Pourquoi certains clients se figent devant l'objectif et d'autres se livrent ? Photographe portraitiste et formatrice, Milena Perdriel explique comment elle prépare, accueille et guide ses clients, en portrait corporate comme en portrait personnel, avec la méthode Moment Design.
En résumé :
Ce que Milena Perdriel, photographe portraitiste, applique à chaque séance pour mettre ses clients à l'aise :
• Même approche en corporate et en portrait personnel : en corporate, le client a un besoin ; en portrait personnel, il a une envie. Dans les deux cas, on part de la personne
• Préparer avec une seule bonne question : « Quelqu'un tombe sur votre photo et a envie de travailler avec vous. Vous êtes... ? » Les trois petits points disent ce que le portrait doit montrer
• Donner du temps à la photo : être bien éclairé, maquillé et habillé ne suffit pas, il faut du temps pour se livrer à l'objectif
• Moment Design en quatre étapes : l'intention du photographe, l'accueil, les invitations pendant la séance, puis l'expression d'une émotion, qui monte et redescend comme une vague
• Assumer sa responsabilité de photographe : nos images restent et traversent les générations, comme le rappelait Peter Lindbergh
Se faire photographier n'a rien de naturel. Face à « cet œil énorme » qu'est l'objectif, la plupart des gens se crispent, surtout quand ils viennent pour un portrait professionnel qu'ils repoussent depuis des mois. Pour Milena Perdriel, la technique ne suffit pas : une bonne séance photo se joue avant le premier déclenchement, dans la manière de préparer, d'accueillir et de guider le client.
Au micro de Mathieu Vitrat, photographe et podcasteur chez Fotostudio, elle explique pourquoi elle aborde le portrait corporate et le portrait personnel de la même façon, quelle question elle pose à tous ses clients, pourquoi elle préfère photographier les ados que les bébés, et comment fonctionne Moment Design, la méthode qu'elle enseigne aux photographes pour intégrer la psychologie à la séance photo.
Qui est Milena Perdriel ?
Milena Perdriel est une photographe portraitiste et formatrice pour photographes. Au moment de l'enregistrement, au printemps 2021, elle travaille dans un studio à Montmartre, à Paris, qu'elle partage avec un photographe de mariage et de portrait sur le point de prendre sa retraite.
- Origines : elle a grandi en Bulgarie, a étudié la linguistique française et bulgare, et a enseigné le français dans un lycée bilingue à 20 ans, lors d'un remplacement de trois mois.
- 2012 : photographe à plein temps à Montmartre, en studio, pour des particuliers et des professionnels.
- Portrait corporate : arrivé « par hasard », il représente aujourd'hui la majorité de ses séances en nombre.
- Formatrice : elle enseigne la méthode Moment Design (dont elle était l'une des deux formatrices certifiées en France), le portrait corporate et le personal branding, en formation et en coaching individuel.
Aujourd'hui, son site milenap.com présente le Studio MilenaP, installé à Niort : portraits personnels (famille, femme enceinte, portrait individuel), portraits corporate et personal branding pour les entrepreneurs et les entreprises, ainsi que des formations, des capsules vidéo et du coaching pour les photographes.
1. Portrait corporate ou personnel : faut-il changer d'approche ?
Mathieu s'attend à deux méthodes différentes. Milena le contredit d'emblée : pour elle, ce sont les mêmes personnes, et elle les aborde de la même façon. Ce qui change, c'est le point de départ, et donc les questions qu'elle pose en tant que « capitaine du bateau ».
« Pour le corporate, ils ont un besoin. Et pour le personnel, ils ont une envie. »
Milena Perdriel
Le client corporate qui vient « parce qu'il est obligé »
Le portrait corporate répond à un besoin de communication : dire quelque chose par l'image. Mais les clients arrivent rarement de gaieté de cœur. Souvent, ils sont « au pied du mur » : leur employeur demande une photo, on leur a dit que l'ancienne n'était pas bonne, ou elle date de dix ans. Le pire, selon Milena, c'est quand il la leur faut pour le lendemain : on perd alors toute la phase de préparation. Exception notable, les solo entrepreneurs, qui savent que leur marque, c'est eux, et arrivent avec des idées et de l'enthousiasme.
Pour éviter ces séances bâclées, proposez un créneau de préparation dès la prise de rendez-vous : un outil de réservation en ligne permet au client de choisir lui-même sa date, assez tôt pour qu'il reste du temps pour échanger avant la séance.
Pour aller plus loin sur ce marché, Amélie Marzouk raconte dans son épisode sur le métier de photographe corporate comment elle est passée de la photo de famille au portrait d'entreprise.
À retenir : ne réservez pas un traitement « froid » au corporate. Le client a un besoin plutôt qu'une envie, mais c'est la même personne, avec la même appréhension de l'objectif.
2. Comment préparer un client à sa séance photo ?
Milena se décrit comme « très bavarde » et surtout très curieuse, des gens comme des métiers. Elle fait parler ses clients, même les timides : quand on sait poser les questions, tout le monde finit par parler de soi. Et elle offre aux auditeurs la question qui débloque la plupart des séances corporate.
La question des trois petits points
Imaginez qu'une personne qui ne vous connaît pas, votre futur client ou partenaire, tombe sur votre photo et se dise : « J'ai envie de travailler avec elle, elle est... ». Que mettez-vous à la place des trois petits points ? Enthousiaste, posée, réfléchie, à l'écoute, moderne, dynamique : tout cela peut se voir dans un portrait, à condition de savoir ce qu'on veut montrer. Les gens savent qui ils sont et ce qui les distingue, mais la plupart ne l'ont jamais formulé.
« Toutes ces choses-là, en fait, on peut les voir dans un portrait. Il faut juste savoir ce qu'on a envie de montrer. »
Milena Perdriel
Ce type de question gagne à être envoyé avant la séance, pour que le client y réfléchisse à tête reposée. Un questionnaire de préparation envoyé automatiquement après la réservation vous permet de recueillir ses réponses, ses envies et ses contraintes avant même qu'il pousse la porte du studio.
Obtenir la permission d'entrer
Mathieu, photographe de mariage, le constate en reportage : une séance est gagnée quand on a été autorisé à entrer dans la sphère intime des gens. Milena va plus loin : si on ne la laisse pas entrer, elle a « l'impression d'être punie ». C'est pour cela qu'elle tient au temps de préparation. On ne se connaît pas, on ne peut pas demander à quelqu'un de « donner le plus cher de son être » en arrivant. Son rôle est d'être la personne qui l'aide à voir que ce qu'il a donné est beau.
À retenir : posez une question qui oblige le client à formuler l'image qu'il veut donner. Vous saurez quoi photographier, et lui saura pourquoi il est là.
3. Qu'est-ce qu'une bonne photo de portrait ?
Milena l'a vérifié sur elle-même. Pour un concours sur le thème de l'autoportrait, elle organise une séance avec deux amis, un styliste et un coiffeur. Ils s'amusent « comme des gamins », cinq séries, maquillage et tenues soignés. Résultat : des photos décevantes. En y repensant, elle comprend qu'elle n'a pas donné de temps à la photo : son attention était sur la tenue, le maquillage, l'équipe, et pas sur l'échange avec l'appareil.
