Elle avait la phobie de l'eau, elle photographie aujourd'hui les futures mamans sous la surface et forme d'autres photographes. Ancienne pompière, Alison Bounce explique comment organiser une séance photo sous l'eau en toute sécurité : préparation, maître-nageur, piscine, matériel et prix.

🎧 Podcast Fotostudio #034 ⏱ 70 min 📸 Invitée : Alison Bounce 🎙 Animé par Eloa Landais

En résumé :

Ce qu'Alison Bounce, photographe aquatique et photographe de mariage, applique à chaque séance sous l'eau :

• La sécurité d'abord : maître-nageur sur place, test de nage, eau à 28 ou 30 degrés, certificat de la sage-femme pour les futures mamans, jamais de bouteille

• Des immersions très courtes : 3 à 6 secondes sous l'eau, une trentaine d'immersions, beaucoup de pauses et pas plus d'une heure vingt dans l'eau

• Une préparation au crayon : questionnaire, inspirations qui ne sont pas des photos sous l'eau, croquis de 5 à 8 poses répétées à la maison

• Un prix qui couvre la logistique : 650 euros minimum de frais de séance pour débuter, plutôt 850, et un panier moyen visé autour de 1 500 à 2 000 euros

• Se former et pratiquer : trois jours de formation ne suffisent pas, il faut de l'entraînement, une bonne condition physique et un suivi

Une future maman qui flotte, les yeux clos, dans un voile blanc : les photos sous l'eau fascinent. Mais derrière ces images, il y a une piscine louée à l'heure, un maître-nageur, des assistants, des immersions de quelques secondes et beaucoup de précautions. Alison Bounce le sait mieux que personne : elle ne savait presque pas nager à 18 ans, a manqué se noyer en plongée, et s'est pourtant lancée dans la photo sous l'eau dès 2014, à une époque où presque personne n'en faisait en France.

Au micro d'Eloa Landais, photographe et responsable des formations chez Fotostudio, elle raconte comment une scène aperçue aux Philippines a changé sa carrière, détaille le déroulé d'une séance grossesse sous l'eau, ses règles de sécurité, ses tarifs, son matériel, et explique pourquoi elle continue la photo de mariage en parallèle.

Qui est Alison Bounce ?

Alison Bounce est une photographe aquatique et photographe de mariage, d'origine ardéchoise, installée dans le sud de la France. Au moment de l'enregistrement, au printemps 2021, elle vient de fêter ses 33 ans.

  • Ancienne pompière : prévention, sécurité et hygiène sont « son dada », et c'est ce qui guide toute sa pratique sous l'eau.
  • Photographe professionnelle depuis 2014, d'abord en reportage de mariage, avec une approche spontanée et décalée.
  • Photo aquatique depuis fin 2014 : futures mamans surtout, mais aussi portrait, animaux, décors, produit et publicité.
  • Autrice des Secrets du portrait underwater (éditions Eyrolles), présenté comme le premier livre technique consacré au portrait sous l'eau, et formatrice pour les photographes qui veulent se lancer.
  • Voyageuse : début 2020, elle passe un peu plus de quatre semaines sur un voilier de 20 mètres en Antarctique, plonge dans une eau à 1 ou 2 degrés avec une combinaison de 5 mm, et rentre en pleine crise sanitaire.

Aujourd'hui, son site alisonbounce.com la présente comme artiste photographe et réalisatrice sous l'eau à Hyères, dans le Var, spécialisée dans le féminin et la maternité : séances grossesse, couple et famille sous l'eau, photo publicitaire, expositions, formation au portrait underwater et boutique de tirages.

1. Comment devient-on photographe sous l'eau quand on a peur de l'eau ?

Alison a d'abord été photographe, puis seulement « aquatique ». Elle a appris à nager vers 18 ou 19 ans, pour ses concours de pompiers : un professeur de fac de sport, qui savait que l'eau et elle « ne faisaient pas bon ménage », l'a placée d'office en natation. En un semestre, elle nage un 400 mètres quatre nages. Plus tard, en voyage, un baptême de plongée tourne mal : elle manque de se noyer et se rabat sur le masque et le tuba.

Le déclic aux Philippines

C'est en snorkeling, aux Philippines, qu'elle voit une femme enceinte plonger son fils aîné sous l'eau. Elle croit d'abord qu'il se noie. L'enfant ressort en riant, replonge, suit les bulles et la lumière. De retour au bungalow, elle tape « bébé sous l'eau », découvre la célèbre pochette d'album avec le bébé nageur, puis l'existence des caissons étanches. Trois ou quatre jours plus tard, elle en commande un, en se disant qu'au pire, elle le revendra.

« Photographe en premier. J'ai une phobie de l'eau à la base. »

Alison Bounce

Une première séance épique

Fin 2014, elle demande à une piscine municipale de l'accueillir pour des tests, avec la toute première maman qu'elle avait photographiée en terrestre, alors enceinte de son deuxième enfant. Première immersion : le caisson prend l'eau, un joint oublié. Il n'existe alors quasiment aucune ressource en France. Alison apprend donc tout seule, en creusant chaque détail : elle se rapproche d'une sage-femme, se forme à l'apnée, recycle son BNSSA (le brevet de surveillant de baignade) et apprend à démonter et remonter son caisson.

À retenir : la peur de l'eau n'est pas un obstacle définitif, mais elle impose de tout apprendre sérieusement. C'est justement ce manque de repères qui a fait d'Alison une spécialiste.

2. Comment se déroule une séance photo grossesse sous l'eau ?

Les futures mamans représentent l'essentiel des séances aquatiques d'Alison. Comme le temps passé sous l'eau est très court, presque tout se joue avant la séance.

Une préparation au crayon

Plusieurs rendez-vous de préparation, « des milliers de questions » et un questionnaire dans lequel la cliente renvoie ses inspirations. Une consigne surprenante : pas de photos sous l'eau dans les inspirations, pour ne pas copier ce qui existe déjà. Alison vend des souvenirs uniques. Elle dessine ensuite de petits croquis de 5 à 8 poses, que la future maman répète chez elle, sur son lit, les yeux fermés, pour que la pose devienne un automatisme. Sous l'eau, on perd tous ses repères et il faut gérer son souffle : si la pose est déjà acquise, « c'est gagné ».

Ce travail de préparation se prête bien aux outils en ligne : un questionnaire envoyé avant la séance permet de recueillir les envies de la cliente, ses inspirations, son aisance dans l'eau et son terme de grossesse, sans multiplier les échanges de mails.

Le jour J : des immersions de quelques secondes

Alison plonge toujours la première. Trois secondes lui suffisent pour se stabiliser et cadrer, puis la cliente s'immerge, et la photographe ajuste sa position pendant les quatre secondes où la maman est sous l'eau. Les immersions durent de 3 à 6 secondes, il y en a une trentaine, avec de nombreuses pauses, et la cliente ne reste pas plus d'une heure à une heure vingt dans l'eau. Ce n'est pas de l'apnée : la maman prend une inspiration avant de descendre, puis souffle légèrement en continu.

« Je leur vends des souvenirs uniques, donc autant que ce soit vraiment unique. »

Alison Bounce

Accompagner celles qui ne sont pas à l'aise

Environ 10 % de ses clientes ne sont pas très à l'aise dans l'eau. Alison ne les refuse pas : elle prévoit un coaching en amont, un bassin moins profond, et un pince-nez pour les poses tête en arrière, où l'eau entre dans les sinus. Elle leur apprend surtout à bloquer leur nez en plaçant la langue contre le palais, ce qui est impossible quand on gonfle les joues, le réflexe typique de l'aquaphobie, et rarement esthétique en photo.

À retenir : sous l'eau, chaque seconde compte. Plus la pose est préparée à sec, plus l'immersion est courte, confortable et réussie.

3. Quelles règles de sécurité pour une séance photo aquatique ?

C'est le fil rouge de tout l'épisode. Son ancien métier de pompière lui a « bourré le crâne » de prévention, et la sécurité occupe un chapitre entier de son livre et au moins une journée de ses formations.

En piscine

  • Un maître-nageur est toujours présent, et il fait passer un petit test de nage à la future maman, même après les questions posées en amont.
  • La profondeur : 1,20 m d'eau suffit pour une séance maternité complète. Quand il faut plus de fond (2 m à 2,50 m), deux frites ou une corde permettent à la maman de s'accrocher en remontant, sans jamais devoir nager.
  • La température : au minimum 28 à 30 degrés, car on bouge peu pendant une séance et on se refroidit vite.
  • La qualité de l'eau : Alison préfère les piscines traitées au sel plutôt qu'au chlore pour les futures mamans.
  • Pas de bouteille : la plongée en bouteille est bannie de sa pratique, pour elle comme pour ses modèles. Tout se fait en apnée courte.

Avec les futures mamans

Alison conseille plutôt le 8e mois de grossesse : à 6 ou 7 mois, certaines pathologies ne sont pas encore visibles. Elle demande à chaque cliente un certificat de non contre-indication de sa sage-femme. Pour éviter que la sage-femme prenne peur devant les mots « apnée courte à 9 mois de grossesse », elle a rédigé avec Marine, la sage-femme avec qui elle travaille, un document qui explique le déroulé : une heure et demie de séance, mais à peine une minute trente cumulée sous l'eau. Ces conditions (certificat, déroulé, frais annexes) gagnent à figurer noir sur blanc dans un contrat signé par la cliente avant la séance.

« Notre métier n'est pas anodin. »

Alison Bounce

En milieu naturel

En mer ou en rivière, Alison recommande un instructeur de plongée ou d'apnée, une personne en sécurité à l'extérieur et une autre dans l'eau, prête à aider les modèles à nager. Les conditions changent, il peut y avoir du courant ou des animaux. Elle cite le cas typique du « trash the dress » : une robe de mariée gorgée d'eau devient très lourde, et des accidents sont déjà arrivés.

Et sur terre aussi

Alison élargit le propos : en terrestre aussi, on manipule parfois des bébés qui ne sont pas les nôtres en cherchant la photo « waouh ». Elle prend l'exemple de la pose du bébé tête posée dans les mains, en appui sur les coudes, qui est en réalité une photo composite : un assistant tient la tête pendant qu'on photographie le reste, puis l'inverse. Eloa fait le lien avec l'épisode sur la sécurité des nouveau-nés en séance photo avec Mathilde Anceaume, qui défend la même exigence pour la photo de naissance.

À retenir : une belle image ne dit rien des conditions dans lesquelles elle a été faite. C'est au photographe de garantir la sécurité et le bien-être de ses modèles, sous l'eau comme sur terre.

4. Où trouver une piscine pour ses séances photo ?

Selon Alison, trouver une piscine est surtout une question de persévérance : beaucoup de ses élèves écrivent à dix lieux, puis abandonnent. Les pistes sont nombreuses :

  • Les piscines municipales, comme pour sa toute première séance.
  • Les lieux privés : spas, salles de sport.
  • Les particuliers qui louent leur piscine sur des plateformes comme Swimmy ou louemapiscine.com, à condition que le propriétaire accepte une activité professionnelle et de signer une vraie convention de location.
  • Sa propre piscine : deux de ses élèves en ont fait construire une pour en faire leur studio à domicile.

L'idéal est d'avoir une piscine attitrée près de chez soi : on connaît la lumière et le plan de sécurité est déjà établi. Mais elle aura rarement autant de créneaux que vous en avez besoin, d'où l'intérêt de tourner sur deux ou trois lieux. Alison, elle, aime le défi de découvrir un nouveau bassin, de le repérer et d'établir à chaque fois un nouveau plan de prévention.

Grouper ses séances

À Paris, où les coûts sont élevés, elle loue une piscine chez un particulier pour la journée, de 8 h à 16 ou 17 h, et enchaîne trois séances. Cela suppose de caler plusieurs futures mamans au bon terme le même jour : des créneaux de réservation en ligne ouverts uniquement sur cette journée facilitent ce genre d'organisation.

À retenir : ne comptez pas sur une seule piscine. Multipliez les demandes, encadrez chaque location par écrit et regroupez vos séances quand la location coûte cher.

5. Combien facturer une séance photo sous l'eau ?

Alison le reconnaît : c'est l'aquatique qui lui a appris à valoriser sa prestation. Une séance sous l'eau ne se vend pas 350 ou 400 euros, car la logistique coûte cher. Pour donner un ordre d'idée, en 2021 :

  • Location de piscine : environ 50 euros de l'heure.
  • Maître-nageur : environ 60 euros pour une session d'une heure et demie.
  • Assistants : 100 euros chacun par séance, préparation comprise.
  • Stylisme : robes et tissus, refacturés au client quand la demande est particulière.

