. Après, ils ont pris des chemins différents : Marie-Astrid a repris la licence de PhotoCoach, Samuel est toujours là, mais il a une connaissance du marché qui fait que je me suis tourné naturellement vers lui pour lui dire…
… voilà ce que j'ai comme projet, est-ce que tu peux me conseiller, parce que toi, tu as déjà vu ce modèle-là ailleurs ? Il m'a donné des conseils, on s'est vus. Et après, il y a eu le réseau aussi, pour trouver le local, lancer un projet, sortir du studio. J'ai trouvé un local dans un centre commercial.
Eloa : Et tu avais déjà un local. Donc tu avais l'atelier, et tu t'es dit : je veux faire venir des gens qui ne viendraient pas au studio.
Julien : C'était trouver…
… une offre plus accessible en termes de prix, pour toucher une clientèle que je ne connais pas, qui ne me connaît pas. Gros challenge.
Eloa : Ouais.
Julien : Après, en 2017, ça faisait quasiment 10 ans que mon nom circulait là où j'étais. Je l'ai installé [inaudible], c'était à 10 minutes d'où je suis. C'est à Beauvais…
… la grande ville.
Eloa : Donc les gens te connaissaient, mais n'avaient pas forcément franchi le pas de ton studio.
Julien : C'est ça. Ils connaissaient mon nom, mais peut-être les prix, ou peut-être pas l'envie. Et puis la peur aussi de se dire : attends, je vais dans un vrai studio.
Eloa : C'est ça. Donc là, c'était un centre commercial.
Julien : Ouais, un centre commercial, donc un studio éphémère. Je n'étais pas ouvert tout le temps : j'étais ouvert mercredi, vendredi, samedi, dimanche. J'ai fait ça un mois avant Noël, en me disant : je vais proposer des mini-séances. Et là, j'étais tout seul, pour voir un peu ce que ça donne. Ça a été…
… comment dire ? Un carton. Je ne peux pas dire autrement, parce que même moi, ça m'a surpris. Je m'étais dit : il faut que je rentre dans mes frais. Si ça ne marche pas, tant pis. Et en vrai, en un mois, j'ai fait rentrer 16 000 euros.
Eloa : C'est un carton.
Julien : Ça a été un carton, parce qu'en vrai, mon investissement a été de peut-être 6 000. Dans ma poche, j'ai fait rentrer 10 000 sur un mois.
La crise d'hypertension
Julien : La petite histoire, c'est que 10 jours avant, je dois avoir les clés et je dois faire quelques travaux de peinture. Le lundi, j'ai les clés. Le mardi matin, je me lève, et je n'arrive jamais à la boutique, parce que je me retrouve à l'hôpital pour une crise d'hypertension, où ça a failli mal finir, en vrai. Je suis resté quatre jours à l'hôpital, mardi, mercredi, jeudi, vendredi.
Eloa : Avec combien de tension ?
Julien : 23. Ça a été aussi une bascule pour la suite. Ça m'a fait prendre conscience que j'étais…
Eloa : Tu tirais trop sur la corde ?
Julien : Ouais, et que je n'étais peut-être pas aligné avec ce que je voulais vraiment faire. J'avais d'autres rêves, et je n'y allais pas parce que j'étais dans le confort de mon studio. À l'hôpital, ils disaient : « Non, mais monsieur, vous ne pourrez pas sortir. » Je dis : « Si, si, mais moi, j'ai des peintures à faire dans des jours ! Vous ne savez pas que j'ai un projet ? » Ils disaient : « Oui, oui, allongez-vous, monsieur…
… ça va bien se passer. » Après, j'ai des amis en or qui ont fait les peintures à ma place, parce que j'étais vraiment fatigué. Et je ne sais pas comment j'ai tenu le mois, parce que ça a été des journées intenses : je faisais 10 h, 20 h, entre 8 et 10 séances par jour. Ça a été physiquement compliqué.
Eloa : Mais ils ne t'ont pas interdit de le faire ?
Julien : Non, ils m'ont dit : « Faites attention. » Donc la vie…
… pendant le mois, ça a été : je me lève, j'y vais, je temporise pendant la journée, dès que j'ai trois minutes pour me poser, je me pose, je me couche tôt. C'était une vie d'ermite pendant un mois, mais au final, ça a été un succès. Et le questionnement que j'ai eu, c'est : OK, si ça ne marche pas, ça me fera un coup de pub, mais si ça marche, qu'est-ce que je fais de ce concept ? Est-ce que je le refais ? Est-ce que je garde mon studio ?
Ça a été toutes ces questions-là.
Eloa : Quand tu as fermé ?
Julien : Ouais, j'ai refermé. En janvier, je me suis posé, j'ai fait du off, je ne l'ai dit à personne, j'ai annulé toutes les séances, parce que j'étais vraiment fatigué et je me remettais aussi du petit pépin de santé. En février 2018, je pars aux États-Unis faire un road trip avec mes amis : on avait tous 40 ans en 2017, c'était nos 40 ans. Et pendant le road trip, je dis à Delphine : « C'est décidé, quand je rentre, je monte des boutiques photo…
… sur le concept du studio éphémère. » Elle m'a dit : « Mais le studio et tout ? » Je fais : « Écoute, je ne sais pas, la transition se fera ou ne se fera pas, je n'en sais rien, mais il faut que j'y aille. » Je me suis dit : je n'ai pas envie de vivre avec des regrets. Ce qui m'était arrivé en novembre, juste avant l'ouverture : franchement, il s'en est fallu de pas grand-chose qu'on ne soit pas là à se parler.