« Il faut du temps pour donner de soi à cette espèce d'œil énorme. »
Milena Perdriel
Une photo qui vous parle
À la question « c'est quoi une bonne photo ? », Milena commence par avouer qu'elle n'en sait rien. Elle a remarqué que ses photos préférées, celles que le client adore aussi, récoltent parfois trois likes, quand des images qui la touchent moins en font cinquante. Normal : seuls elle et son client savent ce qui s'est passé à ce moment-là, et ce moment ne se voit pas forcément. Parfois, on a tout, le moment et l'image universellement plaisante. Pas toujours. Sa définition : une photo qui vous parle, vous plaît, vous intrigue, voire vous dérange.
À retenir : ne jugez pas une séance à ses likes. La photo qui compte le plus pour votre client est souvent celle d'un moment que vous seuls avez vécu, et c'est elle qui le fera revenir.
4. Comment photographier des adolescents ?
Milena ne communique pas sur les séances avec de jeunes enfants. Les bébés, « c'est comme les chats » : mignons, mais peu d'interactions. Elle aime photographier les enfants seuls, pour leurs réactions franches et drôles, mais les conflits entre parents et enfants la déstabilisent : elle a envie d'intervenir, et ce n'est pas son rôle. Elle accepte toujours ces familles, simplement elle ne cherche pas à en attirer davantage.
Être la personne neutre à qui ils peuvent parler
Les ados, en revanche, la passionnent : ils se posent des questions, ne se sentent pas écoutés, et elle peut être pour eux une adulte neutre. Elle raconte une stagiaire de troisième dont la mère répondait à toutes les questions pendant l'entretien. Pendant la séance, Milena lui demande simplement quelles sont ses séries préférées, et devient « sa meilleure amie ».
Les adolescents de 2021 se photographient matin, midi et soir avec leur smartphone. Ils banalisent tellement l'image qu'ils vont presque à l'encontre de l'esthétique. Face à un vrai photographe, l'enjeu devient énorme : difficile de les faire venir au studio, mais une fois là, « ils donnent tout ».
À retenir : communiquez sur les clients que vous aimez photographier. Ne pas mettre en avant une clientèle ne vous oblige pas à la refuser, mais vous attirerez davantage celle qui vous ressemble.
5. Qu'est-ce que la méthode Moment Design ?
C'est un ami photographe formateur qui l'a fait entrer dans la formation des photographes professionnels en France, avec la méthode Moment Design, dont ils étaient alors les deux formateurs certifiés. Milena l'enseigne depuis, avec le portrait corporate. Le principe : le photographe est le « designer » des moments que ses clients vont vivre pendant la séance. La méthode tient en quatre étapes.
Les quatre étapes de Moment Design
- 1. L'intention : la psychologie du photographe lui-même. Avant d'accueillir le client, on laisse de côté le pneu crevé ou l'enfant qui a pleuré le matin pour faire de la place à ceux qui arrivent.
- 2. L'accueil : avant même la séance, comment montrer qu'on est disponible pour eux ? La façon de dire bonjour, d'offrir un café ou un verre d'eau, l'énergie qu'on dégage en ouvrant la porte. La perception passe par tous les sens, l'odorat, le toucher, la vue.
- 3. Les invitations : la partie visible de l'iceberg. Toutes les interactions pendant la séance pour amener les gens à faire ce qui sert la photo, et ce qui les fait se sentir bien.
- 4. L'expression d'une émotion : une émotion arrive comme une vague, elle monte, atteint un pic, puis redescend. Certaines sont belles avant le pic, d'autres au sommet, d'autres après. C'est là que joue la maîtrise du photographe.
« Je suis le designer des moments que les gens vont vivre pendant la séance photo. »
Milena Perdriel
Rendre conscient ce qui se passe de toute façon
Tout cela se produit dans n'importe quelle séance. L'intérêt de la méthode, selon Milena, est d'en prendre conscience pour pouvoir agir dessus. Chaque photographe l'applique ensuite à sa manière : un même couple, photographié par trois photographes, vivra trois séances différentes. En formation, les modèles le disent eux-mêmes : « c'est incroyable comme chacun d'entre vous est différent ».
Une photo forte n'est d'ailleurs pas forcément du Moment Design. Dans un reportage de mariage ou une photo de rue, le photographe a su être présent et saisir l'instant, mais il n'a pas provoqué ce qui s'est passé. Le Moment Design, c'est précisément la responsabilité du photographe dans ce qui arrive devant son objectif.
À retenir : la séance commence bien avant le premier déclenchement. Votre état d'esprit et votre accueil font déjà partie de la photo.
6. Faut-il diriger ses clients ou les laisser faire ?
Pour Milena, c'est un choix, et il n'y a pas de mauvaise réponse tant qu'on l'assume. Les reporters, en reportage classique, de mariage ou de famille, choisissent de ne pas intervenir. Elle choisit d'intervenir, puis de prendre suffisamment de recul pour documenter ce qu'elle voit : faire poser les gens, pour un résultat naturel.
« J'adore faire des photos de gens pieds plantés au sol, les bras ballants. »
Milena Perdriel
Chaque photographe attire les clients qui lui ressemblent
Ces portraits simples, presque immobiles, sont pour elle d'une force déconcertante, parce que tout le monde se tient ainsi à un moment de sa vie. D'autres photographes font tout l'inverse. Une amie photographe, mal à l'aise avec l'intime et les larmes, fait sans cesse bouger et sautiller ses clients, et ça marche, parce que ça lui ressemble. Résultat : elle attire des clients prêts à sautiller, Milena des clients prêts à se faire des câlins. Et c'est votre site internet de photographe, vos mots et vos images qui font ce tri avant même le premier contact.
« Sur une échelle de 1 à 10, vous êtes tactile combien ? »
C'est la question que Milena pose à ses couples comme à ses familles pour savoir jusqu'où aller : peut-elle les faire se prendre dans les bras, se serrer fort ? Chacun a un degré de « tactilité » différent, et le savoir avant la séance évite de mettre les gens mal à l'aise.
À retenir : diriger ou documenter, les deux se valent. Ce qui compte, c'est de choisir en conscience et de rester fidèle à votre manière de faire, c'est elle que vos clients viennent chercher.
7. Quelle est la responsabilité du photographe ?
Le personal branding, Milena s'y est intéressée dès qu'elle s'est lancée. La plupart des photographes sont des solo entrepreneurs : il est logique que tout leur ressemble, leurs mots, leurs images, leurs offres et les clients qu'ils visent. C'est ce qu'elle travaille avec eux en coaching individuel, comme elle le fait avec ses clients corporate.
La leçon de Peter Lindbergh
Pour le mot de la fin, Milena raconte la formation qu'elle a suivie en 2018 avec Peter Lindbergh, disparu depuis. Dès le questionnaire de préparation, il parlait de la responsabilité du photographe : comment on regarde ses clients, comment on les photographie, comment on en parle. Parce que les images restent et traversent les générations, il faut voir plus loin que la demande du moment. Les clients ne savent souvent pas ce qu'ils veulent, et le photographe peut défendre des valeurs.
« Photographes, prenons nos responsabilités parce que nous touchons les gens. Chacun à son échelle. »
Milena Perdriel
Cette responsabilité se prolonge jusqu'à la livraison : présenter les images dans une galerie en ligne soignée, plutôt que dans un simple lien de téléchargement, fait aussi partie de la manière dont vous racontez vos clients.
À retenir : un portrait n'est pas qu'une commande. Il dit quelque chose de la personne et restera longtemps : c'est une raison de plus pour soigner chaque étape, de la préparation à la livraison.
Épisode enregistré au printemps 2021, en pleine crise sanitaire. À l'époque, Milena Perdriel travaillait à Montmartre et finalisait un livre sur le portrait corporate destiné aux photographes ; son studio et son activité actuels sont présentés sur son site.