Le prix plancher qu'elle conseille à ses élèves

Alison invite ses élèves à ne pas descendre sous 650 euros de frais de séance, « le minimum de chez minimum », et à viser plutôt 850 euros. Pour les dix premières séances, elle conseille un forfait avec 5 images incluses, puis la vente d'images à l'unité, afin d'amortir la formation et le matériel en moins de huit séances. À terme, l'idéal est de facturer uniquement des frais de séance et de vendre toutes les images et les tirages en plus. Ses propres frais de séance vont de 650 à 950 euros selon le coût de la piscine, pour un panier moyen visé autour de 1 500 à 2 000 euros.

« N'allez pas en dessous, sinon vous ne rentrez pas dans vos frais. »

Alison Bounce

Pour fixer votre propre tarif à partir de vos coûts réels (location, assistants, matériel, temps de retouche), le calculateur de prix pour photographe vous aide à trouver le seuil sous lequel une séance vous fait perdre de l'argent. Et pour la vente des images supplémentaires, une galerie en ligne permet à la cliente de choisir et d'acheter ses photos après la séance.

À retenir : calculez votre coût de revient avant de fixer votre prix. Avec une piscine, un maître-nageur et des assistants, une séance vendue trop bas vous coûte de l'argent.

6. Quel matériel et quelle lumière sous l'eau ?

La base, c'est un caisson étanche dans lequel on place son appareil. Depuis sa première séance ratée, Alison est devenue ambassadrice de la marque de caissons avec laquelle elle travaille, et sait l'entretenir et le remonter « les yeux fermés ».

Un studio rempli d'eau

Sur son site, elle parle de « studio underwater ». Elle utilise des phares de plongée (un de 6 000 lumens et un de 10 000 lumens), qu'il ne faut jamais sortir de l'eau allumés car ils chauffent et grillent, et des strobes, les flashs sous-marins, montés sur des trépieds au fond de la piscine. En mer, ce sont ses assistants qui tiennent les éclairages. Elle peut même tendre un grand tissu coloré contre la paroi pour masquer le carrelage, comme ce fond jaune utilisé pendant un workshop.

« J'habille mes modèles avec la lumière. »

Alison Bounce

Des robes qui flottent, puis de moins en moins de robes

Pour les tenues, il faut des matières légères qui flottent et dessinent de beaux mouvements, comme la mousseline ou l'organza. Alison achète des robes à 30 ou 40 euros et les retravaille elle-même. Mais ses clientes en demandent de moins en moins : depuis fin 2019, elle revient au minimalisme du début et photographie aussi le nu artistique. Moins de tissu, mais davantage d'éclairage à louer pour que l'image reste élégante et bien dessinée.

À retenir : sous l'eau, on adapte le studio terrestre aux contraintes de la flottabilité et de la lumière. La technique est différente, la logique reste la même.

7. Mariage et underwater : lâcher prise ou tout maîtriser ?

Alison n'a jamais rêvé de mariage pour elle-même, mais elle adore tout ce qui s'y passe. En photographe de mariage, elle se voit comme « la sentinelle des mariés » : pendant qu'ils vivent leur moment, elle guette les scènes qu'ils ne verront pas, comme l'oncle encore en pyjama qui trempe sa tartine dans son café devant tout le monde.

Deux spécialités opposées

En mariage, elle ne maîtrise rien : elle laisse faire, sans intervenir, et se contente de moduler sa lumière, quitte à déplacer sans arrêt ses flashs en soirée. Le post-traitement se limite à la couleur, au contraste et au recadrage. Sous l'eau, au contraire, elle maîtrise tout de A à Z : la pose, la lumière, une retouche poussée. Et c'est l'aquatique qui la repose le plus, physiquement, face au « marathon » d'une journée de mariage.

Depuis 2018, elle est passée de 30 à 35 mariages par an à une dizaine, pour prendre le temps d'aller au fond des choses avec ses mariés et laisser plus de place à la photo aquatique. En 2019, ses revenus se répartissaient à peu près à 50/50 entre les deux activités.

« La simplicité m'ennuie vraiment. »

Alison Bounce

À retenir : deux spécialités très différentes peuvent s'équilibrer. L'important est de savoir ce que chacune vous apporte, en revenus comme en énergie.

8. Faut-il se former à la photo aquatique ?

Quand Alison a commencé, il n'existait que des livres pour les plongeurs, centrés sur les poissons et les coraux. Elle a donc écrit le livre qu'elle aurait aimé trouver, pour les photographes professionnels et amateurs, les apnéistes qui photographient déjà sans savoir bien exposer un sujet, et les clients curieux de découvrir les coulisses d'une séance.

Trois jours de formation, puis un an de suivi

Pour elle, la formation est essentielle, pour gagner du temps et surtout pour travailler en sécurité. Mais un stage de trois jours, même intensif, ne suffit pas : sans pratique, on oublie vite, et on se décourage. Elle a donc mis en place un suivi d'au moins un an après ses formations. Les groupes restent petits (8 ou 9 élèves selon la taille de la piscine), avec des intervenants comme une monitrice d'apnée et de yoga ou sa sage-femme, et presque uniquement de la pratique.

« C'est méthodique : du moment que tu as la méthode, tu peux le faire. »

Alison Bounce

Une vraie condition physique

Alison insiste sur un point qu'elle taisait au début : il faut être sportif. Pendant une séance, c'est la photographe qui « porte » la séance, en apnée, à monter et descendre sans cesse. Elle tient environ 20 secondes sous l'eau en séance, et doit suivre des modèles apnéistes qui en tiennent 30 ou 40. Aujourd'hui, elle peut enchaîner deux ou trois séances par jour, en connaissant ses limites.

À retenir : acheter un caisson et savoir nager ne suffit pas. Formez-vous, entraînez-vous avant de vendre vos premières séances et faites-vous accompagner pendant vos débuts.

Épisode enregistré au printemps 2021, pendant la crise sanitaire. Les piscines étaient alors fermées au public ; le livre sur l'Antarctique, les tarifs et l'organisation des formations évoqués concernent cette période. L'activité et les formations actuelles d'Alison Bounce sont présentées sur son site.

Les erreurs à éviter en photo sous l'eau

D'après l'expérience d'Alison Bounce :

✗ Se lancer sans formation, avec un caisson et quelques longueurs de piscine comme seule préparation.

✗ Travailler sans maître-nageur ni test de nage, même avec une cliente qui se dit à l'aise.

✗ Faire des immersions trop longues ou trop nombreuses, qui fatiguent la future maman.

✗ Oublier le certificat de la sage-femme pour une séance grossesse.

✗ Choisir une eau trop froide : en dessous de 28 degrés, la cliente se refroidit vite.

✗ Vendre la séance sous son coût de revient, sans compter piscine, maître-nageur et assistants.

✗ Négliger le joint et l'entretien du caisson avant chaque immersion.

FAQ : photo sous l'eau

Comment se passe une séance photo grossesse sous l'eau ?

Elle se prépare en amont : rendez-vous, questionnaire, croquis de 5 à 8 poses que la future maman répète chez elle. Le jour J, en piscine chauffée et avec un maître-nageur, la cliente fait une trentaine d'immersions de 3 à 6 secondes, avec de nombreuses pauses, pour une séance d'environ une heure et demie.

Est-ce dangereux de faire des photos sous l'eau enceinte ?

Pas si la séance est encadrée. Alison Bounce demande un certificat de non contre-indication à la sage-femme, conseille plutôt le 8e mois, travaille avec un maître-nageur, dans une eau à 28 ou 30 degrés, et limite les immersions à quelques secondes : la future maman passe à peine une minute trente sous l'eau au total.

Combien coûte une séance photo sous l'eau ?

Alison Bounce conseille à ses élèves de ne pas descendre sous 650 euros de frais de séance, et de viser plutôt 850 euros. Ses propres frais de séance allaient de 650 à 950 euros en 2021, avec un panier moyen visé autour de 1 500 à 2 000 euros une fois les images et les tirages ajoutés.

Quel matériel faut-il pour faire de la photo sous l'eau ?

Un caisson étanche adapté à votre appareil, puis de l'éclairage sous-marin : phares de plongée (6 000 à 10 000 lumens chez Alison Bounce) et strobes, les flashs sous-marins, sur des trépieds au fond de la piscine. Ajoutez des tissus légers comme la mousseline ou l'organza pour les tenues.

Où faire une séance photo sous l'eau ?

Dans une piscine municipale, un spa, une salle de sport ou une piscine de particulier louée sur une plateforme comme Swimmy, avec une convention de location. 1,20 m d'eau suffit pour une séance grossesse. En mer ou en rivière, il faut un instructeur et une personne en sécurité dans l'eau.

Faut-il savoir plonger pour être photographe sous-marin ?

Non, Alison Bounce travaille uniquement en apnée courte et bannit la bouteille, pour elle comme pour ses modèles. Il faut en revanche être à l'aise dans l'eau, en bonne condition physique, se former à l'apnée et à la sécurité, et s'entraîner avant de vendre ses premières séances.

Comment devenir photographe aquatique ?

En se formant, puis en pratiquant beaucoup. Alison Bounce propose trois jours de formation suivis d'un accompagnement d'au moins un an, en petits groupes, avec un chapitre entier sur la sécurité. Elle recommande aussi de trouver plusieurs piscines partenaires et de calculer son prix à partir de ses coûts réels.

Découvrir le travail d'Alison Bounce

Séances grossesse, couple et famille sous l'eau à Hyères, photo publicitaire, expositions et formation au portrait underwater : retrouvez son travail sur son site, alisonbounce.com.

Transcription intégrale de l'épisode

Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Eloa Landais et Alison Bounce, découpée en chapitres.

Cet épisode a été enregistré au printemps 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils de sécurité restent d'actualité ; les tarifs, les formations et les projets évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.

Lire la transcription complète (environ 12 700 mots)

Chapitres :

00:00Introduction

Eloa : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Fotostudio. Chaque mardi, j'interviewe un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre de progresser dans votre métier.

Je suis Eloa Landais, photographe et responsable des formations online et offline chez Fotostudio.io. C'est une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1250 photographes francophones et européens. Elle leur permet de gagner un temps précieux dans leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings. Si vous aimez le podcast, n'hésitez pas à le partager, à vous abonner et surtout à liker.

Je reçois aujourd'hui Alison Boons, ou Alison Bounce comme il faudrait le dire, qui va nous parler de son parcours un petit peu sous l'eau. Ce n'est pas qu'elle est débordée, c'est qu'elle vit la moitié de sa vie sous l'eau, vous allez voir. Elle va nous parler de photos aquatiques, mais aussi de photos terrestres. Bonjour Alison Boons.

Alison : Salut Eloa !

Eloa : Tu vas bien ?

Alison : Je suis super happy d'être là.

Eloa : Ah, super happy ! On va mettre la musique derrière. Elle danse comme ça. Bon, alors moi, je dis Boons, mais apparemment, il faudrait dire Bounce. Alison Bounce.

Alison : C'est un mot anglais, oui, à la base.

Eloa : Bon, mais Boons, ça a un petit côté mignon, je trouve.

Alison : Ah ben, c'est la French Touch.

Eloa : C'est ça, exactement. C'est pas mal, ça, dans les autres pays, la French Touch. Bon, alors, tu vas pouvoir te présenter pour les gens qui ne te connaîtraient pas. Dis-nous tout : qui es-tu ?

Alison : Je ne sais pas trop qui je suis, en fait. Si, je crois que je suis photographe. Je viens d'avoir 33 ans. J'habite actuellement dans le sud de la France et j'ai des origines ardéchoises. Je pense que c'est bien comme description, ça.

01:57Photographe de mariage et photographe aquatique

Eloa : Pas mal. Et quel genre de photos fais-tu, alors ?

Alison : Je fais du mariage. Enfin, j'essaye de prendre des photos de mariage, parce que je n'aime pas trop le mariage à la base. Donc je fais des trucs pendant le mariage.

Eloa : L'institution du mariage, ce n'est pas ton truc, c'est ça ?

Alison : Non, ça ne m'a jamais fait rêver. Même gamine, tu vois, le mythe de la robe blanche, un peu de princesse, faire la bise à tous les invités, voir des gens que t'as pas vus depuis des années, en plus, que t'aimes pas... Non, c'est pas trop mon délire. Par contre, j'adore tout ce qui s'y passe, parce qu'il y a plein de scènes assez cocasses, et c'est ce que je vais aller capturer. Et puis les mariés sont toujours surpris d'avoir ce type d'images. Donc ça, ça m'excite bien. Donc je fais du mariage, et à côté, je fais aussi de la photo aquatique.

Eloa : Ça veut dire quoi ?

Alison : Eh bien, c'est dans l'eau, tout simplement. On prend des photos dans l'eau.