Eloa : Tu t'es dit : j'y vais, quoi.
Julien : Je me suis dit : si je ne le fais pas, je pense que je vais le regretter.
2018 : La Photo et Vous, des boutiques en centre commercial
Julien : Donc en 2018, pareil, je retourne voir Samuel Malarik, parce qu'il m'avait parlé du concept Picture People en Allemagne, qui est basé un peu sur ce concept-là des mini-séances. Et là, la réflexion, c'est : comment je l'adapte au marché français, parce qu'on n'a pas les mêmes besoins.
Eloa : Mais ta réflexion d'entrepreneur a forcément évolué.
Julien : Oui, on est en 2018, tu vois, j'ai déjà quatre ans de PhotoCoach derrière moi à appliquer des choses, à savoir comment créer…
… un parcours client, l'expérience client, la rentabilité. J'ai des notions qui vont au-delà de la photo.
Eloa : Oui, tu as des bases, et puis tu as des notions.
Julien : À côté, évidemment, il faut bien vivre, donc je continue à faire…
Eloa : Tu as l'atelier.
Julien : Voilà. En sachant qu'en 2017, je suis à l'hôpital et je dis : les mariages, c'est fini. J'avais deux mariages signés pour 2018, mais qui étaient signés avant, et je dis : c'est terminé, je ne ferai plus de mariages.
Eloa : Tu les as faits quand même, les derniers ?
Julien : J'ai fait les deux qui étaient signés, parce que j'étais engagé avant. C'était des gens que je connaissais. Et tous les mariages après, à partir de décembre, janvier, j'ai dit non. Donc en 2018, j'ai fait deux mariages, les deux qui étaient signés avant. Forcément, le chiffre d'affaires a pris un petit coup, parce que je n'avais plus que mes séances, et elles diminuaient aussi, parce qu'à partir d'avril, j'ai développé La Photo et Vous. C'est le nouveau concept de boutique que j'ai créé. Il a fallu prendre du temps…
… pour le développer. Et là, on bascule, parce que ça engage : il faut trouver un local, ça engage des frais, il faut recruter du monde.
Eloa : Je comprends. Là, c'est plus de l'entrepreneuriat pour toi, quoi. Tu as des salariés, du management d'équipe.
Julien : Là, pour le coup, je me dis : c'est un vrai projet d'entrepreneuriat, parce que ça n'engage pas que moi. Ça engage des salariés, recruter… Et pour l'histoire, le local dans lequel…
… on est encore maintenant, c'est le local dans lequel j'étais pour le studio éphémère.
Eloa : Ouais, c'est le premier, que tu as gardé, dans le centre commercial.
Julien : Voilà. J'ai dit : celui-là, il me porte bonheur, donc je veux celui-là. Et on y est encore.
Eloa : Tu avais fait des travaux en plus, donc c'était déjà…
Julien : Ouais, on a réaménagé. La Photo et Vous, il y a des couleurs, il y a une marque, c'est autre chose. Il n'y avait plus marqué « Julien Guedj » sur la façade : c'est La Photo et Vous, avec les couleurs, le bleu, le noir, le gris. Il a fallu tout repeindre, essayer de comprendre comment on structure les choses.
J'ai appris aussi, en trois ans, sur le chemin.
Eloa : Ouais, créer une boutique, une vraie boutique.
Julien : Ouais, et puis gérer une équipe, recruter, les contraintes de la face cachée de l'iceberg. Parce que la boutique, on la voit et c'est super, mais c'est un travail quasiment quotidien. Pas le week-end, parce que le week-end, on est en off, mais c'est un vrai boulot de manager des équipes.
Eloa : Et vous travaillez dans le centre commercial que du lundi au vendredi ?
Julien : Du lundi au samedi. Parce que moi, je ne suis pas dans la boutique.
Eloa : Ah oui, d'accord.
Julien : Le concept, c'est d'avoir une équipe sur place qui gère la boutique au quotidien.
Eloa : Et toi, tu es le patron et tu n'es plus dans la boutique à faire des photos.
Julien : Après, je fais quand même beaucoup de choses. Sur le papier, sur l'organigramme, c'est comme ça, mais le relationnel n'est pas du tout comme ça. J'ai une équipe… Là, on est en confinement au moment où on enregistre le podcast, on prend des nouvelles régulièrement, elles me disent : « Et toi, ça va ? Le moral est bon ? » Je me dis : des salariés qui se soucient du moral du patron…
… c'est que j'ai créé un lien qui est autre que patron-salarié. On n'est pas sur ce lien-là.
Eloa : Tu as recruté combien de personnes, alors ?
Julien : Alors, La Photo et Vous… il y a eu une petite crise sanitaire qui a fait un peu de ménage dans ce projet-là, malheureusement. Mais c'est comme ça, il faut faire des choix.
Eloa : Ça fait partie du parcours, je trouve. Ça fait partie du chemin. C'est compliqué quand ça arrive.
Julien : Oui, c'est ça, ça fait partie de notre chemin. Quand j'ai monté ça en 2018, mon ambition, c'était de créer une franchise sur ce concept-là…
… d'avoir des boutiques dans les centres commerciaux. En partant de zéro, on se rend compte que c'est compliqué, parce que c'est de la photo, et que pour les banquiers, la photo, c'est un hobby, ce n'est pas un métier.
Eloa : Oui, « on ne va pas en vendre ».
Julien : Donc j'ai ouvert la première en novembre 2018, et je l'ai ouverte une semaine après les Gilets jaunes. Ça, c'était la bonne idée… c'est le hasard du calendrier.