Les erreurs à éviter en séance photo portrait
D'après l'expérience de Milena Perdriel :
✗ Sauter la préparation, surtout quand le client corporate a besoin de sa photo pour le lendemain.
✗ Demander au client de se livrer dès son arrivée, sans lui laisser le temps de vous faire confiance.
✗ Arriver en séance avec ses soucis au lieu de faire de la place à ceux qu'on accueille.
✗ Tout miser sur la technique : lumière, maquillage et tenue ne remplacent pas le temps donné à la photo.
✗ Imposer du contact physique sans savoir si vos clients sont tactiles.
✗ Juger ses images aux likes plutôt qu'à ce qu'elles représentent pour le client.
✗ Copier la manière d'un autre photographe au lieu d'assumer la sienne.
FAQ : psychologie en séance photo
Comment mettre un client à l'aise pendant une séance photo ?
En préparant la séance avec lui, en l'accueillant avec attention et en le guidant pendant la prise de vue. Milena Perdriel prend le temps d'échanger avant la séance, offre un café, fait parler ses clients d'eux-mêmes et leur propose des « invitations » qui servent la photo tout en les aidant à se sentir bien.
Qu'est-ce que la méthode Moment Design en photographie ?
Une méthode qui fait du photographe le « designer » des moments vécus pendant la séance. Elle compte quatre étapes : l'intention du photographe, l'accueil du client, les invitations (les interactions pendant la séance) et l'expression d'une émotion, qui monte et redescend comme une vague.
Quelles questions poser à un client avant un portrait corporate ?
Milena Perdriel pose une question simple : « Quelqu'un qui ne vous connaît pas tombe sur votre photo et a envie de travailler avec vous. Vous êtes... ? » Les mots choisis (posé, enthousiaste, à l'écoute, dynamique) indiquent ce que le portrait doit montrer.
Comment photographier quelqu'un qui ne se trouve pas photogénique ?
En partant de ce qu'il aime dans son métier et de ce qu'il veut montrer, plutôt que de son apparence. Il faut aussi du temps : selon Milena Perdriel, être bien éclairé, maquillé et habillé ne suffit pas, il faut laisser à la personne le temps de se livrer à l'objectif.
Comment réussir une séance photo avec un adolescent ?
En étant pour lui un adulte neutre, qui l'écoute vraiment. Milena Perdriel s'intéresse à ce qu'il aime, ses séries préférées par exemple, plutôt que de passer par ses parents. Les ados sont souvent difficiles à faire venir au studio, mais une fois en confiance, ils donnent tout.
Faut-il diriger ses clients en séance photo ou les laisser faire ?
Les deux approches se valent si elles sont choisies en conscience. Les photographes de reportage choisissent de ne pas intervenir ; Milena Perdriel choisit d'intervenir, de faire poser ses clients, puis de prendre du recul pour obtenir un résultat naturel.
Comment savoir si un couple accepte d'être tactile en séance photo ?
En le demandant avant la séance. Milena Perdriel pose la question « Sur une échelle de 1 à 10, vous êtes tactile combien ? » à ses couples et à ses familles. La réponse lui indique jusqu'où elle peut les faire se rapprocher sans les mettre mal à l'aise.
Découvrir le travail de Milena Perdriel
Portraits personnels, portraits corporate et personal branding au Studio MilenaP à Niort, mais aussi formations, capsules vidéo et coaching pour les photographes : retrouvez son travail sur son site, milenap.com.
Transcription intégrale de l'épisode
Vous préférez lire ? Voici la transcription complète de l'échange entre Mathieu Vitrat et Milena Perdriel, découpée en chapitres.
Cet épisode a été enregistré au printemps 2021, pendant la crise sanitaire. Les conseils partagés restent d'actualité ; le studio, le livre et les projets évoqués concernent cette période. Transcription « verbatim nettoyée » : les tics de langage et répétitions ont été allégés pour la lecture, sans modifier le propos.
Lire la transcription complète (environ 6 700 mots)
Chapitres :
- Introduction
- Qui est Milena Perdriel ?
- Portrait corporate et portrait personnel : la même approche
- Le client corporate qui vient par obligation
- La question des trois petits points
- Curieuse des gens et des métiers
- Entrer dans la sphère intime
- Donner du temps à la photo
- C'est quoi, une bonne photo ?
- Photographier les ados plutôt que les bébés
- De la Bulgarie à la formation des photographes
- Moment Design : de la psychologie en séance photo
- Étapes 1 et 2 : l'intention et l'accueil
- Étape 3 : les invitations
- Étape 4 : l'émotion comme une vague
- Chaque photographe a sa manière
- Intervenir ou documenter : un choix
- Pieds plantés au sol, bras ballants
- « Vous êtes tactile combien ? »
- Actualité : un studio qui change et un livre sur le portrait corporate
- Le mot de la fin : Peter Lindbergh et la responsabilité du photographe
- Conclusion
Introduction
Mathieu : Salut à tous et bienvenue sur le podcast Fotostudio. Chaque mardi, j'invite un photographe ou un expert d'un secteur spécifique pour vous permettre d'évoluer ou de progresser dans votre métier. Je suis Mathieu Vitrat, photographe et podcasteur chez Fotostudio, une plateforme utilisée au quotidien par plus de 1000 photographes francophones et européens. Fotostudio leur permet de gagner un temps considérable dans leur travail administratif en simplifiant la gestion de leurs clients et de leurs shootings.
Si ce podcast vous plaît, partagez-le et abonnez-vous sur votre plateforme préférée. Je reçois aujourd'hui Milena Perdriel, qui nous parle de son activité de photographe portraitiste à Paris. Elle va nous parler de sa manière d'aborder cette activité en corporate ou avec des particuliers. Elle va également nous parler des différentes formations qu'elle donne, notamment celle du Moment Design, qui permet d'intégrer un aspect psychologique au shooting avec ses clients.
Bonjour Milena.
Milena : Bonjour Mathieu.
Mathieu : Comment tu vas ?
Milena : Eh bien écoute, je vais très bien. Il fait presque beau dehors, donc tout va bien.
Mathieu : Je suis ravi de t'accueillir sur le podcast de Fotostudio.
Milena : Oui, merci.
Mathieu : Pour être honnête, je te connais parce qu'on a une connaissance en commun qui a participé à une de tes formations : Samuel Dejour, s'il nous entend. Je ne sais pas si tu...
Milena : Bonjour Samuel ! Merci d'avoir parlé de moi.
Mathieu : Merci d'avoir été là, déjà. Non, mais c'est vrai qu'il a abordé effectivement une...
Milena : Qu'est-ce qu'il a dit ? Qu'est-ce qu'il a dit ?
Mathieu : Il a dit que c'était une super formation qu'il avait pu faire et que ça lui avait apporté beaucoup. Donc c'était assez chouette de parler de ça avec lui, et on va en parler un petit peu dans le podcast, un peu plus tard. Alors, pour faire court, effectivement, tu es photographe portraitiste à Paris, mais tu vas nous en parler. D'ailleurs, je vais te laisser te faire une petite présentation, ou une grande présentation, c'est comme tu veux. Le micro est à toi.
Qui est Milena Perdriel ?
Milena : Eh bien, merci. J'ai un nouveau micro, donc oui, il est à moi. Je suis très bavarde, donc il faudra m'arrêter quand il faut. Oui, je suis photographe portraitiste à Paris, à Montmartre. J'aime bien dire « à Montmartre » parce que j'ai la chance d'habiter et de travailler à Montmartre. J'ai l'impression d'être sur un petit nuage au milieu de Paris.