Eloa : Quand tu fais des podcasts, tu poses des questions stupides, excuse-moi. Mais qui photographies-tu dans l'eau ?

Alison : Je photographie tout le monde dans l'eau : des humains, mais aussi des animaux, et puis des décors. Plein de trucs, en fait. En gros, j'ai un caisson étanche, je mets mon appareil dedans, et suivant l'humeur, je vais photographier des gens.

Principalement des femmes enceintes, parce que c'est ce qui est le plus en vogue aujourd'hui : les futures mamans sous l'eau. Mais concrètement, ça peut être cool.

Eloa : D'accord. Et quand tu dis des animaux ?

Alison : Alors, des animaux, déjà, la faune et la flore naturelles. Tu vois, les poissons.

J'avais photographié des sea lions quand j'étais en Australie. Mais ça peut être aussi des animaux domestiques. J'ai eu la chance de photographier un chien dans l'eau. Il y a d'ailleurs un très célèbre photographe qui photographie des chiens dans l'eau quand ils attrapent leurs croquettes.

Eloa : Ah oui ! Ils sont en train d'ouvrir la gueule comme ça.

Alison : C'est génial. On peut faire plein de trucs.

Eloa : Alors ma question est : quand tu dis « j'ai photographié des poissons », etc., tu vends ces photos ?

Les femmes enceintes, j'imagine que oui : c'est une prestation que tu vends à des particuliers. Après, j'ai vu que tu vendais aussi des photos que tu avais faites en Antarctique, qui sont magnifiques.

Alison : Merci.

Eloa : Moi, j'adore. Tu sais, je suis partie en voyage de noces en Laponie. Je n'ai pas fait du tout les Bahamas.

Alison : Ah, mais c'est bien, ça !

Eloa : Il faisait très, très froid, mais j'adore.

Alison : C'est pour se tenir plus chaud, justement.

Eloa : Je n'ai pas vu d'eau, moi, je n'ai vu que de la glace. Mais donc, j'imagine que tu vends ces photos-là après, une fois que tu as fait un voyage extraordinaire ?

Alison : Tout à fait, c'est ça.

Eloa : Pour le financer, non ?

Alison : Oui, ça met toujours un peu de beurre dans les épinards. En fait, je me fais violence depuis l'année passée pour me dire : « OK, il faut que je propose mes images, ça peut potentiellement plaire. » Et c'est encore une autre façon pour moi de les montrer. Parce que depuis que je suis photographe, mon plus gros complexe, c'est de dévoiler mes photographies.

Je suis passée par l'étape concours une fois, et maintenant, c'est l'étape tirage. Pourquoi pas essayer ? C'est un nouveau médium, si tu veux, de distribution visuelle.

05:15Quatre semaines en Antarctique

Eloa : Parce que ce voyage que tu as fait, c'était à titre perso ? C'était tes vacances ?

Alison : À la base, c'était des vacances, puis ça s'est transformé en expédition. On était neuf sur le bateau : il y avait trois équipiers, un ingénieur, une ancienne biologiste, deux vétérinaires, et j'en ai oublié un... un architecte.

Donc on s'est retrouvés sur cette expédition. C'était génial. C'était une première fois pour moi sur un bateau, parce que je n'avais jamais navigué avant.

À la base, c'était vraiment pour aller explorer l'Antarctique de manière écologique. Et puis finalement, j'ai documenté tout le voyage, aussi bien en terrestre que sous l'eau.

Une sacrée aventure, parce que, comme je l'ai dit, c'était ma première fois en navigation. Je ne sais pas s'il y en a qui ont déjà navigué, mais c'est quand même assez impressionnant de se retrouver dans ces eaux-là, qui sont assez dangereuses et assez agitées, sur un voilier de 20 mètres pendant un peu plus de quatre semaines.

Complètement coupés du monde. Et quand tu reviens, en plus, tu apprends qu'il y a une espèce de virus qui est en train de cloîtrer le monde. Ça s'appelle le Covid.

Eloa : Ah ouais, t'es arrivée au...

Alison : On est arrivés, on n'avait pas entendu parler de ce virus. Et paf, ça a été violent. Nous, on revenait avec nos petits souvenirs, nos petites images, nos petites découvertes, nos petits prélèvements, tout ça. Et on te dit : « Il faut rentrer chez toi maintenant, parce qu'il y a un virus qui tue, donc c'est fini. »

Eloa : Ah d'accord. Et donc toi, t'as acheté une combinaison hyper épaisse ?

Alison : Non, pas spécialement. Je suis partie avec ma combi de 5 mm. Je ne suis pas hyper frileuse.

Eloa : C'est vrai ?

Alison : Et l'eau n'est pas glacée, glacée : elle fait entre 1 et 2 degrés. Après, on n'est pas non plus descendus en grande profondeur, et tu ne restes pas super longtemps dans l'eau. Donc je suis partie avec ma combi de 5. Par contre, j'avais des gants et des bottillons de 7, parce que c'est vraiment aux extrémités que tu as froid en premier. Ton cœur envoie le sang, il se concentre sur le torse et le tronc, mais pas sur les extrémités. Donc tu peux avoir très froid aux extrémités.

Eloa : Je vois très bien. D'ailleurs, tout simplement au ski, on n'a pas froid au ventre, on a froid aux doigts et aux orteils.

Alison : Exactement.

Eloa : Donc 5 mm, OK. Presque la Bretagne, quoi.

Alison : Je n'ai jamais fait la Bretagne, mais oui, concrètement.

Eloa : Je salue nos utilisateurs et nos auditeurs bretons.

Bon, écoute, en tout cas, je suis en train de regarder les photos, on mettra le lien. C'est vraiment superbe. Tous ces tons de bleu, de gris, ça donne envie de partir.

Alison : Je suis ravie, parce que c'était une première pour moi, pareil, de photographier les animaux en terrestre. Je n'avais jamais fait ça. J'y allais vraiment au feeling, donc je suis contente si ça...

Eloa : Et que faisait l'architecte sur le bateau, alors ?

Alison : Martin, c'est un apnéiste aussi, donc il était là pour son plaisir. Il nous a fait de beaux dessins du voilier. Il a tenu un journal de bord tout visuel.

Tous les jours, il faisait ses croquis de tout ce qu'il voyait. C'était génial de pouvoir évoluer comme ça. L'ingénieur qui était avec nous, c'est Bruno, celui qui a révolutionné l'aéronautique actuelle, puisqu'il a contribué à la fabrication des moteurs carbone pour les avions.

Eloa : D'accord. Un beau monsieur à bord.

Alison : Passionnant, en fait. Pendant ces quatre semaines, j'ai énormément appris sur moi-même. Et les discussions étaient incroyables. Je n'ai même pas les mots pour retranscrire tout ça, tellement c'est fort.

Eloa : Tu étais dans ta bulle.

Alison : Ah oui. Un truc humain, quoi.

Eloa : Écoutez, allez voir les photos. On peut les voir ailleurs que sur ton site ? Parce que sur ton site, il y a quelques tirages, mais est-ce qu'on retrouve ces photos quelque part ?

Alison : Je ne les ai pas encore publiées, parce qu'il y a un projet derrière qui va naître.

Eloa : Ça vaut au moins un livre, ça.

Alison : Exactement. Ce sera d'ici la fin de l'année, je l'espère. Et ça prend beaucoup de temps, parce que je suis un peu relou sur le support, sur comment le présenter et tout. D'ailleurs, je fais un petit coucou à Hélène de chez Eyrolles, avec qui j'ai publié mon premier livre sur l'Antarctique. La pauvre, elle a été super patiente avec moi... Pas sur l'Antarctique, pardon, sur l'aquatique. Elle a été super patiente avec moi là-dessus. Et là, je refais pareil, je suis relou. J'aime bien avoir la bonne photo.

Eloa : Hélène, justement, nous disait que chez Eyrolles, ils ne faisaient pas de beaux livres. J'aime bien comment on appelle ça. Elle dit : « On ne fait pas de beaux livres. » Donc j'imagine que toi, ça ne va pas être chez Eyrolles cette fois-ci.

Alison : Non, parce que c'est plutôt des livres techniques.

Eloa : Tout à fait.

Alison : Ce sera certainement en auto-édition, cette fois-ci.

Eloa : Ce sera mon cadeau de Noël en décembre.

Alison : S'il est sorti.

Eloa : C'est vrai que s'il sort avant Noël, ça peut faire un très beau cadeau.

Alison : J'espère qu'il sortira avant Noël. Je me fais violence.

Eloa : Chouette. Tu peux peut-être te faire aider par le beau Martin, qui va te faire ses croquis.

Alison : Il y a plein de choses dedans. Je ne veux pas dévoiler la surprise.

Eloa : On ne dira rien. Mais en tout cas, on parlait d'Hélène, des éditions Eyrolles : il y a un podcast avec elle qui nous explique comment on crée un livre du début à la fin.

Un livre technique, je crois que ça s'appelle. Et le tien en particulier, qui était en train de sortir. Comment il s'appelle, ce livre ?

11:04Les Secrets du portrait underwater, un premier livre technique

Alison : Les Secrets du Portrait Underwater.

Eloa : Ah oui, Underwater. Alison Bounce. Bounce, pardon.

Et tu expliques quoi dans ce livre ? C'est pour la photo de particuliers ou c'est en général ?

Alison : C'est un livre qui s'adresse à tous. Déjà, il faut savoir qu'il n'y avait pas de livre technique sur la photographie aquatique jusqu'à présent. Il y en avait seulement pour la plongée, adressés aux plongeurs, donc vraiment plongée bouteille, et qui se limitaient essentiellement à photographier des poissons, des coraux. C'était assez superficiel : on présentait le matériel, un peu la technique photo, mais sans plus.

Et ça me tenait à cœur de partager ce livre-là, parce que moi, quand je me suis lancée, il n'y avait quasiment aucune information, donc c'était un peu difficile de savoir où commencer quand tu te lances dans cette aventure-là. J'ai voulu écrire ce livre en l'adressant à tout le monde : il s'adresse aussi bien aux photographes professionnels, aux photographes amateurs, mais aussi aux passionnés d'images qui sont déjà aquatiques, par exemple les apnéistes. Je suis rentrée dans cet univers-là avec la photo aquatique.

L'apnée, c'est juste fascinant, et dans l'apnée, il y a, je ne sais pas, la majorité des personnes qui prennent déjà des photos mais qui ne savent pas, par exemple, comment bien exposer un sujet. Donc je me suis dit que ça pourrait être intéressant de les inclure dans ce livre-là, et puis aussi tous les curieux. Ça peut être le grand public, comme notamment mes clients, qui aiment bien connaître le processus de création qu'il y a derrière, parce qu'ils sont toujours plus curieux. Ils le vivent, si tu veux, pendant la séance, mais ils n'ont pas l'après, par exemple, avec tout le post-traitement, ou même l'organisation vraiment dans le détail que cela peut représenter. Donc j'ai tenu à tout expliquer, en transparence.

Eloa : Et donc tu dis que c'est le premier livre. Il n'y avait aucun livre, même chez Eyrolles, sur la photo aquatique. C'est fou, ça !

Alison : Seulement pour les plongeurs, pas pour le portrait. C'est vraiment différent, en fait.

Eloa : C'est un peu nouveau quand même, le fait de se dire : « Tiens, je suis photographe mais pas du tout plongeur, et je vais aller faire des photos sous l'eau. » On voit ça depuis quatre ans, non ? Toi, tu vas avoir des dates plus précises que moi.

Alison : Quand j'ai commencé à m'y intéresser, en 2014, il y avait quelques photographes à l'étranger qui en faisaient. Je ne sais pas s'ils commercialisaient vraiment, mais en tout cas, ils exposaient, je pense, depuis trois, quatre ans déjà. Donc ça remonte à une dizaine d'années, plutôt.

Eloa : En France, moi, je me souviens vraiment de toi, je crois, de voir des femmes enceintes sous l'eau. Après, ce n'est pas très vieux.

Alison : Quand j'ai commencé, la première photo que j'ai publiée en 2015, il n'y avait clairement personne qui avait commercialisé ce type d'images. Il y avait peut-être une photographe qui avait fait une séance une fois, juste comme ça, mais qui n'avait pas spécialement communiqué dessus. Pour avoir ratissé un peu toute la métropole, je n'ai trouvé personne qui en faisait, et c'était justement mon plus grand désarroi, parce que je me disais : « Mince, qui va m'aider ? »

14:15Photographe d'abord, avec une phobie de l'eau

Eloa : Et toi, comment t'as commencé, d'ailleurs ? T'es plongeuse ou photographe en premier ?

Alison : Photographe en premier. J'ai une phobie de l'eau à la base.

Eloa : Ah bah bien sûr ! Pour arranger les choses.