Eloa : Ça te challenge quand même quand tu ouvres. Là, tu te remets des challenges dans le challenge.
Julien : Voilà.
Il y en a eu une autre : la première, c'était Beauvais, la deuxième à Amiens, en septembre 2019.
Eloa : Tu en ouvres une deuxième.
Julien : Une deuxième, sur le même concept : les boutiques se ressemblent sur le matériel, sur comment on fonctionne, comment on accueille, les produits qu'on vend. L'idée, c'est de mutualiser.
Eloa : Et combien de personnes dans chaque boutique ?
Julien : À la base, c'était trois, et trois, c'était beaucoup, c'était un peu ambitieux. Donc c'est deux personnes. Et c'est des profils pas photographes. C'était ça aussi, un autre challenge. J'aime bien me rajouter des challenges dans le challenge.
Recruter des vendeuses plutôt que des photographes
Eloa : Des challenges dans le challenge dans le challenge.
Julien : En fait, la réflexion a été de se dire : OK, si j'embauche des photographes, ils savent faire des photos, mais pas comme moi je vois les images que j'ai envie de livrer.
Eloa : Ah oui. Donc il fallait les déformer, leur créativité.
Julien : Ouais. Sauf que moi, ce n'est pas la créativité qui compte. C'est comment tu es avec les clients, et comment tu peux vendre derrière, surtout. Parce que c'est ça qui fait tenir le commerce. C'est le concept de la boutique : faire des bonnes photos avec un standard, tel fond, telle pose, etc.
Eloa : Donc ça, tu pouvais l'apprendre plus facilement à des gens qui étaient à l'aise avec le public, plutôt que d'apprendre à être à l'aise avec le public à des photographes.
Julien : C'est ça. Le chemin était plus court avec des gens qui avaient déjà travaillé dans le commerce, donc qui étaient à l'aise pour vendre quelque chose. Là, ils vendent ce qu'ils fabriquent, c'est encore un autre débat, mais je les ai formés à la photo. Je me dis que le chemin est beaucoup plus court, parce que je vais les former à faire les images que j'ai envie de livrer au client.
Après, c'est du management, parce qu'il faut leur faire prendre conscience… J'ai eu un seul gars dans mes équipes, sinon c'est que des femmes. J'ai embauché que des femmes, par hasard, parce qu'elles ont été meilleures dans les entretiens. Et il y en a une qui m'a dit : « Non, mais moi, je ne suis pas photographe, avant j'étais dans le commerce, je vendais des habits. » Et je lui ai dit : « Mais tu sais que les clients s'en fichent complètement ? Quand ils viennent, ils viennent chez le photographe.
Donc tu es photographe. Pour eux, quand ils rentrent dans la boutique, tu es photographe. » Et cette prise de conscience, c'est une attitude, après. Elles se sont mises dans la peau du photographe.
Eloa : C'est ça. Elles ont enfilé leur casquette de photographe.
Julien : Après, ça, c'est du management. Je suis attentif à leurs retours aussi, parce qu'elles sont en contact direct avec les clients. Donc ça fait remonter quand même les demandes des clients.
Crise sanitaire : une boutique abandonnée, une autre liquidée
Julien : Mais je parlais de la crise sanitaire qui a fait un peu de dégâts : on a fermé en mars, avril, on a rouvert en mai. Beauvais est reparti. J'avais une troisième boutique en projet, elle était presque faite.
Eloa : Avec le Covid ?
Julien : Et le confinement est arrivé, alors que tous les dossiers étaient prêts. Les travaux, il n'y avait plus qu'à les enclencher : en 15 jours, la boutique était montée et c'était bon.
Eloa : Celle-là, tu l'as arrêtée ?
Julien : Avant, parce que les banques ont dit : « Je ne suis plus. » Je dis : OK, donc celle-là…
… il va falloir rappeler le bailleur pour lui dire : je suis désolé, ça ne se fait pas.
Eloa : En même temps, c'était un mal pour un bien, parce que sinon, tu aurais eu les trois boutiques en plein confinement. C'était un peu une course après quoi ?
Julien : Là, j'étais dans un tourbillon. J'en ai fait une, j'en ai fait deux, je vais en faire trois. Amiens, c'était compliqué dès le départ : l'implantation, la clientèle… Ça fait partie des choix. Des fois, il faut réfléchir un peu plus.
Eloa : Ce n'était pas chez toi, aussi ?
Julien : Le concept tenait la route…
… mais on n'était pas bien implantés, on n'était pas au bon endroit, ce n'était pas la bonne clientèle. En tout cas, ça ne matchait pas. Amiens, c'était la deuxième boutique. Et quand on a rouvert en mai, Beauvais est reparti, et Amiens n'est jamais reparti.
Eloa : Mai 2020 ?
Julien : Ouais. Donc il a fallu faire un choix sur Amiens, en se disant : bon, qu'est-ce que je fais ? Je vais dans le mur. Il y a deux emplois, ça se passe bien avec l'équipe, elles sont motivées, et en même temps, si on continue comme ça, le mur, là, ça ne va pas le faire. Il a fallu fermer, faire une liquidation. Ça fait partie de l'histoire. C'est dur, ça. C'est comme ça, il faut le digérer. Après, je n'ai aucun regret, parce que j'ai mis toute mon énergie et j'ai fait tout ce qu'il fallait pour essayer de sauver cette boutique-là. Ça n'a pas fonctionné.
Eloa : Ouais, tu n'as pas de regrets à avoir, tu as fait tout ce que tu pouvais. Maintenant, ça n'a pas marché.