J'y suis depuis le début, en fait, depuis que j'ai créé mon activité de photographe à plein temps en 2012. J'ai changé deux fois de studio. Là, je suis dans mon studio que j'ai créé et que je partage encore cette année avec Jacques Mathéos, un grand monsieur de la photographie de mariage, de portrait et de balade dans Paris pour les touristes.
Moi, je fais principalement du studio. Je travaille avec les particuliers et avec les professionnels. Par hasard, j'ai commencé à travailler avec les professionnels pour des portraits corporate, et j'y prends beaucoup, beaucoup de plaisir, personnellement, humainement et professionnellement. Donc je fais vraiment les deux presque kif-kif. Même, en nombre, je fais plus de portraits corporate.
Portrait corporate et portrait personnel : la même approche
Mathieu : Ce n'est pas la même approche, les deux activités, avec les particuliers et les corporate. Comment tu dirais que tu abordes le portrait ? Quelle est la différence de ton approche dans ces deux activités-là ?
Milena : Eh bien, justement, je vais te contredire, parce qu'en fait, je pense que c'est la même approche.
Mathieu : D'accord.
Milena : En tout cas, moi, je vois les choses pareillement. Je pars du principe que ce sont les mêmes personnes : pour le corporate, ils ont un besoin, et pour le personnel, ils ont une envie.
Mathieu : D'accord.
Milena : Donc en fait, j'approche les gens de la même façon. Moi, j'essaie d'être la même. Mais en tant que capitaine du bateau, on va dire, je sais qu'il y a des questions différentes que je pose dans une des situations par rapport à l'autre.
Mathieu : D'accord.
Milena : Le portrait corporate, c'est vraiment un besoin de communication. On a besoin de dire quelque chose et on va trouver le moyen de le dire par l'image. Et le portrait personnel, c'est une envie de quelque chose. Parfois, les gens savent ce qu'ils ont comme envie, parfois ils ne savent pas. Du coup, on cherche. C'est quand même un peu différent.
Le client corporate qui vient par obligation
Mathieu : La motivation à l'origine de la personne que tu vas prendre en photo n'est pas la même, du coup. Parce que pour les corporate, ça va être potentiellement une obligation, et une demande qui ne vient parfois pas d'eux. Comment tu abordes ça, quand la personne qui vient te voir côté corporate te dit : « Moi, je ne suis pas du tout photogénique, je suis venu là parce que je suis presque obligé » ? Comment ça se passe ?
Milena : Ben, c'est à peu près comme ça. Les gens viennent parce qu'ils sont parfois quasiment au pied du mur. Alors, le pire, c'est quand ils en ont besoin pour demain, bien sûr, parce qu'ils ont tellement, tellement reculé l'échéance que ça devient un peu urgent. Et là, c'est dommage, parce que du coup, on manque cette partie de préparation qui est quand même assez importante.
Mais bon, ils viennent avec une demande : « J'ai besoin de communiquer », ou « on m'a demandé un portrait pour telle et telle utilisation, je n'en ai pas », ou « on m'a dit que ce que j'avais, ce n'était pas bon », ou alors « les portraits que j'ai, ça fait dix ans, ça serait bien de les mettre à jour ». Donc la demande, effectivement, ils ne viennent pas de gaieté de cœur, sauf, j'ai envie de dire, les nouveaux entrepreneurs, les solo-entrepreneurs qui savent que leur marque, c'est eux-mêmes. Donc là, ils viennent avec un peu plus d'idées, d'envie, voire de l'enthousiasme.
Mais oui, après, ça se passe bien, parce que je leur dis ce que je suis en train de te dire. En fait : « Vous êtes comme vous êtes, vous aimez votre métier. » On part de cette idée-là quand même. « Et vous avez des choses à dire et à montrer dans votre métier. » Et en fait, il y a une question que je vous offre, chers auditeurs.
La question des trois petits points
Milena : Il y a une question qui parle vachement aux gens, même quand ils ne se la sont jamais posée, c'est de leur dire : imaginez quelqu'un qui ne vous connaît pas, qui tombe sur votre photo, qui est votre potentiel client ou partenaire, ou en tout cas la personne avec qui vous cherchez à travailler. Il voit votre photo et il se dit : « Oh là là, ce gars-là, ou cette personne-là, peu importe en fonction du langage, j'ai envie de travailler avec elle, elle est... » Trois petits points. Remplissez les trois petits points, en fait.
Qu'est-ce que vous voulez que la personne se dise ? « Je suis quelqu'un d'enthousiaste, je suis quelqu'un de posé, de réfléchi, je suis quelqu'un qui est à l'écoute, je suis quelqu'un de moderne, de dynamique. » Tu vois, toutes ces choses-là, en fait, on peut les voir dans un portrait. Il faut juste savoir ce qu'on a envie de montrer. Et c'est comme ça qu'on décortique. Les gens savent qui ils sont, ils savent ce qu'ils apportent, ils savent quelle est leur différence, mais la grande majorité ne l'ont jamais exprimé. Donc nous, on arrive avec nos questions, on leur demande de l'exprimer, et ils ne savent pas.
Curieuse des gens et des métiers
Mathieu : Tu parles beaucoup avec les gens en amont ?
Milena : Ouais. Je suis bavarde, tu vois, donc je parle beaucoup. Et surtout, je pense que je suis très curieuse. Je suis très curieuse des gens et je suis très curieuse des métiers. J'ai rencontré des métiers incroyables, je ne savais même pas que ça existait. Moi, je n'ai jamais travaillé dans une grande entreprise, par exemple, et je découvre des trucs de ouf. Ils ont des postes, des directions et des sous-directions, des responsables et des activités. Je me dis : « Waouh, il y a tout ça. » Et en fait, tout ça, ça construit un monde. C'est merveilleux, tu vois.
Donc ouais, je parle beaucoup avec les gens, je les fais parler. Et c'est vieux comme le monde, mais les gens aiment parler d'eux-mêmes. Même les timides. Quand on sait bien poser les questions, ça arrive facilement.
Entrer dans la sphère intime
Mathieu : Sur la partie portrait avec les particuliers, tu vas aborder ça de la même manière. Moi, je ne sais pas ce que tu en penses, mais je fais beaucoup de reportages de mariage. Et c'est gagné quand on a réussi à rentrer un petit peu dans la sphère intime. Alors, je sais que le portrait, ce n'est pas pareil que le reportage. Mais il y a cette certaine autorisation, en fait. Quand tu as gagné cette validation de rentrer dans la sphère intime des gens, tu arrives à avoir beaucoup de choses supplémentaires, une valeur ajoutée à tes photos. Je ne sais pas ce que tu en penses.
Milena : Je suis d'accord avec toi. Et j'ai reconnu un jour que, personnellement, j'ai besoin de ça. C'est-à-dire que si on ne me laisse pas entrer, j'ai l'impression d'être punie. Et quand tu es punie, tu vois, tu n'es pas bien. En tout cas, moi, je ne suis pas bien. Je pense que personne n'est bien quand il est puni. Mais c'est exactement ça.
Et c'est pour ça aussi que j'ai besoin de cette étape de préparation, pour donner l'occasion aux gens de me laisser entrer. Parce que ce n'est pas évident, en fait. On ne se connaît pas, ils ne me connaissent pas, et tout d'un coup, comme ça : « Vas-y, donne-moi le plus cher de ton être. » Ben non. Tu es qui, toi ? Et donc, quelque part, quand on imagine ça comme ça, on se dit : moi, je suis la personne qui va t'aider à voir que c'est beau, ce que tu as donné. Et il faut le faire comprendre aux gens. Et ça, ça a besoin de temps.