Alison : Ça fait beaucoup rire tout le monde, en fait. Mes proches, quand je leur ai dit : « J'ai acheté un caisson étanche, je vais faire des photos sous l'eau », m'ont tous regardée en me disant : « Quoi ? Toi ? Tu as peur, tu ne sais pas nager ! Qu'est-ce qui se passe ? »

Eloa : Alors vas-y, raconte.

Alison : J'ai appris à nager très tard, c'était pour mes concours de pompiers. J'étais en STAPS à l'époque, et j'avais un prof qui m'avait obligée à être dans l'optimisation de la performance. C'était une UE où il fallait partir de zéro pour apprendre un sport. Et il m'a collée en natation, parce qu'il savait que l'eau et moi, ça ne faisait pas bon ménage. Et grâce à lui, en moins d'un semestre, j'ai réussi à nager un 400 mètres quatre nages, passer mes exams. C'était trop bien.

Eloa : Tu savais nager quand même avant, ou pas ?

Alison : Je savais nager la nage du chien. Tu vois le truc, la brasse coulée, mais très, très coulée.

Eloa : Très, très coulée, ouais.

Donc t'avais quoi, 18 ans ? Quelque chose comme ça ?

Alison : J'avais 18 ans, 18-19, ça devait être ça. J'ai réussi mes exams grâce à lui, mais si tu veux, je n'ai jamais été une grande fan de l'eau non plus après. J'y allais, mais sans plus. Et puis quand j'ai commencé à voyager, je me suis dit : « Tiens, pourquoi pas faire de la plongée ? »

Tu es dans une île paradisiaque, tu te dis : « Allez, il faut le faire, un petit baptême. »

Eloa : Ça paraît dommage de rater tout ce qu'il y a sous l'eau.

Alison : C'est ça. Et la plongée en bouteille et moi, ça n'a pas non plus été phénoménal. J'ai failli me noyer une fois, tu vois, donc je suis restée sur un échec aquatique persistant.

Eloa : Comme quoi il faut toujours persister.

Alison : Tout à fait, il faut y croire. Du coup, je me suis mise au snorkeling. Je me suis dit : « Ça, c'est facile, tout le monde peut le faire. »

16:21Le déclic aux Philippines

Eloa : Donc masque tuba. Tu t'es dit : pas de bouteille, pas de trucs compliqués, je prends mon petit tuba, mon masque, comme on faisait quand on était petits à la plage, et hop.

Alison : Complètement. Et un jour, j'étais aux Maldives ou aux Philippines... c'est aux Philippines. Je barbotais, tu vois, comme ça, avec mes petits poissons, j'étais trop contente. J'avais pied, ça me rassurait. Juste à côté, il y avait une espèce de fossé où d'un coup, t'avais vraiment le vide, et je restais là, je regardais mes petits poissons. Et de l'autre côté, côté plage, il y avait une nana qui était en train de se baigner. Elle était enceinte, elle avait un paréo blanc et tout. Ça me fait toujours bizarre chaque fois que je raconte cette histoire.

Elle était avec son gamin, elle avait un petit, un aîné, et d'un coup, elle le plonge sous l'eau. Je te jure, j'ai eu la peur de ma vie : j'ai cru qu'elle était en train de le noyer. J'ai vraiment cru, tu vois. Et en fait, je vois le gamin, il est trop bien sous l'eau. Elle le sort et il rigole. Je me dis : « OK, d'accord, tout va bien. »

Et puis elle le remet, et pareil, le gamin sous l'eau, trop bien, il regarde de partout, et je voyais qu'il suivait les petites bulles et la lumière. Je me dis : « Attends, mais c'est ouf, ça ! On peut vraiment mettre des bébés sous l'eau ? » Je découvrais qu'il y avait des enfants qui aimaient l'eau, en fait.

Je sors de l'eau, je vais au bungalow et je commence à taper « bébé sous l'eau », « bébé dans l'eau photo », et là, je découvre la pochette de Nirvana, que je ne connaissais pas.

Eloa : Depuis 30 secondes, je me dis : « Elle a vécu... »

Alison : La pochette de Nirvana, en fait, c'est ça.

Eloa : 25 ans. D'accord. Donc tu découvres ça et tu te dis qu'il y a un monde que tu ne connais pas.

Alison : Complètement. Donc je commence à chercher, puis je découvre le terme « bébé nageur ». Je fouille, je me dis : « Oh là là, c'est super, on peut prendre des bébés sous l'eau, magique ! » Et puis je me dis : « Mais comment on fait ça ? » Je me dis : « Ils doivent avoir un aquarium, ils mettent l'appareil photo dedans... Non quand même, il doit peut-être y avoir un matériel spécifique. »

Et donc j'ai trouvé un caisson. C'était assez hors de prix à l'époque, et je me suis dit : « Au pire, ça ne me plaît pas, je le revends. » Et puis je n'ai pas réfléchi, en fait. Ça s'est passé en trois-quatre jours, cette histoire.

18:32Le premier caisson étanche

Eloa : Tu as acheté ton caisson comme ça, aux Maldives ? Tu l'as acheté là-bas ?

Alison : Non, je l'ai acheté quand je suis rentrée en France. C'est la première chose que j'ai faite, et je l'ai commandé en Australie, parce que je n'en ai pas trouvé en France. J'ai su après qu'il y avait une boutique en France : j'étais très mauvaise sur ce coup-là.

Eloa : Ça fait classe de dire qu'il venait d'Australie.

Alison : C'est ça. Bref, je ressors mon caisson, et un, deux, je suis allée dans l'eau, dans une piscine. Ce qui comptait pour moi avant tout, c'était la sécurité, parce que déjà, de par mon parcours d'ancienne pompière, prévention, sécurité, hygiène, tout ça, c'est vraiment mon dada. On m'a tellement bourré le crâne avec ça que c'était logique de penser à ça en premier.

19:12Première séance en piscine municipale

Alison : J'ai demandé à une piscine municipale de m'accueillir, simplement pour faire des tests, et je suis partie avec la première maman que j'avais photographiée en terrestre à l'époque. Tu vois, la toute première maman avec qui j'avais fait mes premières photos. Ça, c'était hyper symbolique. Elle m'a dit : « Bon, OK, moi, je viens avec toi. » Donc j'avais encore une autre première fois avec elle, je trouvais ça très, très fort.

Eloa : Elle est venue enceinte ?

Alison : Elle est venue avec son enfant. Elle était enceinte, elle attendait son deuxième.

Eloa : Ah, c'est drôle. Est-ce que t'as mis le grand sous l'eau ?

Alison : Non, non, il n'avait pas l'habitude.

Eloa : C'est vrai que s'ils ont l'habitude, ils le font. Moi, j'ai mis mon fils aux bébés nageurs. C'est tombé juste avant le Covid, donc il a dû faire cinq séances, puis piscine fermée pendant deux ans. Mais c'est fou, parce qu'ils sont hyper à l'aise. Si tu ne leur transmets pas ta peur, ils n'ont aucune peur. Ils foncent, ils mettent la tête sous l'eau d'eux-mêmes. Tu mets le toboggan, ils tombent dans l'eau, ils font plouf, comme il dit : « J'ai fait plouf dans l'eau. » Il met la tête sous l'eau, et le réflexe naturel, c'est de fermer vraiment la bouche. Tu ne peux pas fermer le nez, mais il ne respire vraiment pas.

Alison : Comme la pochette de Nirvana.

Eloa : C'est vrai.

Alison : Je suis intimement convaincue que les peurs, ça se transmet. Pour parler de ma peur de l'eau, par exemple, elle m'a été transmise, parce qu'on me disait toujours : « Attention, on n'y va pas, attention, c'est dangereux, attention, attention. » Et peut-être que si je n'avais pas eu ce discours-là, cette information « Attention, l'eau, c'est dangereux », à mon avis, j'y serais allée plus librement et sans souci, et pour autant, il ne me serait rien arrivé non plus. Pas d'accident, je ne pense pas.

Eloa : Oui, c'est la façon dont on le dit. C'est comme avec ton enfant : quand tu croises un chien et que tu dis « Attention ». C'est vrai, il fait attention, mais peut-être qu'il est gentil aussi. Si tu transmets ta peur, ton enfant aura peur, ça, c'est sûr.

Alison : Tout à fait.

Eloa : Mais l'eau, en tout cas, tu mets des bébés, ils nagent. Je crois qu'il faut attendre qu'ils aient leur premier vaccin, donc ça doit faire trois-quatre mois.

Alison : C'est quatre mois, ouais, en France.

Eloa : Voilà, quatre mois. Ils y vont avec grand plaisir. Il faut que l'eau soit chaude, mais ils y vont avec grand plaisir.

Alison : C'est vraiment le milieu naturel pour eux, tu vois. Ça leur rappelle un petit peu le ventre de la mère, donc ils sont bien dans l'eau.

Eloa : Une piscine de liquide amniotique pendant neuf mois, comme ça, bien au chaud. Et donc, qu'est-ce qui s'est passé après ? Cette première séance photo, c'était compliqué ou ça s'est bien passé ?

21:48Le caisson prend l'eau : tout apprendre seule

Alison : C'était épique. C'était assez rigolo, parce que forcément, première immersion du caisson : il a pris l'eau.

Eloa : Ben oui, tu ne sais pas.

Alison : J'avais oublié un joint. Ensuite, je le remets, mais comme il était mouillé, je n'avais pas bien séché, il y avait encore de l'eau qui passait. Ça, ça a été sympa d'entrée de jeu.

Eloa : T'es dans le bain, quoi. Tu sais que tu vas en chier.

Alison : Clairement. Et c'est pour ça que je te dis que c'était compliqué : il n'y avait personne qui en avait déjà fait en France. Et même les plongeurs, il n'y avait pas cette proximité-là, cette communauté-là.

Eloa : J'ai l'impression que c'était plus difficile aussi de contacter les gens à l'époque. C'était en quelle année, ta première séance ?

Alison : Fin 2014, début 2015.

Eloa : Il y avait peut-être moins de communautés sur internet. Tu n'as pas pu appeler quelqu'un et dire : « Est-ce que tu peux m'aider à comprendre comment ça fonctionne ? »

Alison : C'est ça.

Eloa : Donc t'as fait tes armes toute seule. Visiblement, ça a bien fonctionné. Et peut-être que tu t'es plus renseignée sur plein de choses : t'es devenue spécialiste parce que t'as eu besoin de chercher.

Alison : C'est exactement ça. Quand tu n'as pas les infos, tu vas vraiment creuser jusqu'au plus petit détail pour tout avoir et ne rien laisser au hasard, justement parce que t'as personne qui peut te valider ou pas. Donc c'est à toi de gérer ça.

Effectivement, je suis allée, notamment pour les femmes enceintes, je me suis rapprochée d'une sage-femme, on a fait une mini, mini formation. Je me suis formée à l'apnée, j'ai recyclé mon BNSSA.

Alison : J'ai fait plein de choses diverses et variées. Entre-temps, je suis passée ambassadrice de la marque de caisson avec laquelle je travaille, donc un caisson qui ne prend plus l'eau maintenant !

Eloa : Qui ne prend plus l'eau !

Alison : Voilà. C'est pareil avec la boutique Photo Denfert à Paris : j'ai été un peu plus formée au niveau matériel. Aujourd'hui, je sais désosser un caisson par exemple, et le remonter les yeux fermés. La maintenance, l'entretien du caisson, tout ça, mais en plus poussé. Et je me dis : ouais, ça demande quand même pas mal de savoir, cette histoire.

Eloa : Ah ouais, tu m'étonnes. Mais bon, t'étais passionnée, t'avais vraiment envie, donc tu l'as vécu comme une découverte.

Alison : Quand j'ai vu Amélie, elle s'appelle Amélie, la maman qui est venue avec moi, quand je l'ai vue s'immerger la première fois sous l'eau... Je lui avais donné une petite robe blanche de grossesse, tu sais, avec le ventre ouvert : ça fait un bandeau et deux voilages sur les côtés. Je lui ai dit : « Bon, voilà, tu t'immerges. » Bon, à l'époque, j'avais été un peu [inaudible], je lui avais pas donné de pince-nez, j'avais pas été cool, j'y avais pas pensé. Je pense qu'elle a eu les sinus noyés, mais en tout cas, les quatre premières secondes, c'était juste magnifique à voir sous l'eau. Je crois que j'ai même pas déclenché tellement c'était beau. Et ça, ça n'a pas de prix, c'était juste waouh.

Eloa : Parce qu'il faut un pince-nez pour les mamans, pour qu'elles puissent... ?