Julien : Et puis surtout, quand ça arrive, la liquidation, moi, c'était le premier vrai gros mur que je me prenais. Au bout de 2019, ça faisait 14 ans.
Eloa : Donc tu gardes quand même Beauvais ?
Écouter les clients : toiles et posters
Julien : Ouais.
Eloa : Donc Beauvais, elles sont au chômage partiel à cause du Covid ?
Julien : Après, nous, on a retravaillé sur l'entreprise pendant le deuxième confinement, en novembre. On a retravaillé sur l'entreprise, on a recréé des offres, parce que justement, à un moment, on a fait le bilan fin 2020 : ça faisait deux ans qu'on était ouverts. On a fait un bilan sur ce que les gens demandaient et qu'on ne leur proposait pas. Et est-ce que ça colle avec ce qu'on a envie de donner aussi comme produit, par rapport à notre concept ?
Eloa : Là, tu fais un point dans ces cas-là avec tes deux salariées ?
Julien : Moi, je les écoute. Parce qu'en fait, c'est elles qui ont les clients. Tu vois, les clients qui disent : « Vous ne faites pas de toile ? » On dit non, nous c'est du laminage, parce que c'est beau le laminage, parce qu'on est convaincus que le laminage c'est magnifique. Sauf qu'à un moment, quand les gens demandent des toiles parce que leur budget ne permet pas d'avoir du laminage, on se dit : est-ce qu'on ne passe pas à côté de quelque chose ?
Eloa : Ouais. Il faut écouter le client, toujours.
Julien : Donc on a écouté, en étant cohérents, parce que quand on nous demande des tapis de souris, c'est sûr que c'est non. Là, pour le coup, on n'est pas alignés. Par contre, la toile, c'est un agrandissement.
Eloa : C'est un tableau.
Julien : Ouais, mais on ne voulait pas. Les posters aussi. On a mis en place ça et en fait, le chiffre d'affaires, ça a été mécanique. On a répondu à la demande du client. Donc à la reprise en décembre, ça a été fulgurant.
Eloa : Ah, génial.
Julien : Ouais, parce qu'on a écouté le marché, et que moi, j'ai écouté mes équipes en disant : « C'est quoi vos idées ? »
Eloa : Et si chaque client te demandait un tapis de souris, est-ce que tu ferais un tapis de souris ?
Julien : Non, mais ce n'est pas la demande. En vrai, elle n'est pas aussi grosse. Les tapis de souris, c'est un tous les trois mois. Donc ça reste anecdotique par rapport aux toiles. Les toiles, c'était une vraie demande : 10 par semaine.
Eloa : Ah oui, effectivement.
Julien : Ouais. Donc à un moment, on se dit qu'on va peut-être leur fournir ce qu'ils veulent. Et c'est ça, le management aussi. C'est pour ça que ce projet-là m'a fait grandir, parce que je suis passé de mon studio, où j'ai eu une assistante à un moment mais où je gérais un peu le business tout seul, à là, où j'ai une équipe à gérer. Il y a d'autres enjeux, parce qu'il y a deux salaires à payer tous les mois, les charges et tout ça. Donc c'est autre chose. C'est une autre manière…
Eloa : Pardon, je t'ai coupé.
Julien : Non, c'est une autre manière de voir l'entrepreneuriat dans la photo, c'est un autre chemin.
Eloa : Donc là, tu gardes ta boutique avec les deux salariées.
Julien : Parce qu'elles fonctionnent. C'est aussi simple que ça.
Eloa : Toi, tu y vas de temps en temps ?
Julien : Oui, j'y passe. Quand il y a les congés, j'y vais, parce que je sais comment fonctionne la boutique. C'est moi qui ai créé le concept, je connais chaque détail de fonctionnement.
Eloa : Donc tu vas shooter à la place des filles qui partent en congé, c'est ça ?
Julien : Alors, quand c'est des congés, comme elles sont deux et qu'elles sont commissionnées sur les ventes après les séances, je répartis les séances sur la deuxième, en fait. Et vraiment, s'il y a beaucoup de demandes, je m'y colle, mais pas tout le temps. Parce qu'en fait, si moi je fais les séances, pas de problème. Moi, je sais comment les diriger pendant la séance, le lien que je peux créer…
Eloa : Oui, c'est ton métier.
Julien : J'en ai fait des milliers, de séances, donc je sais ce qui fonctionne et comment faire. Après, je ne me pose même pas la question, en fait. Ça devient naturel. Et l'après, comment vendre, c'est des choses qui sont acquises, en fait.
Eloa : Et si toi, tu fais les séances, elles, elles n'ont plus leurs commissions.
Julien : Leurs commissions. Et l'idée, pour les garder motivées, c'est aussi de se dire qu'elles font des séances, qu'elles vendent derrière et qu'elles se créent un supplément de salaire. Donc je joue le jeu aussi de ce côté-là.
Le nouveau challenge : le coaching
Eloa : Je comprends.
Julien : Ça fonctionne bien aussi. Et sinon, j'y passe de temps en temps.
Eloa : On arrive, ça fait presque 50 minutes qu'on papote, parce que tu nous as raconté tous tes projets et tous tes challenges, et j'adore, je pourrais t'écouter pendant des heures. Et je sais qu'après ce projet-là, il y en a eu d'autres. Il y en a un en ce moment, puisque tu as toujours la boutique de Beauvais. Un autre challenge.
Julien : Alors, on va se dire qu'il nous reste un quart d'heure. Celui-là, il est rapide, parce que je l'ai lancé en mars 2021.