Donner du temps à la photo
Milena : Le temps est magnifique. Je vais profiter de ce sujet, parce que là, je pense à un truc. La semaine dernière, je me suis rendu compte de l'impact du temps sur moi-même. Et je parle de photos, hein. J'ai fait une série d'autoportraits, parce que j'aime faire des autoportraits, et là, il y a un concours que je prépare dont le thème spécial, c'est l'autoportrait. Donc je me suis dit : « Super, je vais faire de nouveaux autoportraits. »
Et je discutais avec des amis proches d'ici. Il y en a un qui est styliste, l'autre est coiffeur. Je dis : « Eh les gars, allez, on va faire un truc ensemble, on va s'amuser. » Et on s'est amusés comme des gamins. C'était trop bien. Sauf que pendant la séance photo, je me suis tellement amusée avec eux que je me suis moins concentrée sur la photo. Et du coup, quand j'ai regardé les photos, elles n'étaient pas top par rapport à ce que je veux, par rapport à ce que je sais que je peux faire, pour l'avoir déjà fait.
Et je me suis dit : « Mais comment ça se fait ? J'étais bien maquillée, bien habillée, parce que c'était tout un jeu. Comment ça se fait que les photos ne sont pas bien ? » Donc j'ai réfléchi, je me suis souvenue des détails de la séance, et j'ai compris que je n'avais pas donné du temps à la photo. En fait, mon attention était sur le fait d'être habillée, d'être maquillée, d'être dans une équipe, etc. Et le temps que je prends normalement dans cet échange avec l'appareil photo, eh bien là, il n'y était pas.
Et j'aurais dû, pour chaque série (parce qu'en plus, on a fait cinq séries, donc tu vois, ça a pris du temps), consacrer du temps à la photo. Parce que ça ne vient pas comme ça. Ce n'est pas parce qu'on est bien éclairé, bien maquillé, bien habillé, bien machin, bien truc, et qu'on maîtrise... Moi, je maîtrise les poses, je maîtrise tout, je maîtrise mon idée. Eh bien en fait, ça ne suffit pas. Il faut du temps pour donner de soi à cette espèce d'œil énorme. Là, vous ne voyez pas, mais je fais un truc avec les doigts pour désigner l'objectif.
Parce que finalement, c'est une situation où une personne est face à un œil observateur. On est parfois quasiment sous une loupe. Et sous cette loupe, il faut trouver le moyen d'être détendu, dans le sens d'être vrai, d'enlever les filtres, en fait.
C'est quoi, une bonne photo ?
Mathieu : C'est quoi, une bonne photo, Milena ?
Milena : Ah ben, je n'en sais rien.
Mathieu : Quelle est ta réponse ? Tu ne l'attendais pas, celle-là ?
Milena : Non, je ne l'attendais pas, celle-là. Ben, une bonne photo... Tu sais, c'est comme on dit, on est toujours le con de quelqu'un. Chaque photo est bonne pour quelqu'un, quelque part, je pense. Et je me suis aperçue aussi... Alors, c'est des questions d'ego aussi qui m'ont amenée à réfléchir : comment ça se fait, par exemple, que moi, j'adore une photo, le client qui est sur la photo adore cette photo, et que j'ai trois likes dessus ?
Alors que sur des photos que je kiffe moins, on va dire, bien aussi, mais qui me touchent moins, ben vas-y, 40, 50, 60... Enfin, je n'ai pas une communauté qui like énormément, c'est pour ça que je donne des chiffres comme ça. Et en fait, je me suis rendu compte que, quelque part, c'est normal, parce que la photo que je fais, parfois, elle me parle à moi, elle parle au client qui est sur la photo, parce que nous seuls savons ce qui s'est passé à ce moment-là.
Et ce qui s'est passé à ce moment-là a une énorme importance pour nous, parce qu'on ne l'oubliera jamais. Mais ce n'est pas quelque chose qui va se voir. Alors, parfois, on a tout : on a le moment, on a la photo qui est plus universellement plaisante. Mais pas tout le temps. Donc moi, je dis qu'une bonne photo, c'est une photo qui te parle, qui te plaît, qui t'intrigue, voire qui te dérange. Après, moi, je n'aime pas trop être dérangée, mais j'aime quand les choses me parlent.
Photographier les ados plutôt que les bébés
Mathieu : Alors, on va en parler un petit peu plus tard, mais tu l'as déjà pas mal dit : tu accordes une importance particulière au relationnel avec la personne que tu vas photographier.
Milena : Oui.
Mathieu : J'ai vu une interview que tu avais déjà faite, sur le fait que tu abordais la relation avec les ados, notamment, d'une certaine façon. Tu disais, dans ce que j'ai pu entendre, que tu n'avais pas spécialement d'attrait particulier pour prendre en photo les nouveau-nés, par exemple, ou les enfants. Mais les ados, tu avais effectivement cette sensibilité-là.
Milena : Je pense qu'en grande partie, parce que j'ai des ados moi-même.
Mathieu : Oui.
Milena : Mais aussi parce que... Alors, les bébés, c'est mignon, en fait. Les bébés, c'est comme les chats. C'est mignon. Tu peux le photographier tout le temps, et au final, c'est toujours la même chose. Tu vois. Et tu peux le câliner. Bon. En fait, il n'y a pas beaucoup d'interactions.
Les enfants... Alors, j'aime bien photographier les enfants seuls. Parce que les enfants seuls, justement, ils ont des réactions étonnantes, rigolotes, honnêtes, franches, directes. Ça, j'aime bien. Ce que je n'aime pas, parce que ça me déstabilise et parce que j'ai envie d'intervenir, or ce n'est pas mon rôle d'intervenir, c'est quand il y a des conflits entre les enfants et les parents. En fait, je ne suis pas à l'aise d'être au milieu du conflit.
Souvent, je trouve que les parents ont tort. Donc du coup, j'ai envie de leur dire : « Non, mais arrêtez », enfin, quoi que ce soit, tu vois, ou « faites autrement ». Mais ce n'est pas mon rôle. Et il y a des photographes qui savent très, très bien le faire, gérer les parents, gérer les enfants. Moi, je n'y arrive pas. Ça me déstabilise plus qu'autre chose. Ça me déplaît.
Donc du coup, je préfère éviter. En gros, je ne communique pas sur des séances photo avec des petits enfants. Et pourtant, j'ai eu des familles en or avec des petits enfants que j'adore. Et j'ai quand même encore des familles avec des petits enfants, et je le fais. Je ne dis pas non, mais je ne communique pas, parce que je n'ai pas envie d'en attirer plus.
Les ados, j'aime, parce que les ados font partie de ceux qu'on n'écoute pas et de ceux qui se posent des questions. Moi, j'aime les gens qui se posent des questions. Et les ados se posent des questions sans vraiment réfléchir ou sans vraiment chercher de réponses, mais ils se posent des questions. Et souvent, ils sont dans le malaise de ne pas être entendus, de ne pas être écoutés, de ne pas être compris, bien sûr. Et du coup, mon rôle, pour le coup, c'est d'être la personne neutre à qui ils peuvent parler.
Et j'ai vu des transformations devant moi, notamment avec une stagiaire de troisième qui était venue ici accompagnée par sa maman. Sa maman a appelé pour le stage, sa maman est venue pour le rendez-vous, sa maman a parlé pendant le rendez-vous. Et j'étais là, je posais des questions à la gamine, et c'est la mère qui répondait, tu vois. Oh là là, ça m'a fait mal au cœur.