24:52Les futures mamans pas à l'aise dans l'eau

Alison : C'est pas obligatoire. Il y a des mamans qui sont pas très à l'aise sous l'eau mais qui veulent quand même vivre l'expérience, donc moi, je les refuse pas, ces mamans-là. Je mets en place un accompagnement un peu plus poussé, avec un coaching en amont de la séance, pour qu'elles puissent faire leur séance. Par contre, c'est pas dans les mêmes conditions non plus : on va faire ça dans des bassins où il y a un peu moins d'eau.

Et je peux leur proposer un pince-nez si elles n'arrivent pas à bloquer, parce que c'est vrai que c'est un peu désagréable d'avoir de l'eau dans le nez. De toute façon, on va faire des postures où il n'y a pas besoin de pince-nez. Là où l'eau rentre et immerge tous les sinus, c'est quand on a la tête en arrière, parce qu'on dégage les voies aériennes, et l'eau, elle rentre. Donc quand on va être sur ce type de pose, oui, là, je vais leur proposer le pince-nez.

Sinon, on n'en a pas besoin, parce que si tu restes debout ou sur le dos, finalement, t'as un petit peu d'eau, mais t'as pas ce truc très désagréable d'avoir l'eau qui rentre dans les sinus.

Après, le but, c'est vraiment de les accompagner et qu'elles ressentent les bienfaits de l'eau. J'ai aussi envie de les réconcilier avec ça, donc j'essaye de leur apprendre comment bloquer, parce que souvent, c'est juste une question de peur aussi.

Eloa : C'est l'aquaphobie, on appelle ça ?

Alison : Oui, ça s'appelle l'aquaphobie. T'as un petit stress avant, et ça t'empêche vraiment de... Je sais pas si t'as déjà eu ce réflexe-là, mais on le voit souvent : quand les gens prennent leur air, ils vont sous l'eau, ils gonflent les joues, ils ferment les yeux comme ça. C'est typiquement ça. Et quand tu fais ça et que t'as plein d'air dans les joues, tu peux pas bloquer ton nez, parce que pour bloquer son nez, il faut mettre sa langue sur le palais.

Eloa : D'accord, ok.

Alison : Et donc, niveau esthétique, si tu gonfles les joues et que tu fermes les yeux... Bon, après, il faut pas oublier qu'on est en séance photo.

Eloa : Donc il faut un petit coaching, effectivement. Mais les mamans qui viennent, tu dis, sont parfois pas à l'aise avec l'eau et elles veulent quand même faire ce genre de séance ?

Alison : Oui, parce qu'elles voient toutes les images, qui sont assez surprenantes et inédites, donc elles se disent : « Moi aussi, je veux ça. » Et elles mesurent pas tout de suite ce que ça représente. Donc quand on fait les rendez-vous, je leur explique, et il y en a qui veulent quand même aller jusqu'au bout. Les mamans qui sont pas très à l'aise, je dirais que c'est 10 % de ma clientèle. La plupart sont quand même ultra à l'aise dans l'eau.

Eloa : Vraiment ? Oui, sinon t'as tendance à te dire : « Non, c'est pas pour moi, je vais pas aller faire ça. »

Alison : Quand je dis à l'aise, c'est aimer l'eau. C'est surtout ça qui est important, parce qu'on peut aimer l'eau mais pas forcément être très aquatique.

Eloa : Oui, mais du moment qu'il n'y a pas cette peur, elles vont t'écouter et elles vont apprendre. La séance dure combien de temps ?

Alison : J'essaye de les garder maxi une heure, une heure vingt dans l'eau, et de limiter mes immersions. Au début, j'étais partie sur 20 immersions, mais c'est un peu limite quand t'as quelqu'un qui n'a pas une aisance aquatique très, très développée. Donc on va dire plutôt une trentaine d'immersions.

Et ce sont des immersions où elles ne sont pas complètement en apnée non plus, ça, je le précise, c'est important. Elles rejettent tout le temps de l'air. C'est-à-dire qu'elles vont prendre une grande inspiration juste avant d'aller sous l'eau, et une fois qu'elles sont sous l'eau, elles soufflent légèrement, tout le temps.

Donc elles n'ont jamais vraiment de grosse rétention d'air, c'est peut-être une seconde à chaque fois. Mais j'essaye de pas trop les fatiguer non plus, donc il y a beaucoup de pauses entre les immersions, pour qu'elles se fatiguent pas et que ce soit quand même confortable et plaisant au niveau de l'expérience.

Eloa : Oui, c'est pas de l'apnée où tu commences à te dire : « Bon, là, je suis sous l'eau, je peux plus respirer, il faut encore que je tienne 10-15 secondes. » Ça, ça serait épuisant, enceinte.

Alison : Complètement. Et puis elles sont sous l'eau, allez, 3 à 6 secondes maxi, vraiment.

28:31Préparer les poses : questionnaire et croquis

Eloa : Donc toi, ça veut dire que tu dois savoir exactement ce que tu veux, que tout soit prêt. En gros, un peu comme s'il y avait une doublure : toi, t'es prête, et hop, la cliente s'immerge, t'essayes de faire en sorte que la pose soit jolie, tu fais ta photo et elle remonte, parce que c'est hyper rapide.

Alison : Alors, grosso modo, c'est ça. Pour t'expliquer un peu plus en détail, on a pas mal de rendez-vous de préparation, et pendant ces rendez-vous, je leur pose des milliers de questions. Elles ont notamment un questionnaire, et après, elles me renvoient leurs inspirations.

Je leur demande souvent des inspirations qui ne sont pas des photos sous l'eau. Je veux pas qu'on aille chercher les photos des autres, ça m'intéresse absolument pas. Le but, c'est de créer : je leur vends des souvenirs uniques, donc autant que ce soit vraiment unique. Et je leur fais des petits croquis sur des poses. Alors attention, je me suis mise au dessin, mon Dieu que c'est catastrophique ! Mais bon, ça marche.

Eloa : Si ça fonctionne !

Alison : Voilà, ça marche. Donc je leur fais des petits dessins, on travaille entre 5 et 8 poses pour être sûres d'avoir assez d'images, et quand on arrive le jour J, en général, elles se sont entraînées. Pas dans l'eau : elles se sont entraînées sur leur lit, juste à fermer les yeux et à être focus sur la pose.

Parce qu'une fois qu'elles sont sous l'eau, il faut aussi qu'elles gèrent leur souffle, etc. Elles perdent tous leurs repères, donc c'est quand même compliqué. Donc si on a déjà rentré l'automatisme de la pose, ça, c'est gagné.

Quand je suis en piscine, ce que je fais, c'est que je pars toujours avant elles sous l'eau. En général, 3 secondes me suffisent pour me stabiliser, faire mon cadrage et attendre qu'elles s'immergent. Et s'il faut bouger un peu à droite, à gauche, remonter ou descendre un peu plus en fonction de comment elles ont plongé, je peux le faire.

J'ai les 4 secondes où elles sont sous l'eau, et ça me suffit, mais j'ai déjà pris mes repères avant.

30:23Profondeur, maître-nageur et logistique

Eloa : Et la piscine, je veux dire, tu as pied, ou il faut que ce soit très profond ? Comment ça se passe ?

Alison : Non, c'est en fonction des projets et des personnes. Le paramètre important, c'est de savoir si la personne est à l'aise ou pas dans l'eau, et si elle sait bien nager. Il y a toujours aussi un maître-nageur avec moi, qui demande un petit test de nage à la maman, même si j'ai posé mes petites questions en amont.

Les piscines les moins profondes font 1,20 m, et les plus profondes, ça peut être en fosse, mais j'amène très rarement des futures mamans en fosse, ça va être plus pour d'autres projets. Pour les futures mamans, quand j'ai besoin de profondeur, c'est 2 m, 2,50 m, mais il y a toujours deux frites sur les côtés ou une corde en haut pour qu'elles puissent s'accrocher quand elles remontent. Elles ne sont jamais en train de nager et de battre des pieds, elles peuvent se reposer.

Eloa : Tu as vraiment tout prévu. Donc ça te demande quand même, je pense, plus d'organisation, et de frais aussi : tu dis qu'il y a un maître-nageur, il y a une corde... Tu fais pas ça n'importe où, à l'arrache, quoi.

Alison : Non, il y a une énorme logistique, effectivement. Et c'est aussi grâce à l'aquatique, soyons honnêtes, que j'ai appris à valoriser ma prestation et à comprendre qu'au bout d'un moment, il faut que ça soit rentable.

Ce sont des séances photo qui demandent énormément d'investissement au niveau logistique : les assistants, le maître-nageur, la location de piscine, de matériel s'il y a besoin de matériel supplémentaire, etc. Donc c'est coûteux, il faut être honnête, et forcément, ce sont des séances photo qu'on ne peut pas vendre à 350 ou 400 euros.

Eloa : Donc tu sensibilises comment ?

Alison : Ça, les clients le savent, en fait. Quand ils viennent chercher ce type d'expérience-là, ils ont quand même une notion du coût de la séance.

32:16Militer pour la sécurité

Eloa : Et toi, tu milites un peu pour qu'il y ait autant de sécurité chez tous les photographes, que tout le monde se rende compte et applique ces précautions. Parce que j'imagine qu'il y a des gens, comme pour les bébés aussi, qui font n'importe quoi, qui mettent en danger la vie des bébés.

Des fois, on voit des photos, on se dit : mais le bébé n'est pas du tout dans une position sécure. Donc j'imagine que ça se voit pas sur la photo : toi, quand tu vois la photo, tu peux pas savoir s'il y a un maître-nageur, mais tu te dis qu'il faut vraiment faire attention et faire passer ce message.

Alison : Dans le livre, il y a tout un chapitre qui est consacré à la sécurité. Lorsque je forme, la sécurité, c'est une journée minimum.

Eloa : Lors de tes formations aux photographes qui veulent se lancer dans l'aquatique, c'est ça ?

Alison : Entre la théorie et la pratique, la sécurité, elle revient tout le temps, finalement. C'est vraiment le fil rouge, donc oui, c'est important. J'avais même fait une conférence entièrement sur la sécurité lors du Focus Event, quand les filles m'avaient demandé d'intervenir : le sujet de la sécurité était complètement évident.

Et au-delà de ça, c'est valable pour l'eau, mais comme tu viens de le dire, en terrestre aussi : notre métier n'est pas anodin. C'est pas mon cas, j'ai jamais photographié de bébés, mais je vois énormément de photographes manipuler des bébés qui ne sont pas les leurs.

33:39La sécurité des bébés, sur terre aussi

Alison : Souvent, on cherche la photo waouh, et on se met pas à la place du petit, en fait. Je pense souvent à cette photo-là, la froggy, je sais plus comment ça s'appelle, où t'as le bébé qui a la tête dans ses deux mains, sur ses coudes, avec les pieds ouverts.

Et je me dis : mais on peut pas mettre un bébé comme ça ! Et je suis persuadée que quand tu te lances dans la photographie, les photographes qui arrivent se disent : « Tiens, je vais faire cette photo-là. » Ils se disent pas que c'est une photo qui est faite en composite. Ils vont mettre le bébé dans cette position-là, et c'est super dangereux.

Ils vont le laisser tout seul, en fait : ils vont le mettre dans la position, ils vont le lâcher. Alors qu'en vrai, il y a toujours un coup où on tient la tête et on photographie les pieds, et un coup où on tient les pieds et on photographie la tête.

Eloa : On a fait un podcast avec Mathilde Ensaume, qui est en Suisse, mais qui fait partie d'une association qui prône justement, comme toi, la sécurité, mais pour les nouveau-nés en séance photo. La sécurité et le bien-être aussi, parce que c'est vrai qu'il y a la sécurité, mais j'imagine que pour toi, même s'il y a la sécurité, si les mamans se sentent pas bien dans l'eau, c'est pas une bonne chose.

Alison : Elles sont adultes, elles peuvent le verbaliser. Mais le bébé, même s'il est en sécurité, si on l'a un peu bousculé pour faire des choses, qu'on est allé trop vite ou qu'on n'a pas respecté son rythme, il sera pas bien non plus.

Eloa : C'est hyper important. Donc tu donnes des formations pour les photographes qui veulent faire des photos comme toi, sous l'eau.

35:11Tout ce qu'on peut photographier sous l'eau

Alison : Sous l'eau, c'est ça. Ça peut être pour la maternité, ça peut être simplement pour du portrait féminin, masculin, ça peut être aussi pour du documentaire en milieu naturel, puisque maintenant, je forme aussi en milieu naturel. Pour du produit, pour du corpo : c'est vraiment hyper ouvert.

Eloa : C'est vrai qu'on peut tout faire. C'est quoi, la photo la plus invraisemblable que tu aies vue sous l'eau, puisque tu dis du produit ou du corpo ?