Eloa : Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Parce que tu fermes, tu fermes, tu avais un projet de troisième boutique, tu l'avortes. Tu as la deuxième, à Amiens, que tu fermes. Tu gardes Beauvais, qui fonctionne. On est en plein Covid, on attend juste, entre guillemets, de pouvoir rouvrir, sûrement en mai 2021, j'espère. Et là, tu te dis : « Tiens, je m'ennuie » ? Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ?
Julien : En vrai, oui, parce que c'est la quatrième fois que je ferme en un an. On a travaillé sur l'entreprise. Donc là, j'arrive au troisième confinement en me disant : pour travailler sur la boutique, La Photo et Vous, c'est un quart d'heure par jour. Qu'est-ce que je fais du reste de ma journée ? Et comme j'ai quelque chose qui me trotte en tête depuis au moins 4 ou 5 ans, c'est-à-dire depuis 2015-2016 en fait, je me dis :
j'ai quand même progressé en tant qu'entrepreneur, sur mon chemin d'entrepreneuriat dans la photo. Je me dis : qu'est-ce que je fais de tout ça ? Et puis, pas légitime, parce que mes photos, je ne gagne pas de concours. Après, on revient sur le syndrome de l'imposteur, en disant : les photos plaisent à mes clients, mais je ne suis pas reconnu pour mes photos. Et donc, comment je peux former d'autres photographes ? Le biais d'entrée, c'est mes photos, et comme je ne gagne pas de concours, je ne suis pas, entre guillemets, légitime,
même si mes clients venaient vers moi parce qu'ils trouvaient que ça tenait la route. Donc après, ça, c'est bon. Et en 2020, j'ai des contacts, des commerçants qui sont autour de chez moi, qui me demandent des conseils en me disant : « Comment tu fais pour les aides, comment tu fais pour ci, ça, la partie administrative ? » Et qui me disent : « Comment tu traverses ça, toi, perso ? » Donc je leur dis : voilà ce que je fais, je ne me laisse pas abattre parce que je vois que ça va reprendre. Donc c'est des conseils de dev perso, et en fait, je donne ça.
Eloa : C'est des commerçants du centre commercial ?
Julien : Non, dans mon réseau, des gens que je connais qui sont autour de chez moi, des prestataires, des coiffeurs. Et ils m'envoient des messages en disant : « Super, merci beaucoup, ça nous a remotivés, on a la pêche, merci pour tes conseils. » Et là, forcément, ça réveille l'idée : qu'est-ce que je fais de toute cette expérience ? Ma persévérance, le fait de ne jamais lâcher l'affaire, d'être motivé, de sortir de sa zone
de confort, d'avoir peur mais d'y aller quand même : je me dis, comment je peux partager ça ? Donc je commence à réfléchir et à m'intéresser au web marketing, en me disant : comment je peux vendre cette expertise-là ? Et puis après, il y a le quotidien, on rouvre, je repars dans le quotidien des boutiques, et après, je suis dans la machine à laver avec la liquidation et tout ça. Là, il faut se remettre en place. En novembre, on travaille sur l'entreprise, ça avance, et là, je me dis : est-ce que je ne retravaillerais pas un petit peu ça, voir comment je peux vendre mon expertise ? Et puis après,
il y a Noël, et après, il y a le quotidien de la boutique qui revient. Et là, quand il y a le confinement en mars et que je sais que je n'ai pas de travail, entre guillemets, à faire sur l'entreprise, je me dis le fameux : est-ce que je le fais, ou sinon je vais avoir des regrets ? La question, ça a été à peu près trois secondes, le temps d'y penser, en me disant : c'est maintenant qu'il faut que je le fasse. Allez, on y retourne, challenge. Naïvement, je vais être franc et complètement transparent sur le départ, qui était il y a,
au moment où on enregistre, un mois et demi quasiment. Je me dis : les photographes, j'étais dans les réseaux de photographes, et c'est compliqué avec l'ego, le fameux ego du photographe. Je me dis : ces gens-là, je ne peux pas les accompagner parce que c'est des artistes… Enfin voilà, je me raconte plein de trucs. Encore des barrières mentales. Mais là, je bascule, parce que c'est un nouveau truc, en me disant : comment je suis légitime, moi, pour les aider ? Donc je me dis : je ne vais pas accompagner les photographes, je vais faire du coaching business pour les entrepreneurs.
Et puis il y a les rencontres via Clubhouse, et les discussions avec André notamment, et avec d'autres coachs qui m'ont dit : « Il faut que tu te spécialises, parce que sinon tu n'es personne, ça ne veut rien dire, coach entrepreneur. »
Eloa : Oui, clairement.