Et après, pendant le stage, je lui ai fait une séance photo et je lui ai juste demandé : « C'est quoi tes séries préférées ? » Oh ! Ah mais à partir de là, j'étais sa meilleure amie, quoi. Et j'ai trouvé ça quelque part triste et dommage pour leur relation familiale. Mais voilà.
Et en fait, j'aime bien, parce qu'ils ont des trucs cool à partager, parce qu'ils réfléchissent, et aussi parce que je pense que moi, je ne me souviens pas de comment j'étais quand j'étais ado. Je suis quelqu'un d'assez intuitif et j'ai fait beaucoup de choses sans vraiment réfléchir, sans vraiment en prendre conscience. Et ça m'aide à rester jeune, tu comprends ?
Mathieu : Non, mais c'est vrai que c'est un âge qui est un peu ingrat comme ça et qui, comme tu le dis, implique des questionnements permanents pour les ados. Donc du coup, c'est quelque chose de particulier à appréhender. Ils ne sont peut-être pas spécialement prêts pour faire ce genre d'activité, ce genre de photos-là. Donc c'est une approche à travailler.
Milena : Pour les photos, les ados sont très demandeurs. Mais ils en ont peur, parce qu'ils ont un rapport... Les ados d'aujourd'hui, de 2021, ils sont matin, midi et soir sur les photos, tu vois ? En fait, ils sont habitués à se voir, ils sont habitués aux gestes de se photographier, d'être photographiés. Mais ils dédramatisent tellement ça qu'ils le banalisent, et qu'au contraire, ils vont presque à l'encontre de l'esthétique.
Et quand ils ont en face d'eux un vrai photographe, pour eux, c'est presque un enjeu. Et c'est pour ça aussi que c'est difficile de les faire venir au studio, mais une fois qu'ils sont là, ils donnent tout. Et ça, c'est chouette.
Mathieu : Oui, comme tu le dis, la seule expérience qu'ils ont, la plupart, c'est avec leur smartphone, et c'est une expérience qui est tout autre qu'être devant un photographe pro.
De la Bulgarie à la formation des photographes
Mathieu : Alors, tu as une deuxième activité, qui est aussi au sein du studio, c'est la formation. Ce côté pédagogie, ce côté apporter, faire un transfert de méthodologie pour une activité particulière, c'est quelque chose qui te plaît beaucoup. Comment c'est venu ? Est-ce que c'est venu dès le début, ou alors c'est venu par la suite, au fil du temps ?
Milena : C'est le moment et l'occasion (merci de me donner cette occasion) de dire un grand merci à Daniel Bordonnet, qui m'a amenée dans la formation photo en France. Il m'a dit : « Viens avec moi, on va faire des trucs bien. » Et puis on a fait des trucs bien.
Mathieu : Il parle comme ça ?
Milena : Non. Non, mais dans mes oreilles et dans ma mémoire, c'est resté un truc un peu solennel. Mais en fait, j'étais déjà formatrice. Alors, pour revenir un petit peu en arrière : je suis bulgare, j'ai grandi en Bulgarie, j'ai appris le français il y a longtemps et j'étais bilingue depuis longtemps. Et avant de venir en France, j'étais en fac de linguistique française et bulgare.
Et en fait, à un moment, on m'a proposé de faire un remplacement de trois mois dans un lycée spécialisé de langue française, où on apprenait le français en LV1, genre super intensif. Et j'avais 20 ans, je ne sais même pas si j'avais 20 ans ou 19 ans, quelque chose comme ça, et les élèves étaient en sixième ou en cinquième, donc il n'y avait pas beaucoup de différence entre nous. J'ai flippé ma race au début.
Bref, ça s'est super bien passé, j'ai trop adoré, et j'aime bien, en fait. Je pense que c'est pareil, ma curiosité envers les gens. Et finalement, partager ce qu'on sait, c'est génial. Enfin, quand on y croit, c'est quand même cool. Ma mère était prof, donc être prof, pour moi, ce n'était pas acquis, mais c'était normal et c'était cool.
Par contre, je n'ai jamais voulu être prof. C'est pour ça que je n'ai pas vraiment fini mes études de linguistique, parce que je pensais que la seule chose que je pouvais faire, c'était prof ou traductrice, et je ne voulais ni l'un ni l'autre. Bref, et donc, Daniel m'a amenée dans la formation pour photographes professionnels via la méthode Moment Design. On était les deux formateurs certifiés en France.
Et on a fait une formation Moment Design, et puis après, on a fait « l'Invitation », qui était une formation encore plus riche que la méthode Moment Design en elle-même. Et puis j'aime ça. Maintenant, j'enseigne Moment Design, j'enseigne le portrait corporate, parce que je pense que ma manière de voir le portrait corporate, de le moderniser dans le visuel et dans la démarche, est intéressante. Apparemment, ça parle aussi aux gens, donc c'est cool.
Et globalement, avec la formation, je me sens, tu sais, comme le petit colibri qui amène ses petites gouttes d'eau pour éteindre l'incendie de la forêt amazonienne. Moi, je me dis que si on est de plus en plus nombreux à faire des portraits corporate qui ont du sens, qui sont modernes, où les gens disent pour de vrai leurs valeurs, ça va faire un paysage professionnel corporate en France plutôt sympa. Moi, j'aime bien ça.
Et à côté de ça, j'ai commencé assez tôt, quand j'ai décidé d'être entrepreneur : je me suis très tôt intéressée au personal branding. Et du coup, je pense qu'en tant que photographe, c'est extrêmement précieux d'y réfléchir, de le cultiver. Donc quand je fais des coachings individuels, par exemple, je parle beaucoup de personal branding et de l'idée que qui on est doit se voir dans les mots, dans les images, dans les choix des offres, dans la cible qu'on vise, qu'on a envie d'avoir, et dans tout ça.
Donc une espèce de globalité, liée au fait que le photographe, la plupart du temps de nos jours, est un solo-entrepreneur. Donc il fait tout, et c'est normal que tout lui ressemble.
Moment Design : de la psychologie en séance photo
Mathieu : Tu parlais tout à l'heure de la formation Moment Design que tu fais. Il y a une forme de psychologie dans l'approche, de ce que j'ai compris, mais tu me coupes si je me trompe. Moi, je fais pas mal de photos de couple, évidemment, et on fait pas mal d'exercices pour faire en sorte que les personnes se sentent à l'aise. Parce qu'effectivement, comme tu le disais tout à l'heure, ce n'est évidemment pas naturel d'être devant un photographe et de se laisser prendre en photo dans une situation où, d'habitude, tu n'as personne qui te scrute avec un appareil.
Donc la méthode Moment Design, il y a un peu de psychologie là-dedans. Est-ce que tu peux me décrire un petit peu cette formation que tu exerces, et puis les bénéfices que ça apporte ?
Étapes 1 et 2 : l'intention et l'accueil
Milena : Il y a de la psychologie, c'est sûr, sûr, sûr. Après, la méthode Moment Design, c'est assez simple. Il y a quatre étapes. La première étape, c'est l'intention, qui concerne le photographe : comment il se sent devant la perspective d'accueillir ces gens-là et de leur faire leur portrait. Donc ça, c'est la psychologie individuelle du photographe.
En gros, il faut que tu sois prêt à accueillir des gens. Tu laisses tomber ton pneu crevé, ou ton gosse qui a chialé le matin, ou n'importe quoi qui ne concerne pas ces gens-là. Tu le laisses de côté pour faire la place aux gens qui vont venir.