Alison : La plus invraisemblable ? La prochaine cuisine Ikea faite sous l'eau ! Il y a une publicité qui a été faite comme ça par Kusmi Tea il y a 4 ans, qui est juste incroyable : ils ont immergé un énorme décor sous l'eau pour leur publicité. Je sais pas si tu la connais, elle est sur YouTube.

Eloa : C'est du thé, c'est ça ?

Alison : C'est du thé. Ils ont fait ça à Paris, dans un studio photo aquatique. Ils ont immergé un énorme décor, et t'as des modèles qui dansent avec des robes incroyables. Ça, c'était pour une pub, et il y a de plus en plus de clips vidéo aussi qui font appel à cette technique-là.

Eloa : D'accord. Tu penses que c'est une mode, ou qu'on découvre une technique et que ça va faire partie du paysage, comme le studio ? Je suis en train de regarder la pub : effectivement, ils ont immergé un appartement, en fait.

Alison : C'est ça. Elles sont connues, ces images, on les voit pas mal sur Pinterest et sur Insta.

Eloa : Encore faut-il chercher du sous l'eau ! J'avoue que dans mon fil, je n'ai absolument rien d'aquatique. Maintenant, je vais m'y mettre.

Alison : Mais oui, pour revenir à ce que tu disais, la technique, elle existe depuis longtemps. Il y a eu plein de films réalisés sous l'eau, donc tout ça existe depuis très, très longtemps. On va dire que ça se démocratise, que c'est beaucoup plus accessible, et il y a un effet de mode, effectivement. Il y a de plus en plus de monde qui va en faire, donc forcément, ça donne de plus en plus envie à d'autres de s'y mettre. Ça donne aussi envie au grand public d'avoir ce type d'image, donc c'est un effet boule de neige. Mais tout le monde ne se forme pas, donc c'est assez lent comme apprentissage.

Eloa : Je pense, oui. Tout le monde ne se forme pas, il faut beaucoup de matériel, il faut vraiment se former beaucoup. Je sais pas, toi, c'est quoi, trois jours de formation, quand même, non ?

37:25Trois jours de formation et un an de suivi

Alison : Alors, ces trois jours de formation, plus un suivi sur un an, en fait. Parce qu'on peut faire une formation sur trois jours très intensive, avec une masse d'informations, mais ensuite, j'ai relevé que déjà, tout le monde ne s'y met pas, parce que ça peut aussi décourager. Et une fois qu'on est seul, on oublie très rapidement si on ne pratique pas.

Et ça, c'est vraiment un point essentiel : la pratique. C'est-à-dire que même si tu sors d'une formation de trois jours underwater, tu peux pas te lancer comme ça. Il y a quand même pas mal d'entraînement personnel à faire, et après, tu peux commercialiser. Mais il faut être accompagné, parce que quand tu vas t'entraîner, il faut que tu aies un retour sur ce que tu fais, tu as encore masse de questions.

Donc moi, j'ai mis en place un suivi sur au moins une année après mes formations, comme ça, je suis sûre que mes élèves sont encadrés. Mais tout le monde ne se forme pas, comme tu le disais, et pour moi, la case formation, pour ce type de photos-là, c'est essentiel.

Déjà pour gagner du temps, et puis pour faire les choses en toute sécurité, justement. Mais il y a des personnes qui vont simplement se dire : « Bon, moi, j'achète le matériel, c'est bon, j'ai fait un peu de natation, j'y vais. » Parce qu'ils ne voient pas plus loin que la photo, que le résultat. Mais une fois qu'ils vont avancer dans leur cheminement, et je le sais aujourd'hui puisque c'est arrivé plein de fois, ils vont commencer à se rapprocher pour pouvoir se former, parce qu'ils comprennent qu'au bout d'un moment, seuls, c'est quand même compliqué.

Eloa : C'est vrai que t'as le côté sécurité de la future maman, t'as l'apnée aussi : il faut pouvoir tenir, il te faut beaucoup de souffle. Toi, tu restes combien de temps sous l'eau ?

Alison : Alors, j'ai jamais fait de test de performance, mais je peux [inaudible] facilement.

Eloa : Non, mais je veux dire pour la séance.

Alison : Pour la séance, je tiens 20 secondes, parce que j'aime bien être en apnée : je me positionne sous l'eau, j'attends que mon modèle plonge. Si c'est pas une future maman, en général, les modèles tiennent plus longtemps, puisque je travaille souvent avec des apnéistes, donc elles peuvent tenir 30-40 secondes. Moi, il faut que je puisse suivre. Et puis j'ai tendance à visualiser mes photos sous l'eau aussi.

Parce qu'avec le caisson, t'as la réflexion de la lumière, donc tu vois pas trop à l'extérieur de l'eau, alors que sous l'eau, tu vois bien. Bon, ça dépend. Et puis tu finis par en faire ton élément, et tu fais ta vie sous l'eau ! On est trop bien sous l'eau, c'est génial.

Eloa : Et tu trouves facilement les piscines ? Parce que moi, je me dis : attends, il faut trouver la piscine à chaque fois. Ou alors on en trouve une, un partenariat pas loin de chez soi, et on se dit : bon, allez, je ferai toutes mes séances à cet endroit. C'est souvent ça, non ?

39:58Trouver ses piscines

Alison : L'idéal, c'est ça : c'est de pouvoir travailler en local, d'avoir une piscine attitrée dans laquelle tu viens régulièrement. Parce que déjà, tu connais les conditions de lumière, ça te fait gagner du temps. Tu connais aussi le lieu, donc au niveau sécurité, tout est déjà établi, tu perds pas de temps là-dessus. Ça, c'est chouette.

L'inconvénient, c'est que souvent, la piscine ne va pas avoir autant de disponibilités que ce dont toi tu vas avoir besoin, donc il va falloir aller en chercher une ou deux autres. Tourner avec trois piscines, c'est quand même mieux. En ce qui me concerne, je ne travaille pas en local depuis le départ, je travaille un peu partout, parce que j'aime bien le challenge, et ça me fait pas peur d'arriver dans une nouvelle piscine, d'aller repérer avant et d'établir un nouveau plan de prévention.

Eloa : Donc trouver les piscines, c'est difficile ?

Alison : Oui et non. C'est toujours pareil : celui qui a envie, qui cherche, il trouvera facilement. Ça aussi, je le vois souvent chez mes élèves : ils attendent que ça tombe un peu tout seul. Ils écrivent à deux, trois personnes, allez, une dizaine tout au plus, et puis si ça vient pas, ils abandonnent. Je pense que c'est comme tout dans la vie, il faut pas se décourager, on trouve toujours.

Ça peut être des piscines publiques, donc municipales, ou ça peut être des lieux privés, comme des spas, des salles de sport, mais ça peut aussi être des particuliers. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de personnes qui louent leur piscine, que ce soit sur Swimmy ou louemapiscine.com.

Si la personne est ok pour que tu viennes faire une activité professionnelle et que tu mets bien en place un contrat de location de piscine. J'insiste là-dessus, parce que c'est pas juste louer une piscine à un particulier : il y a une convention à mettre en place, etc. Mais c'est complètement faisable. Il y a énormément de piscines en France, donc on peut photographier partout. Et si c'est pas en piscine, on peut aller aussi en milieu naturel.

Eloa : Ouais, c'est vrai qu'il y a des gens qui ont des piscines chez eux, et ça suffirait. C'est souvent pas très profond, mais ça peut suffire pour une séance grossesse, tu penses ?

Alison : 1,20 m d'eau, c'est le minimum. En général, les piscines font 1,40 m, 1,50 m. 1,20 m d'eau, ça suffit pour faire toute une séance maternité.

Eloa : Oui, donc tu peux louer une piscine et te dire : voilà, moi, j'en ai trois, quatre autour de chez moi. Ou je me fais construire ma piscine, carrément !

Alison : Bah oui ! J'ai un de mes élèves qui fait ça en ce moment, même deux, qui ont fait construire leur piscine pour avoir leur studio à la maison, et je trouve ça super, c'est un vrai confort.

42:31Construire sa piscine, température et qualité de l'eau

Eloa : Oh là là, tu m'étonnes ! En plus, t'as une piscine, et tu dis : « Oui, c'est pour le travail, j'étais obligée, j'étais obligée de faire construire une piscine. »

Alison : Il y a quand même quelques critères importants, notamment au niveau de la chaleur. Pour les femmes enceintes, j'insiste, il faut quand même que l'eau soit à minimum 28-30 degrés, pour que la maman ne se refroidisse pas. Parce que plus tu fais d'apnée, enfin, c'est pas vraiment de l'apnée, mais des exercices où tu vas prendre une pose, on ne bouge pas énormément, donc tu vas te refroidir dans l'eau.

Eloa : Et puis t'es quand même dans un état physique qui n'est pas celui d'habitude.

Alison : C'est ça. Et puis la qualité de l'eau est aussi très importante. Quand vous avez une piscine, le traitement que vous allez choisir... Moi, je sais que j'ai tendance à aller plutôt vers les traitements au sel qu'au chlore. Pour les mamans, je pense que c'est quand même mieux d'avoir quelque chose de plus naturel que de trop agressif.

43:22En mer et en rivière

Eloa : Ouais. Donc on peut aller en mer aussi, ou en rivière ?

Alison : En rivière aussi, oui, complètement, du moment que vous êtes accompagnés par un instructeur, ça peut être un instructeur de plongée ou d'apnée, et que vous avez une autre sécu dans l'eau. Parce que je prends l'exemple typique : on parlait tout à l'heure de sécurité pour les enfants, mais ça peut être aussi de la sécurité terrestre, pour un photographe qui va faire un trash the dress. Vous savez, avec la fameuse robe de mariée : la robe prend l'eau, elle est trop lourde, et la mariée se noie. Typiquement, ça, ça peut arriver, parce que ça arrive, et plus d'une fois, je crois.

Donc dans l'eau, quand vous allez en milieu naturel, je vous recommande d'avoir toujours une sécu extérieure, mais aussi quelqu'un dans l'eau avec vous, pour aller aider les personnes à nager. Et puis on est dans un milieu naturel, donc les conditions changent : il peut y avoir du courant, il peut y avoir des animaux qui s'incrustent. Ce sont encore d'autres conditions, donc soyez vigilants et renforcez la sécurité, si c'est quelque chose que vous avez envie de mettre en place.

Eloa : Et on a un prix ? Parce que plus tu me dis ça, plus je réfléchis aussi en chef d'entreprise, et je me dis : tout cet investissement pour la séance, il faut le répercuter sur le prix de vente. Toi, quand tu fais tes formations, tu donnes une fourchette ou un prix plancher, en disant : « Il faut pas que ce soit en dessous de tant », ou est-ce que tu dis tout ce qu'il faut mettre en place ?

44:57Le prix plancher : 650 euros

Alison : Alors, j'invite mes élèves à se placer à 650 euros. Pour moi, 650 euros, c'est le minimum, et c'est ce qui permet d'amortir tout l'investissement, que ce soit la formation, le matériel et les autres coûts annexes, pour débuter, en moins de 8 séances. 650 euros, c'est le minimum de chez minimum. L'idéal, ce serait 850, et après, valoriser forcément le panier en vendant des images supplémentaires.

Parce que dans les 650 euros, je leur propose de les vendre sous forme de forfait, c'est-à-dire, pour commencer, inclure 5 images et ensuite vendre à l'unité. L'idéal, ce serait d'avoir simplement des frais de séance à 650 euros et de vendre les images en plus. Mais quand on débute, c'est toujours difficile, donc je trouvais que l'histoire du forfait, pour les 10 premières séances par exemple, c'était assez intéressant. Ça leur permet d'amortir très rapidement leur investissement.

Eloa : En plus, c'est pas... Après, ça dépend où on se place et ça dépend du forfait terrestre. Je pensais pas dire cette phrase un jour, mais c'est pas non plus fois 5 par rapport à une séance terrestre. Je suis assez surprise, je m'attendais à bien plus cher que ça.

Alison : Ça, c'est pour débuter.

Eloa : Ouais, ouais. Parce que quand tu parles de la location de la piscine, le caisson, la personne... Donc t'as forcément quelqu'un qui est là pour aider, une sorte de maître-nageur ou assimilé. Il faut rémunérer tous ces gens, ça peut vite monter.

Alison : Ça monte, ça chiffre très, très vite. Actuellement, ce que je fais, c'est que j'ai des frais de séance fixes, qui peuvent varier en fonction de là où je suis, si le coût de location de piscine est important ou pas. Donc ça peut être entre 650 et 950 euros de frais de séance, et ensuite, j'ajoute les images supplémentaires et forcément les prints, tout ce qui va être produit en plus. Donc le panier moyen pour ce type de séance, je dirais qu'idéalement, il est plus autour de 1 500, 2 000 euros que de 650 euros.