Julien : Coach business pour les photographes : ça, je m'en suis rendu compte fin mars, parce que je suis une grosse formation. Moi, je suis coaché régulièrement depuis des années. Donc mon coach me dit quelque chose, et puis quelqu'un d'autre me dit la même chose, et ils ne se connaissent pas tous les deux. Donc à un moment, je me dis que l'info
Un test à cinq places, huit inscrits
Julien : doit être bonne. Il me dit : « Si tu ne te confrontes pas à des vrais gens qui ont des problématiques, tu ne te sentiras pas coach. » Donc là, je me dis : la facilité et le réseau que je connais, c'est les photographes. Donc le lendemain, moins de 24 heures, mise en action rapide : je fais une proposition en disant, voilà, sur le mois d'avril, parce que je sais que je ne vais pas rouvrir tout de suite, je peux proposer à cinq personnes de les accompagner, pour tester mon accompagnement, sur trois sessions d'une heure plus un bilan. Et j'échange en fait mon temps contre : impliquez-vous,
je vais m'impliquer aussi, et à la fin, je veux un bilan, un retour sur est-ce que ça vous a apporté quelque chose, et un témoignage : est-ce que vous recommandez ma manière de vous accompagner ? Donc je me dis : les photographes, ça sera un moyen de me tester. Je fais les accompagnements, et là, j'allais dire, ça s'est retourné contre moi dans le bon sens, parce qu'à la base, je voulais en accompagner cinq, je me disais que si j'en avais deux, j'étais le roi du pétrole, et au final, j'en ai eu huit. Donc ça a été au-delà
de tout ce que j'avais imaginé. Et surtout, le retour, et c'est ça qui m'a fait prendre conscience que j'avais peut-être ma place dans le monde des photographes. Ils m'ont dit : « Quand on a vu ton annonce, on connaît ton parcours d'entrepreneur dans la photo, on s'est dit qu'il pouvait peut-être nous aider. » Parce qu'ils connaissent un peu par où je suis passé, les hauts, les bas, et que je suis encore là. Donc je me suis dit : finalement, la communauté des photographes va peut-être reconnaître mon parcours plutôt que mes photos.
Eloa : Tu te sentais légitime sur ton parcours ?
Julien : Oui, il me donne une légitimité, et entre guillemets, c'est le fameux : est-ce que tu fais autorité dans ton domaine ? Je dis ça sans prétention, mais c'est la prise de conscience que j'ai eue là.
Eloa : Non, mais je comprends, tout à fait.
Julien : En me disant : waouh, en fait, moi, j'ai fait mon chemin dans mon coin sans attendre l'aval de la communauté des photographes, et il y en a qui ont suivi ce parcours-là et qui me disent : « C'est hyper inspirant, parce que nous, on n'y serait pas allés. Tu as pris des risques. Comment tu fais pour garder le moral, pour rester sur tes objectifs, pour rester motivé ? »
Eloa : Et ça, tu peux l'enseigner ?
Julien : Ah ben ça, je me suis rendu compte que j'avais une vraie expertise, parce que les accompagnements que j'ai faits sur le mois d'avril, c'est un mélange : évidemment, il y a du coaching sur le dev perso, vraiment les peurs, les barrières, comment on peut aller au-delà, et puis la partie purement business. Parce que moi, j'ai pris quand même plusieurs chemins, notamment le studio, qui est plutôt le haut niveau. Le haut de gamme, avec des ventes [inaudible].
Low cost ne veut pas dire bas de gamme
Julien : Donc ce chemin-là, je le connais, et je connais aussi l'autre chemin, qui est le fameux low cost, mais qui ne veut pas dire bas de gamme : ça veut dire qu'on réduit les coûts pour optimiser. C'est le chemin que je prends avec les boutiques, et c'est un chemin aussi rentable que le studio. Et qui n'est pas moins bien, c'est complètement différent. On respecte nos clients de la même manière, on a une expérience client, les photos qu'on fait, elles tiennent la route. Enfin, je suis attentif à tout ça. La technique photo, je suis hyper à cheval là-dessus.
Le minimum, en tout cas. Parce qu'il y a eu débat sur les boutiques, c'est du low cost, et on confond le low cost et le bas de gamme, ce qui n'a rien à voir.
Eloa : C'est ça, non, ça n'a rien à voir.
Julien : J'ai montré des photos sur mon téléphone, on m'a dit : « Ouais, mais c'est toi qui as fait les photos. » Je dis : « Eh ben non, c'est mon équipe, que j'ai formée. Voilà ce qu'on livre vraiment aux clients. » « Ah ouais, d'accord, ça va. » Après, ce n'est pas des photos qui vont gagner des concours, mais par contre, elles tiennent la route, elles peuvent être accrochées, et on n'a pas honte qu'elles soient accrochées chez les gens, vraiment.
Eloa : Et puis, je t'ai laissé parler, mais tu parlais des concours. Moi, je n'ai jamais fait de concours non plus, et on en connaît plein, des photographes qui ne font pas de concours, soit par choix, soit par flemme. Alors moi, c'est clairement par flemme, mais je me dis que le premier prix, en fait, c'est celui de mes clients. Quand je vois que mes photos sont au mur, sur leur téléphone, qu'ils reviennent chaque année ou tous les deux ans, qu'ils m'amènent leurs amis, en fait, ils sont là, mes concours. Et les gens n'ont pas forcément besoin de gagner des concours pour que leur travail soit reconnu auprès de leurs clients.
Les concours photo et la reconnaissance
Julien : Alors ça, c'est la réflexion que j'ai eue, parce qu'à un moment, je suis vraiment parti dans les concours photo de mariage, et en fait, on s'y perd un peu. On voit les photos qui gagnent, et on change un peu notre manière de faire les photos, en disant : je vais faire ces photos-là parce que c'est les photos qui gagnent. Du coup, ce ne sont plus les photos que les clients attendent.
Eloa : Il ne faut pas se tromper de cible.
Julien : Exactement. Le problème des concours… je ne dis pas que ce n'est pas bien, parce que les concours, une fois que tu connais les règles du jeu, ça permet vraiment de te situer par rapport à ton travail, et puis c'est un challenge par rapport à toi-même. Mais il y en a plein qui font des complexes en se disant : « Non, mais moi, mon travail, il ne vaut rien, parce que je ne gagne pas de concours. » Du coup, ils perdent un peu la motivation, parce qu'ils se comparent, en fait.
Eloa : Mais après, c'est : pourquoi on fait les concours ? En fait, c'est juste ça qui détermine.