La deuxième étape, c'est au moment de l'accueil, c'est-à-dire encore avant la séance photo en elle-même : comment tu vas réussir à leur communiquer que tu es disponible pour eux. Dans la manière de les accueillir, dans la manière de dire bonjour, dans la manière d'offrir un petit café ou pas, ou un verre d'eau, tu vois, tout ça. En fait, tu ouvres la porte, les gens viennent : c'est quoi, l'énergie ?
Et il y a beaucoup de manières différentes de la communiquer, cette énergie. Tu sais, la perception, elle est sur plein de niveaux : olfactive, le toucher, la vue, enfin tout ça. Donc ça, c'est la deuxième étape. Et en fait, l'intérêt d'enseigner et d'étudier la méthode, c'est d'en prendre conscience. Parce que tout ça, ça se passe de toute façon.
Étape 3 : les invitations
Milena : Comment moi, photographe, je me sens, comment moi, photographe, je vais accueillir les gens, cette rencontre physique. Et après, le passage à la séance photo : c'est la partie la plus visible de l'iceberg de Moment Design, c'est ce qu'on appelle les invitations. C'est-à-dire toutes les interactions que je vais avoir pendant la séance photo pour amener les gens à faire ce que j'ai envie qu'ils fassent pour servir la photo, mais aussi, il n'y a pas de mais, et aussi ce que je vais les amener à faire pour qu'ils se sentent bien.
Bien, ça ne veut pas dire hilare ou amoureux ou, tu vois, les cheveux au vent. Ce ne sont pas les gens qui se sentent bien qui ont les cheveux au vent, ou inversement, tu vois. Mais bon, il y a des courants et des clichés comme ça, c'est pour ça que je prends les cheveux au vent. Et donc moi, photographe, je peux faire en sorte d'amener les gens vers différents états émotionnels.
C'est pour ça aussi que le nom qui correspond le plus à cette méthode, c'est celui-là : Moment Design. Je suis le designer des moments que les gens vont vivre pendant la séance photo.
Étape 4 : l'émotion comme une vague
Milena : Et la dernière étape, la quatrième étape, c'est l'expression d'une émotion, de ce qu'ils ont ressenti pendant ce moment-là. Et là, c'est quelque chose qui paraît naturel, d'ailleurs comme tout le reste, mais en fait, quand on est conscient de tout ce déroulé de la méthode, de la démarche, on prend conscience aussi qu'une émotion, elle est comme ça, en vague. C'est plat, et puis tout d'un coup il y a une émotion qui vient, elle s'exprime, elle a un pic et après, elle redescend. On ne peut pas être hilare pendant cinq minutes d'affilée, tu vois, en continu.
Et là où la pratique et la maîtrise technique du photographe jouent, c'est qu'il y a des émotions qui sont belles à photographier à différents moments de cette vague. Parfois, c'est bien de prendre avant, parfois c'est bien de prendre au sommet de l'expression de l'émotion, et parfois c'est intéressant et beau après. Tu vois ? Donc ça, c'est la quatrième étape et ça fait partie de la mobilisation du photographe pendant la séance photo.
Donc en gros, Moment Design, c'est ça. Ce sont ces quatre étapes qu'en formation on décortique, on réfléchit, on se questionne, et l'important, c'est que ça reste à la surface consciente du professionnel qu'on est.
Mathieu : Oui, parce qu'il va la pratiquer selon ce que tu vas lui inculquer, mais après, il va l'adapter selon son exercice.
Chaque photographe a sa manière
Milena : Exactement. J'ai eu la chance et l'occasion de voir plein de photographes utiliser la méthode, et chacun à sa manière. Et c'est ça qui est beau, c'est que justement la personnalité du photographe va faire en sorte que les clients sont différents, que les émotions sont différentes, que les photos qu'on va saisir sont différentes, et c'est cool. Il faut se faire confiance aussi là-dessus.
Tu vois, il y a un moment, au début, il y a maintenant le groupe sur Facebook qui s'appelle Moment Design France. Il n'est pas très actif, mais au moment où il était le plus actif, souvent on avait des personnes qui postaient une photo dans laquelle il se passait quelque chose d'intéressant, et ils disaient : « Ah, est-ce que c'est Moment Design ? » Mais j'en sais rien. En fait, je ne sais pas comment la photo a été prise, je ne sais pas si tu étais conscient, je ne sais pas ce que tu as cherché.
Tu vois, par exemple, il y a des photos de mariage, ou même de rue, dans lesquelles il se passe des émotions de dingue. La photo, elle est dingue. Ce n'est pas Moment Design, parce qu'en fait le photographe n'est pour rien dans ce qui s'est passé. Il est pour beaucoup dans le fait que la photo existe : il a su être présent, saisir le moment, etc. Ce sont d'autres qualités, mais ce n'est pas lui qui a fait en sorte que la chose qui s'est passée se passe. C'est là qu'il y a la responsabilité, le rôle et l'implication du photographe qui est le designer.
Mathieu : Et c'est quelque chose qui est autant applicable en face-à-face, quand tu as une relation privilégiée avec la personne que tu vas photographier, qu'avec un couple, par exemple. Parce qu'il va y avoir des émotions particulières, il va y avoir un contexte, une atmosphère sur laquelle il va falloir travailler pour faire en sorte qu'il y ait cette vague d'émotions, et puis la possibilité de la prendre à différents moments.
Milena : C'est ça. Oui, c'est ça. Le photographe peut amener le couple à différents endroits. Endroits, ce n'est pas le mot, mais tu vois ce que je veux dire : à vivre différentes choses. Un couple peut faire trois séances photo différentes avec trois photographes, ils vont en ressortir des choses différentes.
Et par exemple, en formation, quand on fait des exercices, les gens qui sont là et qui se font photographier par différentes personnes le révèlent. Ils disent : « C'est incroyable comme chacun d'entre vous est différent. » Et les gens, ils le sentent.
Mathieu : C'est super intéressant, parce que c'est vrai que dans tous les exercices qu'on peut faire, on n'a pas forcément conscience, en tant que photographe, d'avoir la main sur tant de choses, même au niveau psychologique. Et c'est vrai que quand on s'y penche un peu plus, on a la possibilité d'avoir la main sur ça aussi. Alors que par définition, on a l'idée, une fausse idée, que le photographe est là uniquement en tant que spectateur, hors des situations. Mais en fait, il a un peu la main pour pouvoir modifier positivement tout ça.
Intervenir ou documenter : un choix
Milena : Il peut la prendre, la main, ou pas. C'est vraiment un choix. Et tu sais, comme disait l'autre, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise situation. Tout est une question de choix et d'être OK avec ce qu'on choisit de faire.
Les reporters, par exemple, que ce soit en reportage-reportage, en reportage de mariage ou en reportage de famille, choisissent d'être non-intervenants. Moi, je choisis d'être intervenante, de prendre part, dans le Moment Design.
C'est ça aussi qui est cool : d'un côté, tu crées, donc tu es acteur de ce qui se passe, et après, il faut prendre suffisamment de recul pour documenter ce que tu vois. Tu vois ? Donc en fait, c'est faire en sorte que tu fais poser les gens et que le résultat soit naturel.
Pieds plantés au sol, bras ballants
Milena : Tu vois ? Moi, j'adore faire des photos de gens pieds plantés au sol, les bras ballants. Je trouve ça d'une simplicité et d'une force presque déconcertantes. Et la plupart du temps, j'y arrive, parce que pour moi, c'est un truc absolument naturel. Tout le monde, à un moment de sa vie, est posé là, comme ça. Et c'est cool. Moi, j'aime bien ça.