47:00Piscine, maître-nageur, assistants : les coûts réels

Eloa : Oui, forcément, les 650 absorbent vraiment ton coût de revient de cette séance, l'organisation de cette séance.

Alison : C'est ça. Pour donner un ordre d'idée, une location de piscine à l'heure, c'est en général 50 euros. Le maître nageur, pour la session d'une heure et demie, c'est 60 euros environ, ça dépend des personnes aussi. Mes assistants, je les rémunère à la séance, je leur donne 100 euros chacun, parce que c'est quand même du job : il n'y a pas que la séance, il y a aussi toute la préparation en amont. Qu'est-ce que j'ai encore ?

Il peut y avoir tout ce qui est achat de tenues aussi. Si par exemple la maman ou la modèle a envie d'un stylisme très particulier, c'est moi qui vais investir dans les robes, dans le textile, donc tout ça, je l'impute forcément aux clients. C'est discuté avant, mais ça peut chiffrer. Donc la barre des 650 euros que je donne à mes élèves, c'est vraiment le minimum de chez minimum, et c'est un ordre d'idée. C'est pour dire : n'allez pas en dessous, sinon vous ne rentrez pas dans vos frais.

Eloa : Et tu parles des robes : c'est des robes spéciales pour l'eau ? Comment ça se passe, c'est du lycra, c'est quoi ?

48:12Des robes qui flottent, puis le nu artistique

Alison : C'est des matières qui flottent, en fait. Ça peut être de la mousseline, ça peut être de l'organza, tout type de robes. Alors je ne mets pas non plus énormément d'argent dans ces robes-là, je ne vais pas chez Miestello par exemple, même si les robes sont magnifiques. Je vais plutôt essayer de les fabriquer moi-même, la plupart du temps.

Eloa : Tu fais vraiment tout, quoi !

Alison : Ouais, mais c'est parce que je kiffe faire ça. Sinon, j'achète des robes qui coûtent, allez, 30-40 euros, et puis après, je les bricole.

Eloa : Ouais, d'accord, pour qu'il y ait des voilages, des choses qui puissent flotter, que ce ne soit pas trop lourd dans l'eau et que ça fasse des beaux mouvements. Je vois bien le tricot, la robe tricotée !

Alison : Alors ça, ça ne va pas être possible ! Je vais être tout à fait honnête : il y a de moins en moins de robes maintenant dans mes séances. Je reviens à l'essence même de comment j'ai commencé, sur du minimalisme et de l'épuré. J'ai commencé comme ça, et j'étais partie dans les robes parce que mes clientes me le demandaient, et aujourd'hui, elles me le demandent de moins en moins. Et je me découvre même à faire du nu depuis fin 2019, donc ça, c'est assez surprenant aussi.

Donc je me dis que finalement, ce n'est pas plus mal, je suis contente : ça coûte moins cher. Mais par contre, au niveau technicité, lumière, j'ai tendance à louer un peu plus d'éclairage, donc ça s'équilibre. Parce que travailler le nu, c'est bien, mais moi, j'aime bien aller au fond du truc. Je ne veux pas quelque chose de vulgaire, je veux que ce soit quand même bien dessiné, et j'aime bien repousser mes limites, donc techniquement parlant, aller chercher le plus difficile.

Eloa : Oui, et puis la robe apporte quand même quelque chose : si tu la perds, tu le rajoutes en éclairage.

Alison : Voilà, j'habille mes modèles avec la lumière, si tu veux.

Eloa : Je me souviens d'une fois où moi, enceinte, tu ne m'as pas prise en photo, mais j'ai tenu les lumières pour faire une photo. Tu te souviens, chez Léa ? Je ne sais pas pourquoi je n'étais plus sur la photo, je devais être fatiguée, j'ai dit : non, c'est pas grave, faites la photo, moi, je vais tenir la lumière. C'était ma première et seule expérience underwater, mais ça date, ça.

Alison : Mon dieu, oui, ça date ! Écoute, c'était en 2018 ?

Eloa : Oui, c'est ça, 2018. Parce que Léa Torrieri a la chance d'avoir une piscine en plein Paris, enfin, sa famille a une piscine, et donc on avait fait un workshop là-bas. Tout le monde, à la fin, était en maillot de bain, toi, tu étais là, et on s'est dit : allez, on fait une photo. Et donc on doit avoir, je ne sais pas, 15 personnes sous l'eau en mode ninja. Et moi, on ne me voit pas, mais c'est moi qui tiens la lumière. Je suis très fière de mon éclairage sous-marin ! Et c'était très important, parce qu'il n'y avait pas un pet de lumière, il faisait nuit.

D'ailleurs, ça aussi, c'est des lumières spéciales, j'imagine ? Tu ne mets pas ta lumière classique, c'est des trucs sur batterie ? Comment ça se passe ?

51:29Phares de plongée, strobes et studio underwater

Alison : Ce sont des phares de plongée, donc des phares sous-marins. Donc oui, tout est sur batterie, c'est vraiment destiné à l'eau. Il ne faut pas les sortir de l'eau quand ils sont allumés, parce qu'ils chauffent très vite et ils grillent, donc il faut vraiment les maintenir dans l'eau. Moi, j'en utilise plusieurs : j'ai un 6000 lumens et un 10 000 lumens, donc ça envoie quand même pas mal, mais ce n'est pas aussi puissant que mes strobes. Les strobes, c'est les flashs qu'on met sous l'eau.

Eloa : Et donc ça se met sur des pieds ? Tu mets des trépieds dans l'eau, quand même ?

Alison : Oui, j'ai des trépieds pour la piscine. Si je suis en mer et que j'ai besoin d'éclairage supplémentaire, ce sont mes assistants qui sont assignés.

Eloa : C'est vraiment un studio, mais rempli d'eau !

Alison : Exactement. Sur mon site internet, je parle du studio underwater.

Eloa : Ah pardon, studio underwater ! C'est le studio mouillé, quoi. C'est vraiment ça, parce que tu me dis que tu mets un trépied avec un flash, carrément, ou une lumière continue. C'est drôle, on pourrait penser que tout est plus compliqué, mais finalement, tu adaptes le studio à l'eau.

Alison : Exactement. Alors, il y a quelques ajustements à faire, parce que la lumière ne fonctionne pas pareil sous l'eau, parce que tu as les contraintes de flottabilité, mais concrètement, c'est ça : essayer d'adapter le terrestre à l'aquatique.

Eloa : Et alors, je crois même qu'on peut mettre des fonds, des fonds tissus, enfin, des fonds au fond de l'eau, pour que la personne qui est prise en photo n'ait pas le carrelage de la piscine derrière elle, mais un tissu coloré. Ça va loin, quand même !

Alison : On peut créer ça. J'avais photographié Estelle comme ça, c'était pendant un workshop, justement : elle était venue jouer les modèles pour nous, et j'avais mis un grand fond jaune, un grand tissu jaune, pour essayer de changer un peu le truc. Et c'était assez fun, ce jaune. D'ailleurs, il faudrait que je le refasse, tiens.

Eloa : Donc là, tu mets du tissu et tu l'accroches avec des poids ou un truc comme ça, au fond de l'eau ?

Alison : Tu le mets sur la paroi et tu le laisses, pour qu'il tienne bien droit. Après, ça complique tout, parce que tu es sous l'eau.

Eloa : Il faudra qu'on retrouve cette photo ! Mais toi qui aimes le challenge, c'est parfait, quoi.

Alison : Ah oui, non, je ne vois plus la difficulté dans tout ça, en fait, c'est vraiment du jeu pour moi. Et quelque part, je retrouve un peu l'adrénaline que j'avais chez les pompiers et que j'avais perdue. J'adore, c'est génial.

Eloa : Tu ne peux pas faire simple, il faut toujours faire compliqué, quoi !

Alison : C'est ça. En même temps, je dis ça pour l'eau, mais finalement, je vois qu'en mariage, c'est pareil, j'ai cette même approche : la simplicité m'ennuie vraiment. J'aime les situations assez inédites, oui, j'aime bien ça. Souvent, c'est la question qu'on me pose, on me dit : comment tu photographies avec autant de flashs pendant la soirée ? Tu dois être obligée de bouger tes trépieds tout le temps ! Ben oui, en fait, je ne fais que ça, mais moi, j'adore. Je crois que j'aime bien faire chier, en fait, je veux que ce soit compliqué.

Eloa : Ça peut être le challenge. Il y a des gens qui adorent la routine, et d'autres qui disent : ah non, moi, je veux que ce soit différent tous les jours, tous les samedis soirs.

Donc tu as vraiment cette double casquette : tu as l'underwater et le mariage. Peut-être un mariage sous l'eau ?

Alison : Peut-être, peut-être.

Eloa : Ça a déjà été fait, j'en ai vu un, moi. Un couple, j'avais vu ça à la télé. Ce n'était pas très élégant, ce n'était pas vu sous l'œil esthétique : c'était vraiment un couple de plongeurs qui se mariaient dans leur fosse, une piscine très profonde, et ils étaient habillés en robe de mariée et en costume sous l'eau. Et alors les questions étaient posées avec des tablettes : voulez-vous prendre... Oui ! C'était très drôle. Ah, c'est vieux, ça. Mais tu pourrais carrément organiser ça !

Alison : Ah oui, tout à fait, tout à fait. En apnée, par contre, parce que, je te dis, la bouteille, pour moi, ce n'est pas intuitif de respirer sous l'eau. Donc la bouteille est complètement bannie de ma pratique : même pour mes modèles, ce sera en apnée.

Eloa : Ah ben, c'est plus élégant, quand même, parce que si tu as les bouteilles, le détendeur, le masque... Alors il va falloir faire un mariage rapide, quand même !

Alison : Il y a des apnéistes qui tiennent bien 4-5 minutes, facile. Un mariage d'apnéistes sous l'eau, ça pourrait être drôle. Allez, je lance une perche !

56:07La sentinelle des mariés

Eloa : C'est ça, nouveau challenge ! Mais tu arrives à retrouver cette adrénaline en mariage ? Alors vraiment, tu cours partout, tu te donnes des challenges ?

Alison : Ouais, c'est ça, j'essaye de ne pas rester inactive. Le mariage, de toute façon, c'est un peu les montagnes russes tout le temps : tu as des pics où tu es dans le speed et des moments où c'est un peu plus slow, mais j'essaye de me maintenir toujours dans le speed, de chercher à droite, à gauche tout ce qui se passe, de vraiment être la sentinelle des mariés.

C'est-à-dire qu'eux, souvent, ils sont dans leur truc, dans leur moment, aux préparatifs par exemple, mais ils ne vont pas voir tout ce qui se passe à côté. Et s'il y a l'oncle Michel qui vient de se réveiller, en calbut, en train de manger sa tartine dans son café devant tout le monde, ça, ils ne vont pas le voir. Mais moi, c'est le truc que je ne veux absolument pas louper.

Eloa : D'accord, donc tu es vraiment partout en même temps. Et tu as une même approche, tu retrouves des similitudes ? Je ne sais pas, tu apportes des lumières en soirée, tu travailles ta lumière terrestre autant que l'aquatique ?

57:17Deux spécialités opposées

Alison : Tout ce qui est l'aspect créatif, c'est la même approche. Sur la technique de prise de vue, je suis en opposition totale. C'est-à-dire qu'en mariage, je ne veux rien maîtriser, dans le sens où je laisse faire, je n'interviens pas, je suis plutôt spectatrice, mais quand même chef d'orchestre, dans le sens où je module ma lumière, je vais gérer ma technique.

Alors que sous l'eau, je maîtrise tout de A à Z : j'accompagne mes modèles, je les fais poser, je gère la lumière, je module le post-traitement, parce qu'il y a énormément de post-traitement, alors qu'en mariage, c'est de l'édition : couleur, contraste, recadrage, basta, quoi. Ce n'est pas la même chose. C'est assez rigolo, d'ailleurs, d'être dans deux spécialités complètement opposées.

Eloa : Ah oui, toi, tu vois ça vraiment comme : dans l'une, je lâche prise, et dans l'autre, je maîtrise tout.

Alison : Oui, oui, oui.

Eloa : Allô, allô ? Tout le monde veut des photos aquatiques ! Donc tu ne lâcherais l'un pour rien au monde ?

Alison : Non, non, j'ai trouvé mon équilibre comme ça avec les deux, j'aime bien. Même si aujourd'hui, je ralentis un peu sur les mariages, c'est vrai. En ce moment, de toute façon, il n'y en a plus beaucoup. Ça fait plusieurs années déjà que je dis que je veux ralentir : j'ai vraiment ralenti depuis 2018, je suis passée de 30-35 mariages à une dizaine.

58:41De 35 mariages à une dizaine

Eloa : C'est énorme ! 30-35 mariages, c'était énorme, quand même.