Julien : C'est ça. La question, c'est toujours : on en revient toujours au pourquoi.
Eloa : C'est ça. Et donc là, pour ne pas qu'on fasse un podcast de 2h40, mais on pourrait carrément…
Julien : On pourrait, oui.
Eloa : Donc là, tu t'es dit : je relance, dès que ça rouvre, je me réoccupe de Beauvais. Mais comme tu disais que ça te prenait un quart d'heure, je ne sais pas si c'est vraiment un quart d'heure par jour, mais peu de temps…
Julien : En ce moment, c'est un quart d'heure parce qu'on est fermés. En vrai, non, ça me prend une heure, une heure et demie le matin.
Eloa : Voilà. Et donc là, tu te dis : le reste de ma journée, je vais coacher des photographes en one-to-one, personnellement.
Vendre une transformation, pas une séance
Julien : Dans mon idée, ça va être quelque chose d'hybride, en fait, parce que, j'allais dire, je me reprojette moi, il y a 10 ans, sur ce que j'aurais voulu avoir pour m'amener sur le chemin et gagner du temps. Donc c'est un mélange de plein de choses. Il y aura évidemment du coaching individuel, mais pas que. Il y aura aussi des coachings en groupe, parce que je connais la puissance des groupes.
Donc ça va être un mélange de plein de choses, et ça ne sera pas à la session, ça c'est sûr. Ça ne sera pas : je vous vends une session d'une heure. Ça sera un programme, parce que l'idée, c'est que je ne vais pas vendre la session à l'unité, je vais vendre une transformation. Je ne vais pas révolutionner les choses, mais entamer un chemin de réflexion et de prise de conscience. C'est ça, mon but.
Eloa : Ouais, je vois ce que tu veux dire. Il faut que ce soit sur le long terme, tu ne peux pas en une journée. Au moins deux ou trois mois, tu vois, minimum, pour vraiment avoir un impact.
Julien : Et c'est au-delà de ça, parce que ce n'est pas une opportunité pour moi parce que je sais qu'il y a une demande. Je ne m'engouffre pas là-dedans par opportunité : je suis toujours aligné avec ce que je veux faire. C'est-à-dire que ça me fait kiffer d'aider les gens et de voir qu'ils vont mieux, parce que justement, tout mon parcours, au final, il n'aura peut-être pas servi à rien, parce que je vais pouvoir mettre à profit tout ce qui m'est arrivé et comment moi, je vois les choses. Et voilà, je suis encore là. Ce n'est pas simple tous les jours, mais il en faut beaucoup pour m'abattre, en fait.
Eloa : Ah bah carrément !
Julien : Donc je me dis : cette énergie-là, est-ce que je peux la transmettre à d'autres, justement, pour qu'ils puissent vivre leurs rêves ? Parce qu'il y en a plein qui rêvent.
Eloa : Ouais. Toi, tu t'es fait tes challenges à toi, et là, tu te dis que maintenant, il est peut-être temps de le partager aussi, pour que les autres se motivent.
Julien : C'est exactement ça. Et, j'allais dire, gagner de l'argent avec ça, c'est une conséquence, ce n'est pas un but.
Eloa : C'est une conséquence. Oui, sinon tu continues ta boutique et puis tu fais autre chose.
Julien : Oui, je pourrais continuer l'activité, et puis voilà. Mais mon idée, c'est quand même d'impacter, en fait. Si je peux être utile ne serait-ce qu'à cinq personnes, mais qu'ils sont épanouis dans leur business, qu'ils ont moins peur de faire les choses et qu'ils arrivent à mettre en place des petits trucs pour se motiver, pour aller de l'avant, parce qu'on a partagé des choses ensemble, que je les ai challengés aussi sur leurs peurs et tout, moi, je me couche, je suis heureux, franchement. Voilà pourquoi je le fais.
Eloa : C'est exactement ça.
Julien : Ce n'est pas l'opportunité de : il y a un marché et il y a de l'argent à se faire. Pas du tout.
Eloa : Pas du tout. Oui, la formation, le coaching, on pourrait croire que c'est très à la mode, mais quand on connaît ton parcours, on comprend. Et puis de toute façon, ça fait une heure qu'on en parle et tout a un lien. Tu ne t'es pas réveillé un matin en disant : « Ma boutique ne fonctionne pas, j'ai besoin d'argent, je vais faire du coaching. » Ce n'est absolument pas ça. Ce n'est vraiment pas ta vision de la chose.
Julien : Non, mais ça me démange. Ce n'est pas une frustration. C'est le fameux : « Est-ce que je vais avoir des regrets ou pas ? » C'est quand je vois des conférences, et pas forcément de photographes, ou que j'écoute des podcasts ou des trucs hyper inspirants, et que ça vibre, vraiment. Et je me dis : « Mais c'est ça, j'ai envie de transmettre des choses. J'ai peut-être des choses à raconter aux gens. Et donc, au lieu de le garder pour moi… » Quand je serai sur mon lit de mort, il n'y aura pas de regrets. C'est ça que je me dis. Je ne veux pas vivre avec des regrets. Il n'y a rien de pire.