Mais il y a plein de gens qui font ça de manière très, très différente. Et c'est cool. Tu vois, par exemple, il y a mon amie Agnès Colombo qui n'aime pas aller, ce n'est pas au fond des gens, mais dans le côté intime, ou les pleurs, ou machin. Elle n'est pas à l'aise avec ça. Du coup, elle est tout le temps en train de faire sautiller les gens. Enfin, quand je dis sautiller, c'est être presque en mouvement. Et c'est OK, parce que ça lui ressemble, et du coup elle y arrive parce qu'elle est comme ça.
Et il y a des gens qui n'aiment pas faire sautiller, rigoler les gens. Ils aiment les trucs, tu vois, comme ça. Moi, je fais comme ça, donc les gens ne voient pas ce que je fais, mais vous voyez ce que je veux dire : quand les gens sont entremêlés entre eux, en couple, ou même tout seuls, quand ils sont à l'intérieur d'eux-mêmes.
Après, on attire les gens qui sont comme ça aussi. Tu vois, Agnès, elle n'attire que des gens qui sautillent. En tout cas, ses clients sont tout à fait partants pour sautiller, et les autres sont tout à fait partants pour se faire des câlins.
« Vous êtes tactile combien ? »
Milena : Il y a une question que j'aime bien poser à mes clients pour savoir où je vais, c'est : « Sur une échelle de 1 à 10, vous êtes tactile combien ? » Et c'est cool, parce que ça me donne des indications, en fait. Est-ce que je peux les faire se prendre dans les bras, s'écraser, tu vois ? Et c'est valable autant pour les couples que pour les familles. Parce que les gens ont des degrés différents de tactilité. Je ne sais pas si ça se dit, mais tu as bien compris.
Actualité : un studio qui change et un livre sur le portrait corporate
Mathieu : OK, très bien. Ça donne effectivement un bon aperçu de cette formation-là. On arrive à la fin de ce podcast. Est-ce que tu as une actualité particulière dans ton studio, avec ton collègue de studio ? Je ne sais pas comment on peut appeler ça. Si vous avez une actualité particulière au sein de...
Milena : Il y a une actualité en 2021 : Jacques-Mathéo part à la retraite. Donc je pense que ça, c'est une très grande actualité pour lui. Il est content, il a hâte. Du coup, c'est une grande actualité pour moi aussi, puisque je vais changer de colocataire. J'ai envie de dire que j'ai trouvé. C'est en cours de finalisation, croisons les doigts pour que ça se passe bien. Et au prochain épisode, je donnerai des nouvelles. Mais il y a de grands changements cet été au studio.
Mon actualité à moi, c'est que je suis en train de finaliser un livre sur le portrait corporate, qui va sortir aussi cet été si tout va bien. Quoi d'autre ?
Mathieu : Un livre dans lequel tu vas montrer des photos, ou c'est un livre de formation dans lequel tu vas apporter des techniques ou des approches ?
Milena : C'est un livre dans lequel... Ah, c'est marrant, je ne l'ai pas encore pitché, tu vois. C'est un livre qui s'appelle « Une séance photo corporate avec Milena Perdriel ». C'est à peu près ça. Je parle de ma vision du marché, de ma vision des grandes catégories, on va dire, du portrait corporate. Et après, très concrètement, de comment se passe une séance photo avec deux modèles hommes et deux modèles femmes.
On décortique un petit peu, pas tous les détails bien entendu, parce qu'on ne peut pas tout faire dans un bouquin, mais beaucoup des points d'interrogation que j'ai eus de la part des clients et de la part des photographes. Mais c'est un livre qui s'adresse aux photographes, ce n'est pas un livre grand public. Je ne vois pas quelqu'un qui n'a rien à voir avec la photographie acheter ce bouquin. Enfin, ça serait rigolo, mais je ne vois pas trop.
Mathieu : OK. Et il est disponible quand ? Je pose trop de questions.
Milena : Non, non, mais je ne sais pas, parce qu'à cause de la situation, en fait, j'y travaille depuis plus d'un an, et il y a plein de choses qui ont fait qu'on n'a pas finalisé. Là, on est vraiment en train de finaliser. Tous les textes sont écrits, toutes les séances photo sont faites. Il me reste à compléter les mises en page, à faire une conclusion sympa et à le publier. Donc je pense que d'ici cet été, ça serait cool.
Mathieu : OK, très bien. Est-ce que tu as un mot de la fin à donner ?
Le mot de la fin : Peter Lindbergh et la responsabilité du photographe
Milena : Le mot de la fin ? Merci. Je vais finir avec une pensée. Je n'ai pas de citation, j'avoue que je n'avais pas préparé, j'aurais pu, mais j'y pense depuis quelques jours, donc je pense que c'est quelque chose que je dois dire.
En 2018, j'ai eu la chance de faire une formation, à peine la deuxième qu'il avait donnée de sa vie, avec Peter Lindbergh, feu Peter Lindbergh, qui est malheureusement décédé depuis, et qui nous parlait, dès la préparation de la formation, de la responsabilité du photographe. Quand j'ai reçu le questionnaire de préparation, je me suis dit : « Punaise, c'est vraiment sûr que c'est ça que je dois faire », c'est-à-dire aller à cette formation.
Peter Lindbergh était un personnage connu, donc il avait un sacrément plus grand impact que moi et que nous, petits photographes sociaux, de par, ne serait-ce que les publications qu'il faisait, les tribunes qu'il avait, les causes qu'il défendait, les marques pour qui il travaillait, les interviews qu'il donnait, etc. Et il parlait de responsabilité, la responsabilité que nous avons : comment on va regarder nos clients, comment on va les photographier et comment on va en parler.
Parce que nous avons la chance d'être des artistes visuels, et ce qu'on fait reste. Et du fait que ça reste, ça a son impact, parce que ça traverse des générations. Il faut voir un tout petit peu plus loin que le bout de son nez. Souvent, on ne se rend pas compte de cette responsabilité et on se dit : « Oui, mais les gens veulent ça. » Mais en fait, les gens, souvent, ne savent pas ce qu'ils veulent, et quand nous, on sait qu'on peut défendre des valeurs, c'est cool.
Donc, photographes, prenons nos responsabilités, parce que nous touchons les gens. Chacun à son échelle.
Conclusion
Mathieu : Merci, Milena.
Milena : Merci.
Mathieu : En plus, tu finis en citant le grand Peter Lindbergh. Donc, super. On ne peut rien dire après Peter Lindbergh.
Milena : Non, c'est clair.
Mathieu : On peut te retrouver sur ton site, sur les réseaux ?
Milena : On peut me trouver sur mon site, milenap.com, sur Facebook, milenap.photographe je crois, et sur Instagram, milena-p.photographe, parce que le reste, c'est pris.
Mathieu : On mettra tous les liens dans la description.
Milena : Et Portrait au paysage. Portraitaupaysage.com, qui est une très grande et belle plateforme de communication et de communauté de photographes, avec des interviews, des articles inspirants et constructifs, et puis des formations qu'on est encore en train de préparer pour l'édition 2021.
Mathieu : Très bien. Merci encore, Milena. À très bientôt.
Milena : Merci à toi. Bonne fin de journée, à tous et à toi.
Mathieu : Voilà, c'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il vous a plu. Pensez à partager sur vos réseaux. Pensez à vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée. Merci à tous. C'était Mathieu Vitrat. À la semaine prochaine.
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