Alison : Ouais, c'était épuisant, c'était trop. Je pense que pour une seule personne, ça fait beaucoup. Et donc aujourd'hui, l'idée, c'est de prendre plaisir, d'aller au fond des choses avec mes mariés et de me laisser aussi plus de temps pour la photo aquatique.

Eloa : Ouais, parce que ça te prend... Donc ce n'est pas 50-50, dans ton activité pro ? En termes de temps, c'est une chose, mais en termes de revenus ?

Alison : Honnêtement, avec les deux années qui viennent de se passer, 2020-2021, je ne saurais pas dire, mais en 2019, j'étais bien à 50-50.

Eloa : Et tu veux rester comme ça ? C'est cohérent, ça : tu fais une dizaine, une douzaine de mariages, et puis le reste de l'année, des séances.

Alison : Disons que je veux garder les deux, c'est sûr. Après, sur le prorata, ça m'est égal pour l'instant. Si je fais moins de mariages et plus de photos aquatiques, ou toujours 50-50, ça me va. Ce que je ne veux pas, c'est faire plus de mariages : je ne veux plus revenir en arrière.

Eloa : Et tu as l'impression que ça te repose un peu, les mariages, par rapport à l'aquatique, vu que tu lâches vraiment prise et que tu ne contrôles pas ?

Alison : C'est plutôt l'aquatique qui me repose, en vrai.

Eloa : Donc c'est le fait de tout contrôler qui te repose ?

Alison : Oui, c'est physiquement plus cool, l'aquatique, que le mariage, quand même, parce que c'est un sacré marathon, le mariage, toute la journée.

Eloa : Ouais, c'est vrai. Je ne sais pas si tu as déjà mis un podomètre quand tu es en mariage, mais tu fais facile 15-20 km, quoi.

Alison : Ouais, non, je n'ai jamais mis de podomètre, mais mon dos s'en souvient encore, mes épaules, mes coudes...

Eloa : La plante de tes pieds, où tu te dis : il faut vraiment que j'achète des chaussures élégantes mais très sportives, parce que je ne vais pas y aller en talons aiguilles, c'est sûr ! Non, mais c'est pour ça que moi, j'ai arrêté. J'ai trouvé ça beaucoup trop, ça ne correspondait plus du tout à mon rythme.

Et l'aquatique, j'avoue qu'à chaque fois que je vois tes conférences, je trouve ça magnifique, mais ça ne me... Je viendrais bien poser enceinte, à la limite, tu vois, je me dirais : allez, viens, on va être super beaux, ou pas, ensemble ! Mais clairement, le faire... Ça m'a l'air tellement pas compliqué, parce que quand tu le racontes, ce n'est pas compliqué.

61:13Une méthode et une vraie condition physique

Eloa : Ça a l'air juste d'être plein, plein, plein de petites astuces et de petits trucs, pour te dire : alors ça, ça va être comme ça. Quand tu dis que le fond va être lesté, je ne sais pas...

Alison : Ce n'est pas le mot compliqué, c'est une méthode, en fait. C'est méthodique : du moment que tu as la méthode, tu peux le faire. La partie qui va être la plus délicate, pour moi, c'est la partie physique. Il y a un sacré entraînement à avoir quand même, il faut quand même être un peu sportif. Ça, je tiens à le dire, parce qu'au début, ce n'était pas vraiment mon discours : j'avais arrêté le sport, donc ça m'arrangeait bien de ne pas trop le dire.

Mais là, depuis que j'ai repris le sport à fond, ça n'a rien à voir, c'est beaucoup plus simple. Donc le sport fait partie intégrante de ce type de séance. Mais même en mariage, je dis ça, mais pour le mariage aussi, c'est pareil : il faut quand même être en plutôt bonne condition physique.

Eloa : Oui, oui, c'est vrai qu'on est 15 heures debout, quasiment, sauf le moment où tu peux manger une petite salade de carottes râpées entre deux photos, assise dehors avec des couverts en plastique. Non, je rigole ! Mais oui, c'est vrai que c'est très physique. L'underwater aussi, mais tu es à ton rythme, tu peux mener la danse comme tu veux et faire ta séance un peu plus cool. Et puis comme tu es avec une femme enceinte, de toute façon, tu ne la fais pas courir dans tous les sens et nager un kilomètre. C'est plus toi, pour porter...

Alison : C'est ça, c'est porter et encaisser la séance, parce que toi, pour le coup, tu es en apnée, et monter, descendre, monter, descendre, même si tu ne fais pas ça en profondeur, je te jure que ça fatigue. Il faut l'encaisser, vraiment.

Eloa : Ouais, c'est vrai. Tu te dis : allez, je n'en fais qu'une par semaine ? Ou tu as trouvé un rythme ?

Alison : Alors aujourd'hui, ça ne me dérange pas, je peux en faire deux, trois par jour, même. Je connais ma limite. Mais le soir, quand tu es dans ton lit...

Eloa : Tu es bien, quoi, tu dors comme un bébé ! C'est vrai que du coup, tu peux te dire : allez, je loue la piscine pour la journée et je prends trois rendez-vous, trois séances.

Alison : C'est ce que je fais à Paris, quand je viens à Paris, parce que les coûts sont énormes, il faut qu'on se le dise. En général, j'en fais trois dans la journée.

Eloa : Tu loues une piscine privée ?

Alison : Non, à Paris, il n'y a pas vraiment de piscine privée... Si, c'est un privé qui me la loue, et du coup, je loue de 8 h du matin à 16 h-17 h, suivant les dispos, et hop, sur la journée, j'essaye d'en enchaîner trois.

Eloa : Waouh ! C'est comme les gens qui louent le studio à la journée et qui se disent : allez, je bloque mes séances tout le même jour. C'est quand même une organisation, parce qu'il faut que tu aies des femmes enceintes qui soient à peu près au terme que tu veux. Je ne sais pas si c'est 7 mois, 8 mois de grossesse ?

63:54Le bon terme de grossesse et le certificat de la sage-femme

Alison : Je fais quasiment en fin de grossesse, comme ça, il n'y a pas de risque.

Eloa : Ah, tu veux dire que si jamais il y avait quelque chose, elles sont proches d'accoucher, c'est ça que tu veux dire ?

Alison : Comme ça, il n'y a pas de risque... En fait, il y a toujours un risque si on travaille avec la femme enceinte, que ce soit en terrestre ou en aquatique. En terrestre, quand on les fait marcher, j'allais dire une randonnée, mais pas une randonnée, quand on les fait marcher dans un parc, c'est quasiment exactement le même effort que sous l'eau, quand elles montent, elles descendent. Elles sont fatiguées aussi. Mais disons que c'est plus au niveau des pathologies qu'elles peuvent avoir.

Souvent, à 6-7 mois, il y a des pathologies qui ne sont pas encore visibles, alors que quand on est sur une grossesse avancée, elles ont déjà été évoquées, si tu veux. Donc en général, je vais plutôt leur conseiller vers 8 mois, le 8e mois, c'est pas mal. Et surtout, je leur demande un certificat de non contre-indication à la pratique de l'apnée courte en piscine, par leur sage-femme. J'essaie de me garantir.

Eloa : La sage-femme qui doit se dire : mais elle est complètement frappadingue ! Pratique de l'apnée courte, mais qu'est-ce que c'est que ce truc, à 9 mois de grossesse ?

Alison : J'ai fait tout un petit doc pour les sages-femmes, pour leur expliquer ce que c'était. Je l'ai fait avec ma sage-femme à moi, avec qui je bosse régulièrement, Marine, qui intervient aussi sur mes workshops, pour pouvoir présenter le truc, expliquer comment ça se passe.

Une fois qu'on explique et qu'on rassure, la sage-femme va dire : ben oui, écoutez, il n'y a pas de problème, vous êtes en pleine forme, allez faire une heure et demie de natation, avec un petit peu d'apnée, sans dépasser les 20 ou 30 secondes.

Eloa : Ce n'est pas vraiment une heure et demie, non ? Tu disais une heure et demie au total ?

Alison : Non, ça dure une heure et demie sur toute la séance, mais en vrai, sous l'eau, elles doivent y passer une minute trente, même pas. Bout à bout, même pas une minute trente, je pense.

Eloa : Ah oui, effectivement. Donc c'est vraiment, comme tu disais, 6 secondes à chaque fois pour les émotions.

Alison : Et elles ne sont pas vraiment en rétention, elles soufflent tout le temps. Donc tout ça, je l'ai mis sur un doc, j'ai expliqué aux sages-femmes comment ça se passait, et comme ça, les futures mamans peuvent l'envoyer s'il y a besoin.

Eloa : Et tes formations, du coup, tu disais 3 jours. Sur un workshop de 3 jours, vous êtes combien au maximum ?

66:20Les workshops et l'académie

Alison : Ça dépend. Le dernier, on était 9. Ça dépend de la taille de la piscine. Alors oui, de toute façon, on travaille par petits groupes tout le temps, et puis j'essaie d'accorder le maximum de temps à mes élèves, c'est-à-dire que si je peux avoir une heure individuelle ou une demi-heure, ne serait-ce que pour l'évaluation finale, c'est important.

Et après, je ne suis pas toute seule sur les workshops, encore une fois, j'ai des intervenants. Sur le dernier, j'ai eu Lucille, qui est intervenue au niveau de l'apnée et du yoga, elle était aussi avec moi dans l'eau. Donc il y a d'autres intervenants, c'est une espèce de roulement. Là, on était 9 ; 8, je pense que c'est l'idéal, vraiment.

Eloa : Tu nous donneras le lien pour aller voir. J'ai vu ton site, il y a un peu tout sur le site.

Alison : C'est tout sur le site, je viens de tout regrouper sur un site unique : il y a le mariage, l'aquatique, les formations, le shop. alisonbounce.com, A-L-I-S-O-N-B-O-U-N-C-E point com.

Eloa : Effectivement, on retrouve aussi bien l'aquatique que le mariage et les formations, du coup. Académie, ça doit être ça ?

Alison : Académie, je l'ai créée, une académie. Je trouvais ça cool, en fait, de proposer un style d'école photo, mais ce n'est pas vraiment une école photo : c'est une académie pour les photographes qui ont envie de partager notre vision des choses et surtout d'apprendre autrement. Je crois que je l'explique un peu comme ça sur le site.

Je ne suis pas quelqu'un de très scolaire, je m'ennuie très, très vite, et je n'ai jamais été super à l'aise à l'école, dans le sens où je décrochais facilement. Pourtant, j'adore apprendre, et il n'y a jamais eu de solution éducative pour moi, en fait. Et du coup, je me suis dit : aujourd'hui, je vais la créer, faire quelque chose dans ce sens-là, pourquoi pas.

Donc quand on vient à mes formations, il ne faut pas s'attendre à un truc très scolaire. On n'est pas assis derrière une table avec un stylo et un papier, il n'y a quasiment que de la pratique. Ça, c'est quelque chose qui me tenait très à cœur.

68:22Conclusion

Eloa : Eh bien écoute, on ira voir l'académie d'Alison Bounce. Maintenant, je vais tout le temps dire Bounce ! Ça paraît tellement logique, maintenant.

Bon, écoute, franchement, tu nous as emmenés sous l'eau, loin, loin, loin, même en Antarctique. Là, j'aimerais bien que la piscine rouvre et pouvoir aller faire un petit plouf, un petit saut. Je pourrais acheter un jetable qui va sous l'eau.

Alison : Ça existe encore, tu sais, tout à fait ! J'en ai un qui n'est toujours pas développé chez moi, je ne sais pas ce qu'il y a dessus. Tiens, je vais aller le faire développer.

Eloa : On l'a tous fait, ça, les petites photos avec le jetable sous l'eau. Mais maintenant, les gens n'en font plus, sauf s'ils ont un téléphone qui va sous l'eau, sinon c'est rare.

Moi, j'ai un copain qui en a un, et je n'osais pas le mettre dans l'eau, j'avais trop peur : tu es sûr qu'il est bien étanche ? Je peux le mettre sous l'eau ? Ça fait peur.

Alison : Ils sont étanches jusqu'à 1,50 m en général, et pour 30 minutes.

Eloa : Ah oui, il y a un temps ! Après, il faut le mettre dans du riz, on connaît la technique. Bon, Alison, merci beaucoup, merci de ton partage. J'espère qu'on a donné envie aux gens de faire de l'underwater, en toute sécurité surtout, et puis d'aller voir ton site, parce que tout est écrit, et vous allez pouvoir apprendre une nouvelle pratique dans les règles de l'art. Merci beaucoup, à bientôt !

Alison : Parfaitement. Merci à toi, Eloa ! Merci, au revoir, ciao !

Eloa : Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode, j'espère qu'il vous a plu. Pensez à vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée. À bientôt !

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