Eloa : Et en plus, ce qu'il y a, c'est que… Moi, je vais faire le bilan. Tu es toujours dans le challenge, dans la recherche, et tu avances toujours, mais on n'a pas l'impression que tu cours après quelque chose que tu n'atteins pas. Parce que tu vois, il y a des gens comme ça qui sont toujours en train de courir après quelque chose. On se dit qu'ils vont s'essouffler. Toi, on sent que tu es là où tu dois être au bon moment. Tu fais tes projets, et quand il y en a un qui commence à ne plus trop te satisfaire, tu passes à autre chose. On sent que c'est serein. Tu avances. Tu ne cours pas après quelque chose, tu avances tranquillement sur ton chemin. Et quand tu parles des opportunités, c'est que tu es aligné avec ce que tu veux faire, parce que sinon, l'opportunité, on passe à côté. On ne la voit pas.
Julien : Oui, carrément.
Eloa : On marche et on ne la voit pas, alors qu'elle est juste sur le bas-côté du chemin.
Le syndrome de l'imposteur rangé dans un placard
Julien : J'ai voulu lancer ça, l'histoire des accompagnements et des coachings, et je me suis dit : « Non, mais moi, je ne suis personne pour le faire. » Donc qu'est-ce que j'ai fait ? J'en ai parlé autour de moi. J'en ai parlé à des photographes, j'en ai parlé à des entrepreneurs. Les gens ne se connaissent pas, et la réponse a été : « On te voit trop là-dedans. » Quand ils me disent ça, je me dis qu'il faut que je me décomplexe un peu avec ça, parce que s'ils disent ça, c'est que j'ai renvoyé quelque chose de positif, finalement. Donc j'y vais. Et puis ouais, le syndrome de l'imposteur, en vrai. Allez.
Eloa : Tu ne l'as plus du tout ?
Julien : Il est là. Je l'ai rangé dans un placard. Peut-être qu'il ressortira.
Eloa : Ah bah ouais, clairement, parce que…
Julien : Il faut avancer. Mais là, les décisions que j'ai à prendre sur la nouvelle activité, en vrai, ne me paraissent pas très importantes. Les prises de décision et la mise en action, par rapport à tout ce que j'ai vécu depuis trois ans avec la boutique…
Eloa : Il n'y a pas d'investissement.
Julien : C'est ça. Il n'y a pas d'investissement, il n'y a pas de salariés, il n'y a pas de bail, de machin.
Eloa : C'est du bonheur.
Julien : Ouais. Donc quand il y a besoin d'une mise en action, la réflexion, elle est hyper rapide. J'ai une idée, hop, j'envoie un message. Je n'attends pas en me disant : « Ouais, est-ce que… » Non, j'y vais. Parce qu'au pire, on me dit non, et puis évidemment, au pire, on me dit oui aussi. Et comme je suis dans la bonne énergie, pour l'instant, je touche du bois, je n'ai que des oui, que des bons retours, donc ça avance, en fait.
Conclusion
Eloa : Tu as créé un site, on le mettra en dessous du podcast.
Julien : Ouais, tout simple, c'est julienguedj.com. J'ai fait simple, je ne me suis pas embêté. Guedj, c'est G-U-E-D-J.
Eloa : G-U-E-D-J. Julienguedj.com.
Julien : C'est ça.
Eloa : Eh bien écoute, franchement, avec grand plaisir, on va aller voir tout ça, et puis on va se remotiver, parce qu'on en a bien besoin dans ces temps de confinement et d'arrêt total d'un peu tout. Et puis on va aller voir comment tu proposes ça. Alors, c'est déjà sur ton site ?
Julien : Non, c'est en train d'être mis en place, ça va arriver avant l'été.
Eloa : Donc c'est bientôt. OK. Donc là, tu le fais un peu en off, avec des gens que tu connais, tu coaches…
Julien : Le réseau, le réseau, mais je mets en place des choses.
Eloa : Tu mets en place ensuite.
Julien : Oui, je mets en place, mais c'est avant l'été. Avant l'été, il y aura des choses qui vont être proposées, parce que…
Eloa : Dans les deux mois qui viennent.
Julien : Oui, parce que j'ai envie de le faire. Concrètement, c'est quelque chose qui me parle, ça me fait vibrer, l'idée d'aider les gens, ça me tient vraiment. Et c'est en parallèle de l'activité photo. Mais comme pour l'activité photo, mon équipe est en place, je peux déléguer.
Eloa : Cool, c'est génial. Bon, écoute, Julien…
Julien : Merci pour l'invitation, vraiment.
Eloa : Écoute, tu m'as remotivée rien qu'en faisant le podcast. Tu vois, tu m'as coachée pendant une heure. Tu m'as quand même fait pleurer. Non, mais c'est vrai, ça manque, tout ça. Mais on va se remotiver, on va tous se revoir, j'espère. On va pouvoir se refaire, ne serait-ce que des petits workshops en présentiel. Ça va nous faire du bien.
Julien : Le lien social, en vrai. Parce que là, les liens sociaux virtuels, c'est sympa de se parler, mais il nous manque des câlins.
Eloa : Ouais, c'est ça. On a fait le geste tous les deux en même temps, le geste du câlin. Il est temps qu'on se revoie en vrai, parce que ça commence à faire long. Bon, écoutez, nos petits podcasteurs, enfin, tous les auditeurs, on vous fait des câlins, à tous, virtuellement, encore une fois, et puis on vous motive tous à aller écouter aussi les autres podcasts, parce qu'il y a vraiment des choses très, très motivantes. Merci infiniment, Julien, pour cette heure très inspirante. Et puis, bon vent pour ces prochains mois.
Julien : Merci, je prends. On reste motivés, et merci encore pour l'invitation. Ça fait toujours plaisir de pouvoir partager un peu d'énergie.
Eloa : Un plaisir partagé. À bientôt, Julien.
Julien : À bientôt. À bientôt tout le monde. Ciao.
Eloa : Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée.
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